Archives du mois de octobre 2009

Fuck you New York

31oct

fuck you new yorkTitre coup de poing pour un livre choc ! Fuck you New-York, premier roman de Kamel Hajaji prend à la gorge, secoue, émeut, bouleverse et vous laisse pantelant, étonné d’avoir avalé 200 pages comme dans ces page-turners efficaces, emporté par le rythme irrésistible de l’écriture de ce jeune auteur très prometteur.

L’histoire ? Malek, 21 ans est sur le point de réaliser son rêve américain. Partir étudier à  New-York avec son copain Ben, dévorer « la grosse pomme » et s’y faire les dents. L’amérique d’après les twins towers, l’Amérique rêvée du cinéma que Malek connaît sur le bout des doigts. D‘Il était une fois en Amérique en passant par Taxi driver, ils sont tous convoqués, les géants du grand écran qui lui ont bourré la tête des images de la ville avant même d’y avoir mis les pieds. Et justement… Le beau rêve est enrayé, la faute à la tête de Malek, à son nom, à celui de ses parents. La faute à la peur.

Suspecté de terrorisme, catalogué Arabe, lui qui est d’origine tunisienne né en France, Malek vole en morceaux. Ne sait plus. Ni qui il est, ni ce qu’il doit faire, dire, penser.

Fuck you New-York est le récit envoûtant d’une désillusion puis d’une désintégration. Comment remettre en question l’identité d’un être le détruit, le ravage. Le roman rythmé par les références au cinéma et à la musique fait froid dans le dos, dénonce une société engluée dans la peur, celle de l’étranger, de l’autre, pratiquant l’amalgame par facilité et ignorance.

Kamel Hajaji a du style, du « bit » comme disent les rappeurs, violence et  poésie se télescopent dans des séquences hallucinatoires fascinantes. Et on se retrouve là, au mot fin, triste et en colère de la bêtise du monde.

A lire à partir de 15 ans.

Vestine, après la nuit

28oct

vestine une légende noireVestine Mugakataré, « celle qui vient de la terre » est alsacienne. Alsacienne d’adoption après avoir survécu à la nuit du génécide rwandais. Par la voix de Virginie Jouannet Roussel, elle se raconte dans un vibrant monologue empli d’ombres et de lumières, de terreur et de rires.

Avant, il y avait son pays, sa famille, sa vie à la campagne, au coeur du pays aux mille collines. Avant, il y avait le bruit de la vie, les jeux. Un jour, il y eut la peur, l’incompréhension, la fuite éperdue et le bruit des mitraillettes mêlé aux rires des hommes. Et le rouge…Partout, les enfants rouges, yeux grands ouverts sur les chemins, les corps entassés.

Vestine, une légende noire parle de l’horreur du génocide avec un récit  en pointillés comme le sont les souvenirs de la narratrice. Elle livre sa légende, sa mémoire par les mots confiés à un thérapeute bienveillant qui l’aide à affronter les images qui affluent. Mais elle vit aussi, au présent. Parlant aux vaches de sa terre d’accueil, apprenant tout ce qu’il faut apprendre pour « réussir », l’histoire des gaulois et les subtilités de la langue française, faisant les 400 coups avec sa copine Nine. Et Vestine marche, inlassablement, court, saute, avec sa jambe de bois.

Vestine se lit d’un souffle, en apnée tant le texte est puissant, magnifiquement construit, portant en son coeur le récit de l’effroyable génocide vécu par une petite fille de 11 ans. Autour de ce coeur noir, toute la force de vie de la petite rwandaise devenue alsacienne, revenue à la vie par la force des mots extraits de sa nuit.

Un texte universel qui dit tout à la fois l’horreur et l’extraordinaire pouvoir qu’a l’humain de la dépasser. Magnifique.

A lire et à faire lire à partir de 13 ans.

Un amour à trois temps

24oct

couverture de Un amour à trosi tempsEn rentrant de l’école, Emile, bientôt 12 ans, ne déroge jamais aux rituels qu’il a mis en place. Le chemin est semé d’embûches et de périls imaginaires, d’aventures extravagantes avec, pour point de mire, la charette de la vendeuse de pommes. Il s’arrête, choisit sa pomme avec les plus grandes attentions, et va la manger sur un banc du jardin public, sous les fenêtres de l’appartement familial.

Un jour, son regard est attiré par une élégante bicyclette noire posée contre le mur. Tout près, une jeune fille de son âge, telle « un personnage de son univers imaginaire (…), une princesse déguisée en fillette qui aurait changé son cheval en bicyclette pour passer inaperçue » est assise en tailleur sur un banc, une flûte à la main, ses bottes de caoutchouc noir posées devant elle.

C’est une apparition, de celles qui font les grands romans d’amour : Ariane de Belle du seigneur ou Yvonne de Galais du Grand Meaulnes. Ces deux là vont s’aimer de passion, sans avoir même les mots et encore moins les phrases pour dire de quel sorte sont les émotions qui les bouleversent. Une semaine comme une parenthèse enchantée qui va ouvrir la porte au plus intense des chagrins : Alexandra part au Mexique…

Si l’on n’a pas les mots de l’amour peut-on avoir ceux de la douleur ? Le temps passe, la souffrance de la séparation reste avec en leitmotiv la petite phrase d’Alexandra : « je t’aimerai toujours… »

Un amour à trois temps (quel joli titre !)  d’Antonio Ventura est empreint d’une émotion vibrante, sensible, délicate et toujours juste. Les pages  consacrées à l’enfance sont teintées d’une nostalgie bouleversante : c’est l’époque de toutes les nouveautés, de toutes les découvertes, de l’inconnu, du frisson, teintée du sentiment que peut-être, « tout ça ne soit pas réel » tant jusqu’alors, Emile avait rêvé sa vie, vécu dans l’univers du conte. L’expérience de la perte, de l’absence, du chagrin va emmener le personnage vers plus de réalité, vers l’âge adulte, accompagné sans cesse par la présence lumineuse de ce premier et éternel amour. Les trois temps d’une valse lente dont les notes disent que « nous sommes toujours des enfants qui contemplent un monde qu’ils ne comprennent pas, qui leur fait peur et qui les abîme, et que c’est pour cela que nous passons nos jours à faire des tas de choses, pour la plupart vaines. »

Traduit (superbement) de l’espagnol par Gabriel Iaculli, aux éditions La joie de lire. A lire à partir de 15 ans et bien au delà…

Blue cerises, la suite…

20oct

paire de cerises bleues formant un coeurEnfin ! La saison 2 des Blue cerises est sur nos tables. Mais horreur, une saison 3 est annoncée ! Ce qui signifie que nous n’aurons pas encore cette fois-ci les réponses aux questions qui nous titillent depuis la première série.

Par contre, nous aurons un supplément de bonheur à voir l’aventure se poursuivre, toujours avec la même qualité d’écriture. Pour ceux qui auraient rater les épisodes précédents, c’est ici.

On retrouvera avec un immense plaisir le club des 4, Amos, Zik, Violette et Satya, dans cette nouvelle saison : leurs petites cachotteries, leurs secrets, leur indéfectible amitié, leur passion pour le cinéma et puis, aparaissant tel un fantôme qui aurait pris chair, Olivia, la mystérieuse, celle qui est à l’origine de la signature du pacte des Cerises. Encore des indices pour mieux comprendre ce qui s’est passé entre ces cinq là mais toujours pas de vrai réponse…

En revanche, un vrai plaisir de lecture ! Des personnages crédibles et attachants, du suspense, de l’humour, de la tendresse et surtout quatre sacrés auteurs qui relèvent encore une fois le défi d’écrire à 8 mains ! Au-delà du numéro de cirque (!), une vraie réussite littéraire. A suivre…Et à retrouver sur les blogs des Blue cerises pour prolonger leurs aventures sur écran.

Dans le secret des templiers

15oct

couverture de Grimpow1313. Date magique s’il en est. Grimpow erre sur les chemins enneigés des Alpes, en compagnie de son ami Durlib, bandit de petite envergure. Menacés par le froid, la faim, la peur, les voilà nez à nez avec le cadavre d’un notable, couché là, dans la neige. Poussés par la nécessité, ils dépouillent la victime richement vêtue et lui dérobent, entre autres, ce qui semble être une amulette. Alors qu’ils s’interrogent sur le sort qu’ils vont réserver au cheval resté aux côtés de son maître décédé, le cadavre se dissout dans la neige et disparaît sous leurs yeux. Dans le même temps, l’amulette semble délivrer de curieux messages à Grimpow… Il semblerait qu’il soit en la possession de la fameuse pierre philosophale !

Accrochez-vous, vous ne le regretterez pas ! Rafael Abalos, auteur espagnol, a frappé un très grand coup avec ce roman d’aventures endiablées, qui tient à la fois du merveilleux et du roman historique. Il a réussi à mêler discrètement et efficacement la réalité historique (la fin des templiers notamment) à la pure invention.

La suite vient de paraître toujours dans l’excellente collection Wiz chez Albin Michel. Son titre ? Grimpow, le chemin invisible. A suivre

 

Noir comme l’enfer

12oct

ciel d'orageDécidément, la collection Dodado Noir porte bien son nom et tient une ligne de conduite irréprochable depuis que Guillaume Gueraud (encore lui !) l’a initiée en 2006 avec le terrible et néanmoins remarquable Je mourrai pas gibier. Avis aux amateurs de thrillers noirs et tendus à l’extrême (les autres pouvant aller voir d’autres pages du blog, plus légères), le nouveau roman de Rachel Corenblit fait honneur au genre : terrible, puissant, sombre comme une nuit sans lune.

De son titre, Un petit bout d’enfer, jusqu’à la dernière page (140 seulement mais davantage aurait nuit plus encore à mes nerfs déjà éprouvés…), ce  roman m’a happée dans son souffle et  laissée avec les courbatures d’une lecture immobile de moins de 2 heures et le sentiment d’avoir même oublier de respirer.

Que vous dire de l’histoire ? Peu pour ne pas trop déflorer. Juliette est impatiente de grandir, trop impatiente sans doute, alors elle fait comme si. Comme si elle avait 16 ans et pas 14. Alors elle tente le diable, séduit des lycéens, va à des fêtes de « grands » et comme elle n’a jamais vu de films interdits aux moins de 16 ans, tente sa chance. A moins qu’elle ne tente le diable.

Dans le même temps, Philippe, 16 ans de mariage, tire un trait sur tout ça : sa femme, ses deux enfants dont il a oublié les prénoms. Et puis se souvient…De son père violent, de ses humiliations d’enfant, de sa difficulté à grandir.

Comment la rencontre entre ces deux-là va se faire, je ne vous le dirais bien sûr pas, ni rien de ce qui va advenir. Simplement vous dire ce qu’il en restera, de tout ça : « le long soupir des arbres qui chantent la mort ». Et le sentiment d’avoir lu un roman superbement écrit, qui sait dire avec finesse les failles de l’humain, la fragilité d’une vie, la dérive des êtres blessés.

Rachel Corenblit, québécoise vivant à Toulouse ose le thriller noir de chez noir, le cauchemar absolu, réaliste d’un bout à l’autre, glaçant d’horreur. A réserver aux amteurs du genre donc, pourvus de nerfs solides et peu enclins aux cauchemars. Qui se cache derrière les apparences de nos vies bien rangées ? D’où peuvent surgir les monstres ? Ils ne sont plus sous nos lits, ils sont partout…

Dans la peau d’un garçon

09oct

cinq jours par mois dans la peau d'un  garçonEncore un de ces livres un peu trop « filles » à la couverture un peu trop rose ? Attention, attention…Sous cette couverture anodine se cache un roman qui devrait faire parler dans les chaumières ou plutôt dans les cours de lycée.

Jill, 17 ans, jeune fille bien sous tout rapport, mènerait une existence des plus ordinaires si elle n’avait un secret de taille : 5 jours par mois, avant le cycle menstruel, elle se transforme en garçon pendant la nuit ! Ses parents, seuls à être au courant, ont inventé un petit mensonge à l’intention du lycée pour permettre à leur fille de s’absenter pendant ses « métamorphoses » mensuelles et gèrent au mieux l’existence de ce « Jack » qui ne doit bien sûr sous aucun prétexte quitter la chambre. Tout cela irait presque de soi sauf…que Jill va tomber sous le charme d’un charmant ténébreux (bisexuel) pendant que Jack, à la libido particulièrement explosive, va lui tomber raide dingue de la pulpeuse meilleure amie de Jill, Ramie. Il semblerait que Jack échappe de plus en plus au contrôle de Jill et que ses hormones  (absolument déchaînées !) prennent le pouvoir…

Tiré par les cheveux tout ça ? Sans aucun doute ! Cinq jours par mois dans la peau d’un garçon a le mérite d’être tout sauf « cucul la praline », d’oser dire le désir, la sexualité sans hypocrisie et sans retenue. On est là face à des ados qui ne pensent qu’à « ça »,  sont troublés par leurs désirs, leurs attirances, leurs sentiments.

Alors on rêve à ce qu’aurait pu faire de tout ça un Melvin Burgess par exemple. Un roman plus fin, plus subtil qui serait allé encore plus loin peut-être et avec plus de style. Mais ne boudons pas notre plaisir, Lauren McLaughlin a tenu son pari : parler sans fard de l’identité sexuelle des ados, de la complexité des rapports fille-garçon et de la complexité des rapports entre humains, tout simplement.  

A lire à partir de 15 ans.

les cauchemars de Thomas Drimm

06oct

thomas drimm tome 1Imaginez. Tel est le maître mot qui guide ce roman pas comme les autres. Une société où boire de l’alcool, être tros gros ou encore développer son esprit critique ou être cultivé peut conduire à la déchéance. Une société où le jeu est tout puissant, générateur d’énergie, où chacun est « traçable » à tout moment grâce à la puce insérée dans son crâne à l’adolescence…Ça vous rappelle quelque chose ? 

Thomas Drimm, presque 13 ans, pas encore « empucé », fait voler son cerf-volant sur la plage lorsqu’il en perd le contrôle : son jouet  finit sa course sur le crâne d’un vieil homme qui meurt sous le choc. Quelle entrée en matière ! D’autant plus que le défunt n’est autre qu’un très grand savant qui, pour réaliser le projet qui lui tenait à coeur et se faire entendre par delà la mort, va se réincarner dans le vieil ours en peluche de Thomas et se servir de lui pour…sauver le monde !

Amateurs de suspense, d’humour, de sciences, d’aventures, ce livre est pour vous ! Accrochez vos ceintures, le voyage n’est pas de tout repos. Véritable course contre la montre, la fin du monde tombe un jeudi (tome 1 de Thomas Drimm, saga en 5 volumes), est un des romans les plus fous de cet automne, se permettant toutes les audaces, tous les coups de pieds dans une société endormie par le contrôle d’un état tout puissant. Ce pauvre Thomas va devoir faire face à bien des périls et surtout à des manipulateurs hors pair, y compris parmi ses proches. Où est la vérité dans tout cela, qui sont les menteurs, qui sont les bons et les méchants ? Bien malin qui pourra le dire avec certitude, même à la fin du tome 1 ! J’ai comme l’impression que Didier Van Cauwelaert, qui signe là son premier roman estampillé « ados » nous réserve encore bien des surprises et qu’il a trouvé là matière à assouvir un certain besoin de liberté…

Si la vraisemblance est loin d’être toujours au rendez-vous, l’imagination elle, est à l’honneur ! Ce roman irrévérencieux en diable fait aussi la part belle à la poésie en prônant la libération des âmes des défunts… Mais pour en savoir plus à ce sujet, il vous faudra plonger dans cet univers aussi réjouissant qu’effrayant.

Une chose est sûre : vous ne regarderez plus votre vieil ours du même oeil !

ours en peluche avec tank

En mémoire de Lotte

03oct

couverture Mortelle mémoireA Vron, petit village de Bourgogne où tout le monde se connaît, où toute rumeur se propage avec le vent (ou le facteur), la tranquillité ordinaire est perturbée par l’arrivée de Tobias Grüber. Ce jeune allemand taciturne  éveille quelques curiosités qui s’éteignent faute de grain à moudre et va hériter d’un surnom peu inventif : pour tout le village ou presque, il n’est autre que « l’allemand ». Il embauche pour l’été la jeune Ariane, 15 ans, pour s’occuper des six chevaux qu’il élève dans l’idée de créer un centre équestre. Au fil des jours, les intentions de Tobias se font plus précises : il réclame l’aide de la jeune fille dans l’enquête qu’il mène sur la disparition de sa jeune soeur, Lotte, violée et assassinée au village dix ans auparavant.

Le deuil, la mémoire, la vengeance, la justice, sont au coeur de ce roman sensible et intelligent dont la gravité devrait susciter beaucoup de questions chez les lecteurs. En quoi la vérité nous apaise, comment dépasser la colère, peut-on accepter l’injustice, doit-on chercher à faire justice, peut-on vivre en niant le passé…? Les sentiments complexes qui agitent la jeune Ariane et Tobias, à la recherche de la vérité, sont rendus avec finesse et font de ce roman qui va au de-delà du simple  suspense, une profonde réflexion sur ce qui fait de nous des êtres humains, sans cesse posés sur le fil qui sépare le bien du mal. Un roman extrêmement touchant dans lequel on retrouve avec un immense plaisir les qualités d’écriture de Jean-Paul Nozière, comme ses qualités de coeur.

A lire à partir de 13 ans.

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