juil 20

Carpe diem

dieu-deteste-1537398-616x0Voulez-vous que je vous raconte l’histoire de « l’incroyable garçon mourant » ? Hé ! Ne partez pas ! Rien de sordide ou de glauque, bien au contraire ! Dieu me déteste est au contraire un roman plein de vitalité et d’humour, d’amour et d’énergie, peuplé de personnages de chair et d’os…

Pour tout vous dire, côté « chair et os » justement, ce n’est pas la joie pour notre héros : résident d’un service de soins palliatifs, Richard n’a qu’une certitude, celle de ne jamais atteindre ses 19 ans et peut-être même pas ses 18 qui se rapprochent à grands pas. Pour autant, perché sur le fauteuil roulant qu’il n’a plus trop la force de manipuler seul, il reste un garçon de son âge, bien décidé à faire la fête à la moindre occasion. Et ce n’est pas parce qu’il n’a plus de cheveux, plus beaucoup de muscles et plus d’appétit que sa libido est en berne ! Dès lors, chaque jour est une victoire, chaque regard de la douce Sylvie de la chambre 302 une caresse qui l’enflamme. Reste à passer à l’action et à se battre pour vivre comme il l’entend, en engageant la bataille contre le syndrome DMD (Dieu me déteste). Avec la complicité des uns (un oncle un poil immature et une grand-mère rock and roll), et la bienveillance des autres (un bel hommage aux soignants est rendu tout au long du roman), Richard fonce, vit, rit, aime…

Dieu me déteste est un roman aussi enjoué que poignant. La souffrance est là, tapie dans l’ombre des couloirs ou dans les plis des draps, dans les creux des visages des malades comme sur ceux de leurs proches. Mais l’humour et l’amour viennent la repousser sans cesse, dans un combat féroce, empreint de fougue et de rage. Le ton est là, tout en gouaille et en panache, convaincant, sans pathos ni apitoiement, loin du témoignage tire-larmes.

Dieu me déteste inaugure la toute nouvelle maison d’édition La belle colère qui nourrit son jeune catalogue de romans autour de l’adolescence. Des romans pour tous, adultes et adolescents, pour explorer cet âge éminemment littéraire et, ce qui ne gâche rien, de très beaux objets-livres, doux, bien en main, avec un beau papier, une maquette élégante… ! Et comme nous sommes tombés sous le charme, nous vous parlerons très bientôt de notre autre coup de cœur : La ballade d’Hester Day  …A suivre !

juil 11

Etoiles filantes

greenC’était en février 2013. Je commençais à accabler mon entourage en décrivant à qui voulait l’entendre (ou pas) à quel point le nouveau roman de John Green (Jean Vert in french) m’avait enthousiasmée ! Pour ceux qui auraient manqué mon billet, et parce que l’été se prête bien à se genre d’exercice, remontez le temps et …lisez ce vieil article plus que jamais d’actualité ! Il se murmure même, qu’en août, un petit jeu pourrait être mis en place pour tester vos connaissances sur le sujet…Mais chut ! On en reparle …

Quel adjectif n’a pas déjà été employé par tous ceux qui ont dit leur passion pour ce roman qui avant même sa parution, avait déjà enflammé la blogosphère ? Le concert de louanges avait commencé Outre-Atlantique (où le Time -excusez du peu, l’avait couronné meilleur livre de l’année 2012 – pour essaimer  dans les pays anglo-saxons). Le Time parlait de génie, des romanciers aguerris disaient John Green au sommet de son art, et les blogueurs rivalisaient d’adjectifs, cherchant comment traduire au mieux leurs émotions…

Ouvrir un livre qui fait l’unanimité et reçoit de tels concerts de louanges est parfois impressionnant : et si, à la lecture, on allait être celui ou celle qui allait être déçu ? Et si, seul dans son coin, on allait trouver à redire ? D’autant plus que John Green ne nous est pas étranger et que pour tout dire, même avant Nos étoiles contraires, on se battait déjà (gentiment, avec fair-play mais bon…) pour avoir la primeur de ses romans…

Et bien, comment dire…Si vous ne deviez acheter qu’un livre, il faudrait que ce soit celui-là ! Je dis « acheter » sciemment parce que c’est un livre que vous voudrez conserver, vous voudrez le lire et le relire, dormir avec et retrouver dans ses pages les endroits légèrement gondolés où vos larmes se seront écrasées. Des larmes de rire (beaucoup) et d’émotion (forcément)…Et surtout vous vivrez longtemps, longtemps avec Hazel et Augustus comme s’ils étaient de vos amis les plus proches.

La vie, l’amour, la mort : des sujets auxquels se frotte la littérature depuis la nuit des temps. John Green plonge son lecteur dans un tourbillon d’émotions, entre rires et gorge serrée et rend un sublime hommage au pouvoir de la fiction dont l’une des grandes fonctions est de nous aider à vivre…Magistral !

PS : et si je ne vous dit rien de l’intrigue, c’est tout à fait volontaire mais je suis prête à vous donner des détails…

juin 25

Double jeu

catQuoi de plus banal aujourd’hui qu’une rencontre sur le net ? Aussi réservés l’un que l’autre, Alex et Kate discutent sur la toile, échangent dans un forum sur un groupe de musiciens, se plaisent et se fixent un rendez-vous lors d’un concert. Entre ces deux là, le courant passe, au premier regard. Tout paraît simple et évident… Sauf  qu’un lecteur attentif remarquera dès la deuxième page que les qualificatifs attachés à Alex sont tantôt masculins, tantôt féminins (« j’étais content » p11, « elle ne m’avait pas trouvée » p12). Qui est Alex derrière cette frange qui lui tombe dans les yeux et son look androgyne ? Pour Kate, cela ne fait aucun doute, Alex est un garçon, mignon, très gentil, qui lui plaît. Alex se garde bien de la détromper et s’installe dans un mensonge dont il va lui être bientôt impossible de s’extraire…

A kiss in the dark est une histoire d’amour vibrante, touchante, et intense, construite en deux temps.  Cat Clarke ne crée pas de suspense autour de l’identité d’Alex mais invite son lecteur à un questionnement permanent quant aux motivations de la jeune fille et renoue avec les thématiques de ces précédents romans dans la deuxième partie du roman où le changement de narrateur alimente la tension dramatique de façon totalement inattendue.

« La trahison n’est que l’une des deux faces d’une lame tranchante comme un rasoir ; sur l’autre, on trouve la vengeance ». Une fois de plus les personnages de Cat Clarke se débattent dans leur quête d’être acceptés, aimés et se prennent dans un piège qu’ils mettent eux-même en place. Dès lors, la chasse est ouverte et les proies toutes désignées…

Ne comptez pas sur moi pour vous en dire davantage sur ce roman qui, au-delà d’une histoire sentimentale questionne sur l’homosexualité, l’identité mais aussi sur la responsabilité et la confiance, et donne à réfléchir aux normes sociales qui conditionnent chacun d’entre nous. Cat Clarke propose au lecteur de voir au delà des apparences, loin de tout cliché et touche au cœur avec des personnages pour lesquels l’on ne peut avoir qu’un sentiment d’empathie tant on les sent vrais, habités, exaltés et assoiffés d’amour. Et pour une fois, elle laissera ses personnages sur le point de vivre leur vie, dans une fin plus ouverte et moins sombre que dans ses précédents romans. Mais chut… on ne dira rien de  plus si ce n’est qu’il y a fort à parier que ce baiser dans la nuit va enflammer les soirées d’été !

juin 21

Chevaliers des temps modernes

9782070658404,0-1996845Le courage, l’honneur, l’intégrité et autres belles valeurs auraient-elles disparues en ces temps immoraux?  Que sont devenus les chevaliers et leurs épées prêts à défendre le bien?

Nostalgique des beaux romans de chevalerie, Erik l’Homme a décidé d’écrire un petit recueil de nouvelles, qui bien que contemporaines sont toutes habitées par cet esprit de grandeur des anciennes vertus moyenâgeuses. Ces histoires qui semblent d’abord être indépendantes les unes des autres se connectent intensément à la fin du livre. Dans chacune, L’Homme réinvente la relation de maître à élève d’une très belle manière et redonne ses lettres de noblesse à la rébellion adolescente. De très jolis textes ; une mention spéciale à la merveilleuse introduction de l’auteur.

« Et moi, si j’avais aujourd’hui seize, dix-sept ou dix-huit ans, comment est-ce que je serais révolutionnaire? En quoi le système me paraîtrait-il insupportable? Quel exutoire flamboyant offrirais-je à mes hormones surchauffées? C’est ce genre de questions que je me suis posées et auxquelles ce récit tente de répondre. [...] « 

Le regard des princes à minuit, Erik L’Homme.

juin 13

Nouvelle donne

Ici-et-maintenant_807Que feriez-vous si vous aviez la possibilité de voyager vers le passé ? Pourriez-vous vous contenter d’être là en observateur, tentant d’être invisible ou succomberiez-vous à la tentation de vous impliquer dans le déroulement des faits, quitte à modifier inexorablement l’ordre du temps ?

En écrivant Ici et maintenant, Ann Brashares s’est intéressée à cette fascinante question du paradoxe temporel si utilisé dans les romans ou les films de science-fiction : du Voyageur imprudent de Barjavel aux Sentinelles du futur de Carina Rozenfeld en passant par

Le jeune homme, la mort et le temps de Matheson, les références ne manquent pas…

Venus du futur, des hommes et des femmes immigrent vers le passé pour tenter de comprendre comment éradiquer une épidémie qui décime la population et qui, selon toute vraisemblance, serait due au changement climatique. La planète souffre, la vie y est devenue difficile et les migrants voient le passé (qui est notre présent) comme un âge d’or sur le point de basculer vers l’irréparable. Pour eux, les règles sont strictes : ils doivent se fondre dans la population sans que personne ne puisse imaginer leur origine et surtout ne jamais se lier intimement avec qui que se soit…

Sachant que les deux héros sont deux ados garçon et fille de 17-18 ans, il ne faut pas être grand clerc pour deviner que Prenna, qui a déjà du mal à respecter les règles va succomber au charme d’Ethan, aussi beau qu’il est surdoué en physique ! Une jeune fille du futur avec un « natif du présent » = un amour impossible en vue…

Là où Ann Brashares relance son propos c’est par la force de sa conviction,  celle de ce message citoyen qu’elle place à bon escient et surtout dans le suspense qui s’instaure dans la deuxième moitié du roman. Mis en demeure de sauver le futur en empêchant quelque chose de se produire dans le présent, nos deux personnages vont devoir interroger leurs consciences être contrains à prendre position, à agir en être responsables. La fin, très ouverte, en laissera plus d’un un peu frustré mais peut-être est-ce une porte ouverte pour retrouver les personnages changés et forcément grandis par cet épisode. A suivre ?

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