Archives du mois de août 2009

Un ange passe

31août

couverture ce que disent les nuages-mollatLa guerre de l’eau fait rage sur toute la planète. Le ciel laiteux n’a pas versé une goutte de pluie depuis des lustres. En recherchant dans le vieux puits les quelques gouttes qui pourraient sauver les rosiers bien-aimés de sa mère, Colin voit apparaître une créature nimbée de lumière et qui plus est pourvue d’une superbe paire d’ailes. Dès lors, le jeune garçon est poursuivi par les voix des anges qui le chargent d’un incompréhensible message. Emmené chez le curé pour y être désenvoûté, Colin va être confié aux bons soins de Kantor, personnage aussi trouble que savant et proche du redoutable Murphy, mégalomane richissime à la tête d’un puissant empire.  Alors que l’enfant est considéré comme fou par son entourage, Murphy voit en lui celui qui va lui permettre de réaliser son rêve insensé : retrouver le Paradis Terrestre.

 

Voilà un roman fou, un roman fleuve, un beau roman à l’imagination débridée. Passé un court prologue -certes utile mais un peu obscur à mon goût-, Lorris Murail plonge son lecteur dans un univers inventif, empreint de magie, de poésie et d’humour. Il mêle sans retenue aucune l’écologie (avec le thème de la guerre de l’eau et de l’épuisement des richesses), des thèmes philosophiques comme le hasard, la liberté, le libre arbitre, le choix ou encore l’engagement et les grands thèmes bibliques. Le Bien, le Mal, les anges et les démons, le Paradis terrestre sont au coeur de ce roman envoûtant d’un bout à l’autre, plein de surprises et de péripéties. Un ton enlevé, sans temps mort, un propos malin voire intelligent sont les atouts de cet excellent roman dont l’épaisseur raviera les mateurs de gros pavés délectables.

A lire donc, à partir de 13 ans.anges dorés sur piédestal

Les prédictions d’un lapin noir

27août

Voilà une couverture qui donne le ton ! Un lapin à la gorge tranchée par un titre à double sens : d’un côté l’idée d’un ennui profond (tuer le temps), de l’autre évidemment celle du sang versé. Efficace résumé en somme de la situation…

Peter, 16 ans, tourne en rond cet été-là, occupé à ne rien faire. Le coup de téléphone de Nicole, son ancienne petite amie va soudainement changer la donne : elle lui fixe rendez-vous pour une dernière fête avant son déménagement à Paris. Ce sera comme avant, avec Eric, son frère jumeau et Pauly, leur ami. Tous les quatre à la cabane, comme avant…Mais avant quoi ?

Peter propose aussi à Raymond, ce garçon qu’il affectionne particulièrement de se joindre à eux. Raymond si fragile, différent, qui dit entendre la voix de son lapin noir lui révéler des secrets.

Très vite, la fête tourne au règlement de comptes. Au fur et à mesure que circulent l’alcool et la drogue, les sous-entendus deviennent lourds,  chacun ayant désormais du mal à trouver sa place dans le petit groupe.

Dans un décor de fête foraine tonitruante, où les images stromboscopiques et la foule bouleversent les repères, les adolescents se dispersent puis se téléscopent, pantins égarés par la drogue, animés de vieilles rancunes, de peurs, de désirs, de jalousies confusément tissées dans leurs esprits bouleversés. Au milieu de tout cela, telle la reine de la nuit, Stella, petite starlette provocante, apparaît.

Son lapin l’a prédit à Raymond : ce soir, une étoile va s’éteindre…

Un été à tuer est l’un de ces romans dont on ne se remet pas dans l’instant. Comme dans l’excellent Comment j’ai tué mon père…sans le faire exprès, Kevin Brooks explore la thémathique de la culpabilité, de la fuite en avant, de la dissimulation. L’ambiance est tendue, crispante à souhait. Véritable plongée cauchemardesque dans les esprits perturbés d’adolescents troublés par ce qui leur échappe de la compréhension d’eux-mêmes et plus encore des autres et du monde, ce thriller dérangeant trouve  toute son efficacité dans les scènes dialoguées nerveusement, assez réalistes.

Et une question lancinante rythme en arrière-plan tout le roman : où est Raymond ?

Ovnis & love

24août

  extraterrestresQuand la pétulante Susie Morgenstern rencontre le fou de SF et de mondes imaginaires qu’est le talentueux Alain Grousset cela donne …un Ovni littéraire ! A la fois drôle, imaginatif et palpitant, Tout amour est extraterrestre mêle amour, thriller, aventure et science-fiction en jouant allègrement sur tous les tableaux.

Alors même qu’elle commence une torride relation  amoureuse dans les bras du séduisant Oliver, Pauline découvre qu’elle est sur le point de se transformer en garçon et apprends du même coup qu’elle est la fille – ou plutôt le fils ( !) – d’un extraterrestre…Ca commence fort ! Et ça n’est qu’un début…Séquestrations, complots, évasions, ce qui était de l’ordre de l’apprentissage intime tourne vite à l’aventure rocambolesque et farfelue !coeur dessiné sur une vitre embuée

On s’amuse donc beaucoup à la lecture de ce roman léger mais énergique en diable qui va crescendo et vous laisse avec le sentiment d’avoir passé un excellent moment. On y retrouvera l’habituelle tendresse de Susie Morgenstern pour ses personnages féminins, et la fascination d’Alain Grousset pour ces êtres venus d’ailleurs que sont les garçons…euh…je veux dire, les extraterrestres !

 

 

 

 

 

Travailleuses, travailleurs…

21août

Doullens, filature Saint Frères1913. La filature de M. Parfait fait vivre toute la région. Fleuron de l’industrie textile du Nord, l’usine tourne à plein régime, rémunérant ses employés au rendement. Alors qu’il vérifie le bon fonctionnement des machines, Justin, jeune ouvrier idéaliste aperçoit des gendarmes à cheval entrer discrètement dans l’usine, suivis d’une voiture noire. Après un court séjour dans le bâtiment, ils repartent chargés d’une civière où repose un corps recouvert d’un drap.

Pourquoi tant de discrétion sur ce décès ? Comment le jeune Axel Tanneur (dont très vite on ne prononce même plus le nom) est-il mort à son poste de travail ? Meurtre ou accident ?

Un inspecteur du travail vient enquêter dans l’usine…

 Vibrant hommage au monde ouvrier, La seconde mort d’Axel T. est un roman qui fait du bien. Qui dit cette lutte éternelle entre pot de fer et pot de terre, la solidarité des plus démunis, le pouvoir écrasant des nantis et la nécessité de continuer pourtant à se battre. Parce que l’Histoire de la condition ouvrière est là pour montrer que des avancées ont eu lieu, parce que dire « on n’a pas le choix » comme le dit Justin à son père, ardent syndicaliste récemment « remercié », n’a jamais fait avancer les choses. Histoires individuelles et grande Histoire se mêlent dans un roman loin pourtant d’un manichéisme béat. Elisabeth Motsch s’est inspirée des filatures Saint-Frères aujourd’hui disparues (décrites par Hector Malot dans En famille) et retrace avec justesse la vie de ce début de siècle où la vie humaine ne valait pas grand chose face à la productivité des grandes usines, pas plus qu’elle n’en aura quelques mois plus tard, à l’heure de la mobilisation, menace sourde et sombre qui plane sur la fin du roman.

                                                                                                      COUVERTURE LA SECONDE MORT D'Axel T.

En attendant Edgar

18août

chanteur devant un microEdgar ne viendra pas ! La nouvelle a l’effet d’une douche écossaise sur les six adolescents de bonne famille qui attendaient sa venue dans une vaste propriété en bord de mer à Paillac. Il faut dire qu’Edgar est devenu avec une seule chanson la nouvelle idole des jeunes, même s’il a dû, pour décrocher la gloire, s’asseoir sur la haute conception qu’il avait de son art…

Tout le monde fait grise mine dans la vaste maison sans vouloir avouer à voix haute sa déception, le sentiment d’être laissé sur la touche par celui qui désormais passe des vacances dorées à Saint Tropez.

 

port de saint tropez

Mais qu’y a t-il derrière les apparences ?

Avec Mes vacances sans Edgar, Claire Julliard fait  une jolie caricature de jeunes bourgeois désœuvrés, blasés, quelque peu artificiels et exaspérants mais dont les masques vont s’effriter peu à peu au fil du récit, au profit de la densité que vont prendre leurs confidences.

Cette histoire légère comme une rengaine qu’on fredonne sur la plage s’avère plus profonde qu’elle n’en a l’air avec une peinture assez fine des effets de la gloire sur de jeunes âmes éblouies par les paillettes.

« Sur la plage abandonnée, coquillages et crustacés…»

                                                                    

 

Vacances en famille

14août

oliveraiePour Manon, 15 ans, les traditionnelles vacances  en famille dans l’idyllique Villa des oliviers n’ont pas la même saveur que d’habitude. Peut-être parce que Célia, sa meilleure amie, a dû rester à Paris alors qu’elles avaient déjà tout prévu pour que cet été là soit inoubliable, peut-être aussi par qu’à 15 ans, les rituels familiaux paraissent plus lassants. Peut-être parce qu’à 15 ans, on attend autre chose de la vie que les journées pédalo en tribu, les soirées jeux avec son papi poutant adoré et que l’on a parfois du mal à supporter sa mère…

Alors Manon boude, chipote dans son assiette, maugrée quand on lui parle et occupe son temps à bronzer en plein midi parce que ça énerve sa mère et à observer les couples de sa famille : grands-parents, oncles et tantes et bien sûr, ses parents. Ses centres d’intérêt vont toutefois changer de nature quand le jardinier de la propriété, malade, se fait remplacer par son fils. Nicolas, 18 ans, devient alors l’objet de toutes les pensées de Manon…

Je n’en dirais pas plus sur ce très joli  roman au ton doux-amer. Le charme des personnages opère et fait du roman d’Anne Vantal un beau portrait d’adolescente dont les sentiments exacerbés fleurent bon l’authenticité. Plus qu’un roman de plage, Villa des oliviers évoque avec tendresse ces moments où grandir ne se fait pas sans souffrance.

 

                                                                             

Zazzi, Mollo et Attila sont dans un bateau

11août

1977. L’Italie  des grandes manifestations étudiantes, des Clashs, des Brigades Rouges,  des Sex Pistols, des répressions sanglantes, des jeans pattes d’éph’ et de la télé couleur.

 

 

 

©AFP/Archives

manifestations étudiantes en Italie 1977

Ils sont trois potes, à la vie, à la mort. Mollo, le petit gros fan de la Juventus passe son temps à faire des listes (les meilleurs joueurs, les meilleurs matchs, les meilleurs arbitres…) et dévore la presse sportive histoire d’oublier qu’il est souvent le dindon de  la farce. Franz, dit Zazzi pour les intimes est l’élément incontrôlable du groupe : provocateur, fin connaisseur des oeuvres du Duce, s’exprimant dans un langage des plus vulgaires, ce petit néo-nazi au look maitrisé (perfecto, « jean flingué à la Javel », et tee-shirt à messages) est aussi grand lecteur de magazines de charmes très illustrés … Attilio, (dit Attila pour les copains) est le tendre de la bande, le plus discret, l’amoureux, celui qui rougit, surtout devant les filles. Et des filles, dans son coeur, il y en a deux : Alice-yeux bleux-tresses rousses-, sa grande soeur partie vivre à Milan et puis surtout la blonde Margherita, soleil de ses jours, qui lui fait jaillir le coeur hors de la poitrine.smiley

S’il y avait un remède au dégoût de la lecture, Le pays des merveilles pourrait sans conteste figurer sur l’ordonnance ! On hurle littéralement de rire à la lecture des dialogues de ce roman qui pourraient bien devenir cultes. Giuseppe Culicchia a une plume irrévérencieuse en diable, véritablement trempée dans l’acide. Des dents vont grincer !  Par la voix de son narrateur Attilio, le jeune auteur italien fait le portrait d’une jeunesse qui doute, s’interroge, découvre, s’inquiète, expérimente, rêve…et redoute de devenir un jour comme ces adultes qui rentrent du travail, éteints.

Les trois garçons ont le verbe cru, et haut en couleur, la provocation facile et des coeurs gros comme ça. Paillards -ils ne pensent qu’à « ça » – et timides, avides de jouir de la vie mais troublés par les violences que subit le pays, ils sont l’âme du pays des merveilles, celui où l’on n’est pas encore adulte, où on peut encore rêver que tout peut arriver.

Lisez le Pays des merveilles, on en sort enchantés, émus, une larme au coin de l’oeil et le doux souvenir d’avoir tant ri.

                                                                            

Pour des chewing-gums à la banane

08août

Quand on va dans les commerces,couverture de je ne suis pas soeur Emmanuelle le piège, c’est la ten-ta-tion ! Les commerçants sont des êtres diaboliques qui mettent à hauteur de vos yeux tout ce qui peut les attirer et attirer du même coup votre main, comme un aimant. Positif, négatif, l’attraction fatale !

 

Comment Adèle aurait-elle pu résister donc à ces sublimes chewing-gums bio à la banane ? Riche des 50 € que lui a confiés sa mère pour faire les courses, Adèle craque donc et les jettent dans son panier. Hasard, fatalité ? Les tant convoités chewing-gums échappent à  la vigilance du caissier de Naturalia et sont donc de fait « volés » par Adèle.

Comment et pourquoi ce vol involontaire prend t-il des allures  de crime aussi affreux qu’impardonnable dans la tête agitée d’Adèle ?

Et surtout…pourquoi pense t-elle sans cesse à Soeur Emmanuelle ? Est-ce seulement parce qu’elle ne sait pas donner sans attendre en retour qu’elle aime à dire : Je ne suis PAS soeur Emmanuelle ?

 

Il faut donc plonger dans ces quelques pages (62 pour être exacte) pour avoir toutes les réponses à ces questions. Passé l’humour et un certain sens de la provocation, l’émotion émerge peu à peu au fur et à mesure des révélations faites au lecteur.

Carine Tardieu réussit dans ce texte intense (comme le sont la plupart des textes de l’ excellente collection D’une seule voix ) à traduire le monde intérieur d’une adolescente qui se questionne sur le monde, la famille, le rapport aux autres avec une finesse et une justesse qui saura je pense toucher les lectuers de tous âges. A lire…

La romancière qui écrit plus vite que son ombre

03août

Bon, que les choses soient bien claires, la lecture, moi, j’aime pas trop ça. J’estime qu’il y a beaucoup plus intéressant à faire que de s’abimer les yeux pendant deux heures à déchiffrer des pages noires et blanches. C’est vrai quoi, autant fixer un échiquier en attendant que la Reine vous tape la causette ! La lecture et les échecs, même combat : c’est naze de chez naze ! Mais bon, il serait idiot de ne pas rentabiliser mes années d’apprentissage de la lecture, cette terrible période où ma mère m’obligeait à lire Oui-Oui tond la pelouse, alors que j’aurais préféré aller torturer des vers de terre. J’ai alors essayé Nulle et Grande gueule de Joyce Carol Oates, une romancière américaine qui a écrit tellement de livres qu’on se demande si elle n’a pas six mains. Au début, c’est le titre qui m’a attiré. Ca m’a rappelé l’ébauche de mon autobiographie que j’ai intitulé Sournois et Frappadingue (grands moments de terreur garantis !!). Qu’on ne s’y trompe pas, Nulle et Grande Gueule n’est pas qu’une seule et même personne, alors que personnellement ce sont deux qualités que j’apprécie voir réunies chez quelqu’un. Coté Nulle, nous avons Ursula. Elle est grande, belle, intelligente, elle plait à tout le monde sauf à elle-même. Coté Grande Gueule, c’est Matt. Lui, c’est le joyeux luron, il aime rire et faire rire, sauf que le jour où il dit qu’il va poser une bombe au lycée, on le prend très au sérieux, et la descente aux enfers qui va s’ensuivre ne lui donne plus du tout le goût à la plaisanterie. Seule Ursula, qui n’est peut-être pas si nulle que ça, ne cèdera pas à la rumeur… J’en veux doublement à Joyce Carol Oates. Premièrement, j’ai tellement été happé par cette lecture que j’en ai oublié de créer mon troisième nain dans Lord of Warcraft. Deuxièmement, ce roman existe dans deux éditions : Folio et Gallimard Jeunesse. Pensant qu’il s’agissait de deux versions différentes, genre avec des passages inédits et des interviews des personnages (je sais c’est débile…), j’ai alors lu les deux de bout en bout. C’était complètement stupide vu que c’est le même texte à la virgule près… Mais bon, si jamais il y a une autre édition qui sort, je m’en fiche, je la lirai quand même, on ne sait jamais. En attendant, je vais peut-être lire ce roman une troisième fois, c’est sûrement plus intéressant que d’apprendre à jouer aux échecs…

Vitriol Lecteur

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