Archives du mois de juillet 2009

« J’ai l’honneur de ne pas te demander ta main… »

30juil

 Oublie les mille et une nuits…

oublie les mille et une nuitsAngleterre, Luton, ville située au nord de Londres, quartier Pakistanais. On suit Salima, une jeune adolescente comme les autres, ou presque…  Si elle a été élevée dans le pur respect de la tradition pakistanaise, elle est pourtant une des seules jeunes filles de son lycée à ne pas porter le voile. Elle sort souvent, appartient à un solide groupe d’amies aussi et s’amuse beaucoup. Jusqu’à présent, elle est ainsi parvenue à établir un compromis entre sa culture, les coutumes musulmanes et la vie moderne des jeunes filles de son âge.

Tout bascule  le jour où ses parents décident de partir pour un mois au Pakistan. Le grand-père de Salima, qui est resté au pays avec une partie de la famille, serait très souffrant. Notre héroïne va vite comprendre que la maladie de ce grand-père n’est qu’un faux prétexte à ce voyage: elle apprend en effet à demi mots que ses parents ont prévu de la marier avec un lointain cousin…

Du récit de la préparation de ce fameux voyage, au séjour qui se déroule on ne peu plus mal, Marco Varvello nous plonge dans un roman captivant, entre chronique de moeurs et thriller.

Mieux qu’un vampire : le doppelganger

27juil

figure du double ou doppelganger

Un doppelgänger  est l’être le plus monstrueux que vous pourriez imaginer, du moins lorsqu’il est visible sous sa véritable apparence. A tel point que celui qui le voit tel qu’il est réellement en meurt sur le coup. Ces « choses » vivent grâce à ceux dont elles s’approprient l’enveloppe charnelle et donc, la vie. Dépourvus d’humanité, et donc de sentiments mais pas de conscience, ils tuent pour survivre, sans états d’âmes, parasites implacables et solitaires.

David Stahler reprend cette figure traditionnelle du double ou de l’image spectrale tant utilisée dans la littérature (Maupassant,Haruki Murakami, Bram Stoker, Mary Shelley…) pour faire de son personnage un être certes contraint à tuer pour vivre, mais doté d’une conscience qui le fait souffrir et surtout d’une image de lui-même qui le déroute, l’effraye, le dégoûte…Le doppelgänger croise la route d’un adolescent populaire, joli garçon qui semble avoir tout pour plaire : en prenant sa vie et son apparence, en devenant un autre lui-même, le doppelgänger va voir au-delà des apparences…

 

tête de vampire

Tout en jouant des thèmes chers aux amateurs de vampires et autres créatures des ténèbres, l’auteur propose aussi une belle variation autour de l’adolescence et de ses questionnements, de ses hésitations, plaçant son héros face à des choix cornéliens que ne renierait pas la célébrissime Stéphénie Meyer. Fascination, Tentation, Hésitation, Révélation, …résignation !

Un roman intrigant, mêlant étrange, surnaturel, amour et qui propose une réflexion sur l’identité, les choix, la construction des individus et la conscience tout à fait passionnante et qui sera donc une alternative intéressante aux aventures de Bella et Edward.

Des frissons en plein été

21juil

couverture Je suis ton secret Manah, 15 ans, découvre dans son agenda un curieux message lui annonçant une prochaine interro surprise en anglais…Ce qui lui semble être une blague potache devient pourtant réalité le lendemain. Les messages prémonitoires se multiplient, deviennent aussi sérieux qu’inquiétants, jusqu’à lui annoncer la mort prochaine de Lilian, son meilleur ami.

Qui est derrière ces lignes mystérieuses ? Quel est le but de celui ou celle qui les rédige ? Quel est la nature du piège qui se referme lentement sur la jeune lycéenne ?

Il faudra que Manah puise dans le sang-froid acquis par son intensive pratique du karaté pour faire face à l’angoisse qui va crescendo pour elle …comme pour le lecteur

Marc Cantin inaugure avec Je suis ton secret un diptyque glaçant à souhait. Son écriture rapide et efficace fait merveille et sert une intrigue serrée, nerveuse qui vous fait tourner les pages à toute allure. La suite est prévue pour octobre mais si je vous révélais la fin du tome 1 vous seriez aussi impatients que moi de voir déjà arriver l’automne, son lot d’averses et les premiers frimas sans passer par la case « été »…

Pour patienter, à suivre sur le site des éditions Rageot l’enquête menée par Ricardo Sanchez, une fiction numérique signée Marc Cantin, et le clip de présentation de la série Messages.

Un livre à vous glacer le sang…

 

 

 

A bas la compet’ !

18juil

 petite formule 1S’il existait une course des petits livres courts mais néanmoins grands et forts pour ce qu’ils vous ont donné à penser, Tu seras une formule 1, mon fils, roman  de Dorine Bertrand, aurait de grandes chances de passer en bonne place sous le drapeau à damiers !

Ce roman à l’humour ravageur met en scène un collégien de 5ème prénommé Renault – en hommage au concessionnaire du même nom chez lequel son père est premier vendeur – élevé dans l’idée indiscutable qu’il est et demeurera le meilleur tout au long de sa scolarité et donc, par conséquence, dans sa vie d’adulte et de futur « manager ». Dans la famille, place aux « winners », nés pour écraser les autres. De ce fait, de tout temps à jamais, Renault a toujours ramené victorieusement des bulletins scolaires sur lesquels sa place de 1er ne laissait aucun doute. C’était sans compter sur l’arrivée d’une petite fille fluette, discrète, mal fagottée, rêveuse.

La machine se grippe : Renault est deuxième…Père et fils se  doivent d’élaborer une stratégie infaillible pour faire chuter l’ennemie et reconquérir leur rang, quel qu’en soit le coût…

Voilà un petit roman d’un peu plus de cent pages qui étonne d’abord par une curieuse accumulation de marques d’électroménager, de téléphone et autres objets présents dans notre quotidien qui ne sont plus désignés par leur nom mais par celui de leur fabricant. Puissante critique d’une société de consommation qui n’hésite pas à prendre ses enfants comme première cible de marketing, cette fable  délicieuse autant que féroce est aussi une violente satire de la course à la réussite, à n’importe quel prix et prône le droit au rêve, à l’évasion, à la gratuité du geste. Une bouffée d’oxygène !

Tu seras une formule 1, mon fils, édité aux éditions de La joie de lire est sélectionné pour le Prix des Incorruptibles 2009/2010 catégorie 5ème-4ème

Juette l’insoumise

15juil

La passion selon JuetteLa lecture de ce roman qui prend pour héroïne une splendide figure féminine du Moyen-Age n’a pas été sans me rappeler le transport qui m’avait agitée à la lecture de l’Antigone de Jean Anouilh. Ce personnage d’infatigable révoltée au cœur pur et immense de désir qui reste pour moi l’archétype du refus à la soumission et au compromis avait alors enchanté mon existence et sans doute en voit-on encore des traces dans ce que je suis aujourd’hui.Mais ceci est une autre histoire !

Juette est une toute jeune fille, encore plate et maigre. Sur son corps, à la toilette, sa mère cherche en vain les signes qui vont marquer sa transformation en femme bonne pour le mariage. Juette, elle, n’est pas pressée d’acquérir ce statut. Elle se frotte au monde, dans les limites que lui offre sa condition de jeune fille aisée et éduquée et a pour confesseur et confident un jeune moine, Hugues de Floreffe qui souvent se trouble devant la hardiesse de la jeune fille, prompte à contester une Eglise qu’elle trouve scandaleusement opulente alors qu’elle prône l’ascétisme en paroles.

Finalement contrainte par son récent mariage (à 13 ans) à donner un fils à naître, naissance vécue par la toute jeune fille comme une double brutalité, comme si en ayant un garçon elle reproduisait elle même la violence qu’elle a subie, Juette se révolte et en paie le prix…

Clara Dupont Monod éclaire son personnage magnifiquement par une langue élégante, ardente et subtile. Elle rend là un sublime hommage à une des grandes dames du Moyen-Age injustement moins célèbre qu’Héloïse, insoumise et contestataire, prônant tout sa vie  « la liberté de croire mais aussi de vivre à sa guise ».

Une lecture exigeante – mais passionnante – à conseiller à de bons lecteurs. [Voir le livre]

Audrey wait !

12juil

Comment je suis devenue célèbre malgré moiComment Audrey aurait-elle pu imaginer que cette phrase aussi banale qu’une paire de jean usée pourrait bouleverser sa vie en faisant d’elle une icône « people » poursuivie par des fans déchaînés et des paparazzis agitant leurs téléobjectifs sous son nez ?

Elle est pourtant une fille comme les autres, écoute de la musique à s’en faire exploser les oreilles, découpe les chaussettes de son père pour s’en faire des mitaines, vend des glaces à « la Boule qui roule » pour se faire un peu d’argent malgré sa difficulté à assumer le ridicule de la situation, a un petit ami chanteur dans un petit groupe de rock amateur et une super copine, celle dont on à toutes besoin, toujours là, avec une énergie à rendre jalouse une centrale EDF.

Alors qu’Audrey quitte son petit ami Evans, décidément trop égocentrique (ah ! les artistes…), celui-ci compose moins de dix minutes plus tard ce qui va devenir LE tube planétaire de l’année avec pour refrain entêtant : « Audrey, attends !!! ».

Dès lors, la presse people traque puis s’empare d’Audrey pour la jeter en pâture aux fans en délire.

Bref, vous l’aurez compris derrière cette histoire se cache une féroce critique des magazines à scandale, prêts à tout pour vendre du papier glacé où les paillettes cachent à peine la vulgarité et la vacuité du contenu.

Comment je suis devenue célèbre malgré moi, premier roman de Robin Benway qui révèle là une jolie plume sacrément « punchie », avec des répliques qui font mouche, dresse surtout le portrait d’une jeune fille d’aujourd’hui, un rien superficielle peut-être mais qui cherche à rester une fille normale que le star system ne pourra pas corrompre. Authenticité et naturel sortiront vainqueurs haut la main du combat qui les a opposés aux paillettes éphémères !

A découvrir sur le site des éditions Nathan, la page consacré à ce roman qui va être l’un des livres les plus lus sur la plage…et ailleurs.

Austen ou Brontë ?

11juil

 portrait de Cassandra Prenez un père écrivain qui se refuse à écrire, une belle-mère aussi ravissante que fantasque, une sœur aînée qui désespère de pouvoir un jour trouver un prince même peu charmant qui veuille bien d’elle, un jeune frère espiègle. Faites-les vivre très chichement dans un magnifique manoir aux charmes plus que désuets  : vous avez là le portrait complet de la famille de Cassandra, 17 ans. Loin de se complaire dans la morosité ambiante, la jeune fille passe l’essentiel de son temps dans la rédaction de cahiers, racontant par le menu sa vie, ses rêves, ses interrogations,  se livrant ainsi sans fin à sa seule passion : l’écriture. Si elle rêve comme sa sœur d’une vie meilleure, sa principale question reste de savoir si elle préfère Charlotte Brontë ou Jane Austen ! La vie des deux sœurs va prendre soudainement un tout autre tournant – romanesque en diable -  avec l’arrivée de deux jeunes et charmants américains dans le voisinage.

Ce roman de Dodie Smith, paru en 1947 en Angleterre reste outre Manche un véritable classique et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas pris une ride. Frais, enlevé, touchant, drôle, Le château de Cassandra se lit comme un journal intime puisque le texte est composé des différents cahiers écrits par Cassandra, tout en ayant le souffle d’un roman d’aventures avec force péripéties et rebondissements.

A recommander notamment aux fans de littérature anglaise victorienne et aux amoureux de Jane Austen et de Charlotte Brontë en particulier qui verront dans ce roman des allusions nombreuses à leurs romancières favorites.

dodie Smith et quelques dalmatiensNée en 1896  dans le Lancashire, Dodie Smith a étudié l’art dramatique à la Royal Academy of dramatic Art. Emigrée aux Etats-Unis avec son mari lors de la seconde guerre mondiale, elle y écrira de nombreux scénarii pour Hollywood. Si c’est Le château de Cassandra qui la rendra célèbre, c’est son autre passion pour les chiens blancs à pois noirs qui fera d’elle une star via l’adaptation que Walt Dismey fera de son roman, …Les 101 dalmatiens ! Dodie Smith s’est éteinte à l’âge de 94 ans.*

*Sources : Gallimard jeunesse

La mer, la mer…

09juil

 garçon de dos sur un rocher à marée basseMiles, 13 ans, est mesuré tous les mois par son père inquiet de sa petite taille. Et Miles, bientôt 14 ans, en a assez d’être pris pour un gamin alors que son intérêt pour les filles suscite en lui des émotions aussi intrigantes que précises ! Au cours d’un seul été, tout va changer pour le jeune Miles. Passionné par le monde marin et parfait connaisseur du petit monde de la baie au bord de laquelle se trouve la maison familiale, Miles va faire une découverte inouïe qui va bouleverser le monde scientifique et faire de lui une vedette locale.
Mais s’il n’y avait que ça ! Ses parents ne s’entendent plus, sa meilleure amie -une vieille dame médium- est en fin de vie, son meilleur copain manque se noyer dans la baie et son ancienne baby-sitter est si belle qu’elle lui met la tête à l’envers…
Un drôle d’été pour Miles, un très beau roman pour le lecteur : on est ému, attendri, surpris, amusé et intrigué par le dépaysement que procure la découverte de ce monde marin.
La dimension écologique est présente tout au long du roman : qui sait observer saura protéger et en aura le devoir. Voilà qui pourrait être la devise de ce « petit » Miles, personnage attachant, animé d’une curiosité insatiable.
A marée basse est un premier roman passionnant pour tous les amoureux de la mer, porté par une écriture fluide et un ton extrêmement vivant.
A marée basse, de Jim Lynch, Livre de Poche

Norma Fox Mazer : Le courage du papillon

06juil

Le courage du PapillonVoilà une couverture un rien girly, printanière en diable avec son côté herbe fraîche et papillons voletant pailletés de surcroît. Attention à la surprise ! Le titre de ce roman à suspense est en effet en lui-même un premier – bien que léger – indice. Pourquoi faudrait-il  qu’un papillon soit courageux ? Aurait-il à affronter quelque péril ?…

Les cinq sœurs Herbert vaquent à leurs occupations quotidiennes, se déplaçant parfois toutes ensembles, parfois seules, à deux, à trois…Il y a là Beauty, Mim, Faithful, Fancy et Autumn, cinq sœurs qui ne sont pas sans rappeler celles de la série Quatre sœurs de Malika Ferdjoukh. Petits faits et gestes de la vie de tous les jours les croquent à tour de rôle dans leurs particularités tout en révélant quels sont leurs rêves, leurs projets. Des vies simples de jeunes filles simples. Sauf que…Sauf qu’Il est là, dès le début du roman, ce Il glaçant qui les suit du regard, les observe, les espionne, choisissant de jeter mentalement son dévolu sur l’une , puis sur l’autre. A la suite d’un différent familial, Autumn, la plus jeune, sort prendre l’air et remettre ses idées en place. Le destin a parfois le nom du hasard : « Il » est sur sa route. Le piège se referme…

On attend longtemps que l’angoisse monte : dès le début du roman, la menace est latente, le Mal est tapi, prêt à bondir. Mais lorsque le nœud se resserre, l’on n’est pas déçu ! La dernière partie se lit frénétiquement comme le meilleur des thrillers.

Alors, attention aux couvertures, elles cachent parfois d’immenses terreurs…

A partir de 13-14 ans

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