Posts Tagged ‘adolescence

Jusqu’à la mer

19nov

« La lumière est belle sur les maïs ». Qu’est-ce qu’elle en a à faire, Rosa, du bla-bla de ce type de l’Aide Sociale à l’Enfance qui l’emmène en voiture vers le nouvel endroit où elle va vivre désormais, loin de sa mère, de son père, de sa demi-soeur… Tout ce qu’elle veut Rosa, c’est qu’on la laisse en paix, tranquille sur son parking où elle a ses habitudes. Désormais, c’est au passé qu’elle devra y penser. Au Lieu de vie, le foyer où elle va trainer son mal de vivre désormais, elle va devoir faire avec les autres, des inconnus, éducateurs ou adolescents. Elle va devoir y faire sa place, contrainte et forcée.

On le sent dès les premières lignes, Rosa est en souffrance, étouffe, cherche l’air à moins que ce ne soit tout simplement l’amour… D’un père, remarié et papa d’une autre fille, plus parfaite, plus aimante, qui sait s’y prendre avec les sentiments, d’une mère, qui a baissé les bras depuis longtemps, ne sait plus parler, plus écouter, n’en peux plus…Alors Rosa cherche, tâtonne. Un début de relation, juste humaine, même pas amicale, avec Sister, une fille du Lieu de vie et puis surtout la Dordogne, le fleuve, apaisant, doux, qui l’accueille en ses eaux fraîches et purifiantes. L’ennui est lourd pour tous les ados de ce petit village paisible près de Sarlat. Quand Rosa rencontre Mona, une jeune fille du village, c’est une respiration qui s’offre à elle. Elles se ressemblent ces deux là, à se comprendre sans parler. Mais les portes entrouvertes par un début de complicité se ferment, la déception est vive, ne reste que la fuite. Une fuite en avant, vers la mer, sur la rivière…

Avec ce très beau Trop loin la mer, Frédérique Niobey nous offre un portrait d’ado perdue  brossé à petites touches légères mais fortes, entre révolte et quête de sens, entre colère et quête d’amour. Les dialogues nombreux à la tonalité naturelle résonnent de justesse et de vitalité. Une vitalité si propre aux adolescents et qui semble parfois si éteinte, couvant sous les braises, recouverte par un ennui asphyxiant, paralysant. Au delà d’une ado « à problèmes », Rosa est à l’image de bien des jeunes qui ne parviennent pas à exprimer leurs désirs et dont les rêves paraissent si inaccessibles qu’ils ne se donnent plus la peine de tenter de les approcher. Comme un baume apaisant mais loin d’être lénifiant, ce très joli roman apportera à beaucoup un miroir consolateur… La mer n’est peut-être pas si loin finalement…

La mauvaise réputation

17sept

Tarja, 16 ans, jeune fille de la très bonne société genevoise, est « une salope ». C’est écrit sur les murs du lycée, c’est dans toutes les bouches, de notoriété publique, jusque dans les commentaires de sa page facebook, sur le mur virtuel de son ordinateur. Tarja fait le compte de ses petits copains éphémères, de tous ceux avec qui elle « l’a fait » et  18 noms  s’alignent dans sa mémoire. Pas de regrets sauf celui de ne pas être comprise, ne pas pas avoir été aimée. C’est ce qu’elle cherche Tarja, ce qu’elle ne connait pas chez elle, ce qu’elle ne voit ni entre son père et sa mère ni entre ses parents et elle : amour, tendresse sont inexistants dans sa vie. Heureusement, il y a Léon, son meilleur ami, généreux et présent, fou de spiritualité, en quête de l’essence même du zen, et surtout Jessica, l’alter égo, l’amie, la soeur, la seule. Jessica qui a voulu rêvé trop vite, trop loin, trop fort et qui en est morte. Enfin, il y a Albert Einstein, l’idole, le modèle, celui qui a osé aller contre la raison pour changer le monde.

Sur sa page facebook, un soir, le message de Bastien s’affiche : veux-tu être mon amie ? Bastien veut se frotter à cet univers qui lui est étranger, il a besoin d’être guidé et il veut que ce soit par Tarja. La relation se fait vite plus intime, beaucoup trop : Bastien C. est le professeur de français de Tarja…

Ne vous fiez pas aux apparences : rien de glauque ne sort de ce roman qui sonne juste de la première à la dernière page. Ce très beau roman de Jean-Noël Sciarini est extrêmement délicat, poétique, touchant, doux et brutal à la fois et sait montrer derrière la façade de son personnage tout le vide à combler, l’immense solitude et la douleur cachée par le déni. Tarja est une quête d’amour, une quête de soi, de paix et de sérénité, une tentative de se construire au mieux dans un monde habité par des adultes qui ne font pas de cadeaux.

A ne pas rater, que ce soit à partir de 15 ans ou pour beaucoup plus grand.

Moineaux de téci

26mar

couverture les filles ne mentent jamais« Les moineaux de téci » sont quatre inséparables : Fatou, Nadia, Marie-Jo et Katérina. Quatre filles dans une cité de Banlieue-en-France, dans les années 70. Quatre voix qui se croisent, se succèdent dans des dialogues hauts en couleurs pour dire la vie des filles en cité, celle de leurs familles aussi comme celles des copains ou des frères. Avec gouaille, humour et tendresse, elles disent leur quotidien, leurs désirs et leurs peurs, passant soudainement parfois des rires aux larmes, du burlesque à la tragédie la plus poignante. Ces filles se battent au quotidien contre les discriminations, les violences, l’injustice et les préjugés, contre leur histoire aussi parfois…

Sur les bancs de l’école comme dans les cages d’escalier, Flo Jallier leur donne vie avec une langue d’une rare inventivité, illustrant leurs différences à travers leur manière de s’xprimer avec une chaleur généreuse qui emporte l’adhésion. Katerina, la dernière arrivée avec son accent russe, Nadia pour qui les mots sont une gourmandise et qui renvoie tout le monde vers le dictionnaire, Fatou, chez qui les mots sont comme une barrière difficile à franchir et qui viennent buter contre ses lèvres, Marie-Jo la bavarde invétérée, curieuse et frondeuse, toutes deviennent des figures familières que l’on va voir grandir jusqu’à devenir de jeunes adultes.

Avec Flo Jallier, la langue est à la fête ! Une écriture libérée de tout tabou, jouant avec  le « grammaticalement correct » et la distorsion orthographique pour rendre l’oralité et la spontanéité des dialogues. Les filles ne mentent jamais est un roman qui vit, qui vibre, entre révolte et émotion, découverte de soi et du monde, dérision et tragédie, tendresse et violence. Un roman d’apprentissage hors norme, cocktail pétillant de douleur et de verve.

A lire sans modération et avec délectation !

Vertiges

01juin

corniche Kennedy« Les petits cons de la Corniche. La bande. On ne sait les nommer autrement. Leur âge est incisif, leur âge dilaté entre treize et dix-sept ans et c’est un seul et même âge : celui de la conquête (…) ». Ils déboulent sur la Corniche Kennedy sous la voie rapide, au-dessus de la mer lorsque « le printemps est mûr, tendu, juin donc, juin crû et aérien, pas encore les vacances mais le collège qui s’efface » et ils sont là, jour après jour, après les cours, garçons et filles à « frimer précisément, tchatcher, sauter, plonger, parader », s’embrasser aussi. Et s’avancer sur l’un des promontoires rocheux pour un « Just do it » (plongeon de 7 mètres) ou un plus périlleux « Face-to-face », vertigineux plongeon de 10 mètres, véritable face-à-face avec soi-même ou avec la mort.

Vertiges. Vertige physique, celui de la peur mais surtout vertige de l’écriture. Maylis de Kerangal tient son lecteur en plein vent et l’essoufle par son rythme soutenu, spirales musicales de mots qui cherchent le souffle, qui disent l’urgence, la peur, la tension, la nécessaire prise de risque. Ses phrases ont une ampleur ensorcelante qui vous porte à l’apnée, dans l’attente du drame.

De l’autre côté des rochers, à portée de jumelles, un flic, au nom drôlatique de Sylvestre Opéra. Sa mission, formulée par le maire : tolérance zéro pour tout ce qui gêne la bonne marche des statistiques. Sylvestre Opéra a déjà fort à faire entre la drogue, les meurtres, les prostituées et leurs « protecteurs », les délits en tout genre, comme il a fort avec la vie, en général, avec lui-même, en particulier.

Entre les jeunes de la Corniche (la Plate comme ils appellent leur coin), la police et les malfrats, on joue au chat et à la souris, les destins se croisent…

Un roman puissant, peinture d’instantanés à la densité palpable comme autant de reflets éphémères d’une adolescence en déroute. Magnifique.

A lire à partir de 15 ans.

Toute première fois

29mai

J’ai quinze ans et je ne l’ai jamais faitFilles, garçons, tous ne pensent qu’à ça : la première fois. J’ai 15 ans et je ne l’ai jamais fait est un roman à voix multiples, croisées, qui éclaire ce sujet sensible s’il en est avec malice et fraîcheur tout en évitant les écueils liés au genre. Capucine, 15 ans, très brillante élève, a jeté son dévolu sur M. Martin, son prof d’histoire : ce sera lui parce qu’il est séduisant, gentil, attentionné et un homme, un vrai, pas un adolescent acnéique sans expérience. Capucine ne pense qu’à « ça », qu’à lui, obsédée par cette première fois jusqu’à imaginer en permanence tous les adultes de son entourage nus et dans des situations sans équivoque… Elle en perdrait un peu le sens des réalités Capucine, presque le sens de l’humour. Heureusement près d’elle il y a Lily, pas très futée scolairement mais douée pour la vie, et Martin, fou de musique, à l’aube de son premier vrai grand concert, ailleurs que dans un garage.

 Capucine est un bien joli personnage, un brin égoïste, si terriblement impatiente d’arriver au jour J qu’elle en oublie le monde, les autres ou pire encore y pense pour juger à l’emporte-pièce ceux qui ne lui ressemblent pas avec dureté. La vie va se charger de tisser les fils de plusieurs destins et de dessiner un motif qu’elle ne soupçonnait pas.

. Roman à deux voix, celle de Capucine et celle de Martin obsédé quant à lui par son envie de se réaliser dans la musique et la poésie, J’ai 15 ans et je ne l’ai jamais fait n’est pas une incitation à franchir le pas quoi qu’il arrive et à jeter sa virginité aux orties mais bien la reconnaissance, sans hypocrisie,   des fantasmes qui agitent les adolescents dans l’attente du grand amour ou tout au moins de LA rencontre qui va changer leur vie. Avec un conseil tout simple qui revient comme un leitmotiv sous la plume de Maud Lethielleux qui faisait dire à sa petite héroïne dans son premier roman Dis oui, Ninon « Le vrai bonheur (…) il est toujours là où on ne s’y attend pas, il suffit d’ouvrir les yeux. »C’est simple, comme qui dirait enfantin…

Un ton juste, des personnages drôles, émouvants, vivants  et attachants et du rock plein les oreilles : telle est la recette de ce roman qui respire la sincérité. A lire à partir de 15 ans.

L’accident

19avr

une putain de belle nuitIls sont neuf. Huit garçons, – une équipe de hand qui digère sa dernière défaite – et Annie, celle qui d’habitude, en tant que mascotte, leur porte chance. Dans le mini-bus qui roule dans la nuit, chacun laisse vagabonder ses pensées, lorsque, soudain, c’est l’accident : le bus bascule dans un ravin.

Le point de départ d’Une putain de belle nuit ressemble fort à celui de Déroute sauvage sauf que là, point de fous assoiffés de sang en embuscade mais simplement des grands ados perdus en pleine nuit, apeurés, désemparés, amenés à se révéler peu à peu.

Une putain de belle nuit est un roman choral, où chacun des personnages  intervient tour à tour. Paroles intérieures et dialogues se mêlent pour évoquer les sentiments et fouiller les consciences. Confrontés à une situation extrême – le chauffeur est décédé et le professeur qui les accompagne gravement blessé -, les personnages  vont devoir faire face à leurs propres démons.

Un roman efficace, au huis-clos tendu, qui plus qu’un thriller,  s’avère être le reflet des préoccupations adolescentes.

Un mauvais plan

07nov

mauvais planTrois copines, trois voix. Un mensonge, deux mensonges, trois mensonges… Il y a Anna la timide, flattée d’avoir attirer l’attention de Mariah, la sexy, qui bien que n’ayant que 15 ans « sort » avec Dj, lycéen de terminale. Et puis il y a Emma, avide d’expériences, pour finir le trio. Anna, Mariah, Emma trois copines qui cumulent les cachotteries pour conquérir leur liberté, qui se « couvrent » les unes les autres pour échapper au couvre-feu parental. Jusqu’au jour où, découvertes, elles montent un plan pour échapper aux sanctions inévitables. Un très mauvais plan qui ne sera pas sans conséquences et va les prendre au piège…

Dana Reinhardt utilise la construction à trois voix pour faire avancer son roman et multiplier les points de vues. Ce qui commence comme une histoire d’adolescentes désireuses de grandir devient vite un thriller psychologique tendu dans lequel chacune des trois « héroïnes » va évoluer différemment, se définissant à travers des choix, des orientations différentes.

Y a t-il des mensonges acceptables ? Doit-on toujours dire la vérité ? Comment assumer ses responsabilités ? Peut-on  revenir en arrière après avoir fait une erreur ? Le pardon suffit-il a effacer les traces laissées par la culpabilité ?

Mauvais plan est un roman qui invite à la réflexion sans être alourdi par le poids d’une morale bien pensante. A chacun de trouver ses réponses, de tracer sa route en faisant des choix, ceux-là mêmes qui font que l’on devient responsable…

A lire à partir de 13 ans.

 

Dans la peau d’un garçon

09oct

cinq jours par mois dans la peau d'un  garçonEncore un de ces livres un peu trop « filles » à la couverture un peu trop rose ? Attention, attention…Sous cette couverture anodine se cache un roman qui devrait faire parler dans les chaumières ou plutôt dans les cours de lycée.

Jill, 17 ans, jeune fille bien sous tout rapport, mènerait une existence des plus ordinaires si elle n’avait un secret de taille : 5 jours par mois, avant le cycle menstruel, elle se transforme en garçon pendant la nuit ! Ses parents, seuls à être au courant, ont inventé un petit mensonge à l’intention du lycée pour permettre à leur fille de s’absenter pendant ses « métamorphoses » mensuelles et gèrent au mieux l’existence de ce « Jack » qui ne doit bien sûr sous aucun prétexte quitter la chambre. Tout cela irait presque de soi sauf…que Jill va tomber sous le charme d’un charmant ténébreux (bisexuel) pendant que Jack, à la libido particulièrement explosive, va lui tomber raide dingue de la pulpeuse meilleure amie de Jill, Ramie. Il semblerait que Jack échappe de plus en plus au contrôle de Jill et que ses hormones  (absolument déchaînées !) prennent le pouvoir…

Tiré par les cheveux tout ça ? Sans aucun doute ! Cinq jours par mois dans la peau d’un garçon a le mérite d’être tout sauf « cucul la praline », d’oser dire le désir, la sexualité sans hypocrisie et sans retenue. On est là face à des ados qui ne pensent qu’à « ça »,  sont troublés par leurs désirs, leurs attirances, leurs sentiments.

Alors on rêve à ce qu’aurait pu faire de tout ça un Melvin Burgess par exemple. Un roman plus fin, plus subtil qui serait allé encore plus loin peut-être et avec plus de style. Mais ne boudons pas notre plaisir, Lauren McLaughlin a tenu son pari : parler sans fard de l’identité sexuelle des ados, de la complexité des rapports fille-garçon et de la complexité des rapports entre humains, tout simplement.  

A lire à partir de 15 ans.

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