oct 15

Photo inconnue

9782211097819, 0-2297998Rowan a 14 ans et sa vie d’adolescente ne ressemble plus vraiment à celle de ses camarades qui se sont d’ailleurs raréfiés depuis deux ans. Il y a deux ans, la vie de Rowan et de sa famille a basculé suite au décès de son frère ainé pendant ses vacances à l’étranger. Depuis cet accident, la famille de Rowan a volé en éclat : ses parents se sont séparés, sa mère est devenue complètement hermétique au reste du monde et Rowan doit prendre, seule, soin de sa petite soeur, Stroma.

 Rowan a endossé ce rôle d’adulte tant bien que mal, contaminée par le refus de ses parents de surmonter le drame. Coincée dans un quotidien désespérant, hantée par le souvenir de son frère adoré et agacée par une soeur trop jeune pour saisir la gravité des choses, Rowan est à bout de force. La vie de la jeune fille va prendre une tournure étrange lorsqu’un jour, à l’épicerie, un garçon l’interpelle et lui remet un négatif de photo qu’elle aurait fait tomber de son sac. Persuadée qu’il ne lui appartient pas, Rowan tente de l’expliquer mais le jeune garçon s’obstine et résignée, la jeune fille récupère le négatif. D’abord oublié dans un coin, le négatif va trotter dans l’esprit de Rowan qui, poussée par une nouvelle amie Bee, va faire développer la photographie. Le négatif révèle le visage souriant de Jack, son frère disparu. A partir de cet instant Rowan ne va cesser de se demander comment le négatif de cette photo a pu arriver en sa possession : qui l’a placé là et dans quel but ?

 Mais au-delà de cette énigme, les questions de Rowan vont s’orienter sur son frère lui-même. Au fond que savait-elle de lui, adolescent de 17 ans, grand frère moqueur et protecteur, fils idolâtré, qui était-il en dehors de leur cercle familial?

 Après La double vie de Cassiel Roadnight, pépite du festival de Montreuil 2013, Jenny Valentine évoque une histoire plus intimiste : celle d’une famille déchirée par un drame. Mais avec son sens de la révélation, elle imagine pour son héroïne un troublant jeu de piste qui permettra peut être à Rowan et sa famille de dépasser la peine et de ne conserver que la douceur du souvenir. Un très joli texte surtout porté par un personnage principal authentique au cri intérieur tout en émotion et en justesse. Une fois de plus Valentine montre à quel point elle n’a pas oublié et continue encore et toujours de comprendre les affres de ces années si particulières.

oct 12

Nous sommes Nadas

CVT_Reseauxtome-2_1586Ceux d’entre vous qui sont devenus des familiers de César Diaz et de sa Black Clown Army savent de quoi il va être question dans cet article. Les autres pourront s’en faire une première idée en cliquant ici.

Difficile de parler du deuxième tome d’une série à suspense sans trop dévoiler de l’intrigue du premier volume et notamment de sa fin ! Dans ce deuxième et dernier volume, les personnages reprennent immédiatement la place que leur destine Vincent Villeminot au sein du piège qu’il compose. Comme sur un échiquier, pions, rois, reines se déplacent et bien malin sera le lecteur qui pourra dire avant l’épilogue qui sera échec et mat dans l’affaire !

Puisque la quatrième de couverture le révèle je peux vous dire que Cesar Diaz, alias Nada#1, l’un des personnages emblématiques de Réseau(x), est en prison suite aux événements de la fin du tome 1. Que va devenir son armée de clowns noirs, la BCA ? Des masques sont tombés dans ce monde d’apparences ou les avatars sont légion mais la vérité tarde à se faire connaître. Les personnages du premier opus ont mûri, changé, appris sur eux-même et sur le monde qui les entoure. Perdu bon nombre d’illusions aussi en même temps que le goût du jeu. Le jeu cède le terrain à la guerre. Une vraie. Avec des pertes, des morts, des larmes et du sang.

Nadas#1, du fond de sa cellule, irradie plus que jamais le roman de sa présence et mène la danse,   alors même que Nadas#2 reprend le combat à sa façon. Théo, loin du personnage presque timide du tome 1 avance en pleine lumière, prêt à tout risquer pour que la vérité éclate. Qui manipule qui ? Sous quels masques se cachent les assassins ?

Vincent Villeminot règle sa chorégraphie avec une infinie précision, ne négligeant jamais la psychologie des personnages au profit de l’action. Le rythme vif, presque haché, donné par le découpage de l’action en temps réel où les points de vues s’enchaînent et s’enchevêtrent conduit l’intrigue vers un dénouement assez inattendu pour être stupéfiant. Mais chut…

Réseau(x) offre une lecture aux pistes multiples et interroge avec finesse notre société et son avenir proche comme un donneur d’alertes qui devraient résonner dans nos esprits avant que, peut-être, le piège ne se referme sur les citoyens que nous sommes. Nul doute qu’il pourrait servir de point de départ à un sujet de réflexion qui aurait pour titre quelque chose comme « web et démocratie »… Un sujet plus que passionnant autour duquel vous pourrez débattre avec Vincent Villeminot le mercredi 15 octobre à 18h à la librairie Mollat. Alors venez et Play It For Real !

oct 06

On est ensemble

couv-indomptables« Pour que tu prennes racines, mon fils, je dois te raconter d’où tu viens ». Et Jean-Jules,  père plutôt taiseux, va raconter pour la première fois à son fils l’histoire de sa vie et l’histoire  fabuleuse d’une rencontre improbable, qui jamais n’aurait dû avoir lieu… Des années insouciantes de l’enfance à celles de l’âge adulte et des épreuves, l’histoire se déroule, au gré des souvenirs.

Sous le soleil du Cameroun, le petit Jean-Jules court, fonce, profite de chaque moment de liberté pour grimper dans les branches de son arbre, le gigantesque manguier qu’il habite comme une seconde maison et partage avec son meilleur ami, Mohamadou, le fils de l’imam du quartier musulman. Il n’est pas né celui qui mettra cette amitié en péril ! Et peu importe que leurs parents ne soient pas de la même ethnie. Ces deux-là, c’est à la vie à la mort ! Et la vie est bien belle au son des chansons d’Al Jarreau découvertes sur un vieux radiocassettes quand le soleil brille autant que le son des cuivres.

A l’adolescence pourtant, l’ambiance change, les silences pèsent et les secrets s’installent. La vie n’est pas une fête, et même si tous deux le savaient déjà, le manque d’argent, la violence incomprise du monde des adultes viennent faire taire les rires et ternir jusqu’à l’éclat du soleil. Sur les plages de sable fin, près des grands hôtels luxueux, Jean-Jules devine le lourd secret de Mohamadou.

A des milliers de kilomètres, en France, la petite Olivia se rebelle, souffre et se meurtrit pour tenter de soulager ce qu’elle ne peut pas exprimer autrement. Puis grandit avec la musique et les mots des autres pour crier sa rage et sa fureur. Avant de se noyer dans les bras d’hommes d’une nuit, jouant avec tous les dangers.

Comment les parents de Mohamed pourraient-ils se rencontrer ? Si leurs destins s’obscurcissent, ils savent qu’ils sont promis l’un à l’autre car si l’on sait écouter ses rêves, ils vous parlent d’avenir…

Indomptables est un roman sensuel et lumineux dont l’ambiance se teinte de tragique au fur et à mesure que la vie éteint les illusions de l’enfance. Philippe Arnaud n’occulte rien d’une réalité où le poids des religions conjugué à celui de la misère et de la violence éteint la lumière des regards. Loin d’être un simple décor, le Cameroun y est  dépeint avec précision, dans la complexité de sa mosaïque ethnique, dans la réalité d’une situation économique qui pousse beaucoup d’habitants à risquer leur vie sur les embarcations de fortune vers l’Europe.

De l’enfance à l’enfer, du rire aux larmes, de la joie à l’angoisse, du bonheur au deuil, les destins se dessinent mais la rencontre de deux êtres, par delà l’océan, sera source de renaissance. Loin d’être désespéré, Indomptables est une sublime leçon de vie, d’amour, d’amitié et d’espoir, où la vitalité éclate à chaque page, rendue palpable par une écriture vive et inspirée. Un très beau roman à lire et à faire lire que l’on soit ados ou plus grand, soutenu par Amnesty international.

 

sept 26

Renaissance

sans-titreRésurrectio. Le titre donne le ton et un indice de taille sur ce qui est en train d’arriver à cette jeune fille qui ouvre les yeux. Sanglée sur une table, une perfusion au bras, nue, elle découvre autour d’elle un univers blanc, aseptisé. Comme dotée d’une force étonnante pour une patiente sous assistance, elle se libère de ce qui l’entrave et se trouve assaillie de sensations. Le froid du métal et du carrelage, la faiblesse de ses jambes. Où est-elle ? Qui est-elle ? C’est Victor (autre indice) , le médecin qui a veillé sur elle, qui va lui apporter les premiers éléments de réponse : gravement blessée dans l’accident de voiture qui a causé la mort de ses parents , considérée comme morte, Marie n’a dû sa survie qu’à Victor, persuadé qu’il allait pouvoir la sauver.

Marie est une patiente docile, se pliant aux nombreux tests que lui impose Victor. Mais aussi reconnaissante soit-elle, la jeune fille ne tarde pas à poser des questions et plus encore à vouloir avoir une vie normale, parmi les gens de son âge…

Amélie Sarn nous embarque dans une aventure aux multiples facettes. Si le lecteur comprend rapidement qu’il est question du mythe de Frankenstein, il n’est pas pour autant au bout de ses surprises. La relation entre Marie et Victor se dessine, complexe. Marie navigue entre gratitude et exaspération, entre inquiétude et soif d’indépendance tandis que Victor se passionne pour cet objet d’étude qui devient bientôt pour lui non plus un enjeu mais une vraie personne, dotée de sentiments, à laquelle il s’attache plus qu’il n’aurait crû (ou dû…). Au delà du thème fantastique où les rebondissements ne manquent pas, Amélie Sarn peint à merveille le monde de l’adolescence : la vie de lycée, les relations amicales et amoureuses. Entre roman d’anticipation et thriller, Résurrectio séduit par un rythme nerveux et diablement efficace mais n’oublie pas pour autant de dessiner des personnages forts et émouvants, ambivalents et fragiles. Un très beau roman sur la différence, l’acceptation de soi et la découverte de l’autre. A lire dès 13 ans.

sept 15

La traversée

gaspardLes premiers romans, au moment de la rentrée littéraire, bénéficient souvent d’un regard singulier de la part du libraire. Ils se glissent au milieu des ouvrages de ceux que l’on attend, que l’on aime à retrouver, dont on espère qu’ils sauront encore nous séduire (et non, je ne donnerai pas de nom !), de ces romans déjà auréolés du désir qu’on leur porte. Et puis il y a ceux dont on ne savait rien, ou si peu. Gaspard des profondeurs est de ceux-là, de ceux qui se glissent sur les tables alors que règne l’électricité fébrile de la rentrée, de ceux qui se sont pourtant imposés et laissent déjà une trace durable dans notre esprit.

Gaspard, bientôt 13 ans, prend une décision qui va changer sa vie. Tout en mesurant combien sa mère, déjà si triste, va être inquiète, il décide de partir seul à la recherche de son père, absent depuis trop longtemps. Le ventre pincé par la peur, Gaspard part le rejoindre dans le sud de la France, se fiant à un dépliant qui indique les dates de la tournée où son père officie en tant que « technicien lumière ». La route est longue et Gaspard semble perdre parfois le contact avec la réalité, projeté dans des rêves de plus en plus noirs, peuplés d’étranges créatures. Mais la route est faite aussi de rencontres et celle d’Honoré, dit Néné, va être le soutien inespéré pour garder espoir. Néné, alter ego, comme un frère qui ne serait pas du même sang, va au fil des pages devenir l’indispensable compagnon d’un voyage qui s’avère de plus en plus dangereux au fur et à mesure que les cauchemars de Gaspard se mêlent à la réalité.

Il y a un petit goût d’Alice au pays des merveilles dans ce roman puissant aussi poétique qu’inventif. Au creux des pages se presse un monde obscur et violent que les deux compères vont devoir affronter, allant au-delà de leurs peurs, dans les tréfonds de leurs propres terreurs. Le chemin sera long vers la vérité, l’acceptation. Parce que le chemin est long pour savoir qui l’on est.

Tournez les pages du roman de Yann Rambaud et apprêtez-vous à passer de l’autre côté du miroir, à considérer que tout a moins d’importance, que le temps est en suspens, et surprenez-vous à penser que votre cœur bat à l’unisson de celui de nos deux héros. Vous sentirez votre gorge se nouer d’émotion, vos yeux déborderont, vous tremblerez d’effroi en croisant les Bêtimondes et vous quitterez Gaspard en ayant le sentiment d’avoir traversé toutes ces épreuves en sa compagnie. Et comme nous, une rentrée prochaine, vous attendrez avec impatience, dans l’électricité fébrile de l’automne, le nouveau roman  de Yann Rambaud

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