Archives du mois de novembre 2009

La dépendance, y a que ça de vrai !

27nov

Bon, je sais bien que Noël approche avec ses guirlandes, sa joie, sa bonne humeur, ses bonnes résolutions en tout genre, mais j’ai envie de parler de deux romans glauques à souhait sur le thème de la dépendance : Junk de Melvin Burgess qui vient de ressortir en collection Folio pour les adultes (il existait déjà chez Scripto pour les ados) et de Héro mon amour, de Anna Onichimowska paru aux éditions Thierry Magnier.

Deux romans Coup de poing qui donnent des pistes de réflexion sur l’engrenage de la drogue et les phénomènes de dépendance. Pas très drôles mais hyper réalistes et intéressants.

Dans Junk nous est racontée sans fard ni complaisance la lente descente aux enfers de deux adolescents. Nico à 14 ans, fuit ses parents violents et alcooliques et atterrit dans un squat avec sa petite amie Gemma. Elle n’a aucun problème familial mais peut-être que sa vie trop terne la pousse à le suivre. On se dit bêtement que c’est le jeune homme qui va accepter d’essayer de la drogue en premier vu son background.  Mais les apparences sont parfois trompeuses…

Ce roman, désormais considéré comme un classique, a été récompensé à plusieurs reprises.

Héro, mon amour raconte les ravages de la dépendance sur une famille parfaite en apparence. Mais la mère fume trop, le père boit trop et le grand frère fume des joints. Un jour, le drame arrive et la victime sera l’innocent petit frère. Rongé par la culpabilité, le grand frère va s’enfoncer dans un univers malsain dont il lui sera difficile de s’échapper. Ce texte remplit le lecteur d’effroi et aborde la dépendance de manière frontale : elle peut toucher les ados comme les adultes et dans tous les cas, elle peut détruire beaucoup de choses autour de soi.

Deux romans essentiels, deux réflexions sur la drogue pour que les ados aient conscience de ce que représente la drogue et de manière générale, la dépendance.

                                                                                  Junk-Melville Burgess

L’enfant blessé

23nov

la chasse à l'enfantLa chasse à l’enfant fait partie de ces titres publiés dans une collection dite pour la jeunesse (en l’occurence la collection Médium de l’Ecole des loisirs) mais qui aurait très bien pu trouver sa place en édition dite pour adultes. Les frontières sont plus que jamais perméables en la matière et ce titre en est une nouvelle fois l’exemple.

Jack est le le fils d’une grande famille, de celle où le rôle du fils est de réussir. Armée, banque, affaires : qu’importe. L’important est de faire honneur, à son père, aux siens, à son nom. Après maints redoublements, un refus de présentation au baccalauréat clos le débat (d’ailleurs inexistant) : devancer l’appel, partir à Mourmelon faire ses classes de troufion et devenir (enfin) un homme ! Tel est l’ordre paternel. Seulement voilà… Jack part seul, la valise à la main, avec caché à l’intérieur, son ours en peluche témoin d’une enfance sans joie, volée ; arrivé à sa  gare de destination, il reste accroché à sa banquette de skaï et poursuit son chemin.

Les carnets de Jack vont nous raconter de manière pointilliste dix ans de fuite, dix ans d’effacement et de reconstruction, caché dans l’anonymat bienveillant des montagnes pyrénéennes, avec pour seuls réconforts son métier de berger, et la douce présence de Natacha, l’amoureuse discrète.

La chasse à l’enfant est un roman atypique, qui prend son temps et choisit son ton pour dire la douleur de l’enfance sans amour. Gisèle Bienne sème dans son récit des petites bribes de chansons douces ou cruelles que souvent son personnage invente comme autant de reflets de sa propre vie. Un roman profondément touchant, subtil, où l’amour sera  quand même au rendez-vous, malgré tout…

Je m’appelle América

19nov

Ce jeune homme à l’air à la fois pensif, perdu et méchant, buvant un milkshake à la paille dans un fast-food désert…. Cette couverture m’intriguait avec ce mélange de colère et de douceur. Alors, hier soir, j’ai commencé Je m’appelle America de E.R. Frank chez Bayard jeunesse et je l’ai fini dans la foulée.

C’est une histoire pas comme les autres, l’histoire d’un adolescent cassé dès son plus jeune âge. Abandonné successivement par tous les gens qu’il aimait, il est devenu méchant. C’est lui qui le dit.

L’histoire se déroule dans un hôpital accueillant les paumés, les toxicos, les alcoolos, le givrés, les zinzins, les gens en souffrance. Il a 16 ans et il a tenté de mettre fin à sa vie courte mais déjà ultra traumatisante. Il est suivi par le docteur B, un thérapeute qui l’énerve car il pose trop de questions. América ne veut pas parler, ne veut pas répondre. America est en colère mais petit à petit, grâce à la patience et l’écoute de Docteur B, son cerveau se fissure et il laisse échapper ses souvenirs par bribes, des épisodes d’une grande beauté et d’autres d’un sordide violent et poisseux. Son parcours de vie se dessine et tous les mécanismes qui l’ont amené ici dans cet hôpital se mettent en place. Ce récit brut, magnifique et intense, est composé de souvenirs livrés en blocs et des nombreux dialogues avec le thérapeute, truffés de silences qui en disent long. Ca rape, ça happe, quelquefois, on a envie de se cacher, de faire l’autruche, mais on affronte ce parcours de vie cabossé avec América, Docteur B, Brooklyn, Liza, Clark Poignant (c’est son nom!), Mme Parker et tous ces personnages cassés par la vie. Au-delà de l’importance du travail social largement évoqué à travers ce récit, c’est avant tout le travail d’une reconstruction courageuse et étonnante qui est mis en avant. Un garçon qui est sorti trop tôt de l’enfance et qui fait preuve malgré sa fragilité et les épreuves qu’il endure, d’une grande force de caractère. Superbe !

je m'appelle America

 

Ne vous perdez pas en route !

16nov

 le livre des choses perduesLe livre des choses perdues est avant tout un hommage aux contes ; la trame en est complètement imprégnée. Dès le début du récit, le thème de la marâtre est évoqué car notre jeune héros perd sa maman adorée et son père se remarie avec une jeune femme qui vit dans un manoir. Puis ce garçon, réfugié dans l’univers des contes pour oublier son coquin de sort, est aspiré dans un monde imaginaire où tout est sombre, violent, où tout n’est que forêts, désolation et créatures cruelles : harpies, trolls, loups. Et dans cette contrée malsaine et  imaginaire, le garde forestier le recueille et lui conte les histoires de ce pays et de la forêt, ressemblant étrangement à des histoires que nous connaissons déjà (le chaperon rouge, l’ogre et la maison de pain d’épices etc…)Pour se sortir de ce guêpier, le jeune homme  va braver bien des dangers pour trouver le roi, susceptible de l’aider à retourner dans le réel ; mais il n’est pas au bout de ses peines…

Difficile de taire la suite, tellement ce roman happe le lecteur. Riche en rebondissements, cruel à souhait, passionnant et intrigant, il est difficile de le lâcher. Si vous voulez lire un roman d’aventures méchant, entendre le bruit des épéeset sentir le sang qui gicle sur votre joue et l’odeur fétide du monstre géant des bois… Vous savez ce qu’il vous reste à faire…

Peur à l’italienne

11nov

Acqua Traverse, minuscule village de quatre maisons au sud de l’Italie vit un été torride. Les adultes se barricadent derrière les murs épais mais aucune chaleur ne pourrait retenir les enfants du village d’aller explorer les alentours sur leurs vieux vélos. Comme toujours, il y a là les chefs et les autres, ceux qui décident des jeux, et ceux qui suivent, les bourreaux et les victimes.

Parce qu’il est arrivé dernier de la course qui les a conduits à une maison en ruine, Michele est désigné comme devant être celui qui va la traverser entre plancher pourri et poutres branlantes. Il tombe alors dans un trou et se retrouve face au corps d’un enfant enchaîné.

Hébété par sa découverte, Michele garde le secret et décide de revenir plus tard sur les lieux…

Je n’ai pas peur clame le titre. Mais c’est bien la peur qui est justement au centre de ce récit ancré dans la réalité de l’Italie des années 70 où les enlèvements d’enfants étaient légion. La peur d’un enfant qui découvre que les croquemitaines ne sont pas que dans les livres d’images, et que parfois même ils peuvent avoir deux visages, un peu comme la grande soeur d’Attila dans Le pays des merveilles.

Il y a beaucoup d’innocence dans le personnage de Michele, enfant de 10 ans à qui l’on n’explique rien du monde comme il va sur cette terre pauvre oubliée de tous. Il va faire en quelque jours l’apprentissage du bien, du mal, de la fidélité, de l’engagement et mesurer ce qu’est l’amour d’un père, prêt à tout pour sortir sa famille de l’enfer.

Niccolò Ammaniti signe là un roman terrible et émouvant,  tendre et cruel et peint toutes les noirceurs du monde à travers le filtre du regard de l’enfance. A lire à partir de 14 ans.

Un mauvais plan

07nov

mauvais planTrois copines, trois voix. Un mensonge, deux mensonges, trois mensonges… Il y a Anna la timide, flattée d’avoir attirer l’attention de Mariah, la sexy, qui bien que n’ayant que 15 ans « sort » avec Dj, lycéen de terminale. Et puis il y a Emma, avide d’expériences, pour finir le trio. Anna, Mariah, Emma trois copines qui cumulent les cachotteries pour conquérir leur liberté, qui se « couvrent » les unes les autres pour échapper au couvre-feu parental. Jusqu’au jour où, découvertes, elles montent un plan pour échapper aux sanctions inévitables. Un très mauvais plan qui ne sera pas sans conséquences et va les prendre au piège…

Dana Reinhardt utilise la construction à trois voix pour faire avancer son roman et multiplier les points de vues. Ce qui commence comme une histoire d’adolescentes désireuses de grandir devient vite un thriller psychologique tendu dans lequel chacune des trois « héroïnes » va évoluer différemment, se définissant à travers des choix, des orientations différentes.

Y a t-il des mensonges acceptables ? Doit-on toujours dire la vérité ? Comment assumer ses responsabilités ? Peut-on  revenir en arrière après avoir fait une erreur ? Le pardon suffit-il a effacer les traces laissées par la culpabilité ?

Mauvais plan est un roman qui invite à la réflexion sans être alourdi par le poids d’une morale bien pensante. A chacun de trouver ses réponses, de tracer sa route en faisant des choix, ceux-là mêmes qui font que l’on devient responsable…

A lire à partir de 13 ans.

 

Skate toujours !

04nov

photo du film Paranoid ParkVous êtes plutôt goofy ou regular ?

Autrement dit, vous mettez le pied gauche ou le pied droit sur votre planche ? Je crâne un peu mais ce petit excès de zêle me sert de prétexte pour vous présenter deux romans qui parlent de skate : Slam de Nick Hornby et Paranoid Park de Blake Nelson.

Dans ces deux romans, le skate est omniprésent, les skate park servent de décors à certaines scènes mais les intrigues tournent autour du thème de l’adolescence perdue et du passage à l’âge adulte.

 Slam est l’histoire d’un ado de 16 ans, Sam, élève moyen et skateur. Son idole est Tony Hawk, le plus grand skateur de tous les temps, à qui il se confie énormément. Cet adolescent assez tranquille va voir sa vie basculer le jour où sa petite amie tombe enceinte. Comment gérer pareil évènement quand on est encore si jeune ? Lisez ce roman, écrit dans un style oral et simple. L’auteur de Haute Fidélité arrive à rendre hilarants des thèmes difficiles comme les parents adolescents ou la famille recomposée. Tous les personnages en prennent pour leur grade : les parents indignes, les parents bourgeois, les copains et notre héros. Mais le fond reste sensible et intelligent.

Une comédie douce et drôle sur les aléas de la vie et le passage dans le monde adulte.

Paranoid Park campe également l’histoire d’un adolescent réservé, skateur, qui par un beau jour d’été, part pour Paranoid Park, le skate park mythique et sauvage de Portland. C’est là-bas que sa vie va basculer. Dans la nuit, il va tuer accidentellement un agent de sécurité. A partir de là, il doit continuer à vivre sa vie avec ce terrible secret. Comment va-t-il affronter quelquechose d’aussi terrible ? Va-t-il avouer sa terrible erreur ? Un policier enquête à l’école. Adolescent réservé et timide, il va petit à petit apprendre à s’affirmer et à prendre des décisions.

Voici donc deux manières de joindre skate et littérature.

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