Récompense de la fidélité au “Journal” de Renaud Camus : jubilation à l’année 2007 : “Une Chance pour le temps”

Posté dans la catégorie Arts plastiques, Blogs, Littératures, Musiques, Rencontres, Villes et paysages par Titus Curiosus

05fév

A propos des trois derniers volumes du “Journal” de Renaud Camus : “Le Royaume de Sobrarbe“, L’Isolation” & “Une Chance pour le temps” ; soient les “Journaux 2005, 2006 & 2007“…

Depuis,

comme amoureux fou-fervent de Rome _ cf mon article programmatique, le 3 juillet 2008 :le carnet d’un curieux_,

ma lecture _ très réjouie en sa curiosité jamais comblée des mille églises, mille palais, mille musées, mille jardins, etc… (où pénétrer et jeter quelques regards sur tant de merveilles réunies en un espace, urbain et agreste à la fois, avec ruines, et interstices libres, aussi, de taille encore humaine) de la Ville éternelle et de ses (davantage que) sept collines ! _ du “Journal romain_ 1985-1986 _ de Renaud Camus, paru aux Éditions POL en 1987 _ toujours disponible : le meilleur, et de loin !, des milliers de guides touristiques romains ! _, et de sa suite “romaine _ pour la fin du séjour de Renaud Camus à la Villa Médicis, en 1987 _, Vigiles“, parue en 1989 _ mêmes éditions, même disponibilité, mêmes qualités supérieures pour touristes patients en leur curiosité (= haut-de-gamme), à rebours des clichés rapides des autres ! _,

je suis _ du verbe signifiant continuer _ avec une ferveur jamais déçue, et donc on ne peut plus fidèlement,

le “Journal” que Renaud Camus n’a cessé, depuis son séjour romain de deux ans pleins à la Villa Médicis, de tenir

et publier

_ en s’efforçant, depuis relativement peu de temps, de raccourcir les délais entre sa rédaction et sa publication-et-disponibilité de lecture pour le lectorat potentiel (et réel, fidèle) : les choses semblent, sur ce front-là, en voie de mélioration…

Une tenue” et une publication tout à fait probes et courageuses…

D’abord édité _ depuis la co-édition Hachette-POL du Journal de voyage en France“, semble-t-il, en 1981 _ par Paul Otchakovsky-Laurens, aux Éditions POL , à partir de ce “Journal romain” ;

depuis le scandale, et la publication archi-mouvementée, du Journal 1994 : La Campagne de France

_ paru, l’année 2000, non sans difficultés et remous divers (et remugles nauséabonds !) médiatiques : la première édition, parue au mois d’avril 2000 (celle que personnellement je possède, en lecteur fidèle se procurant le Journal à sa parution !), a étéretiréeassez vite de la vente en librairie, et remplacée, trois mois plus tard, par uneseconde,revue” avec un « avant-propos de l’éditeur assorti de quelques matériaux et réflexions pour une étude socio-médiologique del’affaire Camus” », au mois de juin 2000, donc ! ; sur le scandale de la-dite affaire, se reporter, avec le plus grand profit (pour l’analyse de l’état de la civilisation, ainsi que de la presse, eu égard à la justesse et à la liberté de ce que sont écrire et vraiment lire en vérité !), à l’extraordinaire Corbeaux, journal de l’affaire Camus, suivi de quelques textes rebutés“, publié aux Impressions nouvelles, par Renaud Camus : un document de première nécessité sur l’Histoire de la censure aujourd’hui en France, et autres lynchages médiatiques de la part d’une certaine classe journalistique et pseudo-intellectuelle, qui lit bien mal, en tout cas ; et jamais in extenso_,

et à l’exception _ anomique, donc _ du Journal 2000:K.310

_ (re-)paru, lui, de nouveau, aux Éditions POL, en 2003, mais pour cette seule fois-là : celui-ci, Journal 2000, relatant au moins partiellement, les péripéties chaudes de l’affaire Camus; pour le reste, se reporter à Corbeaux; Claude Durand, le patron de Fayard, ayant manifesté quelques réticences à publier le récit camusien, même (encore) expurgé, des péripéties des difficultés éditoriales (assez hautes en couleurs) de son auteur avec son confrère Paul Otchakovsky-Laurens… _,

le “Journal” annuel _ depuis Vigiles, Journal 1987, en 1989 _ de Renaud Camus,

grâce à l’appui constant de Claude Durand depuis cette “Campagne de France” parue en 2000,

paraît désormais régulièrement aux Éditions Fayard,

le scandale assez retentissant, et pour des raisons la plupart fort douteuses (de lectures partielles et/ou partiales ; c’est selon…) de l’affaire dite “Renaud Camus” l’ayant fait quitter, mais pour ce seul “Journal

_ du moins d’abord : Fayard publiant aussi, maintenant (depuis 2008 ; après un accord entre les Éditions POL et les Éditions Fayard ; entre Paul Otchakovsky-Laurens et Claude Durand), la série (nouvelle !) desDemeures de l’esprit; au demeurant un notable succès de librairie : pour les quatre numéros à ce jour parus : Grande-Bretagne I : Angleterre sud et centre, Pays de Galles ; France I, Sud-Ouest ; Grande-Bretagne II, Ecosse, Irlande & France II, Nord-Ouest _,

l’ayant fait quitter, donc, ce “Journal” annuel,

le giron des Éditions POL ;

l’amitié entre l’auteur Renaud Camus, et l’éditeur de POL, Paul Otchkovky-Laurens, résistant, nonobstant, à ces péripéties à rebondissements complexes ! POL continuant de publier, en effet, presque tout le reste de l’œuvre camusien : les romans, les “Églogues“, les “Écrits sur l’Art“…

Cependant la mise sur tables, en librairie _ même à la librairie Mollat ! _ de ce camusien “Journal” n’est pas nécessairement, semble-t-il, de règle ; et cette moindre “visibilité de ces pourtant beaux et forts volumes, avec en couverture, une photo couvrant l’entièreté de la surface (15 x 23, 3) du volume, fait que le lecteur, même fervent et fidèle, peut “manquer” maintenant leur parution ; d’autant que la presse _ à commencer par Le Monde : la page littéraire de l’édition du vendredi est-elle toujours dirigée par Josyane Savigneau ?..  _ ne s’empresse guère _ et c’est un euphémisme _ de se faire l’écho de cette parution !

Aussi en étais-je resté à “Corée l’absente“, soit le “Journal 2004, lu à sa parution en novembre 2007

_ et j’ai pensé à certaines des notations, notamment sur le peu de goût de conservation du patrimoine architectural en Corée (du Sud), où l’on préfère détruire et remplacer que conserver, en lisant les épisodes (nords-) coréens que relate Claude Lanzmann dans son si riche et passionnant Lièvre de Patagonie, le plus grand livre de l’année dernière, et de loin ! _ cf ma série d’articles sur lui cet été, La Joie sauvage de l’incarnation, depuis son premier voletLa joie sauvage de l’incarnation : l’”être vrais ensemble” de Claude Lanzmann _ présentation I , jusqu’à son ultime : La joie sauvage de l’incarnation : l’”être vrais ensemble” de Claude Lanzmann _ dans l”écartèlement entre la défiguration et la permanence”, “là-haut jeter le harpon” ! (VII); en passant par celui qui concerne tout particulièrement les époustouflants épisodes de Pyong-Gyang, un des sommets (!) du livre :La joie sauvage de l’incarnation : l’”être vrais ensemble” de Claude Lanzmann _ le film “nord-coréen” à venir : “Brève rencontre à Pyongyang” (VI)

Et, ainsi, ai-je manqué (!) la parution du volume du “Journal 2005“, “Le Royaume de Sobrarbe, imprimé en novembre 2008 ; de même (!) que celle du “Journal 2006“, “L’Isolation, imprimé en juin 2009.

Ce n’est pourtant pas faute de m’être (un peu) inquiété, mais un peu mal (pas assez efficacement, en tout cas… ; à moins qu’il y ait eu une interruption quelque part dans la chaîne de distribution de ces volumes ; ce qui est aussi de l’ordre du possible…) auprès des libraires.

Aussi ai-je fini vouloir en avoir le cœur (un peu plus) net au mois de décembre passé ;

ainsi ai-je découvert et l’existence, et la disponibilité de ces titres ; que j’ai alors commandés : ils n’étaient pas en rayon.

Et c’est en terminant la lecture coup sur coup de ces deux-là, “Le Royaume de Sobrarbe” & “L’Isolation“, à la suite (!) , que j’ai découvert aussi la parution, fin décembre, de “Une Chance pour le temps“, le “Journal 2007“, qui avais été mis, placé, rangé, non pas en pile sur une table (de nouveautés), mais, déjà, dans les rayonnages verticaux, dans l’ordre alphabétique des auteurs. Bien sûr, je l’ai lu dans le flux des deux précédents (!!!) ;

et je viens d’achever ce trio ce jour… A ma plus grande satisfaction :

jubilation“, dis-je…

Ainsi que j’ai pu le signifier, en une conversation et tout à fait impromptue _ nous nous trouvions tout seuls à deux tables séparées, d’une salle-à-manger d’un très agréable hôtel d’une ville universitaire une des plus belles de France _, et parfaitement privée _ personne à nous écouter, alors qu’auparavant se trouvaient là un triolet d’universitaires, un couple d’étrangers, peut-être allemands, ou baltes, ainsi qu’une amie, étrangère aussi, peut-être russe ; puis un peu plus tard, un père et ses deux petites filles… _, au Professeur Marc Fumaroli,

j’ai grand plaisir à lire, parcourir en ses élans, parfois irrités _ ah! la colère d’Achille ! comme elle peut être fructueuse, mobilisatrice, déplaçant les lignes installées ; et pas seulement destructrice ! _ la curiosité large, exigeante en qualité de beauté, on ne peut plus probe _ oui ! c’est une vertu essentielle _, mais aussi tout à fait courageuse _ aussi ! _  en sa liberté d’expression et audace de publication de ses goûts et avis,

les “Journaux” de Renaud Camus :

surtout depuis que sa vie s’est _ on ne peut plus heureusement, me semble-t-il, du moins _ apaisée (même sans s’assagir, au moins spirituellement !) _ le temps desTricks(dont la morne, vide, répétitivité des coups lâchés m’agaçait ! après m’avoir surpris, et ébaubi, à l’instant de leur première découverte dans le Journal romain…) semble définitivement passé : l’âge (nous) en impose aussi un peu, à tous, probablement… _, grâce à Pierre _ cela fait bien dix ans en 2007 (et ils se sont, il y a déjà quelque temps, pacsés, peut-être en 2004 : pour obtenir la mutation de Pierre dans le Gers, avait-il été prononcé alors, me souviens-je à peu près ; Pierre, ariégeois,  est professeur agrégé d’Histoire ; ou de Géographie…) ;

et un (superbe) hommage (sur presque tout une page) est rendu à sa sainte patience ; il me faudrait en retrouver la page !..

http://www.mollat.com/cache/Couvertures/9782213633855.jpg

C’est Pierre qu’on aperçoit ici, sur le bac, entre Bellagio et Varenna, le vendredi 2 novembre 2007, en cette photo prise à 13h42, ainsi que l’enregistre l’appareil photo de Renaud Camus…


Saint Pierre“, faudrait-il presque dire, pour son humeur égale, sa gentillesse, ses égards, sa patience quasi angélique. Un compagnon de confiance, en tout cas _ et qui réchauffe bien, aussi, quand l’installation de chauffage de Plieux défaille ; ce qui ne manque certes pas de se produire, les hivers, en ce fier château, ou donjon, de Gascogne, toujours insuffisamment “isolé, nonobstant bien des efforts

On peut y apprécier,

en ces “Journaux, qui se succèdent fidèlement, bon an, mal an, dorénavant, depuis le “Journal romain” entamé en 1985 (pour la Villa Médicis),

le fil _ plus ou moins contrasté : selon les accidents ; ce qui survient ! avec son lot de (bonnes et mauvaises) surprises ! _ des jours _ en lafilure, ou le filage, à tout le moins le défilement, ou le défilé, de ce qui, en et par ce fil même !, se succède, au quotidien ; qui est aussi passablement important ! _ avec la marque, aussi,

à côté de l’enchantement vif, mais assez bref, des voyages _ aux vacances scolaires : du fait des disponibilités de Monsieur Pierre, désormais _,

des problèmes plus endémiques, eux, du quotidien (de tout un chacun) : de plomberie, de chauffage, voire d’isolation_ cf alors L’Isolation, tout particulièrement… _; et encore d’argent, forcément, notamment au moment des dates butoirs du règlement des Impôts ;

lesquels (”problèmes“) participent des humeurs de ces jours (plus gris) de nos vies , et lui donnent _ la vérité, aussi… _ du contraste ; et la vérité de son rythme _ sans mornitude d’ennui…

Marc Fumaroli apprécie tout particulièrement, lui, me confie-t-il, les explorations esthétiques très remarquables des “Demeures de l’esprit“…

Renaud Camus a, en effet, un plus que notable “sentiment géographique et topographique ; il s’intéresse magnifiquement à la qualité, mais ne perçoit, aussi, que trop la détérioration _ hélas ! et même galopante ! _ des paysages _ au sein desquels prennent placent, et se logent, cesDemeures de l’esprit qui s’élèvent encore, tiennent encore debout, en leurs pierres : mais que devient, au fait, l’espritvivant daujourd’hui ? Que nous en dirait un Hegel, en une poursuite de saPhénoménologie (de l’esprit, donc), depuis 1807 ?.. l’espritse ferait-il de plus en plus fantômatique ?.. _ ;

il ne perçoit, aussi, que trop la détérioration (des paysages), donc,rognant” implacablement la vieille campagne _ plus que fragilisée : détruite. Et pas seulement du côté du panorama du donjon de Plieux, en cette presque Toscane des alentours de Lectoure, Condom, etc… : presque partout désormais en France ; et même en Italie _ et jusqu’en Angleterre…


A ce compte, et en mesurant combien

le souci d’harmonie des paysages de Renaud Camus

(et sa sensibilité très fine, depuis longtemps, au développement lent mais progressif, et irrésistible, in fine _ il nous bien le constater ! _, de ce que lui-même nomme on ne peut plus pertinemment la “banlocalisation _ l’expansion irrésistible de labanlieueà presque tout le territoire ; la régression généralisée, a contrario,  de la campagne _ : pas seulement en France, donc, et sous ses fenêtres mêmes _ magnifiques ! _ de Plieux _ mais que deviennent-elles sans leurs sublimesvues? privées aussi vilainement de leurs vedute ??? _, dans cette campagne de Lectoure et Condom qui avait, en effet, plus que des “airs” de Toscane ; mais aussi en Italie : Piémont et Lombardie, particulièrement, dans “Une Chance pour le temps” ; à quelques miraculeuses exceptions près : par exemple, la pointe extrême de Bellagio… ; jusque même en Angleterre !)

comportait, et depuis si longtemps, de lucidité ! de pertinence !! de justesse !!!

à ce compte,

on mesure soi-même aussi,

en lecteur fidèle des “Journaux” de Renaud Camus,

l’ampleur _ hélas! _ et l’avance _ impuissante, aussi… comment lutter avec un minimum d’efficience contre les avancées de pareille nocencequasi générale ?.. _ de sa lucidité et justesse d’appréciation des faits !..

Voilà en quoi Renaud Camus est un visionnaire réaliste infiniment précieux !

Même si la foule préfère hurler avec les loups et se gausser des Cassandre…

A titre d’échantillon de la grâce et justesse de Renaud Camus,

je propose ces quelques extraits-ci d’”Une Chance pour le temps” ;

déjà, quel beau titre :

une expression de sa mère, au retour d’équipées réussies, ayant bénéficié de la qualité des circonstances atmosphériques, notamment de lumière :

Une des exclamations favorites de ma mère, après les heureuses journées de voyage ou d’excursion dont elle vient d’énumérer _ récapitulativement _ les mérites et les plaisirs _ elle a alors quatre-vingt-seize ans _, c’est : “Et puis alors : une chance pour le temps !”".

Tout un art d’aimer vivre !..

Presque du Montaigne !..

Pages 407-408, par exemple, je détache ceci :

De tout voyage, il faudrait noter _ s’y arrêter, le retenir ; et puis s’en souvenir : le Journal a cette fonction là, d’un peu marquer le temps vécu, en sachant y revenir si peu que ce soit par l’effort de formuler la grâce de son ressouvenir_ ce qui vous a touché vraiment _ (certes ! certes !!!) or ce sont autant de moments _ (oui, vécus ! sens activés ! cf l’analyse du spectacle même du soir, de grâce, à Syracuse avec deux amis italiens, telle que la mène si superbement Baldine Saint-Girons en son chapitre d’ouverture deL’Acte esthétique!) plutôt que les objets, les sites, les tableaux _ eux-mêmes seulement ; en leur pure et simple facticité empirique… _ qui eussent dû _ par leur notoriété ! la rumeur ! le largement partagé ! Goethe lui-même, en son Voyage en Italie, si fortement emblématique de tels journaux de voyage, ne commencera à apprécier vraiment la (et sa) vraie Rome qu’une fois une année (entière) de poncifs passée (et finalement traversés ; ainsi que de retour de Naples) ! alors, les touristes de passage, malheureux si pressés (par un temps trop compté !), qui s’excitent péniblement aux parcours flêchés éreintant des modernes Baedeker : tout Rome en un week-end !.. _ ;


d
e tout voyage, donc, il faudrait noter ce qui vous a touché vraiment

plutôt que les objets, les sites, les tableaux qui eussent dû _ je termine la citation de la page 407 _

vous toucher et n’ont produit sur vous (tout coincé et anesthésié que vous étiez, allongé sur des rails mécaniques : ceux du seulement convenu…), en fait,

aucun effet.

Après avoir cité dans cette seconde catégorie : la Pala Sforza, le tambour bramantesque de Sainte-Marie-des -Grâces _ à Milan _ ou les flacons de Morandi dont nous fûmes abreuvés tout du long _ dans divers musées de Milan, ou Turin, ou ailleurs… _,

Renaud Camus en vient à la catégoriepositiveetpremière :

Dans la première, le lac de Côme, à Bellagio et la traversée de Bellagio à Varenna _ moment et lieu que vient illustrer (et célébrer un peu plus encore) la photo avec l’ami Pierre, sur le bac, sur la couverture deUne Chance pour le temps” ! _, le clocher de Soglio _ plus haut, dans les Grisons suisses : le village admirable reposait tranquillement, sur les quatre heures à peine, dans sa glorieuse bellitude de calendrier des postes annoté par Rilke en personne , page 401… _ et le jardin de l’Hôtel Palazzo Salis _ où nous marchâmes dans le délicieux jardin, à l’arrière, au pied des sycomores géants _, la presqu’île de Chastré _ sur le lac de Sils-Maria, avec au bout, le banc de Nietzsche :Nous sommes arrivés juste à temps, à l’heure la plus belle, la plus dorée, la plus mauve, la plus enneigée, la mieux pâle et parsemée de nuages blancs, et puis roses, et puis d’un orangé soutenu, avant que tout ne tourne au blanc et au noir, page 402... _, comme d’habitude, le Montagna _ un “Saint Jérome“…  _ de Brera _ le Musée, à Milan _,Les Noces de Jacob et Rachel _ du Maître de l’Annonce aux Bergers… _ du Musée Granet _ à Aix-en-Provence : je l’ai revu (sans avoir lu alors ce passage dans Renaud Camus) samedi de la semaine dernière, juste avant le déjeuner avec Bernard Plossu et ses amis auquel m’avait convié Michèle Cohen, Cours Mirabeau : à ce superbissime Musée Granet, va s’ouvrir une exposition Constantin, le maître (marseillais) de Granet ! Constantin qui avait fait, avant son disciple, le voyage de Rome ; et lui en avait instillé le vif désir !.. A côté de ces Noces de Jacob et Racheldu Maître de l’Annonce aux Bergers (bien présent dans les musées de Rome), une myriade (et explosion) de Granet, tous, et toujours, plus lumineux les uns que les autres, en leur classicisme romain !.. _, une errance nocturne _ gionesque ! Angelo sur les toits de Manosque (dans Le Hussard sur le toit), ou bien courant et galopant par toute l’Italie soulevée (dans Le Bonheur fou)… _ entre les cours et sur les balcons de l’université de Pavie, le mont Viso, le mont Viso, le mont Viso. Le mont Viso est mon nouveau grand ami. (…) Je ne comprends pas comment il peut régner _ cf toujours Giono, mais cette fois au début deUn Roi sans divertissementet de la somptuosité (quasi cézannienne) de quelques monts des Alpes _ avec tant d’évidence à la fois et tant de discrétion _ car qui connaît son nom ? (est-ce bien là un critère, que celui de la notoriété !??? Allons ! Renaud !..) _ sur le Piémont“…

Les quarante dernières pages, à partir de la visite au château de Montaigne, le samedi 15 décembre (et la page 461) sont de pure grâce _ d’écriture _, et donc de pur bonheur _ pour le lecteur que nous sommes…


Par exemple, le “Mardi 25 décembre, neuf heures et demie du soir“, pages 473-à 476 :

deux portraits en trois coups de lame (de peinture au couteau _ et ekphrasis) :

le premier du pape Benoît XVI ; le second du président Nicolas Sarkozy.

Quelle différence avec le viril et charismatique Jean-Paul II, même en sa déréliction physique de la fin ! Celui-là a l’air d’une vieille fille intelligente, apeurée et sournoise, qui passe son temps à regarder dans les coins, par en dessous. Pendant la messe il paraît s’embêter gravement, ce qui est tout de même le comble” _ certes !

Cela dit, la testostérone, à l’inverse, notre propre président Sarkozy n’en a sans doute que trop _ Dominique de Villepin a confessé avoir du mal à supporter _ tiens, tiens ! _ son côté “mâle dominant” _ et les résultats à l’image _ télévisuelle,aux infos!.. _ ne sont pas beaucoup plus brillants _ que pour l’actuel pape, à la messe de minuit à Saint-Pierre de Rome, au Vatican. Ce soir on voyait le chef de l’Etat à Assouan ou dans la vallée des Rois, en compagnie de sa nouvelle compagne, la chanteuse Carla Bruni, qu’il a rencontrée il y a une quinzaine de jours, je crois bien, et déjà emmenée à Disneyland _ Wow ! _, sous l’œil _ sinon… _ de centaines de caméras. Aujourd’hui il la tenait gentiment par la main, au milieu d’une nuée de journalistes. Il y a un mois qu’il a divorcé. On a l’impression qu’il essaie _ et pas qu’un peu, mon neveu ! _de dire aux Français :

N’allez surtout pas vous mettre dans la tête que je peux me faire plaquer par une femme, comme tout le monde, sans réagir. Voyez, j’en ai déjà une nouvelle, encore mieux _ forcément ! _, et en plus, c’est un ancien mannequin, et elle est chanteuse_ quels bonus ! : rien que du bonheur !, va-t-il se crier par toutes les chaumières ! L’expression bling-bling n’allait pas tarder à faire très vite florès…

La chanson, le music-hall, le show-biz, tout ce qui sous la dictature de la petite-bourgeoisie _ cf le livre de Renaud Camus synonyme :La dictature de la petite-bourgeoisie _, s’appelle désormais la musique _ eh ! oui ! _ , c’est l’univers naturel _ consubstantiel _ de cet homme. Il s’y trouve comme un poisson dans l’eau. Divorce ou pas divorce, il sera toujours le second mari de Mme Jacques Martin _ tel un handicap parfaitement ir-remontable… Il paraît qu’à Alger, durant son voyage récent, il a fait attendre une heure et demie l’archevêque d’Alger et les autres invités, lors d’une soirée à l’ambassade de France, et, dès son arrivée, s’est enfermé dans une pièce à part pour chanter avec son grand ami Didier Barbelivien et d’autres copains _ oui, oui ! _ les chansons de Barbelivien_ voilà en quelque sorte l’exemple-type de ce qu’est devenu, avec cet homme-là, l’ordre des préséances de la République…

Et le portrait se poursuit : Je dois reconnaître que je n’y étais pas. Mais enfin, ce qu’on voit à l’image _ de la télévision ; et Dieu sait… _ rend tout à fait plausible ce genre d’histoire. Non seulement ce pauvre homme est d’une vulgarité et sans doute d’une brutalité pathétiques _ celles-là mêmes d’une tripotée de ses électeurs ? le cœur-de-cible, peut-être, de l’équipe de ses communiquants?.. _, mais, en plus, il n’a pas l’air à l’aise _ ni donc heureux _ dans ces caractéristiques et dans le personnage qu’elles impliquent. Il donne l’impression d’être un très mauvais acteur, aussi incapable de jouer le rôle écrit pour lui que _ même ! _ celui qu’il a fait modifier à sa mesure ; cela tient peut-être à sa manie _ perfectionniste ? _ de corriger la pose en permanence, de se réajuster, de remonter les épaules, de se dégager le col ou de redresser sa cravate _ du début à la fin tout paraît faux, emprunté, composé et mal interprété pour les caméras _ quelle patte !

Et pourtant Renaud Camus a (presque) voté pour lui à la présidentielle : il trouvait son programme plutôt sympathique par bien des aspects de ses discours, nous a confié ce Journal-ci, pages 168-169 :

Après la confrontation télévisée entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal (…), j’avoue que j’éprouve une petite tentation de regret pour avoir fait voter par le comité exécutif de l’In-nocence un communiqué (n° 457) invitant les membres du parti et les sympathisants à déposer dans l’urne, après-demain dimanche, un bulletin blanc. Si Ségolène Royal l’emportait, nous serions bien attapés (le risque est faible, apparemment). Et s’il fallait s’en tenir aux seuls discours récents de Sarkozy, sur la Turquie, par exemple, sur l’identité française, sur la fiscalité et en particulier les droits de succession, et même sur l’Ecole, il faut reconnaître qu’il n’y aurait aucune raison de ne pas voter pour lui, de notre point de vue ; et même beaucoup de raisons de lui apporter notre suffrage. Tel qu’il s’exprimait ce soir, dans son dernier message de campagne, on aurait dit qu’il s’adressait à moi pour s’attirer mon soutien. Si je ne savais pas ce que je sais, ou crois savoir, je ne serais pas loin de fléchir. Et, même le sachant, je pourrais bien capituler. Mais je ne ne peux tout de même pas voter pour Sarkozy après avoir appelé à voter blanc ! Ni faire publier un nouveau communiqué faisant état d’un changement d’avis de dernière minute ! ;

Puis, page 173 : Hier matin, après que j’eus voté ici (blanc), nous sommes partis pour l’Ariège où Pierre devait voter lui-même et, par procuration, pour ses parents ;

et, page 175 : Mon sarkozysme de fraîche date n’a pas bien résisté à la suite de la soirée _ du dimanche de l’élection _, ni surtout à ce que nous avons vu de celle de Sarkozy, à la télévision, une fois rentrés à la maison. J’ai bien sûr trouvé inimaginable qu’à peine élu il allât se restaurer au Fouquet’s, qu’on s’interrogeât sur la boîte de nuit parisienne où serait ensuite fêtée la victoire, et qu’il nous fût dit que le presque chef de l’Etat comptait partir le lendemain pour la Corse afin de s’y reposer dans la demeure de son grand ami Christian Clavier. Et quel déplorable spectacle que le ballet des limousines dans le jardin des Tuileries, chacune tâchant de dépasser l’autre pour être plus haut dans le cortège courtisan !… Le Journal joue parfaitement le jeu de sa propre absolue non-censure…

Un peu plus loin, pages 480-481, voici cette même patte _ et pâte : légère ! mais riche et faisant mouche ! _ appliquée à cette auto-dérision-ci, cette fois :

Ce qui rend mes relations avec ma mère _ elle loge alors, mais depuis peu, à Plieux _ si éprouvantes pour mes nerfs, toujours, et pour mon humeur, et même pour mon état mental, c’est qu’elle figure _ beaucoup trop lisiblement _ pour moi l’abîme _ si proche, et tellement menaçant d’aller aussitôt y verser et sombrer… _ du dérisoire _ de tout ce que je pense et de ce que je suis _ moi-même : son fils.

Tous mes défauts, et surtout mes défauts intellectuels, sont chez elle épouvantablement grossis _ mis sous les yeux de son fils, à la portée la plus proche _, poussés à l’extrême, de sorte qu’ils sont beaucoup plus nettement observables” _ en effet : comme, à la télévision, ceux de Benoît XVI et de Nicolas Sarkozy, sous la focalisation parfois sans pitié des caméras… Et Renaud Camus finit par “dégager” la ressemblance : en ceci : quand j’écris sur la maison de Montaigne _ comme pour ses brillantesDemeures de l’esprit, alors… _, c’est en grande partie parce que _ voilà ! _ je n’ai rien à dire d’original _ le péché de l’homme-de-lettres pisseur de copies ; quand il envit_ ou d’intéressant sur les Essais ; si je vais à Montaigne, le château, c’est en grande partie au lieu de _ c’est le cas de le dire _ lire sérieusement Montaigne, l’auteur, de travailler sur lui _ comme le fait magnifiquement le très pénétrant Bernard Sève en son si lucide Montaigne : des règles pour l’esprit Ce goût des maisons d’écrivains ou d’artistes, c’est une paresse, un aveu d’impuissance _ quant à l’essentiel : les accidents extérieurs et leur détail sont alors les bienvenus ; pour avoir si peu que ce soit d’un peu neuf àtrouver à narrer, à décrire : ne pas rester sans rien du tout à dire (et surtout, bien sûr, écrivain, à écrire)…

Et je rencontre constamment mille occurrences, en moi, dans les débats un peu soutenus, par exemple _ comme aux émissions Répliquesde son ami Alain Finkielkraut, quand il y est invité, sur France-Culture, avec quelque autre : pour un débat à trois, alors… _, de ces moments où j’ai recours au biographique, au topographique, au superficiel, au plaisant, à l’écume, pour échapper _ voilà ! _ à l’échange au fond _ au lieu de rien que la forme et la surface… _, parce que j’ai peur _ contrairement à l’écriture de ce Journal, si courageuse, elle !!! _ de m’y noyer, ou de devoir avouer que je ne sais pas nager _ pour garder une place d’auteur qui a un nom sur la Place (et le marché) des Lettres…

S’intéresser à tout, j’en ai toujours été convaincu, c’est ne s’intéresser à rien.  En conséquence, à entendre les compliments que multiplie _ maisà n’importe qui _ madame sa mère, eh ! bien on croirait un critique littéraire du Monde : elle découvre un génie toutes les semaines… Par là, c’est cette absence totale de discrimination _ du juger _ qui dépouille _ hélas _ de sens _ et à cela, Renaud Camus ne peut pas consentir ; cf son importantDu Sens (aux Éditions POL, en 2002… _ tout ce qu’elle dit.”


Ce qu’il commente alors, page 482 : Sur ce point-là, nous ne nous ressemblons _ toutefois _ pas, Dieu merci. Je ne discrimine que trop, même si ce n’est pas toujours à bon escient, c’est-à-dire que mes discriminations ne sont pas toujours pertinentes. Peut-être ; quoique… Cependant, cette dérision du sens _ perçue si bien _ chez ma mère, devient _ perçue _ pour moi une dérision au carré : de quoi suis-je l’héritier

_ c’est sur cela qu’il réfléchit ici : être héritier ! l’héréditaire ; et son importance civilisationnelle, selon lui : dans la culture, il y a quelque chose de nécessairement héréditaire”, page 482… Une question qui plonge loin ! _,

de quoi suis-je l’héritier

sinon de cette parodie _ voilà ! _ de la culture, qui ne s’attache _ avec inanité ; et ridicule ! _ qu’à des noms, à des titres d’ouvrages, des épisodes, des incidents _ soit rien quel’écume” de minces accidents, à la place du substantiel !.. _ ; et me pousse à acheter pour cette bibliothèque _ superbe ! de Plieux _ toujours plus de livres dont je ne lis pas un sur dix, ce qui s’appelle lire ? _ la grande forme (d’écriture de l’écrivainvrai! et profond !) est tout de même là !

Une bonne rasade de Thomas Bernhardt, Maîtres anciens, par exemple (dont le sous-titre est Comédie), serait ici d’un assez bon secours…

L’auto-dérision porte…

Mais ce “Journal“,

c’est bien mieux qu’Assez bien ! Que Renaud Camus se rassure !!!

En tout cas, il ne me lasse pas ;

et j’y trouve, en le lisant, un interlocuteur _ voilà ! _ ne pérorant pas _ jamais _ dans le vide de l’époque ; loin de là !

Sa fidélité à ses intuitions n’est ni vide, ni radoteuse ! Il sait “résister” ! _ même s’il n’est pas dépourvu de bonnes doses de naïveté (par ses focalisations) : mais qui ne l’est pas ? Que celui-là seul lui jette la première pierre ! Pas les autres ! Et sa curiosité est toujours attentive, avec fraîcheur et neuveté,

à la beauté _ qui demeure ; ou résiste ; mais aussi se crée ; et en sa diversité : Renaud Camus n’est pas un conservateur de n’importe quoi passéiste ! il est curieux de ce qu’il ne connaît pas encore ; et qui ait une vraie valeur, objective ! _,

plus encore qu’aux ridicules qui règnent ! et ont le verbe _ et les micros et caméras complaisants ! _ bien trop haut, eux ! et le bras, bien trop long !.. Et font pourtant de la pluie, davantage que du beau temps…

Lui tient plutôt du Saint Sébastien offert aux flêches…

Donc, je demeure plus que jamais un lecteur attentif des “Journaux” de Renaud Camus _ ils ne me déçoivent pas ! _ ;

et les fais un peu,

à l’échelle de la voix de ma parole de personne à peu près libre,

et à celle de l’écriture sans pression ni censure sur ce blog !,

connaître

ainsi qu’ici même…

Titus Curiosus, ce 5 février 2010

L’énigme de la renversante douceur Plossu : les expos (au FRAC de Marseille et à la NonMaison d’Aix-en-Provence) & le livre “Plossu Cinéma”

Posté dans la catégorie Rencontres, photographie par Titus Curiosus

27jan

Ce week-end des 22 & 23 janvier, j’ai fait le voyage de Marseille et Aix-en-Provence pour découvrir les expos “Plossu Cinéma” du FRAC (1 Place Francis Chirat, à Marseille, dans le quartier du Panier : bravo Pascal Neveux !) _ pour la période 1966-2009 _ et de La NonMaison (22 rue Pavillon, à la périphérie du quartier Mazarin, à Aix-en-Provence : merci Michèle Cohen !) _ pour la période 1962-1965 _ ; et être présent à la “rencontre”, “Le cinéma infiltré“, entre Alain Bergala & Bernard Plossu, en guise (luxueuse ! autant que simplissimement amicale !) de vernissage à la NonMaison de mon amie Michèle Cohen…

Il existe une énigme de la renversante beauté du Nonart _ comme il pourrait se penser (sans même le dire) à La NonMaison… _ de Plossu : sa clé étant peut-être l’impact du geste aimant photographique… En marchant et dansant, d’abord, probablement… C’est aussi une affaire de “rapport à” l’objet _ c’est-à-dire un rapport à l’autre, autant qu’un rapport au paysage ; les deux n’étant pas, non plus, dissociés : en tension douce ; et même d’une douceur extrême ; mais invisible, cependant, sinon par cet infime (et très rapide) geste à peine perceptible d’un photographier un instant effacé (instantanément) par ce qui suit, et reprend, et prolonge, poursuit, très simplement, la courbe (très douce) du mouvement précédent… Photographier fut à peine une parenthèse ; exquisément polie ; avec le maximum et optimum d’égards…

Ou le moyen tout simple qu’a bidouillé le bonhomme Plossu pour “être de plain-pied avec le monde et ce qui se passe, ainsi que lui-même a pu l’énoncer _ cf le très bel article de présentation de Pascal Neveux, Bernard Plossu /// Horizon Cinéma, pages 6 à 9 de Plossu Cinéma _ le livre, magnifique, est une co-édition FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur, Galerie La Non-Maison & Yellow Now / Côté photo _, avec ces mots de commentaire de Bernard Plossu :En apparence mes images sont poétiques et pas engagées. Mais pratiquer la poésie, n’est-ce pas aussi résister à la bêtise ? La poésie est une forme de lutte souterraine qui contribue à changer les choses, à améliorer la condition humaine

Déjà, nous ne pouvons que prendre en compte, forcément _ face à ce (minuscule) fait (si discrètement) accompli ! _ la dimension temporelle _ cf ce doublement crucial “être de plain-pied avec” et avec ce qui se passe, ce qui advient et va (bientôt : tout de suite, instantanément) passer… _ du processus _ mais qui dure, qui ne s’interrompt pas, mais se poursuit, très simplement ; sans pose, ni pause… _ dont l’image photographique va, elle, (un peu) demeurer _ un peu plus longtemps, du moins… _ : quelque amoureuse trace sur une pellicule _ bande passante _ développée ; et voilà qu’il nous la donne _ on ne peut plus gentiment ! _ à regarder, et à partager, pour peu que cela, bien sûr, nous chante ; et nous enchante, alors !.. Quelle improbable joie ! et qui nous comble ! ainsi généreusement offerte et, en effet, partagée.

L’expression qui m’est venue est : “la renversante douceur Plossu” ; l’expression de mon titre _ elle m’est survenue à Aix, en repensant à tout cela, le soir (la nuit) du vernissage, dans ma chambre (noire ; nocturne) ; tout cela doucement continuant de me travailler dans l’obscurité d’un penser comme un refrain

Et voilà que je découvre _ au matin _ que, page 130 du livre “Plossu Cinéma“, son ami Gildas Lepetit-Castel, dit, lui _ et à son tour, et avec les guillemets ! _ : “l’inadmissible douceur” !

Je lis, c’est l’incipit de l’article : “Le regard de Bernard Plossu, beaucoup en ont parlé avec justesse, cherchant à percer le mystère de ces images _ les photos qu’il nous met sous les yeux… _ empreintes _ et en gardant le parfum, la trainée, d’autant plus prégnante que discrète _ d’une “inadmissible _ nous y voici ! _ douceur”" _ cette expression d’inadmissible douceur est en effet empruntée à Denis Roche, en sa préface pour Les paysages intermédiaires de Bernard Plossu, l’exposition et le livre (aux co-éditions Contrejour/Centre Pompidou), en 1988 ; elle a été mentionnée aussi, déjà, par Gilles Mora en son Introduction, page 12, au magnifique Bernard Plossu : Rétrospective 1963-2006des Éditions des Deux Terres accompagnant l’exposition rétrospective de même nom au Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, du 16 février au 28 mai 2007…

Et Gildas Lepetit-Castel d’ajouter, on ne peut mieux : “Bien sûr, ce n’est pas seulement la douceur qui rend ces images si singulières, c’est également la justesse _ et comment ! et combien ! en plein dans le mille ! comme la flèche de l’archer zen ! _, l’émotion, l’élégance _ magnifique, en sa fondamentale discrétion _, le refus de l’effet _ qui serait facile ; et vulgaire : jamais, au grand jamais, chez Bernard ; tout à fait comme dans le cinéma suprêmement élégant, lui aussi d’Antonioni (cf L’Eclipse) ; et dans celui de Truffaut (La Peau douce)…

Et de poursuivre, encore : “autant de caractéristiques qui permettent de reconnaître son regard entre mille _ à coup sûr ! Certains n’y ont vu (sûrement par facilité _ en cene… que, en effet… _) que du flou _ le voici ! le fameuxflou Plossu _, car Bernard Plossu privilégie _ par fondamentale probité, en lui ! depuis son début, et toujours !!! sans jamais si peu que ce soit y déroger : c’est un juste ! _ l’authenticité à la netteté parfaite _ superficielle : sa netteté à lui va plus loin ; elle est en vrai relief ! et condition de combien plus de vérité ! D’où cetteinfiltrationcinématographique _ c’est l’expression (lucidissime !) d’Alain Bergala _ de sa photo ; selon la formule radicale de Gilles Deleuze, il s’agit bien deL’image-Mouvement, en la photo, de Plossu, donc, aussi ; pas que dans le cinéma… Et pour Bernard Plossu, il y a davantage de mouvement (ultra-sensible et immédiat : vif ! au comble de la vivacité ! même…) en sa photo qu’en (presque) tout le cinéma ! Là se trouve sans doute l’intuition originelle de Michèle Cohen (quant à l’œuvre-Plossu), intuition à la source même _ faut- il le souligner ?.. _ de tout ce Plossu Cinéma-ci

Et Gildas de continuer : “Ces images ne sont pas floues, mais portent en elles la vie _ en son tremblé-dansé… _, elles témoignent _ tout simplement, en effet, rien que _ du bougé _ voilà _ du photographe, de l’empreinte du geste _ un élément capital ! _ qui les fait naître, comme la touche du peintre marque la toile _ par exemple chez un Fragonard : la couleur multipliant ainsi la vibration du saisi… La fixation s’opère dans l’acte créateur _ voilà _, cette faculté de savoir retenir _ mais parfaitement délicatement… _ les sensations _ en une esthétique stoïcienne, si l’on veut faire savant… _, et non simplement dans un rendu figé _ mis à l’arrêt, bloqué ; page 130, donc : c’est magnifique de précision dans la justesse !

Et voilà qui agace bien des grincheux… Eux “résistant” (très) dur à cette terriblement puissante _ mais c’est un oxymore _douceur Plossu“.

De même que Barthes disant que “désormais, l’obscène est le sentiment (pas le sexe) !..

Car nous voici, nous, l’”homo spectator_ je renvoie ici à l’indispensable livre de mon amie Marie José Mondzain :Homo spectator” _ tenus d’opérer, en suivant, dans le mouvement même, dans la danse qui, à notre tour, nous requiert _ de bouger, de danser, nous mouvoir… _, ce ce que mon amie Baldine Saint-Girons qualifie, elle aussi si justement, d’”acte esthétique_ en son indispensable, lui aussi,L’Acte esthétique

Je me propose, ainsi,

afin de me confronter ici-même, en cet article, à cette douce énigme _ celle d’un indéfinissable style (ou Nonstyle !!!) Plossu ! en sa fondamentale et fondante douceur !.. _,

de confronter un texte mien, la dédicace à Bernard Plossu d’un essai (inédit, en 2007) : Cinéma de la rencontre : à la ferraraise ;

avec pour sous-titre _ ainsi que dans les essais américains : on aime là-bas ce genre de précision-ci ! _ : “un jeu de halo et focales sur fond de brouillard(s) : à la Antonioni“, parce qu’un des pôles de ses analyses de la rencontre (de personnes) est la séquence ferraraise _ testamentaire ! à propos d’un amour de jeunesse ; peut-être seulement fantasmé, même… cfQuel bowling sul Tevere(Ce bowling sur le Tibre, aux Éditions Images modernes, en 2004 : un texte très précieux pour l’exploration du génie antonionien à son jaillir… _ du dernier chef d’œuvre de Michelangelo Antonioni, en 1995 (et avec, un peu, Wim Wenders : pour, d’une part, assurer des “liens” entre les séquences ; et, d’autre part (et surtout), rassurer les producteurs : dans l’éventualité où l’hémiplégique qu’était devenu, depuis son ictus cérébral (survenu en décembre 1985), Antonioni, ne pourrait mettre le point final à ce film…) : “Al di là delle nuvole” (”Par-delà les nuages“) ;

soit une clé de tout l’œuvre antonionien ! :

je me propose de confronter, donc,

cette dédicace mienne

au texte _ tout bonnement magnifique ! _ qu’Alain Bergala a conçu, ce mois de janvier-ci, pour un mur de La NonMaison aixoise de Michèle Cohen,

en présentation d’un “Passage de l’intime à l’abstraction“, ces années 1962-1965 :

celui, “passage“, allant

des toutes premières photos de Bernard Plossu, celles de son amie Michèle Honnorat, aux alentours de la cinémathèque, à Chaillot, en 1962,

à l’aventure du “Voyage mexicain“, en 1965…

L’exposition à La NonMaison à Aix est donc _ d’où sa radicale importance en tant que la source de tout l’œuvre Plossu ! pas moins ! _ le début et la fin d’un désir _ de cinéma _, ensemble“.

Et “Michèle incarne _ oui : c’est le mot parfaitement juste ! _ tout cela sans le savoir“, commente Bernard Plossu lui-même,

en dialogue maintenant,

et en voiture, entre La Ciotat et Aix _ cela a aussi son importance… _

avec Michèle Cohen :

car Je rencontre Michèle Honnorat au début des années 60, et je suis frappé _ voilà ! _ par sa beauté cinématographique naturelle _ sic :

l’élégance, même si un peu plus plus tard (!), d’une Claude Jade (celle de Baisers volés” _ en 1968 _ et de Domicile conjugal” _ en 1970 _, de Truffaut, mâtinée, pour le regard profond et sombre, d’une Lucia Bosè, celle de Chronique d’un amour” _ en 1950 _ et La Dame sans camélias _ en 1953 _, d’Antonioni, dont Lucia Bosè était alors la _ sidérante, en effet !.. _ compagne ; avant la sublime, elle aussi, Monica Vitti) _ ;

je dis cinématographique parce qu’à l’époque j’allais

_ page 16 de ce livre Cinéma Plossu, Alain Bergala rapporte, aussi, cet éclairant auto-portrait-ci, aujourd’hui, de Bernard Plossu en jeune homme de dix-sept-ans : quand je fréquentais la Cinémathèque du Trocadéro : (j’étais) un peu de Truffaut, de Jean-Pierre Léaud et de Samy Frey…  _

je dis cinématographique parce qu’à l’époque j’allais

tout le temps au cinéma _ d’une très grande qualité, alors _, et très souvent avec elle _ ce facteur-ci a lui aussi son importance.

Avec ma Rétinette Kodak, je n’arrêtais pas de la photographier. (…) Mon désir de la photographier me dévorait.

Dans ses regards, peu de sourires, une vraie beauté d’écran _ voilà ! Une présence _ le terme capital ! _ incroyable _ tout l’art de Bernard Plossu est (ontologiquement !) une saisie (en quelque sorte : comme il le peut ! et il le peut !!!) de cette présence : incroyablement, en effet ; à nous renverser !!! tel un Eugène Atget ! _ ; et moi je me sentais comme un petit garçon _ cela a-t-il fondamentalement changé, face au monde même, pour le grand Bernard Plossu ? _ avec juste mes 18 ans. Serais-je devenu photographe sans un tel modèle ? _ les questions de Michèle Cohen poussent loin, loin, l’introspection poïétique de Bernard Plossu,entre La Ciotat et Aix-en-Provence, etentre août et octobre 2009, et dans la voiture de Michèle, plus que probablement (cf page 176)…

Le travail de ce Cinéma Plossu mène plus loin que jamais jusqu’ici l’analyse et la compréhension de l’œuvre-Plossu !!! Merci Michèle ! Je veux dire Michèle Cohen, ici…

En fait, avec elle

_ elle, Michèle Honnorat, en un mélange composé de quelque chose de Claude Jade et de Lucia Bosè ;

lui, Bernard Plossu, en un mixte et de François Truffaut et Jean Pierre Léaud (et, plus accessoirement, Sami Frey) :

Truffaut-Antonioni, voilà la boucle de mon Plossu Cinéma à moi presque bouclée !.. _,

en fait, avec elle,

je me faisais mon film Nouvelle Vague à moi, page 182 de l’Entretien avec Bernard Plossude Michèle Cohen, qui court de la page 176 à la page 183 du livrePlossu Cinéma

Ou comment passer de l’attraction du cinéma _ encore toute juvénile _ à la pratique passionnée (et vitale ! et artiste ! tout uniment ! les deux…) de la photographie !..

Ou, si l’on préfère, comment on devient le grand Plossu !

Avec cette question-clé, maintenant, que Bernard,

se faisant à son tour le questionneur,

se met à adresser à la questionneuse perspicace et tenace, dans toute sa (permanente) douceur, Michèle Cohen, page 178 _ soit l’arroseusse arrosée !

Michèle vient de dire : Truffaut aussi séchait les cours pour aller à la Cinémathèque ; mais quand il est devenu réalisateur, il a séché la vie _ ce que Bernard n’était, n’est, et ne sera jamais, prêt à faire, lui !!! _ pour ne plus quitter les tournages de film.

Alors Bernard, piqué au vif, se fait le questionneur :

Michèle, je te pose cette question : “Est-ce que, quand on arrive à la caisse d’un cinéma et qu’on achète son ticket, c’est pour la liberté ou l’esclavage ?”

Michèle n’y répond pas ; esquive provisoirement la réponse… Celle-ci, cependant, affleure vite très peu plus loin, quand, page 179, Michèle déclare : Dans le Voyage mexicain, tu écris que voyager, c’est crever les petits écrans du cinéma _ voilà ! _ pour rejoindre enfin _ voilà : de plain-pied ; sous son pas ; en marchant et cheminant ! _ les grands espaces… Voulais-tu tourner le dos au cinéma et à Paris ?… Le jeu du questionnement commence à brûler ; même si la voix de Michèle est très douce

Car Bernard répond, comme toujours !, sans barguigner : Oui.

Et il explique, en racontant : Une après-midi pluvieuse au Quartier latin, en sortant d’un western, j’ai enfourché mon vélo et je me suis dit : “Qu’est-ce que je fous là ?” C’était plus fort _ en terme d’intensité du ressentir, c’est-à-dire du vivre, tout bonnement ! _ d’être à _ et avec ! de plain-pied _ Big Sur pour de vrai _ voilà ! _ que de le voir _ seulement des yeux _ au cinéma _ sur un écran toujours troppetit !.. J’avais 25 ans. Je suis allé voir le monde en relief _ et le saisir sur la pellicule ultra-sensible photographique à bout de bras… Ce relief-là même du flou Plossu, qui tient à la marche en avant _ la plante des pieds au sol ! _ du photographe en son acte décidé (et hyper-sensible : un million de fois plus que la pellicule), à vif et tellement léger à la fois !, de photographier… Le pied, le bras, le doigt suffisent ! C’est un art hyper-gestuel ! Tout y est geste ! Y compris, forcément, les opérations du cerveau ! En hyper-accélération !..

Bref, les salles de cinéma, c’était l’enfermement : voilà donc la réponse !

La stagnation stérile…

Et depuis que _ parce quevivre, c’est tellement mieux que d’aller au cinéma(en position despectateurseulement…) _ je suis revenu en Europe, je suis souvent _ quand Bernard n’est pas “sur le terrain, ou bien sur la route (ou en train), en campagnehyper-active (mais hyper-patiente et hyper-tranquille : hyper-attentive ! à l’imprévu !) photographique ! _ chez moi ; je ne “sors pas le soir” ; je lis _ voilà la nourriture plossuïenne. La lecture a remplacé le cinéma _ moins substantiel dorénavant pour lui : il n’y va quasiment plus.

Je lis beaucoup, à 80 % la littérature italienne _ Rosetta Loy (l’auteur de La Première main) et Elisabetta Rasy (l’auteur d’Entre nous et maintenant L’Obscure ennemie, sa très exacte suite), pour commencer !.. tellement sensitives ! ces deux Romaines magnifiques… _, les nouveaux écrivains de polars réalistes _ pour leur ontologie fruste (du réel!)… En voyage aussi je lis. Je prends le train exprès _ en effet ! _ pour lire !

Avec les paysages français, italiens ou espagnols _ cf son merveilleuxL’Europe du Sud contemporaine, aux Éditions Images en manœuvres, en 2000 : un des chefs d’œuvre de Plossu !.. Cherchez-le ! _ qui passent à la fenêtre _ quel luxe, en effet ! qu’un tel défilement (de beauté de paysage) à portée de regard ! Parfait.

Voici donc,

après cette clé du “Cinéma” de Plossu, délivrée à la curiosité tranquille et douce, patiente, profonde et juste _ hyper-attentive elle-même, comme il se doit : c’est là le gisement à éveiller de sa création personnelle à elle… _, de Michèle Cohen,

voici ma dédicace (en 2007) à “Cinéma de la rencontre : à la ferraraise” ;

puis la suivra le texte du mur : magnifiquement intitulé, par Alain Bergala, “Le Sentiment de l’essentiel” _ qu’a (et qui possède) Bernard Plossu…

A Bernard Plossu, photographe
si juste,
dans ses photos comme dans la vie


qu’on peut dire
de ce qu’on peut identifier, instantanément,
d’une somptueuse et sans chi-chi évidence,
comme “son style“,

instantanément et à la perfection “identifié”, et reconnu de soi, en effet
_ d’où pareille stupéfiante “justesse” : on s’y arrête, on ne peut que l’approuver et même la “saluer”,
et bien bas,
d’une quasi imperceptible inclination du menton,
seulement,
tant elle est légère, délicate, discrète,
mais pas moins non plus ! _,

un “style” avec ce que d’aucuns,
le “pointant” en zigzaguant un peu de l’index,
seraient tentés, en balbutiant un peu aussi , de “baptiser”
_ selon les canons plus ou moins en cours, c’est-à-dire quelques habitudes un peu installées _
le flou” ;
ou, du moins, “avec parfois du flou“,
car cela n’a rien, bien sûr, de “systématique” : un style ne peut pas être systématique !

mais pas “n’importe quel” “flou“, oh que non ;
ni n’importe quel “avec parfois” :
il lui faut, justement, à ce “flou“,
et en “son” occurrence précise, en “son bain”, en “son jus”, en “son contexte”,
en cette circonstance-ci, toute particulière, et si singulière,
peut-être rare, et peut-être même unique, dans sa contingence absolue,
tout en étant, l’occurrence (= ce qui arrive, qui survient,
et qui, d’avoir surgi, maintenant est là,
tout à fait là,
on ne peut même guère davantage être plus là,
comme à son comble de présence),
tout en étant, donc,
la plus constante, banale, quotidienne _ “le fil même des jours” : surtout lui ! _ ;
il lui faut, donc, à ce “flou“-ci, ce “poudroiement”,
ce doux et léger sillage de mouvement
avec sa mince, imperceptible
et donc invisible trainée
de poudre-poussière,
telle celle d’une étoile filante, d’une comète, de quelque angélique “voie lactée” :
il lui faut, à cette image _ qui reste,
et va, ne serait-ce qu’un peu, en son instant,
demeurer sous et pour nos regards _ ;
il lui faut
cette époustouflante sidérante qualité _ est-ce de grain ? _ de toute simple et immédiate “évidence”
d’”allure”, de “mouvement de danse”, de “glissé”
(de ce qui suit et accompagne amoureusement “l’élan” :
comme un halo
à peine _ c’est si légèrement _ vibré ou tremblé)
_ jusqu’à presque, mais juste avant (par l’é-gard) la caresse _
il lui faut donc cette qualité, ou grain, d’”allure” quasi dansé
du “vrai vivant” et du”vivant vrai”
_ “qualité de grain d’évidence” combien rare, certes :
ailleurs qu’en ses photos et que dans lui, au quotidien, veux-je dire _
il lui faut
” la justesse”, en toute sa précision _,

qu’on peut dire _ j’y suis _
de ce style “si juste”
et si précis

_ dans, et par, cette sorte de brume qui nimbe
(pas tout à fait cependant jusqu’à l’embrouillamini et les carambolages du “brouillard”)
de ce “flou” _ allons-y donc, aussi _,

qu’on peut dire de ce style
qu’il est à la Plossu

_ marque de fabrique libre, formidablement libre
_ ça aussi, comment ne pas le remarquer et le dire ? _
sans avoir eu jamais besoin d’être déposée ;
sans exportation ni contrefaçons possibles, en conséquence :
pour réussir à contrefaire la “marque de fabrique”,
ou ce “style“, “Plossu“,
il faudrait parvenir à devenir
ce que la palette bariolée des multiples, divers, variés, vastes, aux dimensions de tous les continents de la planète, et tortueux aussi parfois, chemins de sa vie,
y compris passages d’épreuves et par le(s) désert(s) _ ô combien divers, les déserts _,
sont arrivés à faire du bonhomme Plo _ ou, mieux encore, plo, sans majuscule (ou b, ou ploplo) _,
comme il lui arrive de conclure avec prestesse ses merveilleux _ de justesse (et beauté : mais est-ce distinguable ?) _ mails,
mieux repéré dans le monde de la Photo et de l’Art sous l’”identifiant” “Bernard Plossu”

Saludo, o Abrazo, y Gracias, amigo.

Et maintenant,

Le Sentiment de l’essentiel“, par Alain Bergala _ avec quelque farcissures miennes : en prolongement de son penser… _ :

Les photographes qui inventent vraiment en photographie, ceux qui trouvent _ en général tout de suite _ leur photographie _ = leur style _, sont rarement ceux dont la visée _ carriériste _ est d’entrer dans l’institution de la photographie, d’endosser le rôle social de “photographe” _ Plossu n’est pas social, en effet ; ni idéologique ! Il n’est pas dans le rôle Ce sont d’abord les images dont ils ont besoin _ en une très impérieuse nécessité de (tout) leur être-au-monde (d’artistes : dont ils ressentent l’appel profond !) _, et dont le modèle n’existe pas _ ni, donc, nulle part ne pré-existe _, qui les fait s’emparer _ tel est le geste fondateur, et quasi anodin, en même temps _ d’un appareil photo. N’importe quel appareil photo, la technique dans ce premier temps leur importe peu _ c’est seulement l’image elle-même, et en son geste unique, aussi, qu’il leur faut, et urgemment, sauver : en la captant, tel un pauvre croquis sur un carnet à tout faire… Leur horizon de création n’est pas la photographie en elle-même ni pour elle-même, mais d’abord un besoin personnel, impérieux _ de toute première nécessité : en effet ! _, pas forcément conscient : celui de faire des images qui répondent _ en se traçant si peu que ce soit ainsi _ à leur propre désir _ à eux, ces inventeurs _ d’entrer avec le réel _ au lieu de lui passer à côté ! sans que rien du tout en résulte… _ dans un rapport _ ontologique, de vérité : actif (à la puissance mille) ! voilà ! _ qui soit le leur _ en s’y glissant : tout en douceur, en ce rapport leur, idiosyncrasique, au réel… ; ne pas passer à côté de sa (seule vraie) vie !!! _, et dont ils n’ont pas forcément les mots _ ce serait déjà trop long _ pour le dire ou le penser _ c’est le dispositif photographique (dont soi-même on est un simple morceau, un simple rouage, une petite bielle : quasi modeste) qui seul agit ! Rien n’est moins futile _ certes : c’est de l’ordre de la gravité ! même si ultra-légère ! et ultra-rapide ! sans la moindre lourdeur ; laquelle, malheureux !, plomberait vilainement tout… _ que ces photos dont quelqu’un a eu intimement besoin _ c’est très exactement cela ! _ dans son rapport au monde _ qui le fait exister, aussi, lui, s’accomplir, se déployer : _ se déployer avec et vers l’objet saisi ; avec (= en compagnie de) et vers (en direction de) l’autre de ce rapport ; et autre absolument capital ! C’est une affaire de respiration (vitale !) : versus asphyxie… Ce qui est futile, c’est de faire de la photographie pour toute autre raison _ certes ! petite, sinon minable ! eu égard à ce cela vital, capital, lui ! _, même artistique au sens social du terme _ et qui ne vaut pas grand chose (trop de pose ! et un penchant de fausseté !), face à pareilabsolu” !.. Il n’y a pas photo du tout, en pareil choix, en pareille alternative !!! forcément rencontrée par tout artiste… D’où la fondamentale probité Plossu. Et la force de vérité des images qui en résultent et qu’il nous donne ! De quoi faire rager bien des jaloux, évidemment ; et leur ressentiment d’inadmissibleface à la pureté, en effet, quasi angélique, mais oui ! _ et scandaleuse alors ! cf Pasolini ! Par exemple, en son Théorème_, de la vérité d’image du réel que sait capter si délicatement Bernard Plossu : tout innocemment, lui !..

Regardez bien la vibration _ oui ! _ à nulle autre pareille _ en effet ! _ de ces photos de femme _ Michèle Honnorat avait dix-huit ans, au Trocadéro, en 1962 _ dont il veut enregistrer la beauté sidérante _ voilà _ qui le charme autant qu’elle l’inquiète _ en effet ! et il lui tourne inlassablement autour ; cf aussi les deux photos éblouissantes de Michèle sur le pont du bateau au large de Porquerolles, l’année suivante, en 1963 : peut-être le sommet de toute cette séquence de l’expo à la NonMaison ! _, un ami _ Dominique Vialar _ dont il veut capter la croyance _ = confiance _ qu’il a en lui _ une image d’une suprême élégance ! : à comparer avec celles (de groupe) des copains de ces années-là, dans cette mine qu’est le Plossu : Rétrospective 1663 - 2006de Gilles Mora, aux pages 29 & 31 du chapitreGénération nouvelle vague: images plus anecdotiques, sociologiques (ou biographiques) seulement… : c’est du moins mon point de vue… _, un coin de rue du Mexique où résonne sourdement son propre imaginaire cinéma _ tel un bagage en fond sonore du regard. Ce qu’il cherche à apprivoiser _ oui ! du réel qu’il aborde (ontologiquement, en quelque sorte) à travers ces divers  rapports aux choses, aux lieux et aux êtres (de chair et de sang)… _ avec ces photos, c’est le mystère du rapport qu’il entretient _ oui, c’est aussi comme une lutte amoureuse… _ avec ces sujets proches et pourtant si insaisissables _ faute d’être avec eux tout à fait de plain-pied ! mais l’est-on jamais complètement ?.. Nous cesserions de continuer de marcher… Tout est dit ici, Alain ! Le jeune homme _ de dix-sept et vingt ans _ qui les a prises ne jouait _ certes _ pas au photographe. Au contraire : c’est lui et son rapport à la vie, aux autres, qui était en jeu _ de fait _ dans ces images _ en jeu grave, comme pour le (grand) Michel Leiris de L’Âge d’hommeet de La Règle du jeu, ajouterais-je, pour ma part… Par quel miracle Plossu n’a-t-il jamais perdu _ en effet ! _ ce sentiment du personnellement essentiel _ c’est très exactement cela !!! _ qui imprègne _ et nimbe, si légèrement ; et avec quelle joie luminescente d’exister ! _ ces photos initiales ? _ Merci, Michèle, de nous les faire découvrir, à la source même _ poïétiquement, pour reprendre le terme du philosophe de l’Esthétique Mikel Dufrenne, en son passionnantLe Poétique(aux PUF), en 1963… _ de Plossu, en 1962… C’est proprement à la poïétique, même, donc _ rien moins !!! _ de Bernard Plossu que nous fait accéder par son intuition initiale, dès avant l’été 2008, Michèle Cohen, en étant à la source de ce Plossu Cinéma ; je veux dire par là : et les deux expos du FRAC PACA de Marseille et de La NonMaison d’Aix-en-Provence ; et la si belle réalisation du livre qui en témoigne, par Guy Jungblut (avec l’œil _ unique ! _ de Bernard Plossu), de ce Plossu Cinéma, aux Éditions Yellow Now   Cet homme-là a toujours eu _ oui ! _ un besoin intime _ merveilleusement fort en sa terrible douceur ; d’aucuns (trop cérébraux ! ceux-là…) ne le supportent pas ! cela leur est inadmissible ; mais oui, Gildas ! tant pis pour ces tristes !!! et jaloux… _ des photos qu’il a prises toute sa vie_ sur la privation endémique et galopante de l’intime par nos contrées aujourd’hui, lire, de Michaël Foessel, La Privation de l’intime; cf mon article du 11 novembre 2008 : la pulvérisation maintenant de l’intime : une menace envers la réalité de la démocratie


Alain Bergala, janvier 2010

Voilà nos manières d’approcher peut-être l’énigme de la douceur du rapport au monde _ et toujours parfaitement intimement ! _ du bonhomme Plossu ; notre ami…

Le monde en est meilleur !

A votre tour,

laissez vous gagner (à la stoïcienne !) à son contact…

Titus Curiosus, ce 27 janvier 2010

Post-scriptum :

Cette (double) exposition (marseillaise et aixoise) m’est d’autant plus _ un peu personnellement _ chère

que je fus aussi _ un peu, donc _ sur ses fonts baptismaux, avec Michèle Cohen et Pascal Neveux,

au domicile de Bernard Plossu, le 22 juillet 2008 ;

sur une intuition fécondissime de départ de Michèle… Vivent les nuits d’été !

Et enfin,

cerise sur le gâteau,

c’est à l’objection de Valéry Laurand, philosophe (spécialiste des Stoïciens) : et la “rencontre”, si ce n’était que du cinéma ?_ de la pose, en quelque sorte ; du théâtral : menteur… _

que je me suis “essayé” à répondre

en un (long) essai (inédit : je l’ai adressé seulement à Bernard Plossu et à Michèle Cohen ; car ma réflexion est partie de ma propre rencontre avec le bonhomme Plossu _ et ses diablesses de photos : d’une douceurconfondante!.. pure, angélique !.. _) intitulé “Cinéma de la rencontre : à la ferraraise” ;

car la vérité de ce que nous donne à regarder, en son cinéma, Michelangelo Antonioni _ comme en la séquence ferraraise (inaugurale tout autant que testamentaire) deAl di là delle nuvole, en 1995… _,

moi, j’y crois !

Aussi, suis-je personnellement ravi que la (double) photo de couverture _ sublime en saséquence(horizontale, panoramique : la ligne d’horizon de la mer prolongeant la ligne du dos de la jeune fille) à la fois contrastée (le charnu d’un corps de jeune femme étalé se livrant, de dos, les yeux clos, au soleil sur le pont d’un bateau / quelques rochers dressés, pointus, hostiles sur une côte d’île au milieu de la mer, sur la droite de l’image), et (très discrètement) signifiante de la complexité de ce qu’est la vie ; et même les amours… _ de ce si beau livre qu’est “Plossu Cinéma“, aux Éditions Yellow Now, et dans la collection Côté photo _ merci Guy Jungblut pour votre travail, une fois de plus, parfait ! si élégant et si juste ! c’est essentiel ! c’est magnifique ! dans toute la diversité, aussi, du regard (unique !) de Bernard Plossu… _, soit la succession de deux images prises l’une juste après l’autre _ et se succédant sur la planche-contact _, l’été 1963 au large de Porquerolles _ la photo de quatrième de couverture(avec un superbe cactus proliférant sur la petite terrasse face à la mer) est sous titrée, de l’écriture claire, vive et pausée, tout à la fois, de Bernard Plossu :La maison de Pierrot le Fou à Porquerolles, en 1976 ; un hommage à Godard, elle, dont la Marianne et le Pierrot nous ont, pas mal d’entre nous, pas mal marqués (en 1965)… _,

la succession _ séquentielle ! cf là-dessus la très riche réflexion de l’article Photographier en cinématographe de Núria Aidelman, en présentation de la section Le Déroulement du temps de l’expo au FRAC de Marseille, aux pages 84-85 du livre…  _ de deux images _ à gauche, Michèle Honnorat prenant le soleil sur le pont du bateau ; à droite, la côte rocheuse, noire, au large, mais pas loin, vers Porquerolles _ sur la planche-contact, qui rappellent, en radieuse beauté, l’Antonioni de soleil et d’ombre de “L’Avventura“, en 1960 _ dont la (magnifiquement) longue séquence de (quasi _ le tout début se passe à Rome…) ouverture se déroule au large de, et puis sur l’îlot (seulement rocheux, peu accueillant à arpenter…) de Lisca Bianca, la plus petite des Îles Lipari (ou Îles Éoliennes), chères aussi (depuis) à Bernard Plossu…

Je suis _ personnellement _ particulièrement heureux, donc, de ce choix (et hommage) “antonionien” !!! pour ce livre magnifique _ de 192 pages, avec un éventail très généreux de merveilleuses photos _ qu’est ce “Plossu Cinéma“, nous donnant à regarder le parcours d’artiste de Bernard Plossu, de 1962 à 1965, puis 1966 à 2009.

Le livre est ainsi,

par cette “récapitulation” d’un bonheur vrai _ d’artiste et d’homme, tout uniment !

et c’est crucial en ce cas d’espèce ! la perspective poïétique sur la gestation du génie Plossu

_ Alain Bergala use, lui, de l’expression, également très juste, de cinéma séminal ! pour intituler sa très substantielle et éclairante contribution : Le Cinéma séminal de Bernard Plossu, aux pages 16 à 27 de Plossu Cinéma _

issue du regard (profond !) de Michèle Cohen

étant à mes yeux la nouveauté fondamentale et capitale, pardon d’enfoncer ainsi le clou !, de ce livre-ci, Plossu Cinéma, sur l’œuvre : photographique,

mais aussi cinématographique !

_ cf les deux films projetés en permanence et en continu au FRAC :

soient Almeria, La Isleta del Moro, une vidéo couleur de 50′ de Bernard Plossu lui-même, en 1990 ;

et Sur la voie, un documentaire réalisé par Hedi Tahar, sur une idée de Bertrand Priour, en 1997, une production La Houppe, pour FR3 : sur la manière de photographier de Bernard Plossu depuis les vitres d’un train : ici pendant le trajet La Ciotat-Lyon-La Ciotat, via Marseille, en hommage aux frères Lumière, Bernard Plossu commentant tout le long ce qu’il voit : L’équipe avait une 16 mm, une caméra vidéo qui prenait aussi le son ; et moi, j’avais une petite caméra super8. C’est ce jour-là que j’ai filmé ce qui est devenu ensuite la série de photogrammesTrain de lumière. Comme j’avais aussi mon appareil photo Nikkormat, j’ai collé la caméra super8 au viseur du Nikkormat, et j’ai filmé à travers : verticale et horizontale, double vision !, commente Bernard Plossu lui-même

+ la (double) projection, et en avant-première, au Cinémac, du Musée d’Art Contemporain de Marseille, le samedi 27 février prochain, de 14h à 17h, des deux films : Le Voyage mexicain, film super8 en couleurs tourné en 1965-1966 (de 50′), par Bernard Plossu lui-même ; puis Un Autre voyage mexicain, film en couleurs tourné en 2009 (de 110′) par Didier Morin ;

de même que Le Voyage mexicain de Bernard Plossu sera redonné le samedi 20 mars au FRAC de Marseille, à 14h30, en présence de Bernard Plossu et de Dominique Païni ; Dominique Païni a écrit l’article de présentation (aux pages 158 à 161 de Plossu Cinéma”) qu’il a intitulé Vierge, vivace et le bel aujourd’hui, consacré aux films de _ ou avec la participation de _ Bernard Plossu : une sélection de photogrammes extraits des films Train de Lumière”, Sur la voie, Le Voyage mexicain et Almeria, sont visibles aux pages 162 à 175 de Plossu Cinéma. Fin de la (beaucoup trop) longue incise à propos de l’œuvre cinématographique (à découvrir !) de Bernard Plossu : tout aussi libre et juste que sa photo… _

Le livre est ainsi

_ je reprends ma phrase commencée plus haut _,

par cette “récapitulation” d’un bonheur vrai _ d’artiste et d’homme, tout uniment ! _ conquis sur fond de deux ou trois précipices, bien réels eux aussi ;

le livre est ainsi

magnifiquement plossuïen _ j’espère qu’on voudra bien pardonner l’étalage ici de mon enthousiasme… Mais il n’est pas si fréquent d’approcher d’un peu près, au point d’y participer même un peu, à la joie généreuse d’un tel artiste “vrai !

D’où le qualificatif (rochien) d’inadmissible_ de la part des malheureux qui résistent des quatre fers à l’évidence Plossu… : dans leurs forteresses froides (et hyper-sèches) germano-pratines ! _ pour ce que je ressens _ on ne peut plus joyeusement, dans mon cas, provincial que je suis, moi aussi, et du pays (rieur) de Montaigne ! _ comme une renversante douceur” : étonnamment discrète et pudique _ et la boucle est bouclée…

Tendresse et juvénilité d’un merveilleux récital de Céline Frisch : “Aux sources du jeune Bach” (CD Alpha 149)

Posté dans la catégorie Musiques, Rencontres par Titus Curiosus

19jan

Réussir _ en sa composition! _ un récital, tant au concert qu’au disque, au CD, est fort délicat !.. Que d’arbitraire artificiel, le plus souvent, en ces propositions d’interprètes musiciens ! et d’éditeurs de disques, alors pas assez scrupuleux…

Des exceptions, cependant. Et remarquables ! Magnifiques !

Somptueuses, même,

comme ici, en ce récital “magique” autour du “jeune Bach“, en le CD “Die Quellen des Jungen Bach” de Céline Frisch _ soitLes Sources du jeune Bach: le terme est on ne peut plus juste ; sources, elles sont à jamais jaillissantes, comme cela s’entend, et s’écoute, excellemment !.. _ :

le premier CD _ le CD Alpha 149 : à relever sur son calepin ! _ que nous propose cette année l’excellentissime catalogue Alpha de Jean-Paul Combet…

Par exemple, aussi, le programme,

il est vrai, celui-là même, de Frédéric Chopin lui-même, interprète _ assez rare ! _ en concert (accompagné ici, le 21 février 1842, d’acolytes-amis de très grand choix : Pauline Viardot-Garcia, la chanteuse et compositrice _ aussi, elle-même ; ainsi que sœur de Maria Malibran _, pour trois interventions de chant ; et le violoncelliste et compositeur _ encore, lui aussi _ Auguste Franchomme, pour un solo de violoncelle :

ces pièces-là sont absentes du récital de ce CD, exclusivement consacré aux œuvres de piano de Chopin de ce concert-ci : 5 “Préludes“,  3 “Études“, 4 “Nocturnes“, 3 “Mazurkas“, l’”Andante spianato“, opus 22, la “Ballade” opus 47, l’”Impromptu” opus 51 & la “Grande Valse” opus 42… ;

l’art de “passer” de l’un à l’autre est magnifique, tant de la part du concepteur du concert et compositeur, Frédéric Chopin, que de la part de l’interprète musicien au piano, l’extrêmement fin Alain Planès…) :

pour un concert

_ et pour un public limité : très vite, Chopin préfère, en effet, se faire écouter plutôt dans des salons que dans des salles de concert : devant un public aussi restreint que choisi… ;

Chopin est un poète de l’intimité et ne révèle son génie _ voilà ! _ que devant le petit nombre :

“Il était l’homme du monde intime, des salons de vingt personnes”, écrit Georges Sand;

c’est que, fondamentalement, l’art de Chopin est un art de chambre;

et “”je n’aime pas paraître en public”, confie lui-même Chopin à Lenz en 1842, avant un concert. Ce rapport conflictuel avec la scène va d’ailleurs de pair avec un trait de son pianisme : Chopin ne joue pas fort, indique éloquemment Nicolas Dufetel dans sa présentation du livret du CD que je suis en train de présenter _

pour un concert donné le 21 février 1842

_ à huit heures du soir, avait dit laRevue et Gazette musicale de Parisdu 2 mai suivant, dans lessalons de M. Pleyel, à Paris, à propos d’un concert-récital similaire de Frédéric Chopin, le 23 avril 1841, cette fois-là : un an auparavant, donc… _ :

dans les nouveaux salons Pleyel sis au 20 de la rue de Rochechouart, aujourd’hui détruits  : Chopin donne un de ses très rares concerts, espéré depuis des semaines, voire des mois, indique, en ouverture, page 5, du (très bon) livret, la présentation Un Concert de Chopin dans les salons Pleyel en 1842, par Nicolas Dufetel,

le programme , donc, du CD, lui aussi somptueux : “Chopin chez Pleyel“, par Alain Planès,

et sur un piano Pleyel de 1836 (appartenant à la collection du facteur Anthony Sidey) :

il s’agit du merveilleux CD HMC 902052 paru chez l’éditeur Harmonia Mundi l’automne dernier _ je l’évoquai seulement, très vite, en mon article du 2 novembreune flopée de merveilles de musiques, et une passionnante exposition, aussi, “Deadline”, cette Toussaint: je ne l’avais pas encore écouté, seulement acheté ! _, auquel j’ai eu grand tort de ne pas consacrer jusqu’ici d’article : un des plus beaux CDs de l’année passée, 2009 !

Mais j’en viens à ce sublime récital _ de pièces de clavecin, cette fois _ à propos de la formation _ elle-même géniale ! _ du génie, davantage qu’en gestation, en éclosion, en explosion

_ quelle formidable juvénilité : j’admirai il n’y a guère, c’était le 17 octobre 2009, celle du très jeune Mendelssohn :Le bonheur de Félix Mendelssohn : son Octuor, avec Christian Tetzlaff, en un CD AVI (en public, au Festival de musique de chambre “Spannungen”‘de Heimbach)” !

et encore le 9 janvier 2010 : Découvrir (encore) au CD des oeuvres (encore) inédites de Félix Mendelssohn“…

Que dire de celle, juvénilité, du jeune Bach, quand c’est à sa source même _ de fondamentale jeunesse ! _ que s’est formé Felix Mendelssohn via son maître (de musique) Zelter ! ainsi que je l’avançai dans cet article joyeux du 17 octobre ! _

à propos de la formation du génie

en explosion _ confondante ! _

du jeunissime pour l’éternité _ ad majoram gloriam Dei ! _ jeune Bach !!!


Il faut dire

que les “maîtres” que se donne le jeune Bach _ pour les “Toccatas en mi mineur BWV 914 et en sol mineur BWV 915 ; ainsi que pour le si merveilleux (unique, lui) Capriccio sopra la lontananza del fratello diletissimo” BWV 992 _ tendrissime ! _, qu’a choisis Céline Frisch pour ce CD-récital-ci Alpha 149 _

sont rien moins que

Johann Adam Reincken _ un musicien si jubilatoire : à découvrir d’urgence ! il a vécu à Hambourg de 1623 à 1722 ; où il était titulaire de l’orgue de l’église Sainte-Catherine ; un des plus extraordinaires musiciens toutes époques confondues !!! De Reincken, nous est donnée ici une Toccataen sol majeur, quis’ouvre par une sorte de récitatif, comme improvisé. Toccare, jouer : le musicien touche le clavier de l’instrument au gré de sa fantaisie, allant de surprise en surprise. Tel est le propre du stylus phantasticus qui émerveille le jeune Jean-Sébastien. Et les épisodes se suivent, un fugato, puis, après un passage de libre transition, un second fugato, en rythme ternaire, avant une brillante péroraison. Chacun des morceaux étant plus bref que le précédent, ce resserrement donne à l’œuvre le sentiment d’une urgence;voilà donc l’archétype du “praeludium” nord-allemand, que Bach retrouvera chez Bruhns ou Buxtehude et qui fécondera ses premières pièces pour le clavecin et pour l’orgue“, commente excellemment Gilles Cantagrel, page 13 du livret… _ ;

Dietrich Buxtehude _ inutile de présenter cet autre héros du jeune Bach, mieux connu, célébré, et interprété, tant au concert qu’au disque, lui ; ce héros du stylus phantasticus, de même que son ami Reincken ! Buxtehude était titulaire des orgues de l’église Sainte-Marie de Lübeck ; il a vécu (et sa musique a rayonné, jusque très loin de Lübeck et de la mer baltique) de 1637 à 1707 ; et Bach a séjourné auprès de lui trois mois pleins, en 1705, faisant, l’année de ses vingt ans, l’aller-retour Arnstadt-Lübeck, séparées par 4oo de nos kilomètres, à pied ; cf le livre passionnant de Gilles Cantagrel, auteur du livret de ce CD Alpha 149,La Rencontre de Lübeck, aux Éditions Desclées de Brouwer, en octobre 2003… ; cf aussi, du même Gilles Cantagrel, les indispensablesDietrich Buxtehude et la musique en Allemagne du Nord dans la seconde moitié du XVIIe siècle” et “De Schütz à Bach _la musique du baroque en Allemagne, aux Éditions Fayard… De Buxtehude, Céline Frisch a choisi laSuiteen do Majeur BuxWV 226, dont Gilles Cantagrel souligne bien le souci de toujours créer l’unité dans la diversité, une leçon que Bach ne manquera pas de mettre à profit, page 14… _ ;

Johann Jakob Froberger _ le maître de la tendresse ; qu’il a prodiguée par toute l’Europe, de Vienne à Rome, de Bruxelles et Amsterdam, et Londres à Paris, entre le Stuttgart de sa naissance, en 1616, et l’Héricourt, proche de Montbéliard, de son décès, en 1667, à cinquante et un ans : la clé probablement, quoique très discrète !, de tout le répertoire de clavier de tout le Baroque !!! rien moins ! :référence formelle et expressive de la musique pour clavecin de toute la seconde moitié du XVIIème siècle, le formule le livrettiste, page 14. De Froberger, Céline Frisch nous donne la deuxième Toccata en ré mineur du Livre de 1649 et, de ce même Livre, la deuxième Suite en ré mineur : la succession des pièces de laSuite parcourt les chapitres d’une narration fascinante, comme une confession : allemandenavrée, couranteà la sombre ardeur, sarabandemeurtrie, avant que ne jaillisse enfin une très bréve et volontaire gigue“”, est-il présenté, page 15… _ ;

et Johann Kaspar Kerll _ autre maître prodigieux ; et proprement merveilleux ! de tendresse, encore : sauf un séjour de dix ans à la cour de Vienne, il fut surtout maître de Chapelle de la Cour de l’Électeur de Bavière à Munich ; il a vécu de 1627 à 1693. Ses quatre Suites“, dit Gilles Cantagrel page 15, héritent directement de l’art de Froberger, et à travers lui de la manière de Frescobaldi ; Kerll s’y distinguant peut-être, ici, par son sens de la concision et de la densité polyphonique, avant que n’éclate et ne se déploie une splendide Passacaglia, avec ses chromatismes droits et renversés, ses foucades et son ornementation foisonnante : un prodige d’imagination, pages 15 & 16…


En plus du merveilleux choix de cet éventail “Toccatas” versus “Suites” qui constitue l’axe de ce si beau récital de Céline Frisch, pour éclairer la formation du génie du jeune Bach

_ soit comme un versant italien et un versant français de génie de musique… Qu’à lui seul Froberger représente excellemment : il en est peut-être bien la principalesourced’inspiration, en effet, via ses voyages à Rome (où il découvre Frescobaldi : c’est le versantToccatas) et à Paris (où il rencontre Louis Couperin : c’est le versantSuites…) ! _,

le toucher de clavecin  _ un clavecin allemand d’Anthony Sidey, indique le livret, page 5 _ et le jeu même de Céline Frisch sont confondants de tendresse ! en une virtuosité merveilleusement “retenue” : un très, très grand disque,

qui entame l’année 2010 d’Alpha dans le sublime !!! de la gravité si heureusement jouée _ les Toccatas” _ & dansée _ lesSuites Ou “l’unité dans la diversité” de Bach…


Titus Curiosus, ce 19 janvier 2010

Découvrir (encore) au CD des oeuvres (encore) inédites de Félix Mendelssohn

Posté dans la catégorie Musiques par Titus Curiosus

09jan

Le moment des soldes peut être propice à ne pas laisser notre (petite) curiosité “passer à côté” de “merveilles”.

A preuve : un très étonnant, et surtout de toute beauté ! CD “Mendelssohn Rarities” du jeune pianiste italien Roberto Prosseda, comportant “4 Sonatas, 3 Studies” & “2 Fugues, que j’avais bien stupidement “négligé” _ il s’agit du CD Decca 476 5277 (enregistré en décembre 2005) _ ;

alors que j’avais acquis, par le même interprète et chez le même éditeur, au moment de leur apparition simultanée sur les étals des disquaires, cette année-ci passée, 2009 (l’année du bi-centenaire de la naissance de Félix Mendelssohn-Bartholdy : 1809-1847), son CD “frère” “Mendelssohn Discoveries _ rare piano works _ le CD Decca 476 3038 (enregistré en janvier 2005)…

Ce CD acquis, lui, dès sa parution (en France) l’année dernière,

comportait des pièces de piano à vrai dire un peu disparates, datant de périodes de création du compositeur étalées dans le temps :

de 1821, pour une “Sonatina“, en mi majeur,

à un arrangement pour le piano, en 1844, de pièces _ “Scherzo, Notturno, ainsi que l’archi-célèbre Marche nuptiale _ transcrites de la musique de scène pour le “Songe d’une nuit d’été” (exécutée pour la première fois à Potsdam lors d’une représentation de la pièce de Shakespeare mise en scène par le compositeur et Ludwig Tieck, suite à une commande du roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV en personne) :

ainsi un “Capriccio” en mi bémol majeur, de 1821 ;

une “Fantaisie” en do mineur / ré majeur, de 1823 ;

un “Andante” en ré majeur, vers 1826 ;

un “Andante con moto“, intitulé “Albumblatt” “21 Mai“, en la majeur, de mai 1830 ;

un “Adagio” & “Presto“, en si bémol mineur, composé en juillet 1833 et réélaboré un mois plus tard ;

et divers “Lieder ohne Worte“, au nombre de quatre dans ce récital-ci : composés en 1828, 1830, 1837 et en 1841 ; et non retenus dans les 8 recueils de pièces portant ce titre _ op. 19, 30, 38, 53, 62, 67, 85 & 102 ; qui en rassemblèrent, par brassées de six, 48…

Alors que le CD “”Mendelssohn Rarities _ 4 Sonatas, 3 Studies” & 2 Fugues” se caractérise, au contraire, par une très remarquable unité de style, de genre et d’inspiration  : les quatre Sonates, comme les trois Études, datant de 1820 _ l’année des onze ans de Félix Mendelssohn _ ;

alors que les deux Fugues sont, elles, de 1826.

On y découvre en effet rien moins que la très grande inspiration bachienne _ cf mon article du 17 octobre 2009 : Le bonheur de Félix Mendelssohn : son Octuor, avec Christian Tetzlaff, en un CD AVI (en public, au Festival de musique de chambre “Spannungen”‘de Heimbach) _ qui allait si magnifiquement innerver et les treize “Symphonies pour cordes _ d’entre 1821 et 1825et ce chef d’œuvre des chefs d’œuvres mendelssohnien qu’est l’”Octuor” opus 20 _ de 1825 _ du jeune _ mais pas seulement par son âge alors… _ Félix Mendelssohn ;

et qui témoignent assez éloquemment de ce que ce musicien prodige doit à son maître Carl Friedrich Zelter (1758-1832).

Zelter avait été l’élève de Carl-Friedrich-Christian Fasch (1736-1800) _ formé par son père, le tout à fait excellent Johann-Friedrich Fasch (1688-1758) : un compositeur à découvrir de toute urgence si on l’ignore à ce jour !!! _ ;

ainsi que l’ami de Carl-Philipp-Emanuel Bach (1714-1788) :

qui, tous deux, lui avaient légué leur amour profond de la musique _ et de l’art sans pareil ! _ de Johann-Sebastian Bach…

C’est cette inspiration-là _ splendide ! _ qui innerve _ merveilleusement ! _ ce très beau récital de Roberto Prosseda _ enregistré en décembre 2005, donc _ ; et qui nous est parvenu, par la grâce de la distribution _ même tardive , au moins pour la France… _ par Decca, à l’occasion de l’”année-anniversaire” de 2009 :

comme quoi la “manie” surtout “commerciale” de la célébration des anniversaires peut avoir de la fécondité aussi pour notre joie _ toute gratuite, elle ! _ de mélomane…


Car nous pouvons découvrir en cette musique _ et en cette interprétation si vivante _ -là tout un pan assez méconnu _ et un peu délaissé, il faut le noter, par les interprètes, sauf un Daniel Barenboim, ou une Marie-Catherine Girod _, l’œuvre pour piano seul, de Félix Mendelssohn…

Titus Curiosus, ce 9 janvier 2010


Post-scriptum :

A l’appui de ma préférence,

cet article précis et très judicieux de David Hurwitz sur le site Classics-Today.com :

MENDELSSOHN RARITIES
FELIX MENDELSSOHN
Four Sonatas ; Three Etudes ; Two Fugues
Roberto Prosseda (piano)
Decca - 476 5277 (CD)
No Reference Recording

 

rating

If you enjoy early Mendelssohn (and you can argue that much of it is better than late Mendelssohn _ cf le CD Mendelssohn Discoveries _ rare piano workscité plus haut…), you’ll certainly want this disc, containing as it does four totally unknown piano sonatas. Each has three movements, and each is based in a minor key : F, E, A, and C. This is a good thing : Mendelssohn in minor keys _ de même que le génial Carl-Philipp Emanuel Bach… _ has his own special brand of musical pathos, and it was to some extent present from the beginning. Of the four sonatas the F minor and E minor are quite large in concept and are very successful, even though the composer was only about 11 _ certes ! _ when he wrote them. The little A minor sonata comes closest to the style of Haydn and Mozart _ appris auprès de ses autres maîtres (de piano) : Franz Lauska, Marie Bigot, puis Ludwig Berger _, with its central minuet enclosed by two very short, quick movements.

The remainder of the disc consists of three etudes, in C major, A minor, and D minor, and two fugues, in E-flat and C-sharp minor respectively. Both are imposing pieces ; the latter, which is a double fugue, is particularly ample in scale and quite grand _ oui ! _ in terms of its musical architecture. It’s fascinating to see how often Mendelssohn was drawn to minor keys, given his reputation _ bien erronée _ as a somewhat facile, reserved artist. While this isn’t exactly music dripping with emotion in the mode of, say, Berlioz (or even Schumann), it certainly isn’t shallow _ oh ! non ! Félix Mendelssohn en cela est aussi un parfait mozartien… _, and of course it’s unfailingly pleasing to the ear _ ô combien ! quelle juvénilité, quelle vie, et si merveilleusement tissées à cette foncière élégance du plus profond du cœur !!!

As in his first volume of “Mendelssohn rarities“, pianist Roberto Prosseda proves a reliable guide to these unfamiliar pieces, and he is very well recorded. He has the right lightness of touch _ oui ! _ in the quick movements of the sonatas, and he never makes the mistake of treating the music more sententiously than it deserves. His legato playing in the slow movements is also very sweet, but tastefully so, never cloying. I do wish that he had put a bit more oomph and character into the beginnings of the two fugues (from whence comes the rule that contrapuntal music need not be expressive at the start ?), but this is a minor quibble, as the performances are technically fully up to the task at hand. Very appealing indeed !

David Hurwitz

De grands livres qui souffrent de ne pas être encore lisibles (traduits) en français : prière expresse aux éditeurs de livres !

Posté dans la catégorie Littératures par Titus Curiosus

05jan

En cette période festive de vœux (!!!) de début janvier 2010,

cette prière expresse _ rêvons un peu ! _ aux éditeurs de livres français :

qu’ils offrent enfin à leurs lecteurs

la traduction de très grands livres _ majeurs !!! _

de trois écrivains de langues “minoritaires, “rares” (en dehors de ceux qui en ont l’usage au quotidien),

en l’occurrence le hongrois et le norvégien ;

je veux parler de quelques chefs d’œuvre indispensables (à une culture d’”honnête homme” du XXIème siècle ! _ si jamais pareille expression fait encore, pour si peu de temps que ce soit, encore, un peu sens… _) :

ceux du prix Nobel de littérature 2002 l’immense Imre Kertész ;

ceux du pourtant auteur de plusieurs grands best-sellers _ “Les Braises, Mémoires de Hongrie, pour commencer… _, Sandor Marai ; pour les auteurs de langue hongroise ;

et ceux de Johan Borgen, pour l’écrivain norvégien, dont n’a paru jusqu’ici, de sa trilogie de Wilfred Sagen, que le pourtant si radieusement merveilleux “Lillelord” _ publié aux Éditions Actes-Sud en 1989 : depuis nous attendons, en commençant à nous impatienter un peu, la suite…

Pour Johan Borgen (Oslo, 28 avril 1902 - Oslo, 14 octobre 1979),

il s’agit des deux volumes terminaux de sa trilogie de Wilfred Sagen _ Lillelord(1955), De Morke kilder(1956) & Vi Har(1957)… _, que l’on pourrait traduire par “Les Printemps sombres” & “Maintenant nous l’avons !“… Si ces deux livres sont de la hauteur de “Lillelord“, quelles merveilles de lecture nous sont promises !..


Pour Sandor Marai (Sandor Grosschmied de Mára : Kassa _ aujourd’hui Kosice, en Slovaquie _, 11 avril 1900 - San Diego, 22 février 1989),

il s’agit de son “Journal américain:

ayant fui la Hongrie en 1948, pour d’abord la Suisse et l’Italie,

Sandor Marai a vécu à New-York entre 1952 et 1968, où il est revenu en Europe _ en Italie, à Salerno, au sud de Naples… _ ; avant de rejoindre San Diego, au sud de la Californie, en 1980 ; où il devait mettre fin à ses jours, peu après les décès de son épouse et de leur fils ; à l’âge de quatre-vingt-neuf ans ; et quelques mois à peine avant la chute du rideau de fer…

J’avais trouvé mention de ce “Journal américain” dans la présentation de son époustouflant “Mémoires de Hongrie“, lu avec enthousiasme en 2004…

Quant à Imre Kertész

(né à Budapest le 9 novembre 1929,

passé par Auschwitz, Buchenwald et Zeitz, en 1944 _ cf etÊtre sans destin; et Le Chercheur de traces: des livres qui ne vous laissent pas intact !!! A lire de toute urgence si vous les ignorez !!!_,

et Prix Nobel de Littérature 2002),

si son “Journal de galère _ “Gályanapló, paru en langue hongroise en 1992 _,

correspondant à ce que narre, sous forme romanesque, son prodigieux “Le Refus“, du Budapest sous la botte soviétique, jusqu’à novembre 1989,

est de la hauteur du “Journal” qui a suivi la chute du mur : “Un autre _ chronique d’une métamorphose _ paru en langue hongroise en 1999 _,

quelles réjouissances de lecture !

quelles splendeurs de notations et de hauteurs de vue !..

J’attends, aussi, du même Imre Kertész, les traductions en français des essais

A gondolatnyi csend, amíg a kivégzőosztag újratölt” _ “L’Instant de silence pendant que le peloton d’exécution recharge… _, paru en 1998,

& “A száműzött nyelv” _ “La Langue expatriée” _, paru en 2001 :

assez impatiemment !..

Merci, messieurs et mesdames les éditeurs _ et mesdames et messieurs les traducteurs : mais eux ont peut-être déjà effectué leur travail… _ de nous mettre à disposition ces merveilles de grands livres !!!


Titus Curiosus, ce 5 janvier 2010

Partager les enthousiasmes et déployer les énergies joyeuses

Posté dans la catégorie Arts plastiques, Blogs, Musiques, Rencontres par Titus Curiosus

01jan

En forme  de meilleurs vœux pour l’année nouvelle,

la réaffirmation de la  déclaration de “programmes” comme de “style” de ce blog,

en date du 3 juillet 2008 :le Carnet d’un curieux” :

ces propositions de curiosité,
découvertes,
enthousiasmes à partager,

qui constitueront les envolées et escapades de ce blog;

en mon style
_ attentif intensif, c’est-à-dire fouilleur,
s’embringuant dans le fourré plus ou moins dense du “réel“ et se coltinant un minimum à l’épaisseur et résistance
en leur lacis déjà dé-lié cependant : par quelque “œuvre“…”
des “choses“, ;

accompagnée de quelques cadeaux symboliques ;

avec, pour commencer, deux objets que ma fille Agathe, qui vit à Londres, m’en a rapportés, lors de ces vacances de Noël (et du Jour de l’An) :

d’une part, un CD d’un interprète, le violoniste Christian Tetzlaff, enthousiasmant par son énergie qui déplace les montagnes, liée à une merveilleuse finesse de jeu et justesse d’intelligence des œuvres _ c’est lui qui donnait l’élan du plus beau CD à mon goût de l’année dernière : lesOctuorsde Félix Mendelssohn et Georges Enesco (CD Avi-music 8553163) : un CD qui ne quitte presque pas ma platine, tant j’éprouve le besoinde ses interprétations profondes en même temps qu’intensément puissantes, fortes, de ces deux chefs d’œuvre de musique de chambre (bien étoffée, en ces deux Octuors)… ; de même qu’il avait donné, en 2006, une merveilleuse interprétation duConcerto pour violonopus 61 de Beethoven, avec un idéal Tonhalle Orchestra de Zurich, dirigé par le magnifique David Zinman (CD Arte Nova Classics 82876 76994 2) _,

et qui n’avait pas paru en France  _ bien que le texte de son livret comporte une présentation en français de Philippe Mougeot ! la direction d’Emi-France ne l’ayant probablement pas jugé commercialement opportun ! _ : le CD intitulé “Violin Concertos” de Brahms et Joachim _ il s’agit, dans ce second cas, duConcertopour violon n° 2 en ré mineur de Joseph Joachim (1831 - 1907), composé et donné pour la première fois (à Leipzig) en 1861 ;  Brahmsconçut son concerto op. 77  pour le virtuose Joseph Joachim, auquel le liait une amitié de 25 ans, à qui il avait dédié sa première sonate et dont il estimait les jugements musicaux. Or Joachim estima inexécutable la partie de soliste que lui proposait Brahms, peu familier avec la technique instrumentale du violon ; il fallut effectuer une nouvelle rédaction _ conformément aux corrections de Joachim qui fut, reconnut Brahms, “plus ou moins responsable de la partie de violon”. Le concerto fut créé par son dédicataire le 5 janvier 1879, sous la direction du compositeur, précise mieux qu’opportunément Philippe Mougeot à la page 4 du livret de ce CD… ; on mesure par là l’intérêt du couplage de ce CD, avec le meilleur des trois concertos pour violon de Joseph Joachim ! _  ;

dans lequel je retrouve le talent à son meilleur du magnifique Christian Tetzlaff, qu’accompagne non moins parfaitement et avec enthousiasme le Danish National Symphony Orchestra, sous la direction flamboyante de l’excellent Thomas Dausgaard : le CD Virgin-Classics 50999 502109 2 3 !

et d’autre part, sur le conseil (depuis Bordeaux) de Sébastien, mon gendre aussi avisé en Arts plastiques qu’il l’est en musique et en littérature,


http://yalepress.yale.edu/yupbooks/images/full13/9781857094220.jpg

le catalogue _ somptueux et passionnant ! par les confrontations qu’il propose entre peintures et sculptures : ces dernières, d’Alonso Cano, Gregorio Fernández, Francisco Antonio Gijón, Juan Martínez Montañes _ le plus grand de tous, peut-être ! _ Pedro de Mena, Jose de Mora, sont stupéfiantes de beauté, grandeur, intensité ! _ de l’exposition d’art sacré espagnol “The Sacred made real _ Spanish painting and sculpture 1600-1700“, splendidement organisée par le curator Xavier Bray (aidé par Alfonso Rodriguez G. de Ceballos, et Daphne Barbour & Judy Ozone, actuellement (24 octobre 2009 - 24 janvier 2010) présentée à la National Gallery de Londres, avant de resplendir à la National Gallery of Art de Washington (28 février - 31 mai 2010)…

http://static.visitlondon.com/assets/events/arts/sacred_made_real_3_500.png

The Sacred Made Real

Spanish Painting and Sculpture 1600-1700

  • Xavier Bray, Alfonso Rodriguez G. de Ceballos, Daphne Barbour, and Judy
    Ozone; With contributions by Eleanora Luciano, Marjorie Trusted, Rocio
    Izquierdo Moreno, Maria Fernanda Morón de Castro, Maria del Valme Muñoz
    Rubio, and Ignacio Hermoso Romero

In
16th- and 17th-century Spain, sculptors and painters combined _ voilà ! _ their
skills to depict, with astonishing realism _ oui ! _, the great religious themes.
Wooden sculptures of the saints, the Immaculate Conception, or the
Passion of Christ were painstakingly carved, gessoed, and intricately
painted, even embellished with glass eyes and tears and ivory teeth.
Some were shockingly graphic _ certes _ in their depiction of Christ’s sufferings ;
others, beautifully clothed, appeared to bring saints to glorious life.
These were objects of divine inspiration _ en effet _ to the faithful, whether
displayed on altars or processed through the streets on holy days.

Featuring
new photography, this book reappraises the unique form of Spanish
painted wooden sculpture. In addition to examining the sculptures’
religious roles, it also explores the unique creative relationship of
sculptor and painter : Velazquez’s teacher and father-in-law Francisco
Pacheco, for example, often painted the flesh and drapery of wood
carvings by the celebrated sculptor Juan Martinez Montañès, and taught
a generation of students. The skill of painting these hyper-realistic _ certes ! _
sculptures was an integral part of an artist’s training, enhancing his
sensitivity to visual impact _ oui _ and physical presence _ evident in paintings
of the period _ absolument !.. la présence des sacrés mystères catholiques…

Xavier
Bray is Assistant Curator of Seventeenth and Eighteenth-Century
Painting at the National Gallery, London. Alfonso Rodriguez G. de
Ceballos was formerly Professor at the Universidad Autonoma, Madrid.
Daphne Barbour is a Senior Objects Conservator ; Eleonora Luciano is
Associate Curator of Sculpture ; and Judy Ozone is a Senior Objects
Conservator, all at the National Gallery of Art, Washington D.C. Rocio
Izquierdo Moreno is a curator ; Maria del Valme Munoz Rubio is Chief
Curator ; and Ignacio Hermoso Romero is a curator, all at the Museo de
Bellas Artes, Seville. Maria Fernanda Moron de Castro is Curator of
Collections, University of Seville. Margorie Trusted is Senior Curator
of Sculpture at the Victoria and Albert Museum, London.

J’y ajouterai un autre merveilleux CD de 3 concertos de violon “magiques“, cette fois avec l’archet profond et virtuose, lui aussi, de Frank Peter Zimmermann :

il s’agit des deux concertos de Karol Szymanowski _ un compositeur que je vénère pour la richesse et la volupté de sa sensualité ! _, le concerto pour violon n° 1, opus 35 et le concerto pour violon n° 2, opus 61 ; et du concerto pour violon, en ré mineur, de Benjamin Britten ; pour Szymanowki, c’est l’Orchestre Philharmonique de Varsovie, sous la direction idoine d’Antoni Wit, qui l’accompagne ; et pour le concerto de Britten, l’Orchestre Symphonique de la radio suédoise, que dirige Manfred Honeck. Il s’agit d’un flamboyant autant que très fin CD Sony : 88697439992… Un enchantement lui aussi.

Et pour faire bonne mesure, j’ajoute un autre concerto de violon, celui de Brahms, à nouveau, mais par Vadim Repim et l’Orchestre du Gewanhaus de Leipzig, dirigé par Ricardo Chailly, cette fois ; CD auquel j’aurai dû  consacrer un article l’an passé : autre splendeur de vie et de musicalité !

Qu’accompagne, sur le CD Deutsche Grammophon 477 7470, le double concerto de Brahms pour violon, violoncelle et orchestre, en la mineur _ avec la participation du violoncelliste Truls Mørk…

Excellente année artistique ! riche d’”actes esthétiques” profondément joyeux ! expansifs !

Titus Curiosus, ce 1er janvier 2010

Balance de “l’humain” au stade gazeux du luxe : le diagnostic d’Yves Michaud

Posté dans la catégorie Arts plastiques, Blogs, Histoire, Philo, Rencontres par Titus Curiosus

31déc

Pour continuer à réfléchir sur l’état présent de l’”humain“, tel que le présentent des phénoménes d’”aisthesis“  comme ceux qu’analyse Yves Michaud en son blog de Libération “Traverses,

et poursuivant lui-même sa réflexion de son opus de 2003 : “L’Art à l’état gazeux _ Essai sur le triomphe de l’esthétique“,

voici

ces réflexions-ci,

en réponse à certains des “commentateurs

de son tout récent article “Le Luxe à l’état gazeux, in Libération, en date du 29 décembre dernier, avant-hier :

Le luxe à l’état gazeux

Luxe et art ont une signification qui se recoupe(nt) sur certains points intéressants. Le luxe renvoie à l’idée d’abondance, de profusion, mais aussi de décoration et d’ornement, avec une connotation ambivalente de louange et de dénonciation. “Luxe” et “luxure” sont des doublets.

Il y a aussi, dans l’idée de luxe, celle d’un écart par rapport à la règle et à la ligne droite: le mot “luxation” vaut pour les articulations abimées et a la même étymologie. Or l’art et l’ornement ont aussi une origine étymologique indo-européenne qui en fait un écart et un ajout par rapport à la nature : l’art est ce qui se superpose et s’articule à la nature. C’est sur ce point qu’art et luxe se rejoignent : le luxe et l’art sont des ajouts décoratifs ou ornementaux, qui ne sont ni naturels ni indispensables, qui impliquent une déviation par rapport au naturel ; et souvent même un excès, avec la dépense somptuaire qui va de pair. Toutes les cultures associent art, dépense, artifice et excès non naturel.

De fait, toujours et partout l’art a été un luxe : non seulement parce qu’il va au delà du nécessaire, mais aussi parce qu’il met en œuvre des matériaux précieux, des habiletés techniques rares et coûteuses ; et qu’il est destiné à des usages précieux, qu’ils soient religieux ou séculiers. La fameuse “Salière” de Benvenuto Cellini fabriquée en 1542-1543 pour François Ier, coûta à l’époque 1000 écus d’or. On n’est pas très loin du crâne en platine de Damien Hirst (”For the Love of God“) de 2007, avec ses 8601 diamants, vendu pour 74 millions d’euros.

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Ce lien d’excès et d’artifice entre art et luxe persiste aujourd’hui avec la corrélation entre nouvelles formes de l’art et nouvelles formes du luxe.

Pour ce qui est de l’art (au sens des arts visuels), il consiste de moins en moins en “œuvres“, pour  la bonne raison que se sont généralisées les stratégies “à la Duchamp” de production de ready-mades ; et que tout peut faire œuvre, y compris l’infime ou l’invisible. L’art consiste _ avec ou sans insister ? _, en fait _ c’est le cas de le dire ! _, de plus en plus, en expérience _ voilà : et de la part de qui ? de l’artiste qui le propose ? du public qui en fait l’expérience?.. _ d’environnements et d’effets multi-sensoriels où sont réunis stimuli visuels, sonores, odeurs, ambiances et atmosphères dans des installations _ d’artistes (affirmés tels)…

Dans le même temps, la hiérarchie _ reconnue, grosso modo, socialement _ des arts a changé, avec un retour au premier plan de l’architecture, un développement du design, y compris comme design sonore, et le succès grandissant d’arts mineurs comme la cuisine, les parfums, la mode, le maquillage. L’art est devenu _ sociétalement ; sinon sociologiquement… _ un art d’environnement ou encore “ambiantal“.

Ces changements vont de pair avec une nouvelle forme d’expérience de l’art _ voilà ! _, distraite et flottante _ de la part du public, cette fois ; mais s’agit-il ici d’unHomo spectator(selon Marie-José Mondzain) ? et en unActe esthétique(selon Baldine Saint-Girons) ?.. L’empirisme d’analyse d’Yves ici s’amuse, vraiment, beaucoup ! J’entends d’ici son rire empiriste ! La valeur principale au cœur de l’art est désormais _ sociétalement et sociologiquement : Pierre Bourdieu, l’inénarrable analyste deLa distinction _ critique sociale du jugement, en 1979, éclate lui aussi de rire de dessous la tombe ! _ celle du divertissement _ “entertainment” ! dans le vocabulaire des entrepreneurs des studios de Hollywood, chaînes de télévision en pagaille, et autres vendeurs detemps de cerveau humaindisponible… _ et du plaisir _ l’appât minimal et basique ; jusque dans le commerce de la pornographie… _ réunis dans un hédonisme _ voilà la philosophie qui a le vent en poupe : le plaisir est bien son carburant ! _ sans engagement _ surtout pas ! car alors, adieu Berthe !..  _ ni moral ni politique ; ou alors tellement léger _ quelques secondes : pas trop de temps à perdre, non plus, quand même… just for the fun _ qu’il n’est plus un engagement. L’expérience est celle d’une cénesthésie (complexe de sensations) débouchant éventuellement sur des partages _ tout de même : un minimum de connivences (langagières) comme autorisation, de fait, d’un minimum, cependant, de légitimitéde l’éprouvé, même aussi légeret aussi peuengageant: les autres partagent-ils mon point de vue ? ouf ! me voilà rassuré ! la solitude (de l’éprouvé), ou a-normalité,  étant rien moins que terrifiante : monstrueuse !.. _ d’émotions. L’expérience esthétique contemporaine est une expérience diffuse, l’expérience d’un environnement saisi de manière inattentive et distraite, perçu _ juste _ en passant _ dans la rue, par exemple ; et si possiblepassante, “passagère”, la rue : sinon, pas de vérificateur (de conformisme) ! Quel effroi ! et quelle inutilité, aussi… Elle est fortement dépendante de moyens technologiques très avancés _ vive (et vivement, aussi !) la caution du moderne, de l’up-to-date! _ et largement répandus, avec une base de production industrielle évidente _ l’invisibilité, la non-exhibition, n’ayant pas la moindre fonctionnalité ; et les exemples (les ditspeople: ils ont tellement besoin du regard populaire ! ainsi que de l’audimat : sinon ils seraient plus nus que nus…) venant de haut !

De ce point de vue, il devient difficile de faire la différence entre œuvre à proprement parler _ en dur ? durable ? et par quels facteurs, donc ?.. on doit se le demander aussi… _, décoration, environnement et expérience de consommation commerciale. Ceci va de pair dans nos sociétés de consommation et de plaisir avec une esthétisation _ soft, très soft… _ de la vie qui touche de plus en plus de domaines : la mode, le design, l’esthétique corporelle, la cuisine, la culture physique, la chirurgie esthétique, le secteur du luxe et jusqu’aux beaux sentiments _ affichés, sinon ça n’en mérite pas la peine ! _ qui sont devenus obligatoires sous peine d’incorrection politique ou morale _ car voilà le nouveau standard (d’intégration/exclusion) !

Dans l’idée courante, l’industrie du luxe produit sous des noms _ magiques ! _ de marque prestigieux des objets _ de prix d’achat conséquent ! _ faits de riches matériaux travaillés par des artisans exceptionnels pour des élites _ mais qui le valent bienvraiment, elles ! Pas seulement au niveau du slogan à l’adresse de tout un chacun acheteur de produits seulementdérivés, selon le slogan (efficace !) de l’Oréal, la marque de Liliane Béttencourt… Il faut déjà réfléchir qu’une somme _ réunie, rassemblée, pas seulement amassée _ d’objets fait un décor et un décor une ambiance, comme celle que l’on trouve quand on visite les demeures des “grands collectionneurs _ type Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent…

Les industriels du luxe poursuivent cette production, notamment à destination de leurs nouveaux marchés, ceux qui ont le mieux résisté à la crise, les marchés des pays émergents d’Extrême-Orient ou des Émirats arabes.

Il y a cependant un écueil très dangereux _ de banalisation ! _ pour les firmes comme pour les consommateurs, celui de la production industrielle de produits de luxe, qui deviennent en réalité ce qu’on appelle des “produits dérivés” et donc des produits de grande consommation _ la plus large possible : chiffre de vente oblige ! _, même si demeure le fétichisme _ sinon, pas d’achat ! _ de la marque.

Le secteur des parfums est, à cet égard, exemplaire, puisque les parfums sont pour la plupart produits par des maisons prestigieuses de haute couture dont les produits propres _ les vêtements _ sont inabordables _ of course ! et off course_ pour le consommateur moyen : la femme qui achète un parfum Saint-Laurent ne s’habille en général pas _ c’est ici un euphémisme _ de robes originales Saint-Laurent _ vivent (et prospèrent) les conduites magiques departicipationimaginative…

Comme variante de cet écueil, il y a cet autre danger _ pour les finances des détenteurs de droit desmarques! pas pour ceux qui se parent des ersatz… _ qu’est la contrefaçon : elle se répand elle aussi de manière industrielle _ appât des gains obligent ! _ au même rythme que la production originale ; et elle ne peut guère être combattue qu’au nom de principes juridiques dès lors que tous les produits dérivés se rapprochent les uns des autres au point de se confondre _ aïe ! _ pour des raisons de production de masse _ il faut donc maintenir soigneusement lesdistinctionsmarquées dûment autorisées, labélisées…

Des enquêtes récentes sur les produits que les personnes de revenus supérieurs associent _ imaginativement sociétalement _ avec le luxe aux USA, en France et au Japon témoignent d’un changement significatif de la perception _ sociétale _ du luxe, et qui s’accorde avec ceux à l’œuvre dans les arts visuels _ dûment estampillés, eux, probablement, du moins : le doute s’y insinuerait-il donc ?..


Certes les Français comme les Américains associent encore l’idée du luxe à des objets comme les voitures, les bijoux, les œuvres d’art, les vêtements, les montres, mais ils associent aussi le luxe avec avions privés, yachts, hôtels, villas, voyages, parfums, clubs réservés, toutes choses qui renvoient à des expériences _ voilà ! _ comme celles du voyage, du tourisme, de l’évasion rapide et rare _ et chère. Le luxe, c’est en ce sens l’expérience de la vie légère et rêvée _ exotiquement _, une qualité d’expérience rare réservée à des happy few _ pouvant se les payer (ou faire offrir) ; jusqu’à en faire étalage ; cf le bling-bling des people au pouvoir dans ce que sont devenues nos malheureuses démocraties ! _, en échappant _ ouf ! vive la distinction bourdieusienne… _ aux objets banals produits en masse pour les masses. La plupart des industriels du luxe confirment cette évolution : face à l’industrialisation de produits qui sont au bout du compte très proches, qui sont de toute manière banalisés et n’ont plus de luxe que la marque _ aïe ! _, il leur faut désormais soit vendre ces produits comme des expériences _ subtiles ! _ particulières, soit vendre des expériences luxueuses tout court.

La publicité du marketing expérientiel _ un concept bien intéressant ! _vend non pas des parfums pour parfumer, mais des expériences de parfums Dior, ou Saint-Laurent, ou Prada _ mazette !

On n’a pas été assez attentif à certains comportements en apparence seulement bizarres ou excentriques qui font entrer dans le monde de l’expérience tout court _ mais une expérience rare _ difficile d’accès _ considérée comme nouveau luxe, par exemple les premiers balbutiements du tourisme spatial. Seules quelques personnes peuvent s’offrir (et songent pour le moment à s’offrir) ces voyages en orbite qui coûtent des dizaines de millions de dollars. Le luxe ici, c’est celui d’une expérience réservée à quelques-uns seulement, comme dans le temps on s’achetait un “baptême de l’air” en avion ou en hélicoptère, voire, il n’y a pas si longtemps, une escapade en Concorde menant de Paris à Paris via le survol aussi rapide qu’absurde de la côte atlantique de la France.

La fascination pour les privilèges _ voilà : l’inverse de l’égalitaire ; cf le Qu’est-ce que le mérite ?d’Yves Michaud ; et mon entretien avec lui dans les salons Albert-Mollat le 13 octobre dernier ; ou mon article sur tout cela : Où va la fragile non-inhumanité des humains ? _, pour les “listes“, pour les carrés réservés, les clubs exclusifs _ fermés aux autres ! renvoyés à leurs misérables pénates de ploucs ! _, pour les traitements différenciés des consommateurs selon leur pouvoir d’achat _ au niveau même des cartes bancaires _ relèvent aussi de ce transfert de la qualité de luxe sur des expériences rares et réservées _ qui en leur fond _ voilà un critère assez intéressant… _ peuvent être aussi inintéressantes _ tiens-donc : selon quels critères ? et quels fondements” ?.. ah ! ah ! _ que l’expérience ordinaire _ trop commune; pas assez branchée _ ouverte à tous, mais dont la condition de rareté exclusive fait toute la précieuse différence _ rien que structurelle ; de comparaison strictementidéelle : sans contenu ; et sans fond ! Voilà l’authentique misère se pavanant en transports et résidences de luxe… Quand ces rois-là _ cf le magnifique conte d’Andersen Les Habits neufs du roi _ sont plus nus que nus !!!

Toujours selon ces enquêtes, les Japonais demeurent, en revanche, étonnamment traditionalistes, puisqu’ils continuent d’associer prioritairement le luxe aux montres, aux sacs à main, aux automobiles, aux bijoux, aux habits et aux chaussures. Il faudrait cependant prendre en compte qu’ils ont une conception de l’art et des expériences esthétiques fortement différente des nôtres, faisant depuis bien longtemps place à des qualités sensibles qui ne sont pas des qualités d’objets _ en dur _, mais d’expériences _ justement… _ et d’environnements (le vieux, le fragile, la beauté de l’âme intérieure ou celle de la nature en train de changer) _ de l’homo spectator ; et de l’actus aestheticus, si je puis dire ; en un contexte plus prégnant, in fine, que le seul objet envisagé en lui-même…

Au fond, de même que l’art est devenu gazeux, le luxe aussi se transforme ou, mieux, se vaporise en expériences _ gazeuses… Le parfum, si central dans l’esthétique de Baudelaire _ certes ! _, mérite de retrouver aujourd’hui la place pivot qu’il devrait tenir dans toute conception de l’expérience esthétique en général _ y compris authentique ; je renvoie ici aux œuvres-maîtresses de mes amies Baldine Saint-Girons,L’Acte esthétique, et Marie-José Mondzain,Homo spectator: des must !

Même si la formule est à l’emporte-pièce, on peut dire : «Finis les objets _ en dur _, bienvenue aux expériences _ gazeuses _ _ soit le statut de privilège dusingulierjusque dans la sensation la plus évanescente : soigneusement présentée (à acheter : cher !) commehors-normes

Photo © AFP (La Salière de Benvenuto Cellini)
Photo © Reuters (Crâne de diamants de Damien Hirst)

Rédigé le 29/12/2009 à 12:34 dans Arts

Commentaires

L’expérience” une fois morte et nous avec, il y a quelque chose de pathétique et de profondément morbide dans la recherche de différenciation des zombies parallèles que nous sommes, à travers le culte de qualités d’expériences qui ne doivent rien à l’attention que l’on y porte, comme la question de la dérive le proposait et l’engage, mais à une fuite en avant dans le calculable que l’on thésaurise, avec l’avidité de celui qui toujours inquiet de ce qu’il risquerait de manquer reste étanche aux effets de présences qui s’offrent à lui, dans le plus simple appareil et d’un splendide dénuement.

Rédigé par : bénito | 30/12/2009 à 14:03

C’est ce très remarquable “commentaire“-ci, de Bénito, que je souhaiterai “commenter” un peu en détail ici même, maintenant :

“”L’expérience” une fois morte, et nous avec: devons-nous nous résigner à ce constat  ? Que Georges Didi-Huberman qualifierait sans doute d’agambien; mais estimerait d’un pessimisme excessif : à mieux gérer, selon une autre expression, encore, après celle de destruction de l’expérience, de Walter Benjamin, que cite Didi-Huberman.

il y a quelque chose de pathétique et de profondément morbide _ = un symptôme de nihilisme ! parfaitement !!! et gravissime… _ dans la recherche de différenciation _ si dérisoirement vaines !

et il faut en effet, et très énergiquement, en éclater de rire !!! montrer le degré astronomique : kakfaïen (cf son immense  Journal) ! bernhardien (cf son autobiographie si géniale, ainsi que le magnifique opus ultimumExtinction ) ! kertészien (cf  ce chef d’œuvre absolu qu’est Liquidation) ! de leur ridicule ! _

il y a quelque chose de pathétique et de profondément morbide dans la recherche de différenciation

des zombies _ oui : il faut le proclamer sans cesse ; jusqu’à courir le crier sur tous les toits de la planète : ce ne sont rien que des zombies, ces pauvres fantôches qui se pavanent à faire, aux micros et devant les caméras des journalistes (complices pour la grande majorité d’entre eux ! des chiens de garde, dirait Nizan…), les importants” ! _

des zombies 

parallèles _ qui ne se rencontrent jamais ; même et surtout en des fantômes de rapports amoureux ; cf le lacanien :il n’y a pas de rapports sexuels; cf aussi le judicieux et très clairÉloge de l’amourd’Alain Badiou, ainsi que mon article récent sur cette conférence (donnée à Avignon, avec Nicolas Truong, le 14 juillet 2008), le 9 décembre dernier :Un éclairage plus qu’utile (aujourd’hui) sur ce qu’est (et n’est pas) l’amour (vrai) : “L’Eloge de l’amour” d’Alain Badiou _

que nous sommes” :

que nous sommes, sinon déjà devenus,

du moins en train de devenir, bel et bien, en effet ; si nous n’y résistons pas si peu que ce soit ! un peu plus, davantage, en tout cas, que nous ne le faisons, bien trop mollement, pour la plupart d’entre nous !..

A preuve,

cette incise :

hier même, à mon envoi de l’article commentant la belle et forte indignation de Henri Gaudin quant à l’indigne, en effet, “restauration” qui menace un des plus sublimes hôtels parisiens du règne de Louis-le-Juste (en 1640, ou 42), à l’étrave si belle de l’Île Saint-Louis : “Le courage d’intervenir d’un grand architecte, Henri Gaudin : le devenir de l’Hôtel Lambert dans une société veule“, que voici :

De :   Titus Curiosus

Objet : Un article à propos de l’Hôtel Lambert

Date : 28 décembre 2009 17:28:12 HNEC
À :   Barocco

Voici l’article
en hommage à l’Art du siècle de Louis XIII :
http://blogs.mollat.com/encherchantbien/2009/12/26/le-courage-dintervenir-dun-grand-architecte-henri-gaudin-le-devenir-de-lhotel-lambert-dans-une-societe-veule/
Titus

Ps :
voici aussi _ il n’y a là rien de vraimentpersonnel (à éviter de rendre public sur le blog)…  _ le mot que je viens de recevoir de Marie-José Mondzain _ à laquelle j’avais adressé ce même article _ :

merci cher Titus
grâce à vous je lis des livres que je ne penserais jamais à lire
j’écoute des musiques que je n’aurais jamais connues sans vous
oui je lis vos longues phrases et je m’y retrouve très bien !
plein de  vœux chaleureux et d’amitié fidèle

mjm

un ami,

très remarquable entrepreneur de produits artistiques de la plus haute qualité _ il s’agit de ce qui se fait de mieux aujourd’hui dans l’offre musicale _, a répondu ceci à l’envoi de cet article à propos de l’Hôtel Lambert” :

De :   Barocco

Objet : Rép : Un article à propos de l’Hôtel Lambert

Date : 30 décembre 2009 15:02:07 HNEC
À :   Titus Curiosus

Cher Titus,
Merci de ton envoi, toujours pertinent et impertinent. On y voit que tu n’as pas perdu l’espoir, ce qui n’est pas mon cas…
Le dicton de saison : meilleurs vœux !
Amitiés,

Barocco

Nous en sommes donc là en notre belle France… Fin de l’incise ;

et retour au commentaire mien du “commentaire” par bénito de l’article d’Yves Michaud !

il y a quelque chose de pathétique et de profondément morbide dans la recherche de différenciation des zombies parallèles que nous sommes,

à travers le culte _ voilà _ de qualités d’expériences

_ des individus les ressentant, fugitivement, en leur subjectivité, seulement : ce qui fait le fond, rien moins de la thèse d’Yves Michaud _

qui ne doivent rien _ ni ces expériences-ci, ni leurs qualités-là… _ à l’attention que l’on y porte

_ et c’est là, ce point-ci de l’attention !, tout le point décisif de l’analyse très fine de bénito ! _ ;

comme la question de la dérive _ qui intéresse Bénito sur son propre blog… _ le proposait

_ en marquant l’affaiblissement, précisément, de cette attention-ci en question : fuie ! esquivée ! voire anesthésiée, carrément, dès qu’elle engage à si peu que ce soit :

de l’ordre de ce qu’une Baldine Saint-Girons qualifie si justement d’unacteproprement esthétique!.. ;

et donneur, lui, l’acte esthétique vrai,

non pas deplaisir,

mais, proprement

_ à mille lieux de l’hédonisme et du dilettantisme (que dénonçait le grand Étienne Borne _ 1907 - 1993 _, en son lumineuxProblème du mal, en 1963, aux Presses Universitaires de France… _,

donneur de joie” :

joieoù s’exprime, se déploie et s’épanouit, aussi _ et c’est même essentiel ! pour l’humanité même de la personne !!! _, quelque chose des qualités propres (en expansion alors) du sujet singulier qui les vit, qui les sent et ressent (et les expérimente, ainsi que l’exprime superbement la langue précise et éclairante de Spinoza :

en ces occurrences, un peu rares, certes, là, mais il nous revient de le découvrirpersonnellement, et de l’apprendre, etcultiver” _ cf ici aussi l’immense Montaigne, en sesEssais“, tout spécialement le dernier, qui ne s’intitule pas tout à fait pour riende l’expérience, au chapitre 13 de son livre III !… _ “découvrir, apprendreetcultiverpar nous-même : nous sentons et nous expérimentons que nous sommes éternels ;

en ces joies-là ! où nous passons, on ne peut plus et on ne peut mieux effectivement, à une puissance supérieure ; ainsi que le détaille Spinoza en son Éthique(V, 23)…) ;

car c’est du déploiementmême de nos qualitéspropres et singulières qu’il s’agit bien à l’occasion des joies de ces expériencesépanouissantes derencontres-là ! ” ;

fin de l’incise sur la joiemême de l’acte esthétique _,

Je reprends donc le fil de la phrase de Bénito :

il y a quelque chose de pathétique et de profondément morbide dans la recherche de différenciation des zombies parallèles que nous sommes, à travers le culte de qualités d’expériences qui ne doivent rien à l’attention que l’on y porte

comme la question de la dérive le proposait

et l’engage _ on ne peut plus concrètement ; empiriquement _,

mais à une fuite en avant _ oui ! infinie… et pour rien… : dans la pure vanité du vide... _

dans le calculable que l’on thésaurise” _ voilà la fausse-piste et l’impasse proposée par la pseudo modernité capitalistique ; là-dessus lire Locke, qui, en père-fondateur de la pensée libérale moderne, en crachecarrément, et noir sur blanc, le morceau (en son Essai sur l’entendement humain, en 1689) à propos des astuces pour faire travailler(d’autres que soi) en (les) faisant désirer(quelque hypothétique, seulement fantasmée, consommation du pseudo objet du désir) en perpétuellepure perte, ou insatisfaction empirique ! Lire donc un peu (et/ou un peu mieux) les philosophes pour comprendre mieux notre présent ; plutôt que bien des économistes qui vous embrouillent tout, au jeu du bonneteau… _,

“avec l’avidité de celui qui

toujours _ mais mal _ inquiet de ce qu’il risquerait de manquer _ c’est là le leurre du piège même si bien décrit par Locke _

reste étanche _ l’adjectif est superbe, bénito ! _ aux effets de présences _ mais, oui : cf ici le magnifique travail, en 1991, de George Steiner :Réelles présences _ les arts du sens… ; mais cf aussi les travaux de Georges Didi-Huberman sur la scintillance vibrante des images pour nous _ qui s’offrent à lui,

dans le plus simple appareil

et d’un splendide dénuement

_ c’est absolument superbe de justesse ; et me rappelle le plus éclairant des analyses les plus récentes de Georges Didi-Huberman, justement, tant dansQuand les images prennent position, à propos de Brecht, que dansSurvivance des lucioles, que je viens juste de terminer de lire : à propos de Pasolini, notamment, outre Walter Benjamin et Giorgio Agamben _ Pasolini suivi tout au long du parcours de son œuvre, et d’écrivain comme de cinéaste. Un livre très intéressant en la finesse précise de ses éclairages !..

Voilà qui en une phrase unique dégage l’essentiel _ à mes yeux du moins : c’est cette position-ci  que j’estime (et à un rare point de perfection, même !) juste ; et partage !

Le reste des “commentaires” va probablement un peu moins, ou un peu moins bien, à l’”essentiel” !

Les voici, néanmoins :

Excellent !

Rédigé par : Newsluxe | 29/12/2009 à 19:19

Sur la tension “luxe” (gazeux) / “œuvre” (dure), cf mon article “http://blogs.mollat.com/encherchantbien/2009/12/26/le-courage-dintervenir-dun-grand-architecte-henri-gaudin-le-devenir-de-lhotel-lambert-dans-une-societe-veule/”

Titus Curiosus

Rédigé par : Titus Curiosus | 29/12/2009 à 18:09

A relier avec le concept de “destruction de l’expérience” chez Walter Benjamin ; puis Giorgio Agamben ;
ainsi que la “réplique” à cette expression _ en fait des “nuances“, plutôt… _ de la part de Georges Didi-Huberman en son tout récent “Survivance des lucioles” : afin d’”organiser le pessimisme“, comme il le présente…
Pour ma part, je “résiste” (à ces “faits de société“, sinon “de mode” ! de l’ordre du “gazeux“, cher Yves !) sur la “ligne“, voire la “pierre de touche“, plus “dure” _ est-ce là une illusion idéaliste ?.. _ de l’œuvre…
Suis-je en cela hors “empirisme” ?..
En tout cas, je renâcle…

Titus Curiosus

Rédigé par: Titus Curiosus | 29/12/2009 à 17:52

Intéressant. Je ne trouve guère toutefois d’allusion, dans cette longue réflexion, à l’art musical _ et donc au luxe musical, puisque selon YM les deux notions entretiennent des liens assez étroits.

Rédigé par : Sessyl | 29/12/2009 à 17:41

le luxembourg a surement la même racine.

Rédigé par : Salade | 29/12/2009 à 16:32

bravo! pour le texte, le luxe c’est surtout un mélange de style et d’intelligence, surtout d’intelligence

Rédigé par : romain | 29/12/2009 à 15:54

J’ai l’impression que les commentaires sur ce blog seraient un luxe : du simple fait de leur rareté.
La fosse d’aisance d’un bidonville suburbain serait-elle de l’art, un ready made ?

Rédigé par : JPL | 29/12/2009 à 14:10


Voilà !

Voilà de quoi méditer sur et le devenir des Arts, et le devenir de l’expérience esthétique _ en ses acceptions contradictoires, même !


Titus Curiosus, ce 31 décembre 2009

Le devenir de la “langue littéraire” en France de 1850 à aujourd’hui : un admirable travail pour comprendre ce qui menace de mort l’exception (culturelle) française et les “humanités”

Posté dans la catégorie Histoire, Littératures, Philo par Titus Curiosus

30déc

La langue littéraire _ Une histoire de la prose en France, de Gustave Flaubert à Claude Simon” est un ouvrage, sous la direction de Gilles Philippe et Julien Piat, aux Éditions Fayard, absolument passionnant, qui explore avec une réjouissante précision d’analyse (dans le détail !) la construction dans la France d’entre 1850 et 1980 d’une langue

_ cettelangue littéraired’une prose un peuartiste, précisément :

de Flaubert, et des frères Goncourt à Claude Simon, en passant par Émile Zola, Charles Péguy, Marcel Proust, Jean-Paul Sartre & Roland Barthes, pour ne retenir que les plus représentatifs des représentants des divers styles qui, tour à tour, affleurent, règnent, un moment (1860, 1880, 1900, 1920, 1940, 1960, avant la défaillance des années 80), puis laissent la place à d’autres… ;

que révèlent et analysent magnifiquement les six contributeurs à cet ouvrage : Stéphane Chaudier, Michel Murat, Gilles Philippe, Julien Piat, Christelle Reggianni et Stéphanie Smadja… _

langue ayant des fonctions idéologiques cruciales (”artistes“, “culturelles“, apparemment ; mais non sans de subtiles vraies jouissances !..) pour l’imaginaire national,

tout particulièrement sous la III ème République,

mais aussi en ce qui lui succède, jusqu’à aujourd’hui,

sur le déclin, puis face au renouveau, de la rhétorique :

déclin constant de la rhétorique au XIX ème siécle (avec déclin, aussi, concomitant, de l’enseignement du latin) ;

puis renouveau _ actuel _ de la rhétorique, lié au déploiement irrésistible et maintenant mondialisé du marketing au XX ème siècle…

Quid, ici, au passage, de ce chiffon rougede l’identité nationale?..

La rhétorique _ utilitaire : en matière de communication et de pouvoir sur l’autre _ étant l’autre de la “littérature” en matière de “langue” !..

Et la “prose littéraire” se construisant, historiquement, donc, une notable “place” entre la poésie, d’une part, et la prose scientifique _ et d’essai, et, encore, de pure information (communication & propagande)… _ d’autre part…

Cela permet de comprendre, en regard, le devenir (historique) de l’école (formatrice des esprits) ;

et plus généralement de la culture (humaniste :

à distinguer, donc _ c’est ma conviction _ de ce que Michel Deguy nomme le “culturel” : pleinement idéologique, lui)…

C’est, alors, de rien moins que de la nature _ essentiellement plastiqueet flexible(sur cette différence, cf les travaux de Catherine Malabou : par exempleOntologie de l’accident _ essai sur la plasticité destructrice; ou La Plasticité au soir de l’écriture _ dialectique, destruction, déconstruction…), et donc éminemment fragile _ de l’”humain” lui-même _ cf aussi le radical Humain, inhumain, trop humain d’Yves Michaud, réfléchissant sur l’œuvre de Peter Sloterdijk (dont l’importantRègles pour le parc humain, aux Éditions Mille et une nuits)… _ qu’il s’agit dans cette histoire des “humanités” et de leur langue,

en partie du moins  :

la partie non strictement positive _ voirepositiviste _, préciserai-je, de la formation des personnes (et de ce que Walter Benjamin appelle “l‘expérience“, menacée de “destruction” ! _ jugeait-il, en les passablement inquiétantes, déjà, années 30…

Cf là-dessus le passionnant récent ouvrage de Georges Didi-Huberman : Survivance des lucioles, face au pessimisme, à mieux organiser, selon lui, d’un Giorgio Agamben ; dès Enfance et histoire _ destruction de l’expérience et origine de l’Histoire, son premier livre publié, en 1977…) ;

celle qui rivalise, justement, avec la langue “positive” des “sciences, surtout les plus “dures” _ mais les autres aussi (ditessciences humaines ; cf les positions là-dessus d’un Pierre Bourdieu…) _, pour tenir,

avec un succès assurément fragile et à bien mesurer, aussi, dans ses fluctuations

_ cf par exemple, sur le terrain (éminemment sensible d’un réel assez décisif ! pour l’individu !), la fonction des Grandes Écoles en France ; et la place, minime, pour ne pas dire infime, mais non sans une certaine aura, toutefois, des filières dites littéraires par rapport aux filières dites scientifiques(en faittechno-scientifiqueset même, désormais, carrémenttechno-commerciales: vers où penchent donc, de fait, ces disciplines ingénériales ?.. polytechniques?..) ; et les conséquences qui s’ensuivent dans les hiérarchies sociales qui, en partie assez considérable, en résultent… _

cette langue (”littéraire” ; ou des “humanités“) en tant que partie non strictement positive de la formation “humaine” des personnes

qui rivalise, donc _ avec ses styles ! jusques et y compris un style authentiquement personnel, singulier ; comme en quelques artistes ! _, avec la langue “positive

pour tenir le haut-du-pavé !.. Face au “dés-humain” et “dés-humanisant” de ce qu’affrontent (et deviennent !.. passivement ; à leur corps _ et âme ! _ défendant, même _ quand et si âme il y a…) les personnes dans les applications massives on ne peut plus effectives, et certes bien efficaces, toujours sur le terrain _ en dur ! _ du réel, du concept pragmatique managérial  de “ressources humaines” !


Soit le “dés-humanisé” de l’homme

comme pur et simple “simple moyen“, seulement _ le reste étant sans utilité (dite alors économique) ! _, dans le flux _ seul intéressant!.. _ des profits _ comptables _ de ventes _ qui prévalent ! voire seulscomptent! _ de “marchandises” où il _ l’homme, encore _ tente de surnager…

Soit, un enjeu historique rien moins que civilisationnellement _ ou historialement, pour d’autres _ crucial ;

et qui aide, au passage, peut-être à saisir un peu mieux ce qu’a pu être et a effectivement été _ voire résiste un peu encore… _ l’exception française”

face au rouleau compresseur mondialisé _ globish, en version de langue _ du libéralisme pragmatique anglo-saxon triomphant…

Le détail des analyses, sur 534 pages (d’une très grande richesse), des auteurs de cet ouvrage, “La langue littéraire _ Une histoire de la prose en France, de Gustave Flaubert à Claude Simon“, _ Stéphane Chaudier, Michel Murat, Gilles Philippe, Julien Piat, Christelle Reggianni et Stéphanie Smadja, je rappelle les noms de chacun de ces contributeurs remarquables ! _ est absolument passionnant !

Une mine de culture sensible de la plus haute qualité ! déjà !

Et donc un must pour l’homme cultivé !..

En plus de la grâce gratuite de ses enchantements sans nombre pour l’intelligence de la sensibilité, de l’”aisthesis“…


Un très grand livre que ce “La langue littéraire _ Une histoire de la prose en France, de Gustave Flaubert à Claude Simon“…


Titus Curiosus, ce 30 décembre 2009

Le courage d’intervenir d’un grand architecte, Henri Gaudin : le devenir de l’Hôtel Lambert dans une société veule

Posté dans la catégorie Arts plastiques, Blogs, Rencontres, Villes et paysages par Titus Curiosus

26déc

Henri Gaudin vient intervenir publiquement dans le dossier _ en balance, sur la sellette _ du devenir urbanistique (l’île Saint-Louis dans le cœur de Paris) et architectural (l’Hôtel Lambert, un chef d’œuvre de Le Vau) de l’Hôtel Lambert, cette sublime “étrave” au-dessus de la Seine :

dans le numéro du 25 décembre du Monde, “Ne défigurons pas l’hôtel Lambert !, par Henri Gaudin“…

Le courage et l’autorité vraie (d’un artiste réel _ non faisandé, lui !) sont assez rares dans une société de plus en plus veule _ et décomplexée dans sa propension au cynisme (du pouvoir de fait de l’argent) ; et à la corruption (eu égard au Droit) _ pour s’y arrêter un moment, le remarquer, le signaler, lui donner un tant soit peu d’écho au milieu des paillettes de la trêve joliment dite “des confiseurs“…

Ou à propos de la sauvegarde du patrimoine des pierres ; et du sens même de l’”habiter” humain (et inhumain)… Cf ici la parole décisive de Hölderlin…

Voici ce bel article _ et courageux _ de celui, l’auteur des importantes “Considérations sur l’espace,

dont Paul Virilio disait, en préface au livre (précédent de l’architecte) “Seuil et d’ailleurs“, en 1992 :

Henri Gaudin n’est pas un architecte qui écrit, mais plutôt un écrivain, un homme de lettres qui bâtit avec le béton, la pierre ou les mots _ les uns ou/et les autres. Peu importe finalement le matériau, puisque seul compte pour lui le passage, le transfert _ voilà ! _ d’un récit à un autre récit, d’un lieu à un autre lieu. Comment dès lors s’empêcher de le suivre avec curiosité _ oui : vertu précieuse ! _ au travers des méandres d’une pensée qui souvent vous égare _ par ses détours ô combien nécessaires ! à mille lieux du strictement immédiatement utile, c’est-à-dire rentable pour le (seul) profit financier (le plus rapide possible _ Paul Virilio est bien un penseur de la vitesse…), auquel certains veulent réduire l’économique” (revenir ici à Aristote : “Les Économiques” !!!)… _ pour mieux donner à percevoir _ c’est si précieux, en régime d’anesthésie générale ! On nous endort !... _ le seuil _ crucial ! C’est un terme très présent aussi chez Michel Deguy ; cf mon article d’avant-hier… La ligne de partage des eaux entre le vrai et le faux ? Journal intime tout autant que traité théorique, l’ouvrage d’Henri Gaudin débouche sur l’espérance d’une complexité grandissante _ l’exact opposé de la complication ! ou de la complaisance au vertige maniériste _ qui favoriserait enfin l’ouverture d’esprit, la complicité entre l’architecture et la littérature“, écrivait Paul Virilio…


Voici donc cette splendide “intervention” de Henri Gaudin, architecte, et un peu plus, donc, que de ce seul métier-là, dans Le Monde d’hier (édition datée du 25 décembre, ce jour) ; elle est intitulée, dans le journal, Ne défigurons pas l’hôtel Lambert !, par Henri Gaudin :

“C’est une indignation _ voilà ! _ à la mesure du forfait _ voilà d’abord ! _ qu’on se prépare à commettre à son encontre _ il s’agit de ce joyau d’architecture et d’urbanisme, les deux, qu’est l’Hôtel Lambert (1642), de Louis Le Vau (Paris, 1612 - Paris, 1670), en étrave sur la Seine, de l’Île Saint-Louis, au cœur même de Paris _ : le projet de restauration de l’hôtel Lambert. Cet édifice majeur de l’architecte Le Vau, se dresse sur l’étrave de l’île Saint-Louis, en épousant la courbe de la Seine. Il est rare qu’un tel dynamisme s’allie avec la rigueur d’un ordonnancement au rythme souverain _ qu’on viendrait donc casser…

C’est le quai d’Anjou en son entier qui vient se terminer _ par lui _ sur un jardin suspendu. L’île ménage une proue que domine le corps principal du prestigieux édifice, à la façon dont une passerelle se dresse sur un vaisseau _ Henri Gaudin est aussi un amoureux fou de l’eau, des rives, des ports ; et des bateaux… Le mouvement est si juste, l’assise du jardin suspendu si assurée, le rythme des fenestrages si délicat, l’architecture si dynamique _ adjectifs qualificatifs éminemment sensibles ! _ qu’on croirait voir le bâtiment glisser _ oui : voler même, sans tout à fait désirer s’envoler : il se contente de frémir ! _ le long de la Seine en exposant _ délicatement _ son étrave au courant _ que finit par rejoindre, par un plouf, lui, un Guillaume Apollinaire, un peu plus en aval, au pont Mirabeau… _, sans autre âge que celui de la jeunesse et du futur _ rien moins ! Voilà où existe la vraie modernité !

En abîmer les traits _ comme le ferait, irrémédiablement, le passage à la réalisation de ceprojet de restauration-là… _, c’est meurtrir la ville _ gravement, grièvement même… _ avec laquelle le magnifique hôtel Lambert fait corps _ physico-biologiquement… Au point qu’on peut parfaitement l’entendre respirer et chanter, pour peu qu’on prête oreille à son souffle chantant : à sa mélodie, comme à ses harmoniques…

Si comme le dit Victor Hugo, “l’usage appartient _ usufruitièrement… ; pour un temps ; car c’est nous (davantage mortels que nous sommes, physico-biologiquement) qui, d’abord, passons (un peu) plus vite : que la beauté des œuvres… _ à quelques-uns et la Beauté appartient _ un peu plus durablement, grâce aux œuvres qui passent, certaines d’entre elles, du moins, un peu plus lentement, tout de même, que nous _ à tous”, c’est nous tous _ dotés de nos sens, et pas seulement le regard : encore faut-il apprendre à les éduquer, tous ces sens-là… _ qui en sommes les destinataires _ capables de larecevoir, l’éprouver : en uneexpérience ; peut-être en train de se perdre, s’effondrer, celle-là (l’expérience toute personnelle de la Beauté), comme s’en inquiétait, un des tout premiers, un Walter Benjamin (à la suite, sans doute, de Baudelaire)… Qui n’a pas ressenti _ quelques uns, malgré tout : Béotiens, gougnafiers, goujats, barbares (jusqu’à, eux, même sortir leur revolver…) _ qu’on ne saurait _ hélas : de droit ! _ séparer la singularité prestigieuse _ architecturale _ de cet édifice _ de pierres _ du tout _ urbanistique _ qu’est la ville ? La manifestation _ éclatante de grâce ! _ de sa beauté dépasse _ en la sidérant _  notre propre personne _ certes : sublimement, même… _ et intéresse la communauté _ non seulement citoyenne démocratique, mais humaine, pas moins !.. _ en son entier. Témoignant d’une époque _ d’un classicisme encore baroquisant : 1640, ou 42 ; c’est encore le règne de Louis XIII (et de Richelieu, qui va mourir cette année-là : le 4 décembre 1642, à l’âge de cinquante-sept ans ; Louis XIII le suivra de près dans la tombe, mourant, lui, à Saint- Germain-en-Laye le 14 mai 1643 ; il était né le 27 septembre 1601 à Fontainebleau) _ d’intense activité esthétique et éthique _ les mœurs se raffinaient ; débutait, encore au milieu, certes, de la manie passablement meurtrière , encore, des duels, et à l’Hôtel de Rambouillet, l’âge de la conversation _, l’excellence de son architecture _ française ! Que fait donc le ministre Besson !!! Quid, ici, de l’identité nationale ?!! _, comme toute œuvre d’aujourd’hui, offre sa puissance créatrice à travers le temps _ à nous de la laisser rayonner, au lieu de, stupidement, l’interrompre : en la massacrant (pour une multiplication de salles de bains, d’ascenseurs et d’emplacements de parking)…

Le Vau, son architecte, n’est pas seulement contemporain _ 1612-1670 _ de son siècle, il s’adresse _ oui !

et à dimension d’éternité ; cf John Keats (Finsbury Pavement, près de Londres, 31 octobre 1795 - Rome, 24 février 1821) :A thing of beauty is a joy for ever… :

A thing of beauty is a joy for ever :
Its loveliness increases; it will never
Pass into nothingness; but still will keep
A bower quiet for us, and a sleep
Full of sweet dreams, and health, and quiet breathing
… (dans Endymion, qui paraît à Londres en 1818…) _


à des générations futures, à tous ceux _ en voie de raréfaction ? devenant électoralement minoritaires ? _ qui pensent que la modernité est de tous les âges _ voilà ! le mauvais goût, certes, lui aussi : et incomparablement plus amplement ! vivent nos démocraties populistes ! _, à ceux qui stigmatisent la bassesse par l’exigence _ la plus noble _ de l’esprit _ bassesse et exigence : voilà ! A ne pas trop intervertir ! cependant… Ne défigurons pas une beauté _ telle est bien en effet la menace présente ! _ sous la séduction de laquelle nous tombons tous _ pour peu que nous y soyons, chacun, réellement et activement attentifs ! Soyons à son écoute _ proprement musicale ! 1640-42, c’est l’heure des musiques de Moulinié, Guédron, Boesset, qu’a (et ont) su si magnifiquement (nous) rendre Vincent Dumestre et son Poème Harmonique ; cf le sublime coffret de 3 CDs Alpha Si tu veux apprendre les pas à danser _ Airs et ballets en France avant Lully, CDs Alpha 905 : une merveille de vie (et de tout un monde d’extrême beauté !) restituée ! _, respectons l’intransigeance _ parfaitement noble et gracieuse, tout à la fois ! pas m’as-tu vue _ de son architecture, admirons la richesse des prestigieuses peintures de Le Sueur et de Le Brun. Écoutons-en, encore, tout le concert merveilleux des voix… Sur ces conditions-là d’accueil, par chacun (= personnellement), de la beauté, relire inlassablement le lumineuxL’Acte esthétiquede Baldine Saint-Girons ; tout particulièrement le récit de la rencontre-découverte avec la ville de Syracuse, en compagnie de deux amis, au chapitre premier, si je puis me permettre ce conseil un peu précis …

Hélas ! le projet de “réhabilitation” manifeste l’intention de construire un parking sans se soucier _ bien effectivement, pourtant ; on ne peut plus élémentairement pragmatiquement ! _ des bouleversements des sols et du dommage causé _ ainsi, si ce projet venait à se réaliser _ aux substructions intouchées depuis 1640.

Lord Byron, Ruskin, Wagner, Proust, tous amoureux de Venise, ont-ils jamais exigé _ mais étaient-ils, eux, il est vrai, somme  toute, assez fortunés, pour l’obtenir ?!.. ils n’y étaient, aussi, que de passage ; et ne prétendaient pas, par l’achat, à un droit de propriété _ que leur carrosse et plus tard leur voiture pût accéder à l’intérieur des palais dans lesquels ils résidaient ? Quelle aberration d’exiger _ pour s’y installeret y demeurerun peu, en ce cœur, vibrant de vie, de Paris… _  l’intrusion d’un parking à l’intérieur de l’édifice, de construire trois ascenseurs, de soustraire des pièces _ les casser, les détruire ; les remplacer par autre chose de mieux adapté à leur présentecommodité, ouconfortderésidents à demeure… _ d’une délicate harmonie au profit de salles de bains multiples, d’altérer la proportion de certains salons, de supprimer des manteaux de cheminées et des escaliers élégamment balancés _ la beauté, qui avait résisté au passage du temps : délicate harmonie, proportion, élégance balancée, faisant brutalement les frais de pareilles soustraction, altération, suppression

Ignore-t-on _ conseils d’experts aidant… _ que par la surenchère _ hyper-luxueuse _ d’aménagements superflus de salles de bains et par la transformation du chef-d’œuvre en hôtel de luxe, on expose dès lors l’édifice aux impératifs d’une technique qui impose _ technologiquement, bien sûr _ des passages de gaines de ventilation en tous sens, altérant _ gravement, grièvement même _ l’ensemble de la construction et menaçant, par l’ampleur de locaux sous le jardin suspendu, l’intégrité _ de viabilitétechniqueélémentaire ! Et patatras !!! _ des fondations _ mêmes.

C’est ne pas entendre _ en tous ses sens ! _ les harmoniques _ au-delà de la strate première des mélodies _ de proportions savantes, c’est être aveugle au rayonnement _ en effet ! l’Art irradie et impulse ! _ qu’émettent _ oui ! toujours ! et encore ! _ les prestigieuses œuvres des peintres Le Sueur et Le Brun, auquel on doit la Galerie des glaces de Versailles ; c’est ne pas écouter ce dont les murs ont _ musicalement _ perçu les échos _ dont ils ont reçu, et perpétuent, jusqu’ici, une subtile imprégnation… Oui ! ces murs ont une âme _ voilà ! _, ces espaces sont investis _ poétiquement ! _ de ce dont ils ont été témoins _ et cela au profit de (plus prosaïques) glou-glous d’évacuation de bondes et tuyauteries de plusieurs salles de bains… Les Nymphes et Dryades (de la Seine) qui fréquentent encore le lieu vont déserter à jamais ce merveilleux rivage parisien…

Il est paradoxal de maltraiter ce qui est _ artisanalement _ authentique et de se soustraire au respect _ admiratif, avec combien d’émotion ! _ d’une œuvre prestigieuse dans le même temps qu’on s’affaire _ contrevenant à l’esprit même d’une époque _ à placer sur les façades des colifichets (pots à feu et autres pots à fleurs) dérisoires _ à l’ère, il est vrai, de la duplication effrénément dé-complexée (cf les parcs d’attraction touristiques de La Vegas, Macao, etc.., aux portillons desquels se bousculent, en foules, des chalands : sources de devises…)…

Qui peut être dupe de cette manière de nous donner _ sur le dossier, du moins _ le change en s’affairant maladroitement _ comme maniéristement (en kitch, seulement !) : à contresens même des fusées et bouillonnements délicats du classicisme naissant _ à l’inessentiel ? Mutiler salons et escaliers, rehausser le soubassement par un parapet qui alourdit sa proportion est une faute _ d’Art. Peindre des menuiseries en trompe-l’œil sur la façade, une mascarade _ ridicule : mais qui en rit à l’heure des révérences kitch ?.. Cf les installations” _ “festives (ainsi que les énoncerait un Philippe Muray) _ à Versailles de Jeff Koons ; cf mon article du 12 septembre 2008 : Decorum bluffant à Versailles : le miroir aux alouettes du bling-bling Et comment peut-on faire disparaître _ à jamais _ de vieux appareillages de pierre dont les assises disjointes témoignent de l’empirisme _ si savant _ des savoir-faire et du travail _ si délicat, alors… _ des maçons ?

Laissons _ donc _ à leur simplicité _ belle, pure _ de vieilles cheminées qui font bon ménage avec l’esprit _ oui _ du Grand Siècle et sont des marques touchantes _ pour les non insensibles, du moins _ de la vie quotidienne _ qui survit un peu ainsi ; cf le témoignage des scènes de genred’alors… Comble de cynisme _ le mot est lâché ! _ : sous couvert de respect _ affiché seulement (et mensongèrement, davantage qu’illusoirement, probablement…), à l’heure de la débauche dévergondée et décomplexée (au pouvoir !) des faux-semblants en tous genres ! affichés ! _ du passé, on se propose de détruire d’authentiques lucarnes et leurs balcons en fer forgé pour leur substituer des succédanés dont la proportion maladroite brise le mouvement ascendant du motif d’entrée _ et voilà ! Ah, les belles âmes que sont les sectateurs d’une authenticité _ de façade seulement !!! _ au service de laquelle on sacrifie le vrai _ irremplaçable, lui _ à la mythologie _ idiote _ de la symétrie et de l’équilibre.

Niaiseries des “nigauds aux goûts appris” _ seulement ; et non, hélas, compris _, persiflait Stendhal, désignant les contempteurs de la dissymétrie et de l’irrégularité de l’admirable place du Quirinal, à Rome _ en ses belles Promenades dans Rome ; cf aussi, hélas, a contrario, le triste contresens (angevin seulement, de Saint-Florent-sur-Loire) de l’Autour des sept collines de Julien Gracq, si insensible à l’idiosyncrasie de la beauté romaine : lui a tourné autour sans jamais savoir y pénétrer si peu que ce soit (le texte original est à la librairie José Corti)…

Peut-on briser _ incisivement ! _ la carapace d’indifférence dont se revêt _ face aux manigances de certains puissants, aidés de la propagande bulldozer de la plupart des medias (au nom de l’air du temps paré des plumes (de paon) de la modernité : la mode... cf le petit livre récent de Marie-José Mondzain :La Mode _ la société ? A travers les mouvements d’indignation contre la mutilation de l’hôtel Lambert, on a l’espoir que oui. Nombreux sont _ encore _ ceux qui saisissent _ et ressentent _ qu’une œuvre est un maillon _ en effet ; et une pierre de touche… _ de la longue chaîne _ à la fois forte et fragile _ de la modernité qui parcourt les siècles, et qui ont foi _ plutôt qu’en le pouvoir (actuel) de leur argent _ en la vie _ tout aussi uniment fragile et forte ! _ de l’esprit _ et en lacivilisation Ils savent que, dans une époque d’intense activité éthique et esthétique _ mais où se situe sur ce terrain-là, la nôtre, d’époque?.. _, les créateurs refusent de n’être que les hommes du présent _ à courte vue _, et s’adressent à ceux qui vivront le futur _ il est vrai qu’à d’autres époques on s’est mis à bâtir à beaucoup plus courte vue, donc ; pour le rapport (financier) le plus rapide, voire immédiat, possible ; sans souci du durable; ni, a fortiori, de l’éternel: l’inhumanité, à commencer par architecturale (en dur, mais promise, forcément, à rapide, aussi, obsolescence !), débutant-là son expansion… Et maintenant prolifèrent les investissements spéculatifs (après nous, le déluge !) des fonds de pension…

Si ce bâtiment _ l’Hôtel Lambert, de Louis Le Vau, donc _ est grand _ oui _, c’est parce qu’il est le point d’orgue _ un concept musical, encore, qui implique un souci de l’ensemble ; et de l’altérité : àintégreravec souplesse et délicatesse ; tout un art, en effet !.. _ d’un ensemble _ urbain et urbanistique _ qui s’appelle l’île Saint-Louis. Comme être singulier _ certes ; et même qui impressionne!.. _, il _ le bâtiment, la bâtisse _ n’en fait pas moins partie d’un tout _ en effet : à l’heure de l’individualisme débridé ! _, tant il a d’affinités avec des proximités _ l’ïle Saint-Louis tout entière ! _ qu’il emporte _ oui ! _ dans son élan _ splendide ! en effet : voilà ce qu’apporte(nt), à la lecture, le regard et l’écriture, en relais, superbes, d’un Henri Gaudin !.. Avec quelle grâce il se greffe _ à se fondre, préciserait Henri Bergson, en son Essai sur les données immédiates de la conscience _ au quai d’Anjou ! Cet édifice met en branle _ il inspirel’Homo spectator (et sonActe esthétique!..) par sa superbe respirationmême… _ l’imagination, et nous porte _ nous, promeneurs ou visiteurs flâneurs (un peu mieux quetouristes : “consommant, surtout, ou de plus en plus, à la va-vite, desclichés; et dusimili-vrai, proposé à très rapide identification : à la louche ; selon la politique à grande échelle mondialisée des tour-operators…) ; d’une cité telle que Paris _ à l’essentiel _ voilà : la beauté, la vérité, la justice _ par sa qualité de trait, sa qualité de tension _ oui : c’est un rythme ! _, sa façon d’avoir créé un avenir _ de goût sublime. Ne nous leurrons pas ! Et donc ne laissons pas détruire cela… Qui est sans prix ! S’en rend-on assez compte en hauts-lieux (de pouvoirs) ?.. Ou quand toutes les villes du monde finissent par se ressembler…

Sur le devenir des villes du monde, je renvoie au passionnantMégapolis _ les derniers pas du flâneurde Régine Robin ; et à mon article du 16 février 2009 sur ce très riche travail :Aimer les villes-monstres (New-York, Los Angeles, Tokyo, Buenos Aires, Londres); ou vers la fin de la flânerie, selon Régine Robin

Musil _ hyper-lucide lui aussi ; cf le beau livre de Jacques Bouveresse (sur son œuvre) : La Voix de l’âme et les chemins de l’esprit : dix études sur Robert Musil : Musil (1888-1942), un contemporain capital, décidément… _ nous invite _ en un essai (majeur !) de 1922 intitulé L’Europe désemparée, ou petit voyage du coq à l’âne“… _ à voir clair : “Jamais plus _ redoute-t-il _ une idéologie unitaire, une “culture” _ vraie ; pas de l’ordre de ce que Michel Deguy qualifie de le culturel ; cf mon article précédent : la situation de l’artiste vrai en colère devant le marchandising du “culturel” : la poétique de Michel Deguy portée à la pleine lumière par Martin Rueff _ ne viendront d’elles-mêmes dans notre société blanche…” C’est pour cette raison qu’on peut être _ à très juste titre ! _ fasciné par l’intensité créatrice _ admirable concept ; et percept ! _ de l’admirable édifice de Le Vau, et que ce n’est pas _ en droit ! _ à lui _ l’édifice de Louis Le Vau _ de se conformer à nos usages, mais à nous _ et qui que nous soyons ! _ de savoir vivre selon _”vivre selon : ou la question de l‘”ordre” des valeurs ; doublée de celle de ce qui vient les fonder vraiment ! loin du bling-bling ou des commodités _ de fait, lui et elles _ du tout-venant : salles-de-bains, parking, etc… On peut certes se loger (et parquer !..) ailleurs à Paris que Quai d’Anjou… _ ce qu’il émet _ toujours : a thing of beauty !a joy for ever, disait Keats… _ d’échos harmonieux _ musaïques ; Michel Deguy, tout comme Martin Rueff, ont cette musaïque (et musicale ; poétique) oreille _ cf mon précédent article du 24 décembre… Cela doit-il ne concerner que quelques happy few, seuls demeurés, et pour combien de temps, vraiment humains ? Cf ici le Humain, inhumain, trop humain de l’ami Yves Michaud…

Former l’aisthesis est, par là, un enjeu(éducatif civilisationnel !) à la fois général et singulier

_ cf aussi, du très attentif Jacques Bouveresse, et encore sur l’hyper-sensible Musil, le plus que très judicieux Robert Musil _ l’homme probable, le hasard, la moyenne et l’escargot de l’Histoire : à propos de l’importance et limites (!) des comptes statistiques !.. Et eu égard à ce que Walter Benjamin nomme la destruction _ générale et singulière, donc ! _ de l’expérience ;

et que reprend, en (tout) son œuvre, Giorgio Agamben ; et ce, dès son tout premier livre, au sous-titre parlant ! : Enfance et Histoire _ Destruction de l’expérience et origine de l’Histoire ;

ainsi que le fait remarquer Georges Didi-Huberman à la page 61 de son tout récent Survivance des lucioles, paru le 8 octobre dernier : pour en contester le diagnostic, il est vrai ; et y répliquer… :

les lucioles n’ont disparu qu’à la vue de ceux qui ne sont plus à la bonne place pour les voir émettre leurs signes lumineux ; et il poursuit, présentant l’objectif même de son livre : on tente de suivre la leçon de Walter Benjamin, pour qui déclin n’est pas disparition. Il faut “organiser le pessimisme”, disait Benjamin ; et les images _ pour peu qu’elles soient rigoureusement et modestement pensées _ ouvrent l’espace pour une telle résistance, propose donc en son ouvrage Georges Didi-Huberman…

Cf aussi mon article du 14 avril 2009 à propos du livre précédent de Georges Didi-Huberman Quand les images prennent position : L’apprendre à lire les images de Bertolt Brecht, selon Georges Didi-Huberman : un art du décalage (dé-montage-et-re-montage) avec les appoints forts et de la mémoire activée, et de la puissance d’imaginer.

Fin de l’incise à propos de Musil et de Benjamin : on mesure les enjeux de ce débat de civilisation !.. _

former l’aisthesis est, par là, un enjeu(éducatif civilisationnel !) à la fois général et singulier

on ne peut plus prioritaire (cf aussi le très important Le Partage du sensible de Jacques Rancière) de civilisation, à cette heure de croisée des chemins ; face aux nouveaux barbares (du bling-bling et du fric : qui se croient tout permis ; faute de moins en moins de contre-pouvoirs ; ou dautorités qui aient le courage de leur faire face ; à commencer leur signifier leur fait !!!) ; sur le terrain même de la hiérarchie des valeurs !..

Cf aussi là-dessus, encore, l’urgentissime Prendre soin _ De la jeunesse et des générations, du lucidissime, également, Bernard Stiegler…

J’ai entendu, dans la consternation, que les défenseurs de l’intégrité d’un fleuron de notre culture étaient des xénophobes _ eu égard à la nationalité (quatarie…) des propriétaires du lieu. Je m’insurge ! Le sont _ “xénophobes!.. _ ceux qui menacent l’intégrité d’un patrimoine _ et sonidentité“‘, cher sourcilleux Éric Besson (expulseur d’Afghans pauvres et hyper-démunis, eux, en avion direct pour Kaboul…) ! _ ; ceux qui ruinent les inventions de vivre _ encore une superbe expression ! en ce splendide article ! _ des Asiatiques, des Amérindiens, de l’islam, et participent à la destruction des cultures qui font monde _ “faire monde: un enjeu essentiel face à la dés-humanisation ! galopante ; et l’im-monde

Où l’on reconnaîtra que les premiers destructeurs c’est nous : à Pékin, à Shanghaï, en Europe et ailleurs.”


Architecte…

 

 Henri Gaudin

Une intervention décisive salutaire d’un artiste qui fait autorité ; là où prétendent dominer les postures _ vaines ! _ des imposteurs (friqués) !

Un blog peut (ou doit) se faire l’écho de tels émois (esthétiques et artistiques, les deux indissolublement conjoints !)

qui ne se résignent pas à ce qu’on est en train de défaire, pierre à pierre, de ce qui “faisait notre monde

en sa plus belle “humanité“…

En amoureux du classicisme baroquisant, j’y fais donc, modestement, de ma place toute provinciale, “écho“…

Titus Curiosus, ce 26 décembre 2009

la situation de l’artiste vrai en colère devant le marchandising du “culturel” : la poétique de Michel Deguy portée à la pleine lumière par Martin Rueff

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23déc

C’est sur le modèle de “l’artiste en colère” du “Charles Baudelaire _ Un poète lyrique à l’apogée du capitalisme(traduit en français par Jean-Yves Lacoste en une parution chez Payot en 1982 ; et rééditée enPetite bibliothèque Payoten 2002) du magnifique Walter Benjamin _ travail hélas interrompu par l’exil et la mort prématurée du philosophe à Portbou le 26 septembre 1940 ; il était né à Berlin le 15 juillet 1992 _

que Martin Rueff vient de rendre le plus bel hommage _ celui d’une analyse méthodique fouillée d’une sublime lucidité ! _ qui soit au poète (et philosophe) _ dont vient de paraître, en date du 23 octobre 2009,La Fin dans le monde, aux Éditions Hermann, dans la collectionLe Bel Aujourd’hui _ inflexible et exigeant _ au point, bien involontairement de sa part (cf le plus qu’éclairant grand cahier Michel Deguyqu’a dirigé et publié Jean-Pierre Moussaron, aux Éditions Le Bleu du ciel, à Bordeaux, en 2007), d’en terroriser plus d’un encore aujourd’hui !.. _ qu’est le très grand Michel Deguy (né en 1930) ;

en même temps que “sous” l’intuition de l’analyse philosophique impeccable _ autant qu’implacable _ de Gilles Deleuze (1925-1995) en son opus _ probablement _ majeur, “Différence et répétition, paru en 1968 :

avec ce très grand travail de fond, à l’articulation _ ultrasensible ! _ de l’intuition poétique et de l’analyse philosophique, que constitue “Différence et identité : Michel Deguy, situation d’un poète lyrique à l’apogée du capitalisme culturel“, aux Éditions Hermann, dans la collection “Le Bel Aujourd’hui

Car l’œuvre de Michel Deguy _ faut-il, seulement, l’indiquer ?.. _ est une œuvre tout uniment de poésie et de philosophie :

de poésie avec _ ou à partir de _ la philosophie ;

de philosophie avec _ ou à partir de _ la poésie…

Or, la tradition installée _ culturellement : à creuser… _ française

regarde d’un assez mauvais œil _ et sans pouvoir, décidément, se défaire de ce vilain travers opacifiant, qui lui nuit tant !.. en lui collant ainsi tellement, telle une taie, l’aveuglant… _ les transversalités, les transgressions de genres, les “passages” de “frontières“…

Et ce n’est certes pas un hasard que ce soit le “trans-frontières“, à maints égards, qu’est Martin Rueff :

entre littérature

(et poésie : ce n’est certes pas non plus pour rien que Martin Rueff est _ ou soit ? _ lui-même poète ; je veux dire connait _ ou connaisse _ l’expérience irremplaçable de l’écriture même de la poésie !!! Cf, par exemple, son récent “Icare crie dans un ciel de craie“, aux Éditions Belin, en 2008 ; ou/et son “Comme si quelque“, aux Éditions Comp’Act, en 2006 : succulents de délicatesse hyper-lucide ! On n’écrit, ni ne pense, à partir de rien ! Et à partir du phraser poétique vrai n’est en effet pas peu…)


entre littérature (et poésie, donc) et philosophie

_ sonL’Anthropologie du point de vue narratif (modèle poétique et modèle moral de Jean-Jacques Rousseau)est à paraître aux Éditions Honoré Champion ; c’est de cet important travail que s’est nourrie la riche conférenceLe Pas et l’abîme, ou la causalité du roman grisque Martin Rueff a donnée à la Société de Philosophie de Bordeaux le 8 décembre dernier ; cf mon article précédent, du 12 décembre :L’incisivité du dire de Martin Rueff : Michel Deguy, Pier-Paolo Pasolini, Emberlificoni et le Jean-Jacques Rousseau de “Julie ou la Nouvelle Héloïse”” _ ;

entre France (Paris) et Italie (Bologne) où il réside _ à la fois ! _ ;

et enseigne (aux Universités de Paris-7-Denis Diderot, et de Bologne _ si prestigieuse : fondée en 1088, cette université qui a pris le nom de Alma mater studiorum en 2000, est la plus ancienne du monde occidental (1116, pour l’université d’Oxford ; 1170, pour l’université de Montpellier ; 1250, pour celle de Salamanque ; 1253, pour la Sorbonne _) ;

entre la langue française,

dans laquelle il écrit (ses travaux personnels, si j’ose ainsi m’exprimer !) : “poésies” et essais“,

et la langue italienne,

qu’il traduit (si utilement) :

le poète Eugenio De Signoribus (né en 1947, à Cupra Marittima, dans la province d’Ascoli Piceno, dans la région des Marches) : “Ronde des convers“, aux Éditions Verdier, et dans la collection si belle “Terra d’altri“, à la direction de laquelle Martin Rueff a succédé au grand Bernard Simeone, que la mort nous a pris si précocement (1957-2001) ;

le philosophe Giorgio Agamben (né en 1942, à Rome _ et lecteur intensif de Walter Benjamin, dont il a été, en Italie, l’éditeur des œuvres complètes _) : “Profanations“, “La Puissance de la pensée“, “L’Amitié“, “Qu’est-ce qu’un dispositif ?“, “Nudités” ;

l’historien _ magnifique lui aussi ; et pas seulement historien, non plus _ Carlo Ginzburg (né en 1939, à Turin ; et fils de Natalia et Leone Ginzburg) : “Nulle île n’est une île“…)…

ce n’est, donc, pas tout à fait un hasard que ce soit le “trans-frontières“, à maints égards, qu’est Martin Rueff qui se soit attelé à cette tâche importante de mieux servir le travail “ressassant” et inlassablement “creuseur _ à la façon, mais en son genre, desvieilles taupes” de l’Histoire, selon Marx… _ de Michel Deguy, en le mettant splendidement lumineusement en perspective,

et dans son parcours _ poétique ! même si aussi philosophique… _ singulier,

depuis “Meurtrières“, en 1959 (aux Éditions Pierre-Jean Oswald _ ce premier recueil, difficilement accessible, nous est re-donné intégralement dans le grand cahier Michel Deguyde Jean-Pierre Moussaron, aux Éditions Le Bleu du ciel, en octobre 2007, aux pages 302 à 329…), et “Fragment du cadastre“, en 1960 (aux Éditions Gallimard, collection “Le Chemin“, que dirigeait Georges Lambrichs),

jusqu’au “Sens de la visite“, en 2006 (aux Éditions Stock), et “Desolatio” et “Réouverture après travaux“, en 2007 (aux Éditions Galilée)

_ La Fin dans le monden’étant pas alors encore paru : ce sera, aux Éditions Hermann, dans la collectionLe Bel Aujourd’hui aussi (que dirige Danielle Cohen-Lévinas), le 23 octobre 2009… _

et dans notre Histoire générale,

à partir du “modèle d’analyse de situation civilisationnelle_ si j’ose pareille expression _ que Walter Benjamin a échafaudé, à la fin de la décennie 1930, pour “situer“, déjà, Charles Baudelaire (1821-1867), en son “Charles Baudelaire _ Un poète lyrique à l’apogée du capitalisme“…

J’ai déjà signalé la (double) “incisivité” et de Michel Deguy, et de Martin Rueff ;

et leur singulière acuité d’attention

_ civilisationnelle, politique,culturelle (avec les pincettes des guillemets : sur l’usage, spécifiquement, des guillemets (et autres tirets ; dont j’use et abuse !) par Michel Deguy, lire la passionnante analyse de Martin Rueff aux pages 407 à 420 (surla syntaxe de Michel Deguy) de ce décidément richissimeDifférence et répétition!.. _

à l’état et qualités du devenir de la civilisation :

ce n’est certes pas pour rien que sur le tout dernier _ et très récent : de tout juste deux mois ! _ essai de Michel Deguy, “La Fin dans le monde“,

 je n’ai jusqu’à présent rien lu _ ni recension, ni même seulement mention factuelle _ dans aucun journal, ni revue : il a fallu la rédaction de mes articles (de ce blog !) et l’opération de “mise” de liens avec les collections de livres disponibles à la librairie Mollat pour que je “découvre” cette parution (en date du 23 octobre dernier : il y a donc exactement deux mois aujourd’hui) !

Et cela, outre la difficulté propre _ occasionnelle ? devenue consubstantielle ? à méditer !.. _ à la “réception” (par le lectorat, au-delà de son cercle de proches : à partir de celui des pairs !) de l’œuvre entier de Michel Deguy,

et dont il se plaint, non sans humour _ mais pas non plus sans amertume _, à Jean-Pierre Moussaron, dans la _ très précieuse, vraiment ! Michel Deguy ne se livrant(un tout petit peu) lui-même pas très souvent… _ préface, intitulée “Autobio“, en ouverture du “Grand cahier Michel Deguy“, aux pages 6 à 10, à propos de ce que lui même nomme son propre “ressassement” :

Je me répète, et sans doute exagérément _ pour qui ? Et littéralement, un peu plus souvent qu’à l’heure (page 6) ;

en précisant (page 7) :

Peut-être le plus intéressant, dans cette affaire de ressassement _ voilà donc le terme ! _ tient-il à la composition ; à mon tournemain _ à former: patiemment, sans précipitation ; en apprenant à bien accueillir, réceptionner, même, en toute sa variété (de surprise), la circonstance… : c’est délicat ; et demande toute une vie ; au point que c’en est peut-être, bien, en allant jusque là, la principale affaire _, à ma façon de construire _ bien y penser !

Affaire d’abord, de progrès lents en pensée _ dont acte ! _, de tardive _ ne fait-on pas, maintenant, l’éloge des vins devendanges tardives?.. _ maturation ; voyage au long cours _ certes ! tout un charme… _ ; avance un mot puis l’autre ; assure le pas _ voilà ! d’abord sans assurance… _ ; recommence ; rebrousse et repars _ assurément ! à la godille !.. entre les mottes de terre grasse ; et en sautant aussi de sillon en sillon…

Ensuite : de la série. C’est comme en peinture et en musique _ oui : d’un Art à un autre, apprendre l’art très délicat, lui aussi (poïétique !), de transposer avec le maximum de justesse (finesse, délicatesse, donc) de lasemblance… ; sur un schème parent, lireL’Altération musicale _ ou ce que la musique apprend au philosophede l’excellent Bernard Sève… _ : sériels, leit-motive, thème et variations, reprise ; sérialité _ par exemple chez Bach ; et le père, et les fils. L’esprit de série organise non seulement une séquence, un ensemble, mais _ surtout, telle la fine cerise sur le beau gâteau _ à l’échelle de l’”œuvre”, en finalise l’unification _ et lamise en placede ce qui vient, ainsi, s’ajointer, et qui se découvre alors,sur ce tard, seulement… : il y faut donc tout cet assez long temps (de vie à vivre ; et ainsi, finalement, vécue) ; à commencer par la chance, inégale, d’avoir vécu suffisamment longtemps, donc (et peut-être aussi, en sus, un peu appris ; ce qui est loin d’aller de soi, si l’on peut en juger : autour de soi…) Cela, c’est-à-dire durer un peu, de fait n’est pas uniformément donné à tous… : la mort faisant son ménage entre les locataires (éventuellement) concurrentiels du viager ! Sur la perte des aimés, cf le déchirant Desolatio _,

L’esprit de série organise non seulement une séquence, un ensemble, mais à l’échelle de l’”œuvre”, en finalise l’unification

secrètement et explicitement _ les deux : au lecteur, indiligent, dit notre Montaigne !, d’être un tant soit peu attentif ! sinon, qu’il quitte le livre !, avertissait en ouverture de sesEssaisce sublime Montaigne… ; un vrai grand livre se mérite aussi un tant soit peu… _ :

entre la structure et la multiplicité effective, pièce par pièce, item par item,

c’est la récurrence _ qui demande donc (voire exige, mais sans jamais le manifester directement…) un minimum de patience ; et l’accueil (hospitalier !), de la part du lecteur, tant de la pure et stricte neuveté, que de lareprise; jamais tout à fait strictement identique, indiscernable, à la première occurrence pour soi, lecteur… _,

la hantise _ aussi (obsessionnelle ?), de l’échec (final) : de la sècheresse ; du tarissement ; de (l’idée de) la mort (là où le don du temps s’interrompra, se brisera, irréversiblement, cette fois-là) : quand, chaque fois que (nous) fait défaut assez de confiance… Avec la grâce efficace de son élan.

De l’”idée fixe“, disait Valéry, aux Variétés… On la reconnaît.

Le toujours-recherché se découvre au gré de la rencontre _ à qui le dit-on ? Cf mon propre article : Célébration de la rencontre; plus joyeux, lui… Je ne trouve pas, je cherche.

Soit un texte majeur ! que cet “Autobio“, aux pages 6-7 du “grand cahier Michel Deguy“… Merci à Jean-Pierre Moussaron de l’avoir sollicité ; et obtenu ainsi…

Et fin de l’incise sur les difficultés de la “réception (générale et particulière) de l’œuvre de Michel Deguy

_ le constat de l’échouage ne me quitte jamais, page 7 ; peut-être du fait d’”une sous-estimation de la part des autres, qui _ décidément… _ ne me préfèrent pas, encore page 7 (en note en bas de page : préfèrent” étant surligné !) _,

en dehors, cependant, de son cercle  _ “infracassable, lui : ce n’est certes pas peu ! page 12 _ d’amis très fidèles ; dont Martin Rueff (cf le colloque que celui-ci organisa à Cerisy : “L’Allégresse pensive” (dont les actes sont publiés aux Éditions Belin)…

Il existe, j’y reviens donc maintenant, un vrai problème _ endémique ! _ de diffusion de l’information, à travers les filtres _ trop intéressés! pas assezlibres(= désintéressés) ! les 9/10èmes du temps _ de la presse, des medias ;

et c’est fort modestement

_ eu égard à mon lectorat ! que je ne ménage certes pas non plus par la longueur invraisemblable (!) de mes articles, en plus de mon usage (ou abus ?) des guillemets, tirets, gras, parenthèses : à en donner le vertige, m’a même (gentiment) soufflé l’ami Nathan Holchaker ! _

que je m’étais décidé, pour ma (toute petite) part, à répondre favorablement à la demande de l’équipe directionnelle de la librairie Mollat d’ouvrir ce blog, “En cherchant bien“, ou “les carnets d’un curieux

_ sur ce qu’est un carnet, lire ce qu’en dit, et combien magnifiquement !, Michel Deguy lui-même dans P.S. : Du carnet à l’archive, aux pages 193 à 195 du grand cahier Michel Deguy!.. J’en partage, et comment ! toutes les analyses et conclusions !

j’en prélève et exhausse, au passage, cette remarque-ci, page 193 : Si je travaille en carnet, c’est pour ne rien laisser passe de l’inchoatif, insignifiant même _ mais cela est toujours à voir ; et à réviser… _ de la pensée naissante _ voilà ! La crainte est de perdre à jamais quelque vérité ; crainte d’amnésies partielles inguérissables _ d’une vérité l’ayant, tel l’Ange, croisé et visité, en vitesse (supersonique !), et si discrètement !.. Et c’est aussi cela, Le sens de la visite ; cf cet opus majeur (paru aux Éditions Stock) que Michel Deguy nous a donné (à tous, les lecteurs amis potentiels) en septembre 2006…

que je m’étais décidé, donc,

d’ouvrir ce blog

le 3 juillet 2008, afin de “re-médier“, fort modestement, certes _ et même probablement très illusoirement : à la Don Quichotte brisant des lances devant (plutôt que sur, ou que contre…) les moulins à vent des hauteurs de La Mancha… _, à cette “difficulté” de “médiation” d’une authentique “culture

_ hors champ du pseudo (= faux ! mensonger ! contributeur d’illusions !)culturel:

une des cibles si justifiées de Michel Deguy ! Ce culturel qui se conforte, grassement, à rien qu’identifier, reconnaître, à la Monsieur Homais (de Madame Bovary : Flaubert : expert en bêtise de fatuité !) ; au lieu de se laisser déporter par le jeu des différences actives de la semblance et de la différance

Et j’en partage ô combien ! le diagnostic avec Martin Rueff, qui en fait _ de ceculturel-ci… _ le décisif chapitre II (de base !) de son essai (de la page 59 à la page 96) :

car c’est bien ce culturel-là que désigne l’expression cruciale du sous-titre de l’essai : “à l’apogée du capitalisme culturel” ;

là-dessus, lire, aussi, les travaux (lucidissimes) de Bernard Stiegler et de Dany-Robert Dufour : par exemple Mécréance et discrédit _ l’esprit perdu du capitalisme, pour le premier ; et Le Divin marché _ la révolution culturelle libérale, pour le second… _,

à partir d’une “curiosité” qui soit “vraie” et réelle _ c’est-à-dire, pour réelle, effective : au fil des jours, et des mois, des saisons, des années ; au fil renouvelé (c’est une condition sine qua non !) du temps ! encore une problématique cruciale et de Michel Deguy, et de Martin Rueff ! _, et pas marchande ou de propagande (ni de divertissement ; d’entertainment !) : je dois être bien naïf, encore à mon âge (et en cet “âge” : du “capitalisme culturel“) !..

Fin de l’incise.

et ce n’est certes pas pour rien que le dernier essai de Michel Deguy

s’intitule “La Fin dans le monde“…

Le plan de l’essai “Différence et répétition” de Martin Rueff :

Après un “Avertissement qui explicite le projet de l’essai et ses enjeux terriblement concrets _ et dont rend compte la quatrième de couverture

que voici :

« Les questions des spécialistes de la poésie ne sauraient être étrangères _ voilà la mission ! casser cette étrangèreté préjudiciable (à la connaissance ; et à la re-connaissance, aussi, de ce qui vaut vraiment !)… _ au public le plus large. J’ai voulu mettre face à face _ oui _ ceux qui ont fini par se tourner le dos : les poètes et leurs lecteurs professionnels, chagrins de la désaffection du grand public, le grand public, irrité _ lui _ de la difficulté des propositions de la poésie contemporaine. Je me suis demandé pourquoi l’art moderne _ plastique au premier chef _ avait réussi à imposer ses visions _ en formes d’images ?.. _, et pas la poésie. Il fallait donc s’expliquer, et expliquer ce que font les poètes _ voilà !

En consacrant une étude à Michel Deguy, l’un des plus grands poètes français contemporains, je me suis donc proposé de procéder comme un critique d’art : me situer _ en cette enquête _ sur le plan même _ poïétique ! _ de la création d’un inventeur de formes _ ce quifaitetréalisel’humanité effective ! à la place desfantômesetzombiesen quoi on nous vampirise et réduit…

Je me suis demandé ce qui faisait la singularité de Michel Deguy. J’ai trouvé que sa poésie et sa poétique rencontraient la question _ notamment philosophique _ qui a dominé la pensée et l’existence _ rien moins ! _ depuis une bonne cinquantaine d’années : celle du rapport de l’identité et de la différence. Comme il est hautement révélateur que cette rencontre ait d’abord _ du fait de sa positionen première ligne? _ eu lieu en poésie _ oui ! par son hyper-sensibilité extra-lucide fulgurante à son meilleur ! _, j’ai compris que la « question » du rapport poésie et philosophie était mal posée. » MARTIN RUEFF

I. Différence et identité _ pages 37 à 58.

II. Le culturel _ pages 59 à 96.

III. La poésie _ pages 97 à 192.

IV. La poétique profonde _ pages 193 à 230.

V. Le poème _ pages 231 à 406.

Suivis de deux “Annexes :

_ Identité et différence dans la prose _ pages 407 à 426.

_ Identité et différence entre les langues : attachement en langue et fidélité en traduction _ pages 427 à 440.

 L”approche” de Martin Rueff se fait de plus en plus précise _ et c’est passionnant de le suivre ! _ :

du “cadre” le plus général (bien concret et bien historique ! nous “emportant” !.. à analyser et faire mieux connaître !)

_ ne perdons pas de vue qu’il s’agit de comprendre, en l’”éclairant, unesituationartistique (en tension; mais quel Art vrai n’est pas en tension?.. sauf qu’ici latensiondevient de plus en plus terrible : celle d’un poète lyrique, et en l’occurrence, Michel Deguy, tout uniment poète et philosophe !,à l’apogée du capitalisme culturel(assez peu soucieux de l’exigence de vérité de la poésie ; pas davantage que de l’exigence de vérité de la philosophie : sinon pour ses propres usagesculturels…), qui se déploie de plus en plus allègrement depuis 1950 jusqu’à aujourd’hui, et tout spécifiquement en ce nouveaumillénaire sans contre-poids (politique, notamment !) au marchandising mondialisé… ; pour une tensionplus terrible encore, en ses violences déchaînées, du moins, cf le travail irremplaçable (!) de Claude Mouchard : Qui, si je criais…? Oeuvres-témoignages dans les tourmentes du XXème siècle, paru aux Éditions Laurence Teper le 3 mai 2007…) _

_,

aux actes très précis par lesquels,

se démarquant du “culturel“,

le poète (et philosophe) Michel Deguy cerne sa conception _ tant théorique que pratique : indissociablement ! et il est d’abord un écrivant de poèmes ! _ de la poésie

et d’une “poétique profonde” ;

pour analyser au plus près _ vers à vers, et avec quelle lucidité ! _ ce qui se construit dans “le poème“, item après item, œuvre après œuvre, de 1959 à aujourd’hui _ cela fait cinquante ans de cette écriture creusante _, du poète…

Michel Deguy : Poème, qu’il prolonge le moment de l’éveil ! Le vent aux sabots de paille sur le seuil ! _ inPoèmes de la presqu’île, en 1961.

Martin Rueff commente : Poème éveil à l’inattendu survenu en surplus d’affluence ; poème disponibilité aux différences du temps rendues simultanément actuelles“, page 385.

Michel Deguy : Le présent, dit-il, est ce qui s’ouvre. Donc n’est pas sur le mode de ce qui contient, ou maintient en soi ; mais est ce qui est disjoint, déhiscent, disloqué, frayé _ venteux, inspiré _ inDonnant donnant, en 1981.

Martin Rueff : Le poème saisit _ oui ! _ le lecteur au présent de la langue _ voilà _ et, par lui, la langue semble comme “rendre présent” _ oui, et en sa dérobade même _ le présent lui-même : frisson lyrique, intensité par où le poète touche, émotion quand la poésie rencontre _ oui _ le rythme profond de l’existence _ c’est tout à fait cela ! La proposition lyrique, énoncée au présent de l’indicatif, rassemble les présents et les offre au lecteur, page 385 _ pour qu’il les fasse aussi, en cette parole énoncée, prononcée, proférée, siens… C’est superbe de vérité !

Avec cette conclusion-ci, de tout l’essai, page 406 :

Il y a bien une raison poétique _ ni déraison, ni flatus vocis, ni mensonge… _ qui est aussi la raison des poèmes. Écrits au présent de la circonstance _ qu’il fallait accueillir _, ils inaccomplissent _ en leur mouvement même, émouvant (lyrique !), de profération _ l’accompli _ des faits, des gestes (de la vie) _ pour ineffacer _ un peu, toujours _ le devenu incroyable _ une formulation de Michel Deguy sur laquelle Martin Rueff a bien fait porter toute la force de son analyse.

Martin Rueff évoque aussi, à cet égard (capital !) de l’ineffacer le devenu incroyable, la réception active (= créatrice à son tour), par Michel Deguy du film Shoah de Claude Lanzmann

(fruit de douze ans pleins de penser au travail, filmique, d’image-mouvement, du cinéaste qu’est devenu Claude Lanzmann, en sa propre lente maturation d’artiste-créateur !

_ cf là-dessus mes 7 articles de cet été 2009 à propos du Lièvre de Patagonie : de La joie sauvage de l’incarnation : l’”être vrais ensemble” de Claude Lanzmann _ présentation I, le 29 juillet, à La joie sauvage de l’incarnation : l’”être vrais ensemble” de Claude Lanzmann _ dans l”écartèlement entre la défiguration et la permanence”, “là-haut jeter le harpon” ! (VII), le 7 septembre… _)

: le magnifique Au sujet de Shoah, le film de Claude Lanzmann, que Michel Deguy a publié aux Éditions Belin, dans la collection L’Extrême contemporain, en 1990…

La poésie dresse _ oui ! _ la lucidité _ oui ! _ de ses “visions” et de ses “imageries logiques” contre _ oui : avecincisivité!.. _ les mythes de la littérature rendus puissants _ hélas, comme armes de propagande du marchandising ! _ par l’indifférence _ terriblement affadissante _ culturelle _ nihiliste : d’où la situation moribonde de la poésie aujourd’hui auprès du plus large public (?) d’humains, “se dés-humanisant petit à petit, ainsi dé-poïétisés eux-mêmes (cf l’Homo spectator de Marie-José Mondzain et L’Acte esthétique de Baldine Saint-Girons) ;

telle la grenouille très progressivement (= insensiblement ; sinon elle s’échapperait en sautant très vite hors du bocal !) ébouillantée, sans en prendre, ainsi, jamais véritablement conscience : sans rien ressentir ; car on ne ressent que différentiellement !

Porteuse de nouvelles différences _ se renouvelant par sa propre inlassable curiosité ! _, la promesse _ de vérité proprement ressentie _ des poèmes sans illusion _ de Michel Deguy :

sans illusion bien (réflexivement) ressenti, cela aussi ! grâce à cette poétique profonde(et profondément mélancolique, aussi, dans son cas : sans la moindre auto-complaisance ! quant au savoir du devoir, un jour, cesser de vivre ; du ne pas avoir encore, indéfiniment, du temps à soi, ou à donner à d’autres, devant soi…)

grâce à cette poétique profonde

pas à pas mise en œuvre… _

Porteuse de nouvelles différences, la promesse des poèmes sans illusion, donc,

n’est pas vaine“…

C’est contre cette terrible force d’asphyxie de ce qui illusionne (depuis pas mal de temps : en l’ère, sinon même “à l’apogée“, “du capitalisme culturel” ; en l’ère du marchandising déchaîné…)

que Martin Rueff a mis la force d’analyse de son essai de “situation

d’”un poète lyrique” tel que Michel Deguy…

Grand merci, Martin, pour nous tous,

tellement “endormis“, “anesthésiés“, par cet appendice “culturel” de la déshumanisation 

et cela,

ô combien risiblement!,

pour le profit si vain _ abyssalement ridicule ! _ de quelques marchands ; et profiteurs _ de quoi jouissent-ils donc tant ? du jeu mesquin (et sadique) de leur nuire ?.. _ de “pouvoir” !

Peut-être bien que, socialement du moins,money is time” ;

mais le temps et le vivre _ qui nous sont octroyés déjà biologiquement par une certaineespérance de vie, même (et parfois dans des proportions de variation considérables !) variable socio-historiquement… _ méritent-ils d’être “ainsi_ qualitativement veux-je dire _ vendus ?  

C’est de cela que Kafka _ par exemple en sonJournal _ savait _ et combien ! inextinguiblement !.. _ rire !

Cf aussi,

après le “Tout est risible quand on pense à la mort” de l’incomparable Thomas Bernhard _ cf son indispensable autobiographie (L’Origine; La Cave; Le Souffle;Le Froid&Un enfant; item après item…) ; ainsi que son ultime sublime roman-cri :Extinction _ un effondrement“,

aujourd’hui Imre Kertész :

lire son immense terrible “Liquidation” !

Merci, cher Martin Rueff,

de ce beau travail,

quant au devenir de l’”humain” ; en “situation” d’”anesthésie” (telle la grenouille ébouillantée lentement)…

La poésie n’est pas, non plus que la philosophie, des plus mal placés

pour le penser (et ressentir) “en vérité“…

A fortiori quand, comme avec Michel Deguy, ainsi que vous-même,

elles vont de concert !!!

Titus Curiosus, ce 23 décembre 2009

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