Archives du mois de février 2010

Les mots après la mort

26fév

statue de femme en pleursComment survivre après la mort d’un être cher ? Question grave et sérieuse s’il en est que deux romans viennent en ce mois de février éclairer sous un angle un peu similaire. Tous deux évoquent en effet le mensonge fabriqué à la fois pour soi-même et pour les autres et aussi la nécessité du dialogue, de la prise de parole pour affronter ses difficultés.

©willy coppens

 

 

La voix derrière la porte de Rune Michaels évoque ce terrible dilemme qui habite souvent les personnes confrontées au deuil : est-il préférable de se souvenir ou faut-il mieux oublier ?  Daisy, dite Daze, essaie vainement d’inculquer des souvenirs de leur mère disparue à son très jeune frère. Dans le même temps, elle découvre que son père, ingénieur en robotique a conçu un androïde qui possède l’apparence et la voix de sa mère et avec lequel il noue d’étranges conversations. L’absente devient une obsession pour Daze qui semble cacher bien des choses à son entourage comme à sa thérapeute… La clef se trouvera dans les mots.jeune fille au gré du vent noir et blanc

Dans le roman de Jeffry W. Johnson Le survivant, texte terrible qui fait bien ressentir les pièges que le personnage construit autour de lui en se mentant à lui même ainsi qu’aux autres, l’acceptation de la mort se fera également par la rupture de toute l’organisation mentale que l’adolescent a construit en rempart à un sentiment inacceptable à ses yeux. Seul survivant à un accident de voirture qui coûte la vie à plusieurs  de ses amis, le jeune amnésique devra aller très loin en lui-même pour comprendre ce qui l’a plongé dans un tel trou noir. Et là aussi, l’aide du thérapeute sera déterminante. Et les révélations terribles… Une lecture à réserver aux 14 ans et plus me semble t-il.

Deux romans sombres donc, cela ne fait aucun doute, mais qui vont vers la lumière ou en tout cas vers l’apaisement.

Intime conviction

23fév

cour d'assises du rhône portailPeine maximale, le nouveau roman d’   Anne Vantal, va jouer avec vos nerfs. Véritable plongée dans l’univers très fermé d’une cour d’assises, ce thriller à la construction impeccable, en forme de roman choral vous laissera j’en suis sûre des questions plein la tête, des émotions au coeur et peut-être une vocation  en germination… Pas celle de vous vouer au grand banditisme j’espère !

L’histoire de Peine maximale est assez simple. Kolia, en détention provisoire depuis plus d’un an, est accusé de vol et d’enlèvement sur enfant de moins de 15 ans avec la complicité de sa jeune soeur, Léna, laissée en liberté depuis les faits. Le procès va se tenir sur trois jours et débuter lorsque les jurés auront été confirmés.

Le lecteur est immergé dans l’enceinte du tribunal et suit alternativement tous les protagonistes : accusés, avocats, jurés, témoins, public, parties civiles. Chaque court chapitre est un focus sur l’un d’entre eux, une façon de changer de ton, de regard, de point de vue.

 Peine maximale, tout en permettant une réflexion sur les rouages de la justice et son fonctionnement est un roman profondément touchant, mettant en lumière la fragilité des existences, ces destins ordinaires qui basculent de l’autre côté de la loi pour les uns, dans le drame et l’inquiétude pour ceux qui deviennent involontairement leurs victimes. A travers les voix mêlées de ses personnages, Anne Vantal fait jaillir l’émotion et fait naître en eux (et en nous) un sentiment de trouble  inattendu : la construction d’une intime conviction n’est pas sans susciter de remous dans les consciences humaines.

Si l’on ressent autant d’empathie pour les personnages d’Anne Vantal, c’est qu’elle a fait d’eux des êtres de chair et de sang, qui nous concernent, nous questionnent et nous touchent.

Coïncidence (?), ce roman nous renvoie par son thème à Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur dont il a déjà été question dans l’article consacré au livre événement de la collection Black moon : 16 lunes… Décidemment, il faudra que je vous parle d’Atticus, le brillant, courageux, honnête et si séduisant avocat interprété par Gregory Peck au cinéma, dans la très belle adaptation  que Robert Mulligan a fait du roman d’harper Lee sous le titre Du silence et des ombres…le procès

 

Les lycéens écrivent aussi (billet n°10)

19fév

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Cette deuxième série de billets dont nous régalent les élèves et les étudiants du lycée Condorcet touche à sa fin avec Guillaume. Ce ne sera que pour mieux les retrouver dés le lundi 22 mars ! 

Inconnu à cette adresse de Kressmann TAYLOR (Autrement)

inconnuacetteadresse.jpgUn petit livre sans prétention qui a la force d’un coup de poing. Simple à lire, il retrace le destin croisé de deux jeunes hommes dont l’histoire d’amitié à la vie va se transformer en combat à mort sous l’impact inexorable de la montée du nazisme à la veille de la seconde guerre mondiale.
C’est un roman épistolaire composé d’un échange de lettres entre Martin Schulse, un Allemand qui vivait à San Francisco, où il tenait une galerie d’art, et qui a décidé de rentrer en Allemagne où il vit avec sa famille dans une grande aisance financière, et Max Eisenstein, un juif américain, son ami et son associé. Au début de l’échange, tous les deux se considèrent comme des frères. Aux craintes de Max concernant la montée en puissance d’Hitler répondent les propos rassurants de Martin. Puis, progressivement, le fossé se creuse entre les propos des deux amis d’hier, propos trahissant d’un côté l’endoctrinement nazi, de l’autre l’incrédulité. Les mots d’affection laissent place à la froideur, voire à la raideur et l’animosité. La rupture sera consommée lorsque Max, apprenant que sa sœur est en danger, demande à son ami d’aider cette dernière dont il a été très proche. Les promesses de fidélité éternelle sont oubliées, à la complicité d’hier fait place l’affrontement qui ira jusqu’à la mort… La fin elliptique vaut mieux qu’un long discours pour exprimer l’engrenage de la violence. la loi du Talion s’appliquera de façon implacable. On sort sonné de la lecture de ce bref récit bien plus efficace qu’un long discours pour dire toute l’horreur de l’intolérance, du conditionnement d’esprit et de la violence humaine.

Guillaume Giner, étudiant en B.T.S. C.Go


Les lycéens écrivent aussi (billet n°9)

18fév

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Valérie Zenatti, Une bouteille à la mer (Ed. L’Ecole des loisirs)

Un Message D’espoir … Une bouteille à la mer de Valérie Zenatti est un roman épistolaire entre deux personnages durant la guerre israélo-palestinienne. C’est un livre facile à valerie-zenatti-2-300.jpglire, il n’y a pas forcément de suspense mais on garde l’envie d’aller plus loin dans l’histoire du gaza300.jpglivre.
Grâce à cette œuvre, le lecteur peut découvrir aisément les facettes du conflit israélo-palestinien.
Tal et Naïme sont deux adolescents qui ont tout pour les opposer : leurs vies, leurs religions et leurs coutumes. Mais l’espoir d’une vie sans guerre va les réunir. Le début de l’histoire est un peu difficile car Naïm, d’origine palestinienne, ne partage pas la même vision des choses que Tal. Durant plusieurs pages, nous assistons à des rapports agressifs. Pourtant, au bout de quelques temps, ils deviennent amis, et même plus qu’amis, sans même avoir pu être en contact physique.
On reste captivé et même subjugué à l’idée qu’ils puissent un jour se rencontrer dans de meilleures circonstances.
Le développement de leur relation est très intéressant mais un bouleversement va changer la ligne droite que suivait l’histoire.
Lorsqu’on vous offre un cadeau, vous vous imaginez un tas de choses concernant son contenu, mais lorsque vous l’ouvrez vous êtes déçu parce que ce n’est pas ce que vous aviez espéré. Pour le livre Une bouteille à la mer, on s’imagine une fin digne du livre mais finalement on est déçu de constater que les personnages ne se rencontrent pas, on voudrait en savoir plus ou même avoir une suite à ce livre.

Renaudeau Sébastien et Anne-Sophie Galina, élèves de seconde 3

Les lycéens écrivent aussi (billet n°8)

17fév

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Jeune fille d’Anne Wiasemsky (Gallimard)

anne_wiazemsky300.jpgEn 2007, Anne Wiazemsky décide de revenir sur une partie de son passé en écrivant le roman Jeune Fille pour le quel elle a reçu le Grand Prix de l’Héroïne Madame Figaro 2007.
Dans ce roman, elle raconte ses débuts au cinéma, une étape importante dans sa vie, puisqu’elle fut actrice de 1966 à 1988 (elle a cependant récemment joué dans le court métrage Vache qui rit de Philippe Loriet en 2005).

On peut donc, au premier abord, légitimement attribuer une dimension autobiographique à ce roman, puisqu’il évoque des faits réels, avec des personnages eux aussi réels (Robert Bresson, François Mauriac, Florence Delay, etc.), et que le personnage de Jeune fille s’appelle également Anne.

Cependant, contre toute attente, Anne Wiazemsky ne définit pas son œuvre comme une autobiographie, bien que des enjeux de l’autobiographie soient présents, comme revivre, relater un moment fort de sa vie, témoigner, raconter, non pas seulement son histoire, mais aussi un Robert Bresson assez énjeune-fille-poche.jpgigmatique. Mais elle le présente réellement comme un roman. Comme elle l’a elle-même dit lors d’un entretien pour la chaîne et le site ARTE en février 2007 : «Depuis longtemps j’ai eu envie de faire un livre sur cette aventure que j’ai vécu avec lui (Robert Bresson) et qui m’a toujours semblée extrêmement romanesque, mais je pensais écrire un récit de ça, et je ne pouvais pas le faire parce qu’il aurait fallu dire trop de choses [...]. Je pourrais raconter cette histoire mais il faudrait considérer lui et moi comme deux personnages de roman, et de penser roman m’a autorisé à le faire, et m’a donné la liberté de réinventer cette histoire.» Là encore, on peut s’interroger quant au sens du mot «réinventer»; veut-elle dire par là qu’il subsiste des non dits ? Ou tout simplement qu’écrire ce roman lui a permis de revivre cette histoire, donc de la réinventer en elle… Elle seule détient la réponse! Une réponse qu’elle nous donne dans son interview pour Lire de février 2007 : « Dans un roman je peux sélectionner ce qui servira au livre, transformer des scènes, déplacer, raccourcir, effacer. » Enfin on ne peut pas dire que ce soit une autobiographie car qui dit autobiographie dit pacte autobiographique, pacte de sincérité dans lequel l’auteur s’engage et jure de dire seulement la vérité (si les auteurs le font vraiment, c’est une autre question!), alors qu’Anne le dit elle-même, ce livre ne contient pas que du « réel ».

Dans ce livre, Anne qui est encore une toute jeune fille de 18 ans, rencontre par le biais de son amie Florence Delay le cinéaste phare du moment : Robert Bresson… Ce dernier va bientôt réaliser son nouveau film Au hasard Balthazar. Malgré le manque total d’expérience d’Anne dans ce milieu, Florence a l’intime conviction qu’Anne est la personne idéale pour jouer le rôle de Marie et la pousse donc à auditionner. Bresson a un «coup de cœur» pour Anne, pour sa sensibilité, son naturel, et, au fil des séances d’essais, Bresson est de plus en plus séduit par Anne, il veut donc lui donner le rôle, mais un problème subsiste : Anne est encore mineure. Il s’agit donc maintenant de faire accepter le projet a son grand père, l’illustre François Mauriac. Heureusement pour Anne, ce dernier mesure tout à fait la singularité, et l’importance de l’opportunité que représente ce tournage, et accepte donc. C’est là que commence la carrière d’Anne en tant qu’actrice. Elle passe quasiment du jour au lendemain d’une vie banale à une vie singulière, celle du 7ème art… Pendant ce tournage, Bresson et Wiazemsky entretiennent une relation très exclusive. Le cinéaste, en effet, tient à avoir Anne toujours à ses côtés. Il instaure une sorte de jeu assez ambigu mêlant la domination (qui est une chose facile du fait de l’hypersensibilité d’Anne) et la séduction. En effet, il a une totale emprise sur Anne, comme elle le dit : «Il me suffisait de l’écouter et de faire ce qu’il me demandait, sans chercher à comprendre. Je devais m’en remettre à lui ; accepter de m’abandonner. Pour des raisons que je n’expliquerai jamais, cela me parvenait parfaitement. Mieux, j’éprouvais beaucoup de plaisir à lui obéir. J’entendrai souvent, par la suite, que c’était un exercice éprouvant, voire révoltant, et que beaucoup en avaient souffert. Ce ne fut jamais mon cas. ». Chose compréhensible comme Anne n’était, à l’époque, qu’une débutante en tant qu’actrice… Bien que Bresson apparaisse quelque peu tyrannique, exigeant, surtout quand il s’en prend à d’autres acteurs et leur fait comprendre, en n’y allant pas par «quatre chemins» qu’ils sont des incapables comparés à Anne. A la lecture de Jeune Fille, on découvre un Bresson affectueux, tendre, non seulement avec Anne, lors de leur promenades du soir (il l’est d’ailleurs un peu trop lors de ces moments), mais aussi quand il joue avec ses chatons, auxquels il est très attaché. Les relations entre Anne et Robert (comme il souhaite et insiste pour qu’elle l’appelle) sont assez ambiguës… Ce qui pourrait laisser présager une relation entre ces derniers, une relation à laquelle le lecteur s’attend, et qui apparaît un peu comme une évidence. Une fausse évidence car il n’en est rien, après 209 pages de suspens, nous en avons la confirmation, leurs relations auront étés professionnelles, amicales, mais sûrement pas amoureuses! Sûrement pour la simple et bonne raison qu’elle a 18 ans, lui 64, et qu’elle a tellement d’admiration, de respect pour lui, que ces sentiments ne pourraient jamais devenir de l’amour en tant que tel. De plus, Anne est assez complexée, comme la plupart des filles de son âge. On dit dans le livre qu’elle a un physique banal… Elle manque assurément de confiance en elle… Elle doute beaucoup. Pour y remédier, elle passe une soirée à Paris pendant ses jours de repos, en compagnie d’un garçon du tournage avec lequel elle “flirtait” depuis quelques temps, et là, elle perd sa virginité. Cette étape est décisive pour Anne, cela la libère d’un «poids», la rend plus forte, un cap est maintenant franchi, et depuis, elle ose tenir tête à Bresson… Cette relation libéra certes Anne d’un poids, mais peu après, lui en imposa un autre : celui de l’amour à sens unique, la découverte de la douleur amoureuse, qui fait partie intégrante de son éducation sentimentale… Pour le jeune homme, elle n’aura été qu’une amante d’un soir de plus, pour elle il fût bien plus… «Son indifférence provoqua une douleur si fulgurante que j’en fus étourdie : c’était donc ça, ne pas être aimée ?». Et pour accentuer cette douleur, lors de l’annonce de cette «nouvelle» à sa mère, cette dernière le prend très mal, elle en est indignée… Ce qui changea leurs relations à jamais, jusqu’à aujourd’hui comme elle le dit dans le roman. Des relations jadis très bonnes, pleines de complicité, quasiment d’amitié tant les deux femmes se ressemblent, se comprennent, on le voit quand Anne raconte : «Le beau visage tourmenté de maman quand je la retrouvais recroquevillée sur la banquette du café où elle m’attendait… Ce n’était plus une femme de quarante-huit ans, mais une gamine de mon âge qui rêvait d’un ailleurs, d’une autre vie : elle était comme un reflet dans le miroir, si semblable à moi ou à elle. L’espace de deux à trois secondes, j’eus la certitude que nous partagions enfin quelque chose d’essentiel». Le tournage d’Au hasard Balthazar aura assurément été un moment capital dans la vie d’Anne, un moment qui a sûrement beaucoup fait qu’elle est ce qu’elle est au jour d’aujourd’hui, et elle en garde un très bon souvenir; si bon qu’elle va même jusqu’à dire que ses journées passées sur le tournage d’Au hasard Balthazar comptent, encore aujourd’hui, parmi les plus heureuses de sa vie. « Tout de suite je m’y suis sentie à ma place, chez moi, avec le sentiment exaltant d’avoir rencontré ma vraie famille, celle qui me permettrait enfin de m’épanouir, de devenir l’être rare que Robert Bresson croyait avoir discerné en moi. »

Ce roman est vraiment touchant, attachant, émouvant, surtout par les faits qui y sont racontés, mais la manière dont ils le sont, à travers une écriture douce, fluide, très lucide. Il l’est aussi par son universalité, il raconte un passage de la vie que toutes les personnes, mais en particuliers les filles, ont vécu, vivent, ou vivront : le passage d’un âge à l’autre, le moment ou la jeune fille devient une jeune femme. Personnellement, ce livre m’a beaucoup plu, pour son style, sa fluidité, les souvenirs qui peuvent paraître banals a première vue, mais qui avec le temps prennent de l’importance (comme le moment où Anne et Bresson vont à la Samaritaine par exemple) mais surtout car ce livre sait ramener le lecteur à une époque bercée d’insouciance, une époque d’initiation où l’on devient progressivement, au fil des «épreuves» et des étapes, soi-même. Le lecteur y croit, y est et s’y sent vraiment bien. Un livre à vivement conseiller !

Zoé Gonzalez, étudiante en 1ère L

Les lycéens écrivent aussi (billet n°7)

16fév

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Le temps des miracles, d’Anne-Laure Bondoux (Ed. Bayard Jeunesse)

Lumineux, allant au-delà des douleurs et des difficultés de l’exil, ce roman est celui de l’amour d’un fils à sa mère (adoptive ou biologique) dans une quête effrénée d’identité.
ANNE-LAURE BONDOUX joue avec finesse et subtilité sur cette thématique du mensonge et de la vérité. Elle nous attire vers la réalité difficile d’une région du monde encore peu explorée à travers l’œuvre lyrique, l’histoire d’un enfant né dans un monde ou le terrorisme, l’arbitraire, la misère, la violence, et le fracas des armes se font entendre à chaque page du Caucase.
L’auteur se rétps-miracles.jpgfère à ses nombreuses connaissances et laissant aller ses sentiments, établit le parcours et l’évolution d’un miracle : Oui une relation bien émouvante et particulière qui unit un enfant à un adulte.
L’enfant en question s’appelle KOUMAIL. Il avance quoi qu’il arrive, grâce tout simplement à l’espoir, à l’amour et au regard porté sur l’horizon que lui a inculqué GLORIA.
Une femme au cœur immense, pleine d’histoire, d’espoir et de volonté qui a le don de nous faire aimer la vie, la vérité et l’avenir en quoi il faut continuer de croire. « Il faut bien inventer des histoires pour que la vie soit supportable. Pas vrai ? »
Inventer est-ce mentir (explorer la question) ? Quelles que soient nos convictions, nous ne pouvons reprocher à cette femme d’égayer la vie de cet enfant de tout son possible et d’essayer de lui ouvrir les portes d’un meilleur avenir, malgré les moyens dont elle use…
GLORIA BOHEME prend soin de lui et lui raconte, à chaque fois qu’il en émet le souhait, l’histoire de sa découverte, de son miraculeux sauvetage.
A cette époque, GLORIA vivait paisiblement auprès de ses sept frères, ses parents et de son amoureux ZEMZEM dans le verger du vieux VASSILI (son père).
Ils s’en vont, nous rendant attentifs au chemin parcouru, à l’arrivée et à l’aboutissement des réfugiés.
Ainsi, l’auteur dessine un hymne à l’enfance, au droit de vivre libre, sans misère, contre l’absurdité des frontières, avec la facilité de construire son identité.
De même, c’est dans un tourbillon plein de rebondissements et réservant une époustouflante surprise à la fin.
C’est un livre vraiment chavirant, qui se partage entre pitié, révolte, indignation et passion.
Mais le sentiment dominant reste de loin la curiosité, elle nous captive et nous empêche de quitter les écritures des yeux et d’abandonner nos merveilleux amis.

Barry Kadiatou, élève de seconde 3

Les lycéens écrivent aussi (billet n°6)

15fév

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Aujourd’hui commence la deuxième semaine consacrée aux élèves et étudiants
du Lycée Condorcet : « Les lycéens écrivent aussi ».  Ils nous font part de leurs nouvelles lectures et nouvelles critiques. Régalez-vous !

Delphine dedevigan2-300.jpg Vigan, No et moi (éditions Lattès)

Lou est une jeune fille de 13 ans, surdouée, qui vit un drame familial : sa mère, en dépression suite à la mort de sa sœur, seulement âgée de quelques mois, ne s’intéresse plus à elle. Elle fait preuve d’une grande lucidité et curiosité sur le monde réel. Un jour, elle rencontre No, une jeune S.D.F. Cno-et-moi.jpgette rencontre va bouleverser son existence car elle décide de l’aider, de la sortir de la rue, de l’installer chez elle avec l’accord de ses parents et l’aide de Lucas, un camarade d’école dont elle est secrètement amoureuse. Et No va changer le cours de sa vie même si les espoirs de réussite la concernant s’avèrent bien fragiles.

Nous avons bien aimé ce livre qui montre, de manière subtile, des problèmes sociaux et familiaux tout en adoptant un ton simple. L’écriture est facile à lire, on a envie de savoir ce qui va arriver à No (Va-t-elle s’en sortir ?), à Lou (Pourra-t-elle retrouver sa mère et avouer son amour à Lucas ? Jusqu’où est-elle prête à aller pour aider No ?). Ce livre nous renvoie aussi à nous-mêmes et nous oblige à nous interroger sur nos valeurs, notre indifférence parfois à l’égard des plus démunis, il aborde la notion de la différence sous plusieurs angles. L’histoire est touchante et traite d’un sujet délicat qui est la vie dans la rue. L’auteur a su rendre les difficultés d’une jeune S.D.F., et le lecteur peut mieux comprendre ce qu’elle ressent. La fin du livre entretient un certain mystère car on ne connait pas le devenir des personnages.

Bref un livre intéressant, émouvant et très accessible !

Cécile Barré et Laura Fernandez, étudiantes en BTS AM

16 lunes, entre ombre et lumière

13fév

16 lunesQue faut-il penser de Lena, fraîchement arrivée au modeste lycée de Gatlin ? Mérite t-elle cette sale réputation, ces sarcasmes, toutes ces méchancetés crachées sur son passage ? Tout ça parce qu’elle est la nièce du vieux Macon Ravenwood, qu’elle s’habille différemment et qu’elle paraît si …étrange…

Une chose est sûre, Ethan, le narrateur de 16 lunes, ne tarde pas à tomber sous le charme de cette fille plutôt  sauvage et fuyante qui ne fait rien pour lui faciliter la tache.

Tout cela serait bien banal si la belle Lena ne cachait un secret (et de taille !) dont je ne révèlerai rien même sous la torture et s’ils ne rentraient tous deux en possession d’un camée qui, lorsqu’ils le touchent, les projettent au coeur de la guerre de Secession, là où la malédiction qui touche la famille de Lena prend sa source.

Quoi ? J’ai parlé de malédiction ? Oui, bon, peut-être, ça m’a échappé… En tout cas, je n’ai rien révélé ! Pas le quart de ce que vous pouriez imaginer, à peine le millième !

Tout ce que je peux révéler est l’intérêt grandissant que l’on prend à la lecture de ce gros roman addictif. Les situations sont somme toute assez crédibles dans le contexte d’un roman teinté de fantastique. Le quotidien d’une petite ville tranquille du Sud des USA, marquée par la guerre de Sécession, l’ostracisme envers ceux qui « dénotent » dans le paysage, la difficulté, au lycée, à s’opposer au groupe lorsqu’on est différent et, the last but not the least, le sentiment amoureux (vu et ressenti par le garçon), tout cela confère au roman toutes les qualités pour captiver un lectorat avide d’aventures et de sentiments.

Cerise sur le gâteau : les nombreuses références au sublime Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur d’Harper Lee, livre culte de la jeunesse américaine, adapté au cinéma sous le titre Du silence et des ombres avec l’irrésistible Gregory Peck.

D’ailleurs, il faut que je vous en parle un de ces jours…Pas de Gregory Peck, mais de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur…

En attendant, j’aime assez la couverture de l’édition américaine, Beautiful creatures : pas la même ambiance. Plus…gothique.                                                              

                                                            couverture beautiful creatures

Prise au piège…

08fév

le monde attend derrière la porteSarah, 14 ans, appartient à la communauté des Rigoristes. Cela signifie pour elle une vie soumise aux règles strictes édictées par le Tuteur et ses ministres : prières quotidiennes, confessions publiques de ses manquements à la règle, habillement sévère qui proscrit les vêtements moulants et les pantalons, interdiction d’écouter de la musique, de regarder la télévision… Le dogme est bien difficile à suivre pour une adolescente qui vit dans le monde ordinaire et se compare aux autres filles du collège.

Sarah étouffe et refuse bientôt de suivre la voie choisie pour elle par ses parents et les membres de toute la communauté. La décision est douloureuse : comment dire non à ceux que l’on aime pour affirmer ses propres choix et conquérir sa liberté de penser ?

Le monde attend derrière la porte est un roman très fort, d’une grande finesse, qui présente l’évolution du questionnement de Sarah avec beaucoup de justesse. Il dit l’enfermement auquel conduisent des pratiques sectaires, qui prônant pureté et respect de la Loi, plongent les adeptes dans un isolement étouffant. Sarah est un personnage qui se construit en développant son libre arbitre, en faisant des choix difficiles, en s’émancipant intellectuellement.

A lire à partir de 13 ans.

Fan de… Sherlock

04fév

Sherlock Holmes à la loupeDans la vie, parfois, il faut prendre position… L’heure est venue de vous annoncer que mon adoration pour Sherlock Holmes et son fidèle et non moins adorable Watson m’empêche de me réjouir de cette nouvelle soit-disant adaptation cinématographique des aventures du magistral détective. Même si le délicieux Jude Law est à l’affiche… Un bon moyen pour faire découvrir Sherlock aux jeunes générations diront les uns, une indiscutable et inutile trahison diront les autres…

Mon devoir (de fan et de libraire) est donc de vous rappeler que l’oeuvre du grand Conan Doyle est immense (pas seulement par le nombre de pages) mais surtout par son inventivité, son inégalé pouvoir d’évocation, ses personnages pitorresques ou inquiétants, et cette ineffable ambiance so british, victorienne of course . Quoi de plus merveilleux que les déductions du plus célèbre des détectives londoniens qui peut tout savoir d’un inconnu par l’usure d’une canne, la cendre d’un cigare, la patine d’un chapeau. Point n’est besoin d’effets spéciaux ridicules pour créer un tel personnage. Mais de l’art d’un romancier qui, entre émotion, terreur, soupçons, mélancolie, angoisse, rebondissements, tendresse même, crée plus qu’un personnage, un véritable mythe, tout en proposant une vision clairvoyante de son siècle.

  Parodier (intelligemment) Sherlock Holmes peut être aussi un hommage. Nancy Springer, dans l’excellente série Enola Holmes, fait de la petite soeur fictive de Sherlock une héroïne de premier plan, futée, féministe et perspicace alors que son célèbre frère est relégué au rang d’incapable, mysogyne de surcroît et foncièrement antipathique. Fabrice Colin, tout français qu’il est, lui rend en revanche un hommage appuyé dans les Vampires de Londres  tout en faisant vivre à Watson des aventures pour le moins inédites et émouvantes.

Bon, en attendant, pour 7 €, (à peu près le prix d’une place de cinéma…), je vais offrir  Treize enquêtes élémentaires de Sherlock Holmes à ma nièce et revoir tous les épisodes de la série culte avec Jérémy Brett et David Burke. Et cet été, je me refais l’intégrale Bouquins Laffont. Non mais… A croire que Moriarty n’a pas dit son dernier mot et va tourmenter Holmes jusque dans sa tombe. On veille sur vous, monsieur Sherlock et on vous aime tel que vous êtes… Chapeau bas !Jeremy brett dans les aventures de Sherlock Holmes

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