Archives du mois de décembre 2009

Mais qui est la plus belle fille du monde ?

30déc

Mais qui est la plus belle fille du monde ?

Pour certains, c’est Claudia Schiffer, pour certaines, c’est Kate Moss, pour d’autres encore, c’est Mère Térésa, et pour la narratrice de cette histoire, c’est Loubna Gogol, la nouvelle qui vient d’arriver dans sa classe. Et non seulement, elle est belle, mais également élégante, drôle et intelligente ; ça fait beaucoup pour une seule jeune fille et son arrivée va chambouler toute la joyeuse petite bande de copains qui se connaissent par coeur et ce depuis la maternelle. L’ère des remises en question commence avec son lot de plaintes et comparaisons en tous genre (exemples : Oh ! elle est plus belle que moi, mes mollets sont trop gros, j’ai des boutons), de sentiments de trahison (exemple : elles ont mangé ensemble à la cantine sans proposer de me joindre à elles, les traîtresses !), de silences lourds de reproches et de cachotteries. Loubna sans le vouloir va permettre petit à petit au clan de se remettre en question, d’avancer et de grandir ou s’ouvrant sur les autres. Ce joli roman léger et drôle est une belle façon d’aborder le thème de l’amitié sous des aspects variés. Truffé de petites perles, ce roman fait rire et sourire et l’on assiste avec beaucoup de plaisir  à la naissance d’une jeune écrivaine en herbe  pleine de malice. Bonne lecture avec La plus belle fille du monde de Agnes Desarthe à l’Ecole des loisirs.

Un bijou pour Noël

22déc

les éveilleursVous êtes plutôt « fantasy » ou plutôt « science -fiction » ? Et si vous lisiez LE roman qui réunit les deux genres de manière éblouissante et qui m’ a, disons-le tout net, littérallement enthousiasmée ?

Il fallait s’y mettre à la lecture de ce gros roman de 500 pages, sur lequel courait d’excellentes rumeurs ! Votre libraire est un être passionné, certes, mais humain, et qui donc a besoin de bien dormir (huit heures) pour être fraiche et dispose le lendemain et pleine d’idées à partager avec vous,  frétillants lecteurs. Sollicitée en outre par toutes les nouveautés (sans parler des livres que je rêve de lire un jour et qui s’entassent sous mon lit et partout dans la maison), j’ai  donc laissé Les Eveilleurs de côté, d’autant plus, que la fantasy n’est pas ma tasse de thé préférée…

ET puis…je l’ai ouvert, ce livre. Et dévoré… D’abord parce que c’est un hommage vibrant aux pouvoirs de l’imaginaire (nourri aux livres et aux légendes) mais aussi parce que c’est un roman d’aventures d’une exquise finesse, sans manichéisme, qui explore l’âme humaine avec sensiblilité et perspicacité. Une mise en garde implacable aussi quant aux agissements irresponsables des grands de ce monde qui ont été jusqu’au bout de leur soif de profits et ont conduit le monde à la Grande Catastrophe qui a provoqué la disparition d’une génénration entière d’adolescents… Un roman post-apocalyptique donc, qui laisserait à penser que pour perdurer, le monde parfois doit radicalement se transformer.

Partez pour Salicande avec les jumeaux Jad et Claris : le voyage sera beau, agité de questions, de mystères, de poésie et d’émotion et servi par un style qui trahit l’immense amour de la jeune romancière pour la littérature dite de jeunesse. Un véritable enchantement ! Plus qu’un voeu à formuler : que Pauline Alphen travaille d’arrache-pied à la suite que l’on attend avec fébrilité…

Le chapeau de Wanda

18déc

couvertureGroenland, au début du XXème siècle. Le père de Wanda et Oukiok est mort sous les pattes puissantes d’un ours polaire. Une idée germe rapidement dans la tête de la jeune fille : rendre à son propriétaire le chapeau que l’ours meurtrier portait sur la tête ! A l’intérieur, l’étiquette donne des indices : made in Scotland, et deux initiales brodées : K.R.

Voilà un argument bien étrange et peu banal…C’est ce qui fait tout le charme de ce roman d’aventures pas comme les autres. Wanda est une jeune fille de 17 ans, muette depuis toujours, sauf la nuit. Pendant son sommeil, des mots ou  des bribes de phrases sortent de sa bouche, parfaitement audibles mais inintelligibles pour son jeune frère qui les note pourtant dans un grand cahier dans l’espoir d’y lire un jour un message cohérent. Tout ce qu’il entend et note lui paraît sans queue ni tête et pourtant…

Pourtant à la fin du roman, après des voyages en hydravion, des déplacements en traineau et surtout le tournage d’un film sur la banquise (Nanouk l’esquimeau), tous ces mots étranges vont s’éclairer avant que les voix de l’énergique Wanda ne s’éteignent dans une ultime tentative d’accomplir son étrange quête.

Dans Je suis le chapeau, Alex Cousseau a mis : de l’émotion, des péripéties, de l’amour, de l’aventure, des Inuits, des voyages, des naissances, du chamanisme et beaucoup de cinéma !

C’est du grand art ! Que vous dire ? Voilà un des romans les plus enthousiasmant de cette fin d’année parce qu’il est brillant, intelligent, sensible, palpitant et original en diable, loin de tous les thèmes lus et relus. Un grand vent de fraîcheur vient de souffler sur la littérature ado et ce vent là nous réchauffe le coeur ! Un peu comme un cadeau de Noël avant l’heure…

 

La fille-oiseau et le philosophe : vague de froid (ter)

14déc

couverture de la vie commenceSi Faire le mort nous avait glacé les sangs par sa froide,  terrible et magnifique noirceur, le nouveau roman de Stefan Casta est d’une toute autre teneur. Délicat, subtil, poétique, La vie commence est un roman hypnotique, au charme atypique loin des recettes parfois un peu attendues des romans à suspense. Et pourtant… Du suspense, il n’en manque pas ! Entretenue par l’étrangeté des personnages qui semblent tous être habités par quelque secret, l’intrigue avance pas à pas, doucement, mais sûrement. Tels les enfants ensorcelés par la musique du joueur de flûte, nous voilà pris au piège d’un charme qui ne se démentira pas jusqu’au mot « fin ».

Qui est cette frêle Esméralda, arrivée dans cette ferme isolée au bout d’un chemin de terre ? Comment fait-elle la conquête de l’étrange famille qui y habite : Gustavo, le farouche et généreux italien, Brigitte, l’ancienne cantatrice et surtout Victor, jeune homme tendre et secret qui n’attend qu’une chose, que sa vie commence ? Victor, étudiant en philosophie mais par correspondance (!) a peur de changer quelque chose à la vie qu’il a jusqu’alors menée à la ferme. Si Esméralda va être un des moteurs du changement, c’est aussi et surtout la fréquentation des philosophes (à travers leurs oeuvres) qui va lui apporter un éclairage sur le monde.

Un roman qui dit l’importance de la pensée (profonde…) pour mener à l’accomplissement de soi-même, c’est plutôt une bonne surprise ! Les personnages de Stefan Casta rayonnent d’humanité, à la fois solides et fragiles, tendres et déterminés, portés par une énergie touchante.

Grandir, comprendre le monde, y trouver sa place et se comprendre soi-même : tels sont les enjeux que doit relever Victor avec pour armes principales l’amour des siens, la philosophie et l’écriture.

Un roman original en diable, savoureux comme une soupe après une promenade dans le froid, profondément attachant et délicat aux antipodes des romans d’aventures à sensation.

Vague de froid bis

11déc

neige la nuitChose promise, chose due, après La princesse et l’assassin venu de Suède, Caulfield, sortie interdite du norvégien Harald Rosenløw Eeg va, lui aussi, vous mettre les nerfs à vif tout en vous glaçant les sangs.

Klaus fait sa rentrée dans un nouveau lycée où sa mère, conseillère d’éducation, vient d’être mutée. La découverte de leur nouvelle maison au fin fond d’un lotissement donne le ton.  Au fond du jardin, un portail « comme une porte au-delà de laquelle on entrerait de plain-pied dans le néant ».

Alors qu’il se familiarise avec son nouveau lycée, Klaus surprend un échange aussi menaçant qu’inquiétant  entre un lycéen qu’il aperçoit de dos, arborant le n°13 sur son maillot de foot et un homme  « à la voix grave, râpeuse ». De quoi Klaus a t-il été témoin ? Quel est l’enjeu de cette courte conversation sourde de tension où il question « d’arranger » des notes ? Alors qu’il retrouve le garçon au maillot de foot dans la salle d’informatique, Klaus prend mentalement note du mot de passe que celui-ci entre sur l’écran -Caulfield- et fait ainsi connaissance de Sturla, fils de l’entraineur de l’équipe de foot.

Que cache l’énigmatique Sturla, pourquoi vient-il voir la mère de Klaus, à leur domicile, pourquoi n’attend t-il pas son retour s’il a tellement besoin de son aide ? Klaus sera le dernier à l’avoir vu voir vivant : Sturla est écrasé par le métro quelques heures plus tard.

Accident malheureux, suicide, ou meurtre ? Klaus se fait un devoir de  répondre à la question, d’autant plus qu’il est en possession de la clé USB que Sturla a perdu sur le chemin avant de mourir. Sur cette clé, son journal intime. Mais à qui était-il destiné et surtout …qui est Caulfield ?

Mille et une questions, mille et une fausses pistes jalonnent ce roman étouffant, opressant, où le malaise est constant. Caulfield, -nom du héros de L’attrape-coeurs est multiple, omniprésent et invisible à la fois, terrifiant. La quête de la vérité sera riche en rebondissements, en révélations sordides sous un ciel lourd de flocons gris, puis rouges.

Oui, ce roman est terrible. Parce qu’il parle de manipulation, de sujétion aliénante, n’offrant aucun échappatoire dans une société corrompue, hypocrite, jouant sur les faux-semblants. Ce monde là est froid et cruel, sans issue autre que fatale et pourra déranger bien des lecteurs. Mais le roman est fascinant dans sa démonstration, et raviera les amateurs de romans noirs, noirs comme une longue nuit d’hiver du grand nord.

                                                                                                    caulfield, sortie interdite

Vague de froid

07déc

la princesse et l'assassinQu’ils soient norvégiens ou suédois, les auteurs de thriller ont le vent -du nord- en poupe. Prenez par exemple La princesse et l’assassin du suédois Magnus Nordin, spécialiste du thriller à vous glacer les sangs…

Un prologue angoissant, de ceux que l’on ne peut lire en public sans tout à coup se mettre à observer ses voisins, de peur que l’un d’entre eux ne se révèle être l’incarnation du Mal, entame le roman avec on ne peut plus d’efficacité. Dès lors, accroché à l’hameçon comme un poisson malchanceux, impossible de quitter prise ! D’un personnage à l’autre, sans qu’il y ait -apparemment bien sûr – le moindre rapport avec les premières pages, l’auteur vous conduira au bord de la crise de nerf à force de tension distillée à petites doses, comme un poison indétectable. Puis, heureux de vous penser drôlement futé, vous serez persuadé d’avoir découvert l’assassin. Les indices, mon cher Watson… Oui, sauf que…

Magnus Nordin est un grand manipulateur. Un manipulateur de lecteurs. Dans la désormais grande tradition du roman nordique, il va falloir compter avec celui-là. Un roman noir, à l’ambiance pesante savemment distillée, aux personnages forts, attachants, fragiles : parmi eux se cache le coupable. Saurez-vous le débusquer ?

La princesse et l’assassin a obtenu en Suède le Prix du meilleur thriller pour la jeunesse.

Rendez-vous très bientôt dans ces pages pour évoquer un cousin norvégien tout aussi glaçant : Caulfield

Blanc et pourpre : passions au pays du soleil levant

03déc

Ils étaient dans nos murs, en chair et en os, crayons à la main, impatients de rencontrer leurs lecteurs. Qui ils ? Deux talentueux illustrateurs bordelais, (Yann Hamonic et Magali Fournier) qui, bien qu’ayant fait album à part, ont quand même collaboré à une oeuvre commune. Commune mais pas banale ! Il fallait oser publier en effet ces deux albums signés Dorothée PiatekPourpre et Blanc, qui fonctionnent comme deux histoires croisées. Oser parce que le texte est dense, foisonnant de détails, très référencé (l’histoire se déroule au Japon, au XIXème siècle), riche de passions et de drames… Oser parce que l’album pour les ados est encore un genre parfois difficile à défendre. Comme si l’image devait disparaître au fur et à mesure que l’on acquiert des compétences en lecture ! Les ados aussi ont droit aux beaux albums, qu’on se le dise ! Les adultes aussi d’ailleurs…

pourpreDans Pourpre, album aux tons chauds et au style graphique nerveux, chargé d’énergie, Kintaro est arraché à sa mère et à ses soeurs pour suivre le dur apprentissage de samouraï. Un jour, devenu jeune adulte, son regard se pose sur une jeune fille dans une maison de thé…

blancDans Blanc, où l’atmosphère est plus douce et féminine, Aya, petite fille attirée par les arts, quitte sa famille pour devenir maiko. Le regard d’un jeune samouraï, Kintaro se pose sur elle…

Deux histoires croisées donc, qui gagnent à être lues conjointement, chacune apportant son éclairage sur les personnages et leurs motivations.  Vous en sortirez émus par Kintaro et Aya, et par les splendides illustrations de Yann Hamonic et de Magali Fournier qui ont réalisé avec des techniques extrêmement différentes, une véritable plongée dans le Japon d’Edo. Magnifiques !

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