mai 28

Maman

9782330050825,0-2629242Maman, Mamounette, Mum, Mommy… De toutes les relations, est-ce que celle qui nous unit à notre mère n’est pas la plus importante après tout ? Car c’est bien la première personne à qui nous sommes unis, reliés et souvent aussi la première personne dont nous nous éloignons.

En quatre récits, cette relation compliquée et parfois trouble est sondée par Gilles Abier au travers de deux filles et deux garçons. Que soit la dépression de plus en plus effrayante d’une mère devenue un fardeau incontrôlable, ou l’envahissement d’une mère pour qui l’accomplissement sportif de sa fille semble être ce qu’il y a de plus important, ou bien la honte d’un fils de se trimballer une mère qu’il juge en tout point indigne de lui, ou encore la lente manoeuvre d’une mère pour s’immiscer et manipuler la vie et l’amour sa fille, tous ces adolescents se sentent coincés dans une relation maternelle trop étouffante ; que ce sentiment soit éprouvé à juste titre ou non. Avec Comment je me suis débarrassé de ma mère, Gilles Abier créée quatre nouvelles dont la tension oppressante s’ajoute au sentiment de malaise et souvent de culpabilité que ces adolescents doivent affronter pour s’affranchir d’une relation trop lourde pour eux, mais à quel prix…

Le récit se resserre particulièrement dans un épilogue à ne pas manquer…Suspense et tension psychologique se disputent la première place dans ces courts récits. Se dévore donc.

mai 18

Panique

push_65192454_howe1706, Salem, Massachusets. La jeune Ann Putman attend que le révérend Green veuille bien la recevoir pour entendre sa confession,quatorze ans après avoir été l’une des plus ferventes accusatrices dans les procès pour sorcellerie qui amenèrent plusieurs dizaines de personnes à être exécutées.

2012. Danvers, Massachusetts. Dans un prestigieux lycée privé où la concurrence est rude pour obtenir les meilleures places dans les meilleures universités du pays, des jeunes filles sans histoires sont victimes les unes après les autres de symptômes aussi étonnants qu’inquiétants : troubles du langage, paralysie des jambes, perte brutale des cheveux, régurgitation de pelotes d’épingles,convulsions… Bientôt, les médias s’emparent de l’affaire et c’est toute une nation qui s’interroge sur les causes de cette mystérieuse épidémie qui se propage dans un même établissement. Réaction à un vaccin, pollution, troubles neurologiques…tout est envisagé et l’Amérique retient son souffle.

Qu’est-ce qui relie des jeunes filles de milieu modeste du tout début du XVIIIème siècle et des jeunes filles de notre temps, toutes victimes de manifestations qui s’apparentent à une possession démoniaque ? Au fil des pages, les liens se tissent subtilement par l’enchevêtrement des deux récits : alors qu’à Danvers les hypothèses se succèdent et qu’une lycéenne étudie la pièce d’Arthur Miller Les sorcières de Salem pour tenter de grappiller des points sur sa principale rivale, la confession d’Ann Putman donne un éclairage singulier à ce qui s’est réellement passé à Salem.  Katherine Howe (descendante d’Elizabeth Howe, condamnée à Salem pour sorcellerie)  s’approprie les sources historiques pour livrer sa propre interprétation des faits comme elle s’inspire des témoignages des jeunes du lycée de Le Roy (qui ont réellement été les victimes de manifestations longtemps inexpliquées) pour faire vivre ses personnages de fiction. Si Conversion n’est pas à proprement parler un roman historique, nul doute qu’il invite à s’interroger sur la lecture que l’on fait de l’Histoire et aux leçons que l’on devrait en tirer. Toutefois, la romancière fait la part belle à ces ados d’aujourd’hui dont on la sent proche et qu’elle dépeint avec beaucoup d’empathie grâce à une grande place donnée aux dialogues. Par la voix de Coleen, lycéenne anxieuse et perfectionniste, elle donne à voir toute une petite communauté repliée sur elle-même, auto-centrée et inquiète de l’avenir qui se profile, entre impatience d’être responsable et bientôt adulte et crainte de l’inconnu.

Et si vous voulez connaître l’explication du titre, il vous reste à tourner les pages de ce thriller étonnant !

 

mai 15

Le partage du monde

9782070663576,0-2558816NoahetJude, une même âme partagée par un frère et une soeur. Noah et Jude, donc, jumeaux de 13 ans, partagent une grande proximité malgré leurs immenses différences. Noah est aussi solitaire que Jude est solaire. Du point de vue de leurs camarades de classes et surtout de leur père, on pourrait croire qu’ils ne sont pas frère et soeur. Noah vit dans un monde qu’il colore et dessine au gré de ses émotions, laissant s’exprimer sa grande imagination. Il n’a d’autre but que celui de devenir un artiste. Jude, quand à elle, méprise le danger et se complaît dans les joies du surf et des sauts du haut du Pic du Diable, tout en faisant tourner la tête de tous les garçons du coin. Mais secrètement, Jude a aussi des ambitions artistiques, qu’elle exprime bien plus timidement que celles de Noah. Car aux yeux de tous, et surtout à ceux de leur mère, l’artiste c’est Noah…

Trois ans plus tard, on retrouve les jumeaux, mais leur place, leur identité sont comme inversées. Jude a intégrée l’école d’art dans laquelle son frère s’était juré d’étudier et la jeune fille de 16 ans ne fréquente plus aucun garçon, ni plus personne d’ailleurs. Noah est devenu un sportif populaire dans son lycée et n’a plus touché un pinceau depuis plus de deux ans. Un drame s’est produit, en enchaînant pleins d’autres, et a semé un immense trouble dans la vie des jumeaux, les éloignant l’un de l’autre et d’eux-mêmes. Grâce à la parole des fantômes, aux souvenirs pénibles ou joyeux, et surtout grâce aux rencontres que Noah et Jude vont faire, les jumeaux vont peu à peu retrouver le lien invisible et indéfectible qui les unit.

A travers les voix de Jude et de Noah, Le soleil est pour toi, alterne les années. Tous les chapitres vus par Noah se déroulent lorsque les jumeaux ont 13 ans et ceux narrés par Jude se passent lorsqu’ils ont 16 ans. Ainsi de chapitres en chapitres nous suivons les jumeaux à trois années d’intervalles, faisant des bonds en avant et des retours dans le temps. Cette construction permet à l’auteur de ne pas donner au lecteur toutes les clés pour comprendre ce qui a déclenché les changements radicaux de Noah et Jude, c’est seulement au fur et à mesure, à travers un jeu de miroir entre les années racontées par Jude et celles racontées par Noah, que se dévoile toute l’histoire des jumeaux.

Jandy Nelson, auteur très remarquée du Le ciel est partout, a reçu le prix jeunes adultes aux Etats-Unis : la Printz Medal pour Le soleil est pour toi. En abordant une relation frère/soeur compliquée où se mêlent profonde affection et jalousie, Nelson raconte une histoire adolescente romanesque et contemporaine où l’amour tient une grande place : à la fois à travers les relations familiales, la rencontre de Jude avec un garçon plus âgé et l’amour fou de Noah pour un jeune voisin. Un très joli roman dont les personnages sont particulièrement attachants et dont l’intrigue très bien nouée passionne et émeut jusqu’à la fin.

mai 02

66 jours d’amour

A ma source gardee - copieJeanne et Lucas, Lucas et Jeanne. Un amour intense, vibrant, né de ces nuits passées en tête à tête à « se déshabiller les mots de la peau. A devenir transparent à l’autre » jusqu’à transformer une belle amitié en un amour que rien ne pourrait abîmer. Sauf que… Le monologue de Jeanne aussi fiévreux que pudique, bouleversant de justesse et d’émotion naît d’un choc : la découverte de Lucas dans d’autres bras.

Comment dire un monde qui s’écroule, cette expérience de la douleur que chacun (pour peu qu’il ait un peu vécu) a connu un jour ? L’abandon, la trahison, le vide, l’absence, le chagrin si intense qu’il ressemble à un trou noir dans lequel tout disparaît. En 58 pages de toute beauté Madeline Roth trouve les mots et surtout comment les mettre en musique pour dire la perte de ce que l’on croyait éternel, dit le désarroi, la colère et la peine.

Jeanne fait l’expérience de la perte alors même qu’elle croyait tout avoir jusqu’à cette petit vie qui grandissait en elle, cette petite vie qui était un peu de chacun d’eux, née de ces moments où les mots n’avaient plus suffi et où les peaux s’étaient rejointes, assoiffées.

A ma source gardée est une histoire de deuil et d’amour, de ces histoires qui aident à mieux mettre des mots sur les émotions qui vous chavirent et vous chamboulent. Une  histoire où  les mots chantent, claquent ou chuchotent pour dire le difficile apprentissage du renoncement et celui de la désillusion. L’écriture parfois syncopée se met au diapason d’un souffle qui manque ou d’une émotion retenue, d’une colère ou d’un besoin d’apaisement. Pour son premier roman, Madeline Roth offre à ses lecteurs un véritable moment de grande littérature, d’une délicatesse infinie, sensuel et élégant. Un grand merci à elle !

avr 25

Tiens, voilà du boudin

Couv_Les-petites-reines-643x1024Ça y est, le verdict est tombé. Mireille ne sera pas Boudin d’or cette année mais dégringole à la troisième place.

Quoi, kezaco ? Et oui messieurs dames, vous avez bien compris, ne faites pas semblant, il s’agit bien là d’un concours de boudins organisé de main de maître par le perfide (mais ça, nous le découvrirons au fil du roman) Malo, ex meilleur ami de ladite Mireille au collège-lycée Marie Darrieussec. Sur facebook on aime, on like et on surkiffe. Bref, on suit. Mais la question qui se pose est celle de l’identité des deux laiderons qui ont coiffée Mireille sur le poteau. A ma gauche, Hakima, disgracieuse collégienne en classe de 5ème est sur la deuxième marche du podium et la grande gagnante…atadam tatadam (roulement de tambour) est la blonde Astrid, nouvellement arrivée en classe de seconde (comme quoi on peut être blonde et moche).

Quoi, qui a dit que tout ça était de mauvais goût ? Nous sommes (pour ceux qui ne l’aurait pas encore compris) dans la satire, la critique et la dénonciation mais attention, pas n’importe comment : avec du style, de l’humour et du panache, pas une once de pitié ou de larmoiement, ce n’est pas le genre de la maison !

Les trois donzelles font connaissance (qui se ressemble s’assemble) et se découvrent plus d’un point commun (en plus de la mocheté) qui figurez-vous les mèneront à l’Elysée, le jour de la garden party du 14 juillet !

C’est à un véritable road trip(es) que nous invite Clémentine Beauvais avec une plume alerte et impertinente. Aucun coup de baguette magique ne viendra sauver les boudinettes pour les transformer en gracieuses figures de magazine, aucune marraine ne se penchera sur leur sort et c’est tant mieux ! Si les silhouettes ne s’affinent guère au cours du voyage (elles partent quand même de Bourg-en Bresse vers Paris à bicyclette !), leurs personnalités se dessinent et s’affirment. Mireille est une narratrice d’exception, une vraie battante, de celles qui agissent au lieu de subir, de celles qui osent au lieu de se morfondre. Sous la satire amusante, l’intelligence du propos est là, les références infusent dans une histoire plus profonde qu’il n’y paraît. Avec Les petites reines, vous aurez la patate, c’est garanti sur facture et avec le boudin, quoi de plus délicieux ? Nous, en tout cas, on adore, et on en redemande !

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