Archives du mois de septembre 2009

Héros ou rien !

30sept

couverture heros de la valléeImaginez une enfance bercée par les récits des exploits de votre lointain mais non moins courageux ancêtre. Comment il s’amusa à défier les Trâles (des trolls mais en pire !) à la nuit tombée, comment il les affronta à mains nues, comme ceci et comment cela… Ah ! Les exploits de Svein…Comme autant de berceuses, ils sont contés à la veillée, de génération en génération dans la Maisonnée de Svein, l’une des douze communautés de la vallée.

Oui, mais voilà…Lorsque l’on est cadet de la famille, peu favorisé par la nature du point de vue de sa morphologie et donc promis pour ces deux raisons, mais surtout pour la première à un avenir sans gloire mais avec beaucoup de misère et que l’on n’a aucune chance d’être un héros à son tour, que faire ? Partir défier les Trâles ? Autant se pendre directement comme un jambon au plafond !

Halli, le cadet de la maisonnée des Svein donc, anti-héros s’il en est, moche (disons-le tout net sans jouer les hypocrites), pourvu de petits jambes tordues et d’un très sale caractère, prompt à imaginer les bêtises les plus lourdes, est tout à fait désespéré quand l’aventure se propose enfin sous la forme d’un drame familial. Son oncle Brodil a été assassiné sous ses yeux ! L’heure de la vengeance a sonné : il se met en quête de l’assassin…

Après la trilogie de Bartiméus, Jonathan Stroud était bien évidemment attendu par les fans (dont nous sommes…). Changement de registre pour les Héros de la vallée : de la pure fantasy au goût médiéval avec un bestiaire effrayant et mystérieux (les fameux Trâles : brrrrrr !), des légendes familiales, des rivalités entre Maisonnées, et…un humour ravageur !

Roman d’aventures, roman initiatique aussi, les Héros de la vallée est aussi un roman qui, tout en étant extrêmement divertissant, amène une vraie réflexion sur la responsabilité ou encore la violence. Halli va aller au bout de lui-même, grandir, découvrir aussi que les légendes familiales ne sont pas toujours à prendre au pied de la lettre…

Alors, « Prêtez-moi l’oreille et je vous conterai à nouveau la bataille du Roc… »

les cerises ont le blues

26sept

paire de cerises bleues dont les queues forment un coeurIls sont quatre. Quatre copains, ou plutôt des amis, deux filles, deux garçons. Complices, solidaires, complémentaires et donc différents dans leurs goûts, leurs choix. Zik, folle de musique, Violette, fleur bleue romantique, Satya, sous le charme d’une « terroriste » poétique et Amos, le coeur en vrille, comme les trois autres…Tous liés par l’amitié et aussi (surtout ?) par un pacte scellé deux ans auparavant, en Ardèche, au bord d’une rivière.

La série des  Blue cerises n’a pas fini de nous intriguer et de nous captiver ! Il s’agit de quatre petits livres (à petit prix) qui, sous quatre plumes différentes offrent au lecteur quatre points de vue sur une même semaine de vacances de la Toussaint vécue par les quatre protagonistes.

Ce « concept » original qui, s’il m’a simplement paru ingénieux et original au départ me laissait je dois dire un peu perplexe…Comment les quatre auteurs allaient-ils éviter les répétitions, comment allait-ils conserver leur identité tout en faisant œuvre commune ?

Pari gagné ! Il n’y a qu’à lire les quatre opuscules pour être convaincu de la démarche, fasciné par le mystère lié au pacte (il faudra attendre la suite à paraître le  8 octobre pour en savoir un peu plus), et pour être sous le charme du (des) style(s ) des quatre romanciers. Les points communs à ces histoires croisées sont la justesse du ton, la crédibilité des personnages et des situations et une qualité d’écriture qui rendrait jaloux bien des auteurs. Une série passionnante donc que je recommande ardemment d’autant que le petit prix de chaque volume (4€) ne peut qu’inciter à la gourmandise !

Les liens du sang

23sept

scène de vampirisme époque victorienneCe n’est une nouvelle pour personne : la mode est aux vampires. Après la célébrissime série américaine dont les titres rimes avec passion, les vampires de Manhattan, ou encore la série -encore américaine (!) de L.J Smith qui tient en ce moment la dragée haute à ses prédécesseurs et carracole en tête des ventes -, on en oublierait presque que le genre est loin d’être nouveau et que les histoires sanglantes ont passionné nos ancêtres. De la terrible histoire de La morte amoureuse à la romantique dame pâle, de la ténébreuse et glaçante Carmilla, symbôle de l’amour interdit à l’envoûtant Dracula, chef-d’oeuvre incontournable du genre, la littérature du XIXème siècle a été riche de ces récits de sang et de passion.

 

 

 

 

 

Le vampire par Philip Burne-Jones

 

C’est justement au coeur de l’époque victorienne que Fabrice Colin ancre le premier volume de sa nouvelle série : les étranges soeurs Wilcox

Que vous dire ? Que Luna et Amber sont liées par les liens du sang (elles sont soeurs…), qu’elles cachent un secret que je ne révèlerai pas même sous la morsure, oups, je veux dire sous la torture. Et que leur route va croiser celle du génial Sherlock Holmes, du bon docteur Watson et du terrifiant Jack l’éventreur. Londres (et le royaume tout entier) seront bientôt à la merci des Drakuls. A moins que…

Choisissez un endroit confortable : vous n’allez pas poser ce livre avant de l’avoir fini, puis vous vivrez des mois, langue pendante (et oui, je sais c’est disgracieux et peu pratique) dans l’attente de la suite, puisque suite il y aura.

Les vampires de Londres, premier tome de la série, est un très grand roman d’aventures, inventif, malicieux, profond, émouvant, palpitant. La grande Histoire se mêle à merveille à l’imagination -fertile – de Fabrice Colin et fait de cette série un parfait modèle de Gaslamp (sorte de mélange entre roman gothique et littérature policière victorienne). Bref, irrésistible de bout en bout, Les étranges soeurs Wilcox n’ont pas fini de nous faire frémir…de bonheur. En résumé, on est mordus !

couverture Etranges soeurs Wilcox

 

 

Les mots de Lenny

20sept

enfant en train de sauterLenny suscite bien des discussions au sein de l’équipe pédagogique de l’école qu’il fréquente. Nombre d’entre eux serait favorables à son inscription dans une classe de surdoués, peut-être surtout pour en être débarassés. Lenny est différent. Brillant scolairement, bricoleur insatiable et curieux juqu’à l’obsession, Lenny déroute les adultes qui ne savent pas comment gérer ces avalanches de « pourquoi » qui perturbent tout apprentissage. Les uns sont pour les punitions, les autres jouent l’indifférence, quant à sa mère, « mannequin-main », redoutable d’efficacité dans toutes les taches quotidiennnes, elle ne touche Lenny que du bout de ses gants destinés à protéger son « instrument » de travail de toute blessure, même minime. Quand au papa, disparu dans la nature depuis longtemps…

Lenny va faire deux rencontres qui vont bouleverser sa vie : Van, frêle petit garçon atteint de leucémie et Muriel, avec qui il prend vite l’habitude de discuter à bâtons rompus.

Le monde de Lenny est un des plus drôles mais aussi des plus bouleversants romans de cette rentrée. Kate Banks, en romancière subtile et pudique livre encore une fois un roman plein de sensiblilité et trace le portrait d’un jeune garçon terriblement touchant, confronté à l’absence, au manque de réponses, à des questionnements si vastes qu’ils l’empêchent de vouloir simplement grandir.

La vie, la mort, l’amitié et l’amour sont au coeur de ce roman qui navigue sans cesse entre tendresse et tristesse, poésie et réalité. Lisez Le monde de Lenny et apprenez avec lui à fabriquer des arcs-en-ciel. Ça porte bonheur !

arc en ciel avec enfant en vol dessiné au trait

 

Un siècle d’histoire(s)

15sept

couverture de la Saga MendelsonA regarder la riche bibliographie de Fabrice Colin, on serait tenter de croire que ce romancier  dont le talent n’est plus à prouver, ne navigue guère hors des eaux profondes du merveilleux et d’un imaginaire peuplé de créatures aussi écailleuses que fascinantes ou d’êtres aux pouvoirs guidés par les forces les plus obscures. Il habite l’univers de la fantasy avec une telle singularité qu’il est reconnu aujourd’hui comme l’une des signatures incontournables de cette littérature dite de genre  qui, sous sa plume, rejoint la littérature tout court, la grande, avec un grand « L ».

Est-ce par défi ? Est-ce par passion ? En tout cas, force est de constater qu’aujourd’hui ce jeune auteur prolixe tourne, provisoirement sans doute, la page du merveilleux pour s’installer dans l’Histoire du XXème siècle avec un projet en forme de trilogie : La saga Mendelson. 

Ce premier volume fait partie des très bonnes surprises arrivées sur nos tables ces derniers mois. C’est d’abord un bel « objet » éditorial : une splendide couverture signée François Roca, et , dans les pages intérieures, quantité de reproductions en tout genre comme autant d’éclairage sur cette famille juive ballottée par le tourbillon de l’Histoire du siècle dernier. Pogroms, exil, guerres, rien ne leur sera épargné mais ces personnages qui semblent si fragiles face à la grandeur des événements qui ont marqué leur temps sont autant de témoins, sortis de l’anonymat par la plume magique de ce passeur hors pair qu’est Fabrice Colin et qui mêle dans cette saga réel et imaginaire avec un souffle puissant.

Sa lecture de l’épisode de la révolte du Potemkine fait partie à mon sens des grands moments de ce roman : ce qui est vu aujourd’hui comme fait historique prend vie à nouveau sous sa plume.

Ouvrez vos yeux, tournez les pages : tout est siècle est là, sous vos yeux ! Magique

 

A noter qu’une autre série historique de Fabrice Colin, Les étranges soeurs Wilcox vient tout juste d’apparaître sur nos tables. Celle-ci est un hommage à la littérature victorienne et plonge le lecteur dans le Londres de Conan Doyle et de Jack l’éventreur… Je vous donne rendez-vous très bientôt pour plus de détails.

Attention à l’ail et aux pieux pointus, les vampires seront au rendez-vous !

Fureur de vivre

10sept

une moto dans la nuit-Joie de lireUne moto dans la nuit fait partie des divines surprises de la rentrée. Traduit du norvégien et lauréat dans son pays de la plus haute distinction littéraire, ce roman initiatique nous a séduit par son style, son ton proche du dépouillement, voire presque de la froideur, mais prompt à souligner à la fois l’immense solitude de son personnage principal et sa détermination à vivre, malgré tout.

Le narrateur a 14 ans, vit dans une masure avec son soi-disant oncle Léonard qui ne dessoule jamais et encombre la petite maison de son grand corps tombé là où il s’endort, c’est à dire n’importe où, n’importe quand. Les parents ? Disparus, partis. Pour quelque temps, à moins que ce ne soit pour toujours… Seul le souvenir de Raymond, son grand frère, donne un peu d’espoir au jeune adolescent. Son frère reviendra un jour, c’est certain, faisant vrombir sa moto dans la nuit. En attendant, un autre rêve est en train de naître, celui de descendre la rivière en radeau… Hélas, l’aventure va vite davantage tenir du cauchemar et doit être abandonnée. Le lendemain, le bruit tant espéré se fait enfin entendre et une Harley Davidson se gare devant la vieille bicoque. Raymond est là.

Tout bascule alors dans le roman  et prend les couleurs du drame. Raymond est sur le territoire du gang Mamba : l’affrontement est inévitable.

Une moto dans la nuit est un splendide récit initiatique, un drame aussi. Ragnar Hovland dresse là le portrait  d’une jeunesse qui semble singulièrement dépourvue de valeurs et de repères, abandonnée par des adultes indifférents, démissionnaires. Mais son personnage principal est habité par un courage qui le grandit, par une « fureur de vivre » salvatrice qui va le mener jusqu’à l’apaisement après les épreuves.

Un livre rare, beau, étrange, à l’atmosphère parfois onirique qui vous fait passer sans cesse de l’ombre à la lumière, de la violence à la poésie. A lire à partir de 14 ans.

Secrets dans un manoir anglais

07sept

1898, Angleterre.

Alors qu’il vient prendre son poste de précepteur auprès de deux jeunes filles au domaine de Fourwinds, Samuel Godwin décide de finir le voyage à pied. La nature anglaise resplendit sous le clair de lune de ce doux début d’été. Pourtant, plus il approche du domaine, plus l’obscurité s’épaissit, sa propre ombre devenant inquiétante. Un cri déchire alors le silence…Une jeune fille affolée se jette dans ses bras, balbutiant des propos incohérents au sujet du vent d’Ouest qui aurait disparu.

Le ton est donné ! Voilà un roman victorien en diable, gothique et romantique comme on les aime. Vous aimez Jane Eyre ou La dame en blanc ? Vous allez adorer De pierre et de cendre !

Tous les ingrédients sont réunis pour faire ce que les anglais appellent un « page turner » : un roman dont on tourne les pages frénétiquement, assoiffé que l’on est de connaître la suite de l’histoire, d’en apprendre sur le destin des personnages. Un séduisant cocktail donc, avec pour décor la douce campagne anglaise, un somptueux manoir mais aussi un lac aux eaux sombres, pour héros un jeune peintre un peu naïf, une gouvernante discrète et dévouée qui semble cacher bien des secrets, deux soeurs aussi différentes que la nuit l’est du jour, et leur père, veuf, obsédé par l’idée de n’avoir pas eu d’héritier mâle… Ajoutez à cela des mensonges, des secrets de famille et des scandales et vous aurez la trame d’un roman au charme désuet, vibrant hommage à la littérature anglaise du XIXème siècle.

De pierre et de cendres est l’exemple même de ces livres « frontières » qui peuvent séduire tout à la fois un public dit « adolescent » et un public adulte. La genèse éditoriale de ce roman en est la preuve : lauréat du Costa children’s book award en 2006, (un des plus prestigieux prix littéraire anglo-saxon, anciennement appelé le Withbread Prize,), le roman a été traduit en français chez Phébus, maison d’édition littéraire prestigieuse.

Guillaume le Rouge

02sept

Bon, âmes sensibles, passez votre chemin, allez sur le billet suivant, le précédent, mais ne vous arrêtez pas sur celui-là. Le livre dont il va être question est pour les autres, ceux qui ont le coeur bien accroché et qui ne frémissent pas devant une petite goutte de sang, parce que du sang, dans le nouveau roman de Guillaume Guéraud, ben, comment dire…? Y’en a. Beaucoup. Enormément.

scène de terreur©Haute tension/Alejandre Aja

Guillaume Guéraud s’est déjà beaucoup frotté à la violence dans ses précédents romans, attirant souvent la foudre de ceux qui jugeaient malsaine une littérature qui dit le monde dans ce qu’il a de plus terrible et de plus sordide oubliant comment cette oeuvre singulière suscite l’émotion et la réflexion, et ce qu’elle recèle de poésie. Déroute sauvage va faire grincer des dents et couler de l’encre, susciter du dégoût et peut-être de la colère mais pour les amateurs de cinéma gore, gageons qu’il deviendra une référence.

Un bus scolaire s’apprête à franchir le dernier col des pyrénées avant l’Espagne. Tout le monde dort ou presque. Soudain, le chaos : le bus bascule dans un ravin où chairs humaines et bouts de feraille s’enchevêtrent au gré des tonneaux. Mais s’il n’y avait que ça…Un coup de feu a retenti avant l’accident. D’autres vont suivre. Une chasse à l’homme commence dans la nuit entre bourreaux assoiffés de sang et victimes.

Oui, Déroute sauvage est un livre d’horreur comme il y a des films du même nom. Oui, le lecteur se retrouve au bord de la nausée plus d’une fois devant se déchaînement d’atrocités sanglantes. Oui, il est question de folie meurtrière et de tortures bestiales, inouïes.

Mais Guillaume Guéraud, en fin cinéphile amateur de films de genre assume, maîtrise, et réalise un petit bijou en forme de coup de poing, à la tension quasi insupportable. Son style nerveux et sec est d’une efficacité effroyable, ponctué comme toujours d’éclats poétiques et la fin de ce court roman vous laisse médusé et pantois avec quand même l’envie d’aller voir comme le monde est rassurant dehors…

Une citation  du groupe Deportivo ouvre le roman non sans malice : « Je mentirais si je ne pensais pas déjà m’être amusé à raconter n’importe quoi juste pour les faire marrer » (Parmi eux). Serait-ce une déclaration d’intention ? Je n’en serai pas étonnée… Comme quoi on peut s’amuser sans se moquer des autres !

 

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