juin 30

Mécanique secrète

9782747039369_1_75Angleterre, 1852. Katharine vit sous la tutelle de sa tante qui la considère comme sa domestique. Quel avenir pour une jeune fille orpheline, sans fortune, tributaires des sautes d’humeurs et des exigences d’une vieille tante acariâtre et pingre ? Rien de bien brillant ne devrait se profiler à moins bien sûr d’être une héroïne de roman !

L’occasion de sortir de son quotidien va être offerte à la jeune fille qui se voit confier une mission aussi singulière que déplaisante : se rendre au manoir de Darkwind où vit son oncle paternel afin d’y trouver la preuve qui permettra de faire interner le pauvre homme pour démence. Celui-ci en effet, aux dires de la tante de Katharine, dilapiderait la fortune familiale au delà de toute raison, faisant craindre qu’à sa mort, le cousin de la jeune fille, héritier direct, se retrouve sans le sou.

Subjuguée par la magnificence du manoir qu’elle découvre, aussi gigantesque qu’effrayant avec son nombre incalculable de pièces, couloirs et portes (dérobées ou non), la jeune fille découvre surtout en la personne de l’ oncle Tulman un excentrique doublé d’un fabuleux inventeur, créateur d’automates aux mécaniques complexes et subtiles. Tout aussi surprenant, cet homme (dont la vie est par ailleurs rythmée de rituels peu banals auxquels il soumet tout son entourage comme le ferait un enfant tyrannique) fait travailler sur sa propriété plusieurs centaines de personnes, toutes arrachées aux tristement célèbres workhouses où végètent les indigents.

Intriguée, fascinée, la jeune Katharine décide alors de se donner trente jours de réflexion avant de décider de remplir sa mission selon les vœux de sa tante ou de  s’y opposer, quoique cela puisse lui coûter…

Librement inspiré de la vie du cinquième duc de Portland qui au XIXème siècle se retira dans sa propriété de Welbeck Abbey transformée en camp retranché par la création d’un tunnel qui en contrôlait l’accès, Darkwind reprend quelques unes des fantasques mais véritables créations du duc que la postérité décrit tantôt comme un mégalomane farfelu, tantôt comme un bienfaiteur avisé. Dans ce tome 1, tous les éléments d’un fabuleux roman « à l’anglaise » sont réunis : le décor, l’époque, l’héroïne désargentée mais valeureuse, le mystère, les secrets et…le troublant et ténébreux jeune homme d’origine française (ce qui aura son importance, ô combien, dans l’histoire).

Si l’aventure est au cœur de Darkwind, le roman de Sharon Cameron fait aussi la part belle à toute une galerie de personnages que l’histoire va faire évoluer ou modeler différemment au fur et à mesure qu’ils se fréquentent les uns les autres et abandonnent de leurs préjugés. Regard sur la société victorienne original, ce premier tome donne envie de lire la suite des aventures de Katharine qui ne pourront que rebondir au regard de la chute du tome 1. Mais chut, ceci est une autre histoire…

NB : à lire pour les plus grands et les adultes, un fabuleux roman inspiré lui aussi de la vie de cet excentrique anglais à l’existence pour le moins romanesque : L’homme souterrain de Jackson Mick

juin 22

Back home ?

9782221145098,0-2579801Dans le jardin d’une jolie maison cossue, Laurel, 6 ans est enlevée sous les yeux de sa petite soeur, Faith, alors âgée de 4 ans. Treize ans plus tard, la famille de Laurel, déchirée, tente tant bien que mal de continuer à survivre. Les parents ont fini par divorcer, le père se mettant en ménage avec un homme français, la mère ne devenant que le pâle reflet d’elle-même. Faith a vécu dans l’ombre de cette grande soeur disparue, subissant l’immense douleur de ses parents et affrontant les hordes de journalistes et curieux malsains.

Alors que Faith et sa mère ont déménagé et vivent seules dorénavant, le téléphone sonne annonçant la réapparition de Laurel… Sous le choc, la famille se demande si c’est un nouveau coup du sort ou bien un miracle. La père et la mère sont les premiers à aller identifier la jeune fille au commissariat. Puis finalement, Faith « rencontre » sa soeur après treize ans de séparation. Une semaine après sa libération Laurel réintègre le foyer familial.

Traité du point de vue de Faith, Perdue et retrouvée trace le quotidien d’une famille post fait divers. Que se passe t’il lorsque qu’une jeune fille kidnappée, avec tous les sévices et toute l’horreur que cela suggère, revient parmi les siens? Quelle réinsertion dans la vie normale est possible pour elle? Et surtout, comment le vivent les personnes dans l’ombre de ce « miracle » ? Car Faith est indéniablement un personnage de l’ombre, quasiment un personnage secondaire dans l’histoire de sa propre vie. Vie uniquement définie par la disparition de sa soeur. Toute l’intelligence du roman de Cat Clarke est d’avoir donné corps à un personnage aussi intéressant que Faith, à la fois par la position qu’elle occupe dans le récit ainsi que par la façon dont elle est traitée par l’auteur. Cat Clarke en a, malgré tout, fait une adolescente normale. Le personnage gagne en consistance alors qu’on est témoin de ce qu’elle vit en tant que soeur de Laurel, la miraculée, et de ce qu’elle traverse de façon plus banale dans son existence adolescente quotidienne. Perdue et retrouvée est un bon thriller psychologique avec une mention toute particulière pour un excellent personnage principal. Encore un succès pour Cat Clarke après Revanche, A kiss in the dark

juin 20

Concours d’écriture lancé par le CNL et Timothée de Fombelle

TFombelle0492--CHelieGallimard

 

TIMOTHÉE DE FOMBELLE VOUS LANCE UN DÉFI D’ÉCRITURE !
« Rédac’short » est un concours d’écriture réservé aux jeunes auteurs de 13 à 18 ans. Continuez l’histoire que vous propose Timothée de Fombelle et tentez de gagner de nombreux lots ! Alors, à vous de relever le défi !

Comment faire ?

  • Inscrivez-vous sur le site
    (Indiquez soigneusement votre date de naissance et vos coordonnées : elles nous permettront de contacter les gagnants)
  • Imaginez votre texte, rédigez-le et postez-le sur la page du concours.
    Seule contrainte à respecter : votre texte doit comporter entre
    1 500 à 3 500 signes.

Vous avez jusqu’au mercredi 8 juillet à 10h pour poster votre texte.

Les étapes du concours

  • Jusqu’au mercredi 8 juillet à 10 h : postez votre texte.
    Un jury, présidé par Timothée de Fombelle, choisira 10 textes.
  • Vendredi 17 juillet : les noms des 10 finalistes, choisis par un jury présidé par Timothée de Fombelle seront annoncés lors du lancement de Lire en short. Ils seront récompensés et recevront chacun un lot.
  • Du 17 au 30 juillet : les 10 textes retenus seront soumis aux votes des internautes.
  • En septembre : les 3 lauréats qui auront recueilli le plus grand nombre de votes recevront des livres de Timothée de Fombelle offerts par Gallimard Jeunesse, des lots de Chèque lire® et des objets griffés Orange.
Rendez-vous sur Redac’short !
Bonne chance à tous !

 

juin 11

L’avenir le dira…

9782330032616,0-2559759Communiquer avec le futur, en apprendre plus sur le monde de demain et peut-être sur soi-même… Une fantaisie, une blague ? En tout cas possibilité hautement improbable ! Sauf pour Hans Petter, élève de 15 ans dans un collège norvégien. Hans Petter vit seul avec sa mère, il voit son père de façon irrégulière puisqu’il est le fruit d’un « accident » entre son père et sa mère lors d’une soirée, des années auparavant. Le jeune garçon est un solitaire, il n’a aucun ami dans son école, ni à l’extérieur d’ailleurs. Hans Petter est souvent la proie d’élèves plus forts que lui, en particulier le grand Andreas, colosse qui poursuit Hans depuis l’école maternelle. Andreas s’amuse à terroriser les autres, ceux qu’il considère plus faibles de taille et de carrure, sachant que personne ne viendra à leur rescousse, trop contents que d’autres aient été désignés comme victimes.

Bref, dire que la vie de Hans Petter est morne est un doux euphémisme. Jusqu’au jour où une certaine Fera commence à discuter avec lui sur internet. Un peu étrange, la jeune fille ne met pas longtemps à révéler à Hans Petter qu’elle communique avec lui depuis… le futur ! Tenté de la croire mais restant méfiant en raison d’Andreas et de sa bande, Hans Petter entretient avec Fera une conversation presque quotidienne, échangeant avec elle des informations sur le futur et le présent. Ainsi le jeune garçon apprend que Fera vit en 365 après la Catastrophe.Petit à petit Fera va en révéler un peu plus sur cette Catastrophe à Hans Petter, tout en lui décrivant la société dans laquelle elle vit, société qui tente à tout prix de ne jamais reproduire les événements qui ont mené à la Catastrophe… En parallèle de ces conversations Hans nourrit une haine immense à l’égard de ceux qui le persécutent ainsi que de tous les autres : ceux qui laissent faire ; car sa situation à l’école ne fait que s’aggraver et sa mère et son père, sans s’en rendre compte ne l’aident pas du tout à y voir plus clair. Mais Hans Petter se rassure car il sait que d’une façon ou d’une autre, son heure viendra…

Il est très difficile de parler de Mon heure viendra qui se situe à la lisière de la dystrophie et du récit réaliste basé sur le harcèlement à l’école. Hans Petter est un personnage étonnant comme on en rencontre peu dans les romans ados. Traitant le sujet victime/bourreau en y distillant un peu de science-fiction comme elle le fait avec Mon heure viendra, Nina Vogt-Ostli imagine un roman dans la droite lignée d’un No pasaran, le jeu. Un ancêtre littéraire fort acceptable !

juin 03

La souffrance dans la peau

9782364746688,0-2559768Léonie est une jeune danseuse de 20 ans. Aujourd’hui elle est de retour à Lyon, la ville où elle a grandit, pour un ballet contemporain Chaos. L’ occasion pour elle de retourner chez ses parents, Léonie ne les a pas vu depuis un moment ; depuis qu’elle a quitté la maison pour s’installer en Belgique, les relations entre ses parents et elle se sont un peu distendue. Léonie a été adoptée bébé par cette famille bourgeoise lyonnaise et bien qu’elle y ait vécu très heureuse une légère distance a toujours été maintenue entre elle et sa famille notamment avec sa mère. Et bien qu’elle soit contente à l’idée de passer un peu de temps avec son père et sa mère, elle se languit d’autant plus de Bruxelles qu’elle y a laissé son petit ami Raoul, un jeune musicien dont elle est profondément amoureuse.

Son retour à Lyon est assez étrange : de sa rencontre dans le train avec un jeune homme un peu intrusif, à son agression lors d’un festival de danse. Chaque jour la jeune fille reçoit de plus en plus de sms menaçants, se sent suivie et est plusieurs fois victime d’agressions violentes dont le dénouement tragique est évité de justesse. Petit à petit Léonie comprend que quelque chose lui échappe, surtout que le comportement de ses parents est très étrange aux vues de la situation. Sa mère semble sombrer dans une folie dépressive aux accès inexplicables et son père est « obligé » de partir en voyage en Afrique, déplacement qu’il effectue depuis de nombreuses années pour ses affaires, mais qui semble mal venu alors que Léonie semble réellement en danger. La détermination de son père à maintenir son voyage et surtout à imposer à sa fille une sorte de garde du corps invisible, indique clairement à Léonie que ses parents lui cachent quelque chose.

Léonie, qui depuis toujours n’a jamais passé une nuit calme, troublée dans son sommeil par un malaise, une sombre impression qu’elle nomme « la chose », va être obligée de se pencher sur des questions qu’elle ne s’est jamais posées. La jeune femme va devoir se confronter à la question de ses origines qui apparaissent comme étant la clé du mystère de ces agressions et du secret de ses parents.

Avec La mémoire en blanc, Isabelle Collombat crée un personnage magnifique grâce à Léonie, jeune fille forte qui a décidé de pas se poser de questions, jusqu’au jour où ses questions, ses incompréhensions la rattrapent de la façon la plus violente qui soit. Léonie se découvrira un passé commun avec l’Histoire du Rwanda et apprendra par la même occasion à quel point la mémoire collective peut déterminer le pouvoir de la mémoire individuelle, et que ni l’une ni l’autre ne peuvent être abolies par aucune guerre, par aucun massacre, par aucune volonté.

« On peut tuer autant de gens qu’on veut ou qu’on peut, mais on ne peut tuer leur mémoire. La mémoire est la matière la plus invisible et la plus résistante que l’on trouve sur terre. (…) »

Philippe Gaillard, chef de la délégation du comité international de la Croix Rouge au Rwanda en 1993 1994, Londres, janvier 2002.

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