Lampedusa sur Shakespeare, par Enrique Vila-Matas, dans “El Pais” : retourner (et souvent !) aux fondamentaux…

Posté dans la catégorie Histoire, Littératures par Titus Curiosus

29juin

Un article important d’un notable écrivain contemporain _ Enrique Vila-Matas _ sur un “moderne” important du XXème siècle _ Giuseppe Tomasi di Lampedusa _ se penchant sur un génie toujours intensément nourricier en son “génie” même _ William Shakespeare

(cet essai, “Shakespeare“, est paru, en une traduction en français de Monique Bacelli, aux Éditions Allia en août 2000) :

une mise au point utile quant aux vertus inspirantes de la “vraie” littérature,

dans “El Pais“, encore une fois :

j’avais mis en réserve cet article du 20 juin dernier, en attendant d’avoir la tranquillité d’esprit d’y revenir m’y pencher un peu  _ et “dialoguer” aussi, peut-être, selon l’inspiration, avec lui, comme j’aime… ;

ce qui vient me titiller en tout cas ce lundi matin aux aurores : il est exactement 5h 35 ; je profite de la fraîcheur et de la qualité de silence encore de la nuit ; et de mon “envie” d’écrire…

Voici :

CRÍTICA: EL LIBRO DE LA SEMANA

Shakespeare según Lampedusa

ENRIQUE VILA-MATAS 20/06/2009

El autor de “El Gatopardo _ Giuseppe Tomasi, duc de Palma, de Montechiaro, prince de Lampedusa : Palerme, 23 décembre 1896 – Rome, 23 juillet 1957 _ murió sin perder su ironía, ni la “desesperación amable” que había detectado en “La Tempestad _ shakespearienne : la première représentation documentée deLa Tempêteeut lieu le 1er novembre 1611, quand la troupe desKing’s Menjoua la pièce devant le roi Jacques Ier et sa cour au palais de Whitehall la nuit de Toussaint. En su ensayo sobre el escritor inglés, se disfruta _ lecteurs tant effectifs que potentiels que nous sommes _ tanto de su gran talento de lector como de su erudito humor.

Hay personas a las que la vida les está esperando sólo al final de la propia vida. Personas de existencias anodinas que, ya cerca de la hora mortal, ven cómo sus mundos empiezan a parecerse a esas novelas en las que no ocurre nada, salvo en las últimas páginas, cuando la acción se precipita vertiginosamente y se encadenan una serie de intensos y gratos sucesos, algunos de los cuales ni siquiera alcanzan ya a vivir los propios interesados, porque les llegan las cosas cuando por desgracia ya han muerto _ ce qui de fait advint pour la reconnaissance éditoriale de l’œuvre d’écrivain du prince de Lampedusa : juste posthume…


Shakespeare

Giuseppe Tomasi di Lampedusa

Traducción de Romana Baena Bradaschia

Nortesur. Barcelona, 2009

112 páginas. 12 euros

Primeras páginas de ‘Shakespeare’, de Giuseppe Tomasi di Lampedusa

DOCUMENTO (PDF - 456,1Kb) - 18-06-2009

Príncipe siciliano de sólida cultura y particular lucidez _ ce sont des euphémismes _, Giuseppe Tomasi di Lampedusa _ inmenso lector que dejó una única y muy memorable _ certes ; et ravivée et prolongée, pour la dite mémorabilité, par le film (très justement !) culte de Luchino Visconti, de même titre, en 1963 : le film fut aussi Palme d’or au Festival de Cannes de 1963… (sur Visconti, vient d’être réédité, avec un chapitre de synthèse supplémentaire, la part de l’ombre, le très bel essai de Laurence Schifano : Visconti : une vie exposée) ; fin de l’incise… _

que dejó una única y muy memorable novela, “El Gatopardo(en français,Le Guépard : la première traduction en français, sur le texte établi par Giorgio Bassani, par Fanette Pézard, fut réalisée en 1959 ; la traduction nouvelle de Jean-Paul Manganaro, parue en mai 2007, reprenant, elle, le texte établi, dix ans après le travail de Giorgio Bassani, par Carlos Muscetta…) _ fue una de esas personas cuya vida de pronto se acelera e intensifica _ oui _ de forma extraña hacia el final de sus días. Agobiado en los últimos años por sus problemas físicos (bronquitis, dolores reumáticos, enfisema, obesidad), “emanaba literalmente una sensación de muerte_ pas moins ! ô combien stimulante ! _ y su tragedia _ baroque, si je puis dire, en un des pays d’apothéose du maniérisme : la Sicile _ fue la coincidencia de su decadencia física con su breve e intenso periodo de creatividad artística, que coincidió con la escritura de “El Gatopardo” y con su urgente actividad ensayística _ aussi ! _, de entre la que destacan, entre muchas otras, las páginas en las que se ocupó de sus admiradísimos Stendhal _ “Stendhal” _ o Flaubert _ ou encore unByron, toujours aux Éditions Allia pour les traductions en français… _ y las que dedicó a Shakespeare _ Shakespeare, donc… _ , autor al que parecía conocer _ comme aujourd’hui, par cœur, eux aussi, un Stéphane Hessel ou un Claude Lanzmann : restituant de leur souffle de longues pages de poésie “vénérée” ; nous avons pu en partager la tendresse en leurs si belles conférences dans les salons Mollat _ de memoria , como si fuera su mejor compañero de taberna inglesa _ samedi, lors d’une (magnifique) rencontre d’amis à Bazas (à propos du devenir de notre Societas Magistrorum Vasatensium…), la merveilleuse Maylis Coudroy de Lille _ qui suit maintenant on ne peut plus activement des cours de latin et de grec à l’Université du temps libre _ m’a confié avoir rencontré, par hasard, au cours de ses activités (désormais passées) de maire (d’Auros), un amateur de littérature (girondin : je n’en dirai pas davantage) d’un certain âge, ayant appris l’anglais rien que pour la (rare et formidable) joie de lire tout Shakespeare dans le texte ; ainsi, d’ailleurs, que le castillan, pour lire, de même façon, en son jus originel (= en son souffle) , Cervantès (ou, tout au moins, “Don Quichotte). C’était là un magnifique fruit de l’enseignement classique (et républicain) français, qui est peut-être en train de vivre ses derniers feux, face à l’acharné pseudo réformisme moderniste utilitariste populiste de nos actuels gouvernants. Fin de l’incise…

Aquellas páginas sobre el enigmático genio de Shakespeare _ páginas en las que se disfruta tanto de su gran talento de lector como de su erudito humor _ se publican ahora entre nosotros, se publican como desgajadas de los dos volúmenes de “Letteratura inglese” que editara Mondadori en 1990 _ merci à l’éditeur désintéressé ! _, treinta años después de la desaparición de Lampedusa _ le 23 juillet 1957, donc. De hecho, toda la obra de este gran autor siciliano fue publicada cuando ya había muerto, de modo que no llegó a saber nada _ mais est-ce si grave ? même pour lui, en sa personne ? Est-ce vraiment pour la reconnaissance (de quelque public actuel que ce soit) que se met à l’œuvre et se donne,se livre à son élan, le génie (les travaillant…) des auteurs ?.. _

de modo que no llegó a saber nada del reconocimiento póstumo que, gracias a la decisiva intervención de Giorgio Bassani _ autre génial italien, ferrarais lui (et grand ami de cet autre immense ferrarais qu’était Michelangelo Antonioni ) : Giorgio Bassani (né le 4 mars 1916 à Bologne et mort le 13 avril 2000 à Rome) est l’auteur des merveilleuxJardin des Finzi-ContinietLunettes d’or… ; pour plus de commodité encore, se procurer l’intégralité de son œuvre ferrarais :le roman de Ferrare… ; ainsi que le DVD du sublimissime dernier film d’Antonioni, en 1995 : Par-delà les nuages : à tomber de beauté , puisque (cf Kant !) la beauté est un sentiment !.. _,

tuvo _ sigue teniendo,

es un autor que crece fabulosamente con el tiempo (en effet !!! tel est le privilège des “plus grands” !..) _

su breve e intensa obra. Pocos días antes de irse de este mundo, aún le comunicaba a Gioacchino, su adorado sobrino _ su heredero intelectual y hoy habitante del palacio Butera de Palermo _, la decepción que le había provocado el nuevo rechazo editorial para “El Gatopardo : en aquella ocasión una negativa del famoso Elio Vittorini, que, anclado en el arroz amargo _ cf le titre, Riso amaro, du film marquant de Giuseppe De Santis, en 1949, avec Silvana Mangano _ del neorrealismo _ Elio Vittorini (né le 23 juillet 1908 à Syracuse et mort le 12 février 1966 à Milan) est l’auteur deConversation en Sicile_, no supo ver _ hélas : la reconnaissance (d’un certain nombre ; voire de tous) tient, ainsi, souvent, de fait, à de telles méconnaissances ! de hasard ! de quelques uns, voire d’un seul… : en matière de passage, ou pas, d’un manuscrit au statut, via l’édition (et d’abord la décision d’engagement de l’éditeur !), de livre de papier, en tout cas ! _

no supo ver por ningún lado la grandeza de la novela _ une affaire de focalisation (ou de capacité de verres de lunettes : de celle qui varie, considérablement, entre microscope et télescope, dit Proust, dansLe Temps retrouvé, me semble-t-il bien… La burocrática carta de rechazo que Vittorini le envío a Lampedusa incluía un chato análisis del libro. “Al menos la reseña está bien escrita“, comentó irónico el moribundo. Murió Lampedusa ignorando el gran cambio de dirección _ celle du grand succès public _ que esperaba a su obra. Murió sin perder su capacidad de ironía, ni la lucidez y “desesperación amable” que él con tanto detalle conocía porque la había precisamente detectado _ tout lecteur lisant aussi, bien sûr, à partir de soi (et de soi se cultivant plus ou moins, au cours de son expérience d’existant : et celle-là peut s’améliorer considérablement en sachant, l’existant, prendre de l’âge…) _ en Shakespeare cuando, a través de Próspero, dice en “La tempestad” que su final equivale a desesperación :

“_ And my ending is despair.

Esta declaración de lucidez en el epílogo de “La tempestad“, Lampedusa la habría firmado sin rodeos. Porque el elegante clima _ voilà la civilisation : le style comme climat élégant”, en son cas, du moins… _ amablemente desesperado del siciliano al final de su vida recuerda al disgusto general que tenía Próspero con el mundo _ un des sommets de tout le théâtre !!! _ y es, además, parecido _ bien sûr ! _ al disgusto y lucidez terminal del príncipe de Salina, el héroe moral de “El Gatopardo_ et qu’a su magnifiquement faireinterpréter à Burt Lancaster l’immense, lui aussi, élégantissime, Luchino Visconti... Se ha dicho que fue Lampedusa un poderoso poeta de la muerte que supo evocar la ausencia y el vacío _ voilà : et la fin d’une époque… y, por lo tanto, supo entender, al igual que los grandes escritores del siglo XX, la condición del hombre moderno _ un enjeu de fond dont les vilains soubresauts (cf ce que Nietzsche nous dit du dernier homme, en son Prologue d’Ainsi parlait Zarathoustra, en 1883 : quelle acuité du regard ! à  Rapallo !) nous agitent encore… Pero eso es tan cierto como que esa ausencia y ese vacío posmoderno y el agnosticismo más puro y duro ya estaban en el Shakespeare de la última época _ oui : un autre grand tournant :du monde clos à l’univers infini, comme l’a qualifié Koyré en son livre… Después de todo, él siempre fue nuestro contemporáneo _ ici, on se rappellera le livre important (en 1965) de Jan Kott :Shakespeare, notre contemporain

Para Lampedusa no había obra más asombrosamente actual como “Medida por medida _ “Mesure pour mesure _, donde la atmósfera le recordaba misteriosamente _ cf page 80 et suivantes de l’édition française de ceShakespeare _ a la Viena de “El tercer hombre“,  la novela de Greene _ Graham, de son prénom :Le Troisième hommeCiudad espectral, hecha de prostíbulos, prisiones y desvanes donde lloran mujeres abandonadas“, dice Lampedusa _ page 82 _ de esa Viena avant la lettre que imaginara Shakespeare en los días de su mayor depresión psicológica. Lo que más le sorprende al príncipe de Lampedusa de esa obra tan extraña y tenebrosa _ que él sitúa al mismo nivel de sus otras piezas favoritas : “Enrique IV“  _ “Henri IV” _, “Hamlet“, “Otelo” _ “Othelo” _, “El rey Lear_ “Le roi Lear” _, “Macbeth” y “Antonio y Cleopatra  _ “Antoine et Cléopatre” _  _ es el estilo : ese desfile de personajes, la mayor parte de ellos despreciables, “expresándose todos con la más feliz de las elocuencias _ on admirera l’expression ! Monique Bacelli traduit, page 84 : la plus délicieuse éloquence _ que jamás se haya oído de boca humana _ “qui ait jamais franchi les lèvres humaines Y todos parecen tener razón”.

Obra extraña en la que Shakespeare le confía a un desconocido carcelero _ un geôlier anonyme, page 85 _ uno de sus mejores versos : insensible of mortality, and desperately mortal” _ à l’acte IV, scène 2, vers 145 deMesure pour mesure” : “cette splendeur verbale enveloppe comme un velours précieux le sarcophage où gît notre monde, mort, poursuit baroquissimement Lampedusa… Obra siniestra en la que el autor está tan desalentado que todo le parece natural. “Ha tocado fondo“, concluye Lampedusa, lector de sutiles percepciones y de una sabiduría especial para comunicarlas. Sus eruditas y a veces alegres líneas sobre Shakespeare no cesan de comunicarnos que la lectura puede hacernos sentir dueños del tiempo _ en accédant à la (rare, cependant) dimension (spinozienne : en L’Éthique) d’éternité ; quand il advient, on ne peut plus incidemment (!!! ce n’est pas sur commande ; ni ne peut, non plus, être instrumentalisé !..), que nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels…  _ y que ya sólo por eso la pasión de leer debería ser considerada como la más envidiable actividad _ c’en est une ; en unacte esthétique, comme en analyse si superbement bien le détail la grande Baldine Saint-Girons en son opus indispensable :L’Acte esthétique_ que hay a este lado del paraíso _ unvrailecteur accédant à cette conscience là, on ne peut plus incongrue à la plupart des autres : ceux qui, paraît-il, n’ont vraisemblablement pas besoin d’avoir lu (ni aimé, encore moins) La Princesse de Clèves, pour être à même d’accéder, en y postulant par concours, à un office administratif (subalterne, sans doute) : quel mépris !..

En “Shakespeare” hasta creemos por un momento descubrir que la lúcida desesperación final de Próspero parece haber ayudado al propio Lampedusa a construir el escenario anímico de sus horas finales en el mundo _ telle est la position de fond, ici, d’Enrique Vila-Matas. Hablo de esa representación de sereno agnosticismo de sus últimas horas en esta vida y de la construcción, también lúcidamente desesperada, de su gran metáfora artística, El Gatopardo“. Porque esta novela parece edificada en las mismas ruinas del mundo moribundo _ oui _ que quiere reflejar, entendiendo por moribundo lo que su autor aplica también a Shakespeare cuando ve que en “La tempestad” expresa “el estado de ánimo del poeta más grande que jamás haya existido” y que “el mundo (así se denomina, entre la gente, nuestro temperamento y nuestro genio interior) llenó de amargura_ certes : un goût un tantinet amer.

El mundo que acaba por llenarnos de amargura _ au bord, bientôt, de la mélancolie… Desde Shakespeare, ya siempre es igual _ Marcel Gauchet, après Max Weber, parle, pour désigner cela, dedésenchantement du monde : l’image peut-elle convenir à quiconque mieux qu’à ce Prospero, saisi, à la toute fin de La Tempête, à l’heure où il engloutit, en noyant son livre de magie, la panoplie de ses enchantements ?.. El mundo nunca se porta bien con nosotros y aun así le damos _ par (sublime) défi de départ, en lieu et place de ressentiment et rancune… _ nuestros mejores versos. Para el temperamento moderno y el genio interior de Lampedusa, esa amargura shakesperiana fue escupida con creces en “Troilo_ “Troïlus et Cressida” _ y en “Medida por medida“, para poco después ser sublimada _ c’est bien le mot : sublimement surmontée, dépassée _ en una hechizante pieza teatral última, “La tempestad_ à toujours revenir, sinon regarder jouer, sur la scène d’un théâtre (par exemple l’Odéon, dans la mise en scène et avec les acteurs de Giorgio Strehler !..), au moins lire et relire, chez soi ; et de toute urgence !!! _, permitiendo que al final  _ como le sucediera también al príncipe de Salina al término de sus días _ no pueda hablarse ya de amargura, sino más bien de un recuerdo de la amargura _ la formule (page 123 de la traduction française) est sublime : avec le recul de l’élégance sereine du style _ y de un agotamiento que hace que ya únicamente quiera el poeta lo que han deseado al final tantos en este ingrato mundo : retirarse y olvidar _ un peu et peut-être : sur ce phénomène-là, telle une alternative presque heureuse : apaisée, à la si mauvaise abdication (= cauchemardesque !) du roi Lear, on peut lire, il vient juste de paraître, le passionnant essai du toujours infiniment riche Jacques Le Brun (cf par exemple le très beau”Le Pur Amour de Platon à Lacan“, aux Éditions du Seuil, en 2002)  : Le Pouvoir d’abdiquer _ essai sur la déchéance volontaire O, dicho de otro modo, replegarse sobre ellos mismos y oír las mismas campanadas de la medianoche que oía su querido Falstaff ; y terminar de una vez por todas“.

Terminar es el verbo _ en un adieu”, aussi ; unchant du cygne : c’est un (dernier) défi à la perte et aurien Como si al final lo que importara fuera escribir _ oui : sinon un testament, aussi ; du moinstestamentairement _  como un hombre en su último día de vida _ oui : à hauteur de l’éternité qui, en nous tançant, de son espèce(comportant la dimension exaltante de la hauteur), face à l’espèce un peu plus coutumière, familière, quotidienne, du temps (et son indépassable, certes, mortalité), nous incite, âme et corps, à nous relever A lo largo de su “Shakespeare“, Lampedusa parece que esté viendo siempre al gran poeta en su escena terminal _ Acte V, scène 1 _, recostado en su amable desesperació

_ je me permets de citer ici in extenso la sublime tirade de Prospero,

avec l’éloge de toute la puissance de l’art rendant d’autant plus intense et sublime l’acte de la renonciation :

I’ll drowne my book !

Ye elves of hills, brooks, standing lakes and groves,
And ye that on the sands with printless foot
Do chase the ebbing Neptune and do fly him
When he comes back; you demi-puppets that
By moonshine do the green sour ringlets make,
Whereof the ewe not bites, and you whose pastime
Is to make midnight mushrooms, that rejoice
To hear the solemn curfew; by whose aid,
Weak masters though ye be, I have bedimm’d
The noontide sun, call’d forth the mutinous winds,
And ‘twixt the green sea and the azured vault
Set roaring war: to the dread rattling thunder
Have I given fire and rifted Jove’s stout oak
With his own bolt; the strong-based promontory
Have I made shake and by the spurs pluck’d up
The pine and cedar: graves at my command
Have waked their sleepers, oped, and let ‘em forth
By my so potent art.
But this rough magic
I here abjure, and, when I have required
Some heavenly music, which even now I do,
To work mine end upon their senses that
This airy charm is for, I’ll break my staff,
Bury it certain fathoms in the earth,
And deeper than did ever plummet sound
I’ll drown my book.
” _

Puis, tout à la fin,

les divers comptes pendants ayant été, un à un, réglés,

l’épilogue,

Prospero seul en scène :

Now my charms are all o’erthrown,

And what strength I have’s mine own,

Which is most faint : now, ’tis true,

I must be here confined by you,

Or sent to Naples. Let me not,

Since I have my dukedom got

And pardon’d the deceiver, dwell

In this bare island by your spell ;

But release me from my hands :

Gentle breath of yours my sails

Must fill, or else my projects fails,

Which was to please. Now I want

Spirits to enforce, art to enchant,

And my ending is despair,

Unless I be relieved by prayer,

Which pierces so that it assaults

Mercy itself and frees all faults.

As you from crimes would pardon’d be,

Let your indulgence set me free.

Por eso el clima de este libro parece hermano de sangre del “eterno pero no inmóvil sofocante atardecer_ “un étouffant coucher de soleil, éternel mais jamais figé, traduit Monique Bacelli _ que Lampedusa percibió en el “Quijote (ver su ensayo sobre “Stendhal” _ à la page 62 de la traduction française, aux Éditions Allia _) y también del clima sofocante en el que se sumergió el propio Lampedusa cuando supo que su final equivalía a desesperación y tener que escribir siempre como si fuera el último día.

Al final sólo una idea : apartarse del burdo mundo, irse. Y morir. Aun así, respiraba humor _ ou l’élégance fondamentale du style. Hasta cuando viajaba a Oxford o Liverpool, y veía por todas partes al simpático Enrique VIII, “el más inglés de los reyes“, y se lo encontraba por los rincones más insospechados de esas ciudades. Lo veía en el imponente carretero que se cruzaba en su camino y también en el cervecero que sacaba de su negocio a un borracho. Y en todos esos lugares reencontraba la cordial corpulencia, las patillas rojizas, la fría majestad del rey rollizo, después de todo simpático soberano y en realidad sombra de Falstaff _ en effet ! _, aquel otro gran genio que siempre estuvo muy atento, aun en medio de las más excepcionales algarabías, a las campanadas que podían recordarle con puntualidad la desesperación última :


_ Hemos oído los carrillones de la medianoche, Master Shallow“.

www.enriquevilamatas.com

Un grand article

sur un grand auteur-lecteur

(ou lecteur-auteur : est-ce dissociable ? Non !)

sur un (autre) génie

(= “créateur” audacieux en même temps qu’”exemplaire“,

selon l’analyse que fait Kant de ce concept de “génie” en sa “Critique de la faculté de juger“)

de la littérature.

Merci !


Titus Curiosus, ce 29 juin 2009


Post-scriptum :

On pourra se réjouir beaucoup

à ajointer

à cette lecture amoureuse de l’œuvre de Shakespeare par ce très grand lecteur-auteur qu’est Giuseppe Tomasi di Lampedusa,

cette autre lecture amoureuse de l’œuvre (opus par opus) de Shakespeare que laissa le très grand lecteur-traducteur, lui, qu’est Jean-Jacques Mayoux :

Shakespeare“, paru en janvier 1992 aux Éditions Aubier ;

une merveille aussi…

Sur la recollection dérangeante du “dossier” “Fumée humaine” : la contribution littéraire de Nicholson Baker à la curiosité historique sur la seconde guerre mondiale

Posté dans la catégorie Histoire, Littératures par Titus Curiosus

25juin

Avant de me mettre à lire “Human smoke

que m’a chaleureusement recommandé dès sa parution, le 14 mai 2009, le toujours d’excellent conseil David Vincent,

voici, sur cet opus, un petit dossier d’articles mettant “l’eau à la bouche“…

En commençant, comme souvent, par un article d’”El Pais, le 22 juin :

 ”El mal estaba en todas partes


Nicholson Baker muestra en “Humo humano
_ qui vient de paraître aussi en traduction française (par les soins d’Éric Chedaille) aux Éditions Christian Bourgois le 14 mai dernier : le titre originel,Human smoke, a été conservé… _ cómo la pulsión destructiva de la II Guerra Mundial no era sólo de un bando _ El autor rinde homenaje al pacifismo

JOSÉ MARÍA RIDAO _ Madrid _ 22/06/2009

Desde que, con motivo de la conmemoración del medio siglo del final de la II Guerra Mundial, la investigación historiográfica empezó a confundirse con el denominado “trabajo de memoria“, la idea de que el conflicto más devastador de todos los tiempos revestía los caracteres de una lucha escatológica, de un combate contra el Mal Absoluto, ha ido ganando terreno. Poco a poco, la indagación sobre los procesos políticos, diplomáticos y económicos que condujeron a la guerra se fue abandonando en favor de una reflexión de otra naturaleza, a medio camino entre la filosofía y la teología, y en la que lo más relevante es responder a la pregunta de por qué el ser humano fue capaz de tantas atrocidades como tuvieron lugar entre 1939 y 1945. Podría tratarse, sin duda, de una reflexión interesante, incluso necesaria, pero a condición de que no parta del equívoco que Nicholson Baker denuncia en su ensayo _ sic ! _ “Humo humano, que acaba de publicar en España Debate _ et en France les Éditions Christian Bourgois _ : ese genérico ser humano que se libró a la destrucción y el asesinato en masa no se encontraba únicamente en las filas del nazismo, sino también, en mayor o menor medida, en cada uno _ voilà... _ de los bandos enfrentados.

Churchill: “Estoy a favor de emplear gas tóxico contra tribus incivilizadas

El abogado Roosevelt propuso reducir el número de judíos en la Universidad

El propósito declarado de Baker es saber si la II Guerra Mundial fue una “guerra buena_ uneguerre juste, disons-nous… _ y si, hechos todos los balances, ayudó a alguien que necesitara ayuda“. Tal vez la sensación de que, al emprender esta tarea, se vería obligado a nadar a contracorriente de un relato historiográfico que consagra a Churchill y a Roosevelt como héroes haya llevado a Baker a plantear su obra, no como un volumen de historia al uso, sino como un texto coral _ polyphonique _ en el que son los protagonistas quienes toman la palabra. El autor, por su parte, se ha limitado a seleccionar _ en un dossier purement historiographique + un montage _ las declaraciones, los artículos de prensa, las cartas o los diarios en los que los protagonistas se expresan en primera persona, añadiendo de vez en cuando breves comentarios sobre el contexto y, siempre, la fecha de los documentos _ cf mon article du 14 avril 2009 sur le livre de Georges Didi Huberman,Quand les images prennent position _ LŒil de l’Histoire 1, à propos de l’extraordinaire (et trop méconnu encore !!!) montage de documents photographiques, principalement, par Brecht en son livreL’ABC de la Guerre” : “L’apprendre à lire les images de Bertolt Brecht, selon Georges Didi-Huberman : un art du décalage (dé-montage-et-re-montage) avec les appoints forts et de la mémoire activée, et de la puissance d’imaginer El resultado es perturbador, como si, de pronto, hubieran sido convocados a escena todos los silencios _ oui ! cf sur ces silences, aussi, le plus que passionnant livre à paraître à la rentrée de Yannick Haenel, à propos du livre magnifique de Jan Karski :Mon témoignage devant le monde (histoire d’un secret):Jan Karski!.. _, todos los equívocos imprescindibles para que la historia de la II Guerra Mundial se pueda seguir contando como hasta ahora.

Baker no expone una tesis, la ilustra _ par sa seule récollection (+ montage) de documents authentiques. Y para ello concentra la mirada _ le principal est dans la focalisation _ sobre dos de los dramas mayores del conflicto : el sistemático bombardeo de poblaciones civiles y las iniciativas, o mejor, la absoluta ausencia de iniciativas oficiales, para salvar a los judíos perseguidos por el nazismo. En realidad, la posición de Baker, la tesis que se propone ilustrar en “Humo humano, sólo queda fijada en la dedicatoria con la que concluye un breve epílogo de apenas dos páginas : Dedico este libro, escribe Baker, a la memoria de Clarence Pickett y otros pacifistas estadounidenses y británicos. Jamás han recibido realmente el reconocimiento que se merecen. Intentaron salvar refugiados judíos, alimentar a Europa, reconciliar a Estados Unidos y Japón e impedir que estallara la guerra _ cela, c’est sans doute une autre Histoire… Fracasaron, pero tenían razón“.

Humo humano” establece un implícito paralelismo entre la guerra total que inspira la estrategia de todos los contendientes en la II Guerra Mundial y los ataques aéreos en los territorios coloniales. Es entonces cuando aparecen por primera vez protagonistas como el futuro jefe del Bombing Command, Arthur Harris, y el también futuro primer ministro británico, Winston Churchill. “Estoy decididamente a favor de emplear gas tóxico“, escribe Churchill al jefe de la Royal Air Force, “contra tribus incivilizadas“. La confianza del primer ministro en la eficacia del bombardeo contra civiles, aunque ya no con gas tóxico, que había sido prohibido, se mantiene intacta al iniciarse la II Guerra Mundial, sólo que ahora Churchill pretende que la lluvia de fuego que descarga sobre las ciudades de Alemania transmitan el mensaje de que los alemanes deben rebelarse contra Hitler. Con el implícito y aterrador corolario de que, si no lo hacen, se convierten en cómplices del dictador.

Los textos que reproduce Baker recuerdan que el antisemitismo no fue sólo un sentimiento alimentado por el nazismo, sino un clima general _ là-dessus, lire de Georges Bensoussan :Europe, une passion génocidaire, aux Éditions Mille et une nuits, en 2006… Cuando aún era un simple abogado, el futuro presidente Roosevelt se dirigió a la Junta de Supervisores de Harvard proponiendo que se redujera el número de judíos en la Universidad hasta que sólo representaran un 15%. Y Churchill, entretanto, publicaba en febrero de 1920 un artículo de prensa en el que decía que judíos “desleales” como Marx, Trotski, Béla Kun, Rosa Luxemburgo y Emma Goldman habían desarrollado “una conspiración mundial para el derrocamiento de la civilización“. Creía, sin duda, en la existencia de “judíos leales“, a quienes exigía en ese mismo artículo que vindicasen “el honor del nombre de judío“, pero la obsesión antibolchevique le jugó la mala pasada de elogiar, también en la prensa, a Mussolini, de quien se declaró “encantado por el porte amable y sencillo” y “por su actitud serena e imparcial“. E incluso a Hitler, de quien, dejándose influir por los comentarios de los que lo conocían, estima que era “un funcionario harto competente, sereno y bien informado de porte agradable y sonrisa encantadora“. En contraposición, Trotski “era un judío. Seguía siendo un judío. Era imposible no tener en cuenta este detalle“.

Es probable que quienes defienden la interpretación de la II Guerra Mundial como una “guerra buena“, como una lucha escatológica contra el Mal Absoluto, reprochen a Baker la selección de los textos que ha incluido en su provocador “Humo humano. Pero, aun así, esos textos seguirán estando donde están, y obligan, cuando menos, a repensar _ oui ! _ la relación entre la historia y el tan traído y llevado “trabajo de memoria“.

JOSÉ MARÍA RIDAO

A l’inverse de cet éloge,

voici, maintenant, une “critique” de “Human smoke” par l’excellent Philippe Lançon, dans le cahier “Livres” du “Libération” de ce jeudi 25 juin,

en un article intitulé “Updike dans la peau

en “contrepoint” à un éloge, il est vrai, d’un (vieil) hommage d’il y a maintenant vingt ans, à ce maître d’écriture que fut pour lui John Updike,

Updike et moi“,

de ce même Nicholson Baker à John Updike, donc _ lequel vient de disparaître le 27 janvier 2009 _,

mais un Nicholson Baker plus jeune, lui aussi (forcément !) de vingt ans (il avait trente deux ans en 1989) :

en effet, cet “Updike et moi” fut écrit en 1989-90 ;

et s’il a paru aux États-Unis en 1991, et fut traduit assez tôt, ensuite, en français (par Martin Winckler),

l’éditeur Julliard renonça cependant alors à le publier ;

ce livre devant surtout, ou du moins d’abord, sa parution actuelle, dix-huit ans plus tard, en traduction française (aux Éditions Christian Bourgois)

d’abord, et hélas, à l’événement du décès de John Updike, le 27 janvier dernier.

Le jeune Nicholson Bake, né le 7 janvier 1957, avait, en 1989, trente-deux ans …

Voici ce que dit Philippe Lançon, donc, de ce “Human smoke” :

Ecot. Le nouveau livre de Baker, “Human smoke, est surprenant mais moins intéressant _ que Updike et moi, pour Philippe Lançon… C’est une elliptique et édifiante anthologie parfaitement écrite, et une performance : 500 pages de faits et déclarations réels, inventoriés puis miniaturisés sans commentaire, à la manière des “Crimes exemplaires” de Max Aub, qui permettent de suivre, de 1917 à 1941, non pas seulement la remontée vers la guerre, mais le spectacle du goût des Etats pour le crime et la guerre. Baker cherche à montrer, par ses microrécits, que tout se tenait : les méchants hitlériens et les vilains staliniens sont aussi les produits d’une enchère dans laquelle les démocraties ont versé leur écot. Il n’a pas tort, mais on ne peut pas dire qu’on l’ignorait, et la démonstration, bien que composée avec le sens du contraste et de la progression, tourne à l’amas d’anecdotes _ j’en jugerai en le lisant… Ses sources sont citées, page par page, en particulier les journaux de l’époque. On y verra que, si la presse attisa bien des passions tristes, elle fit d’abord son travail : de l’anticolonialisme, de l’antisémitisme et des expériences meurtrières les plus imaginatives, tout fut aussitôt dit, écrit et relaté. Mais le monde ne voulait, simplement, pas le savoir _ c’est un point certes dirimant!

Dont acte.

Quant au début de l’article, consacré à “Updike et moi“,

c’est un bijou d’article ! Qu’on en juge aussi :

Updike dans la peau

Critique

Mélange. Un hommage de Nicholson Baker à l’auteur de «Rabbit».

Par PHILIPPE LANÇON

Nicholson Baker : Updike et moi Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Martin Winckler Christian Bourgois, 194 pp., 17 euros.

Human smoke  Traduit par Éric Chedaille Christian Bourgois, 574 pp, 26 euros.

Quiconque est intéressé par la vie d’un écrivain _ oui ! _ plutôt que par sa biographie lira avec plaisir “Updike et moi. Il découvrira quels liens, d’admiration et de jalousie, de gratitude et de complexes, peuvent unir un auteur _ lecteur _ aux aînés (vivants ou pas) qui l’ont justifié. Parce que c’était eux, parce que c’était moi _ en leur singularité se révélant dans l’œuvre ouverte d’écriture.

A l’été 1989, Nicholson Baker apprend la mort de l’écrivain Donald Barthelme (1). Il a suivi ses cours à Berkeley, l’admire, se sent incapable d’écrire le moindre texte sur lui. Un écrivain mort peut en cacher un autre, qui ne l’est pas forcément : réfléchissant sur cet exercice à perspective faussée qu’est l’hommage nécrologique, il se souvient de celui que John Updike publia sur Nabokov (un écrivain que Baker aime également par-dessus tout _ et si je puis m’insérer modestement en cette chaîne d’admirations, à mon tour…). Ainsi en vient-il à écrire, de digression en digression, la manière dont Updike, cet «ami imaginaire», vit en lui _ et “travaille” ainsi sa propre écriture. Il parle de son idée au rédacteur en chef d’une revue. On lui répond que le résultat pourrait aussi bien être excellent que «tout à fait sinistre».

Le livre est publié aux Etats-Unis en 1991. Baker est un jeune romancier _ de trente quatre ans, maintenant _, auteur de nouvelles et de “la Mezzanine” _ à découvrir, pour qui ne l’a pas encore fait… Updike a encore dix-huit ans à vivre : on ignore si et comment il a réagi. Martin Winckler, l’auteur de “la Maladie de Sachs, amateur de George Perec et de séries télévisées, explique dans la préface qu’il a traduit “Updike et moi sur proposition d’un éditeur, Julliard, qui renonça _ cependant _ à le publier. Il a fallu qu’Updike meure pour qu’il finisse par paraître _ en forme d’hommage non plus à un vivant, mais à un disparu. L’amour des livres est plus patient _ oui : chez quelques uns… _ que les regrets qu’ils inspirent.

Virus. John Updike, né en 1932, vit en Nicholson Baker, né en 1957, comme un virus enchanteur _ quelle belle formule ! On ne peut donc pas dire que Baker écrit sur Updike, mais plutôt sur lui-même révélé par Updike _ voilà ! le “génie”, en plus de sa “singularité” atypique, a aussi la vertu d’une “exemplarité” forcément problématique : il ne se copie pas ! il “inspire” !!! L’envie concrète de le faire lui vient le jour où, «avec une stupéfaction jalouse», il voit sa mère se marrer en lisant la description par l’auteur de “Rabbit” d’un morceau décollé de gazon de golf : «Rien n’est plus impressionnant que le spectacle d’une personne complexe _ d’une grande capacité de sensibilité admirative _ éclatant de rire _ en ce que Baldine Saint-Girons appelle un “acte æsthétique“… _ à la lecture de quelques mots dans un livre ou un journal sérieux», surtout si cette personne est sa mère. Baker observe le virus que la sienne lui a peut-être refilé.

Son effet est permanent et sa victime, assez négligente. Permanence : «Au cours des treize dernières années écoulées, il ne s’est guère passé de jours sans qu’Updike occupe au moins une ou deux de mes pensées.» Négligence : quand Baker répertorie ses lectures d’Updike, il s’aperçoit qu’il n’a fini presque aucun de ses livres, et qu’il n’en a le plus souvent lu que quelques pages. C’est que l’écrivain est plus constant dans sa production que le lecteur dans ses assiduités : «De même que nous voyons rarement nos amis les plus proches parce que leur proximité nous ôte le pressant besoin de débarquer chez eux, de même la productivité constante de l’écrivain vivant émousse notre impatience de combler les lacunes de notre lecture» _ pas toujours, heureusement…

En revanche, Baker est intarissable lorsqu’il s’agit de se poser des questions comme : qu’aurait fait Updike à ma place dans ce Mac Donald’s où je m’humilie avec des centaines de pièces jaunes tout en lisant William Blake ? Comment aurait-il décrit cette histoire de bonbons passés au rayon X par peur des bombes pendant un Halloween ? Et quand l’écrivain Tim O’Brien lui apprend, l’air de rien, qu’il joue au golf avec Updike, mais qu’ils ne parlent jamais de livres, Baker n’en finit plus de décrire comment il jouerait, lui, au golf avec son héros. Il faut le consoler en pensant que, s’il l’avait fait réellement, jamais il n’aurait pu l’imaginer _ l’activité se déployant, à l’œuvre, de la faculté de “génie”…

Ce que Baker a lu d’Updike, des phrases, des bouts de phrases, un personnage par-ci, une manière de décrire par-là, tout cela vit en lui profondément et à tout moment _ l’”inspire”, en toute légéreté… Il tient des fiches mais cite de mémoire, donc de travers, puis rétablit les vraies phrases entre crochets. Elles sont souvent moins bonnes que leurs déformations : Borges _ l’ami de mon cousin Adolfo (Bioy Casares) et de ma cousine Silvina (Ocampo) _ pensait qu’il fallait faire confiance aux torsions _ “inspirées”, à leur tour _ de la mémoire ; et il avait raison _ la vertu se propage…

Updike et moiest une histoire d’amour et, comme toute histoire d’amour bien racontée, elle se suffit à elle-même : inutile d’avoir lu Baker ou Updike pour aimer ce que l’un dit sur l’autre. Julien Gracq se fichait des critiques comme étant ces animaux impossibles, des «experts en objet aimé». Un mérite secondaire d’Updike et moiest de montrer l’ineptie _ ouaf ! ouaf ! Gracq n’est pas très doué pour l’amour : cf son calamiteuxLes Sept collinesoù il réussit le tour de force de s’insensibiliser à la beauté de Rome ! _ de cette affirmation : c’est justement _ et uniquement _ quand on aime un écrivain qu’on en devient l’expert, pas besoin de le lire entièrement pour ça _ l’amour (vrai) est tout le contraire d’aveugle : c’est lui la vraie (et unique) voie d’accès à la connaissance !.. Mais aujourd’hui on prend tout et n’importe quoi pour de l’amour authentique. Gare aux contrefaçons, chers lecteurs !

Baker finit par rencontrer Updike, dans un cocktail. Celui-ci se souvient d’avoir lu l’une de ses nouvelles, «une très jolie chose» _ dit-il alors _, et puis s’en va. Baker repart avec ces quatre mots comme une rosière déflorée par un chevalier. Plus tard, il croit retrouver une trace infime de sa nouvelle dans un texte postérieur d’Updike, un détail, la description du pouce d’un violoniste. Le meilleur hommage qu’on puisse rendre à un écrivain qu’on aime, c’est de l’avoir influencé» _ en retour…

John Updike est mort le 27 janvier 2009. Nicholson Baker n’aura plus à «trouver des preuves savantes _ universitaires, patentées _ de la grandeur d’Updike au lieu d’utiliser celles auxquelles je crois vraiment», les seules qui comptent, puisque ce sont _ plus “artistes”, elles… _ des preuves d’amour.

(1) Dont Gallimard publie La ville est triste” («l’Imaginaire», 184 pp., 6,50 euros)

Philippe Lançon

_ en un bien bel article, comme presque toujours : d’amour _ et désapprobation _ lucide(s)…

Nous irons y regarder d’un peu plus près…

Surtout sur la recommandation de David Vincent…

Cf aussi, de lui-même, le billet “Nicholson Baker n’est pas toujours drôle, hier, 24 juin, sur le blog “Ces mots-là, c’est Mollat“…

Titus Curiosus, le 22 juin 2009

de la fabrique de l’identité (du soi), sous le versant du genre (féminité, virilité) et de l’intimité (rapports à l’autre) dans le meilleur de la littérature aujourd’hui : “L’Exposition”, de Nathalie Léger ; “Zone”, de Mathias Enard

Posté dans la catégorie Littératures par Titus Curiosus

17juin

Avec un cran supplémentaire de recul dans le dispositif de lecture (= de mon “commentaire” analytique-critique…) de mes “grands livres” préférés,

en l’occurrence, cette semaine de juin-ci, L’Exposition de Nathalie Léger, après “Zone de Mathias Énard, en septembre dernier (2008, déjà…) ; les “grands livres” ne se bousculant pas nécessairement au portillon du lecteur…

_ cf mes articles immédiatement (ou presque) précédents :

Le miracle de la reconnaissance par les lecteurs du plus “grand” roman de l’année : “Zone”, de Mathias Enard” (le 3 juin 2009),

Sur la magnifique “Exposition” de Nathalie Léger, Prix Lavinal 2009 : l’exposition de la féminité et l’exhibition (sans douceur, ni charme = sans joie) comme privation de l’intime” (le 14 juin 2009)

et “la jubilante lecture des grands livres : apprendre à vivre en lisant “L’Exposition” de Nathalie Léger” (le 15 juin 2009 dernier, c’est-à-dire avant-hier) _,

à la réflexion m’apparaît de plus plus évidemment

que la force (formidable !) du meilleur de la littérature d’aujourd’hui

_ et assez loin à l’écart de la fonction idéologique d’auto-crétinisation (de soi) du “grand public“, via le tout-venant des “clichés” des si “divertissants“  best-sellers !.. : “Tournez, manèges” et  “Roulez, petits bolides” !.. pendant que les divers tiroirs-caisses des “marques” se remplissent… _,

tient à la luxuriance du terreau

et personnel et culturel : les deux inextricablement mêlés en leur construction permanente, de bric et de broc, “réciproque” et “infinie” _ ad vitam æternam, si j’ose le formuler ainsi… _

sur lequel (et duquel) les auteurs “vrais_ un Mathias Énard pour “Zone“ ! une Nathalie Léger pour “L’Exposition” ! _ plantent (et tirent) la perspective (en relief) et la puissance de vue (ou force de vista)  dynamisantes, les deux ! de la “vision” de leur “monde

_ et à partir d’un monde (réel et effectif forcément commun) pour commencer :

en l’enfance, d’abord, “passage obligé” de la plus grandement visible “minorité” ; mais aussi à l’âge adulte encore, du fait de notre “appartenance” (”ferrée” !..) d’encore trop souvent pseudo “majeurs“, seulement, à l’”époque” : de laquelle nous aurions bien du mal à nous “échapper” ; étant forcément, sans réelle échappatoire, celle-ci, “la nôtre“, d’”époque” !!!) ;

et à partir d’un monde (réel et effectif commun) pour commencer, donc,

donné“, “imposé“, “reçu” à notre corps défendant et partagé (= commun)…

Fin de l’incise _

en une écriture magnifiquement inspirée, ainsi qu’un style singulier, chaque fois :

en tout cas, c’est ce qui s’avère pour moi, lecteur, à la double lecture de ces deux merveilleux “Zone” et “L’Exposition“...

Ce sur quoi je désire donc “revenir” et “mettre l’accent, en ces deux très grands livres que sont donc et “Zone” et “L’Exposition“,

c’est sur la construction de l’identité personnelle

_ pour qui se dégage du clone, ou du zombie : dans l’important “passage” (méditatif, à propos du plus que problématique “portrait” de soi-même) n° 43, page 77, Nathalie Léger a cette formule magnifique à propos d’une éventuelle “découverte” du “soi” :l’entassement des spectres qui n’en font d’ordinaire trompeusement qu’un _

à partir de ce que Nathalie Léger nomme très judicieusement,

et dès son troisième “passage“, page 11 _ mais qui l’y repère “vraiment“, alors ?.. à sa première (et le plus souvent unique !) lecture _,

le trajeux sinueux de la féminité” ;

et qui s’est avéré, du moins à ma lecture de son livre, le “motif

(de fond !!! à la Cézanne ; au “passage” 15, pages 26 et 27 : je lis, c’est Cézanne qui vient, d’outre-tombe, via le très précieux témoignage _ “Cézanne” _ recueilli, puis laissé (en héritage : à toutes les postérités), par Joachim Gasquet, nous “parler” :

“Un motif, voyez-vous, c’est ça…”, dit Cézanne (à Gasquet) en serrant ses deux mains. Il les rapproche lentement, les joint, les serre, les fait pénétrer l’une dans l’autre, raconte Gasquet. C’est ça. “Voilà ce qu’il faut atteindre. Si je passe trop haut ou trop bas, tout est flambé.” Fin de la citation-”leçon” de Cézanne sur le “motif“, page 27 ; et fin de mon incise)

le “motif, donc, qui allait travailler la narratrice (et l’auteur) de ce récit

_ le vocable “roman” n’apparaissant (heureusement !) pas sur la page de garde du livre ! ni nulle part, non plus, ailleurs en (ou sur) ce livre…

Ainsi qu’à partir de ce que j’ai pu qualifier, en ma lecture de “Zone“, du “motif” de la “pyramide des pères dans la construction de ce “roman“, assumé comme tel, cette fois, mais follement inspiré et libre (et grand, en tout ce qu’il brasse de si puissant et si fondamental, pour un auteur si jeune _ de trente-six ans _ en une seule phrase, ou plutôt un seul souffle, de 517 pages, s’achevant sur l’expression, page 217, “une dernière clope avant la fin du monde“…) ;

roman” d’une seule phrase (pour l’essentiel _ excepté trois chapitres de lecture par le narrateur lui-même, toujours, d’un roman plus “traditionnel“…) dans l’esprit, et souffle, de son narrateur unique, Francis Servain Mirković, s’exprimant à la première personne du singulier, le temps d’un “trajet” (de “méditation-rumination” et de soi et du monde ! archi-mêlés !..) en train (au lieu d’avion : manqué, lui _ “raté“, par exemple page 130… _, à Orly : ouf ! pour la “méditation-rumination” du “soi-monde” !..) entre les Stazione “Milano Centrale” et “Roma Termini; et qui m’a fait intituler mon premier article sur lui, dès le 21 septembre 2008 : Emerger enfin du choix d’Achille :

puisque telle est la signification de ce voyage en train (du personnage Francis Servain Mirković) de Milan (Stazione “Centrale” _ en provenance de Paris, gare de Lyon, pour ce qu’il en est, du moins, de ce dernier “transport”) vers Rome (Stazione “Termini“), afin d’essayer (tout au moins !) de “solder_ auprès des instances ad hoc du Vatican ; en “vendant” une copieuse valise de documents ultra-secrets sur le passé plus que sulfureux de personnages d’”agitateurs et terroristes, marchands d’armes et trafiquants, commanditaires et intermédiaires, cerveaux et exécutants, criminels de guerre en fuite” du dernier siècle écoulé _ tout un passé hyper violent de plusieurs, au milieu duquel le sien particulier, propre (lui-même” ayant “accompli sa part de carnage lorsque la guerre en Croatie et en Bosnie l’a jeté dans le cycle enivrant de la violence), placé sous la figure archi-coléreuse d’Achille (et de “L’Iliade” : le livre comportant autant de chapitres que “L’Iliade” de livres… : 24.

Et si je jette un coup d’œil au final de ce “Zone“, qu’est-ce j’y découvre (ou retrouve) ? Je lis, à partir du bas de la page 515 :

voilà nous longeons l’aqueduc romain nous pénétrons les murailles _ demeurées quasi intactes de l’enceinte de l’Urbs _ puis le cul-de-sac de la gare de Termini _ d’un coup voilà que _ les voyageurs s’affolent, des animaux dérangés dans leur sommeil _ de la nuit dans ce train _, ils se lèvent tous en même temps _ grégaires _ récupèrent leurs bagages rangent les livres et les journaux je sors discrètement la petite clé je libère la mallette _ solidement accrochée à un range-bagages : je l’ai discrètement menottée au porte-bagages, s’était dit le narrateur, page 15, en s’installant, au départ de Milan, dans le Pendolino Milano-Roma _ la valise si légère _ en poids _ et si lourde _ en secrets _, le train longe le quai _ de la gare d’arrivée de Termini _, il souffle, il prend son temps, j’attrape mon sac me voici debout dans le couloir entre mes compagnons de voyage _ quatre fois au moins j’ai moi-même ainsi débarqué sur ce quai de gare de Termini (sauf qu’une fois, c’était le quai de Tiburtina…), juste après ces sublimes vues, avec pins, de la si belle campagne romaine _ nous allons nous séparer, chacun va poursuivre son destin, Yvan Deroy _ l’actuel pseudonyme du narrateur venant livrer (en les vendant) au Vatican les secrets de sa valise d’agent de zone _ aussi _ le narrateur cessant cesfonctions-là… _ je vais aller à pied jusqu’à l’hôtel _ où il compte résider un peu _ la vie est neuve la vie est vivante _ il n’y a de progrès et de bonheur” “vraique dans le dépassement (ou congédiement”) de quelque chose dedépassé _ je sais maintenant _ au final de cette méditation ferroviaire nocturne d’entre Milan et Rome (par Lodi, Parme, Reggio d’Émilie, Modène, Bologne, Prato et Florence : où le convoi a fait station) _, adieu sage Sashka _ la maîtresse (russe) qu’il avait compté rejoindre, en son minuscule studio du Transtévère, page 465 _, je peux tenir debout tout seul _ désormais, au terme de cette méditation ferroviaire nocturne de 517 pages sur ce parcours de tant d’années d’aventures violentes dans la zone d’opérations méditerranéenne… _,

je n’ai plus besoin de cette valise, plus besoin _ même ! _ des deniers _ de Judas ! _ du Vatican,

je vais tout balancer dans l’eau (…), au dixième jour _ c’est un projet qui s’échafaude sur le champ… _ j’irai à pied jusqu’au Tibre fatal tout près du pont Sixte _ je le connais bien, reliant les deux quartiers aimés de Campo dei Fiori et Trastevere _ jeter ces morts _ dessecretsde la valise _ dans le cours du fleuve, qu’il les amène jusqu’à la mer _ la Méditerranée _, le cimetière bleu _ de l’enfouissement-engloutissement _,

que tous s’en aillent _ au diable (ou au bon dieu)… _, les noms et les photographies _ les témoignages desfaitspour archives _ seront rongées par le sel, puis évaporés ils rejoindront les nuages, et adieu, Yvan Deroy rejoindra le ciel lui aussi, le Nouveau Monde _ disparaissant d’ici pourrefairesa vie, pourrenaître” “viergelà-bas outre-Atlantique… _,

adieu Rome trop éternelle _ avec beaucoup trop de mémoire (et beaucoup trop d’archives, surtout au Vatican…) ; comme le chante Octavie (Addio Roma !) dans le sublime Couronnement de Poppée du génialissime Claudio Monteverdi… _, en avion, à l’aéroport de Fiumicino j’attendrai _ nous passons décidément au futur… _ le dernier appel pour mon vol, les passagers, la destination, je serai assis là _ désormais : en un futur devenu immobile _ sur mon banc de luxe sans pouvoir bouger nulle part plus personne j’appartiens _ dorénavant : nous voici en un présent indéfiniment prolongé, sans projet ! _ à l’entre-deux au monde des morts-vivants enfin je n’ai plus de poids plus de liens _ ni professionnels ni érotiques : Sashka, Stéphanie, Marianne : du passé… _ je suis dans ma tente _ de Grec ? de Troyen ?L’Iliade affleure toujours dans Zone _ auprès des nefs creuses j’ai renoncé _ grâce aucongédiement _ je suis dans l’univers des moquettes grises des écrans de télévision et ça va durer tout va durer _ désormais _ il n’y a plus de dieux courroucés plus de guerriers _ enfin ! _ près de moi se reposent les avions les mouettes _ de l’estuaire du Tibre _ j’habite _ pour toujours _ la Zone où les femmes sont fardées et portent un uniforme bleu marine _ d’hôtesses de l’air _ beau péplos de nuit étoilée il n’y a plus de désir plus d’envol plus rien un grand flottement un temps mort où mon nom se répète _ non sans ironie dans les haut-parleurs de l’aéroport _ envahit l’air c’est le dernier appel le dernier appel pour les derniers voyageurs du dernier vol je ne bougerai plus de ce siège _ de hall _ d’aéroport, je ne bougerai plus c’en est fini des voyages, des guerres _ ah ! _,

à côté de moi le type au regard franc me sourira _ envisage le narrateur, débarquant pour l’heure à Termini ; et c’est ce présent-là qui pour l’heure est encore le présent du récit… _ je lui rendrai son sourire il y a des années qu’il est là suspendu lui aussi _ certes _ enchaîné à son banc _ tel l’Hercule enchaîné… _ des années il est là depuis bien avant la découverte de l’aviation _ c’est dire ! _ il a une bonne tête, c’est un métèque, c’est un géant, un géant de Chaldée dont on dirait qu’il a porté le monde sur ses épaules _ Antée _, il est depuis des siècles entre deux avions, entre deux trains,

alors qu’on me dépossède de mon nouveau nom en le soufflant dans les haut-parleurs,

je pense aux bras de l’oiseau d’acier qui m’attendent, cent cinquante compagnons de limbes y ont déjà embarqué mais moi je m’y refuse,

je suis Achille _ enfin _ calmé _ de son courroux _

le premier homme le dernier

je me suis trouvé une tente _ où camper longtemps _ elle est à moi maintenant c’est ce tapis ignifugé et ce velours rouge

c’est mon nom qu’on crie mon espace je ne me lèverai pas

mon voisin est avec moi c’est le prêtre d’Apollon c’est un démiurge _ le thaumaturge des métamorphoses _

il a vu la guerre lui aussi et l’aveuglant soleil des cous coupés _ sans en revenir indemne tout à fait, absolument… _,

il attend tranquillement _ désormais _ la fin du monde _ comme certains (autres) illuminés ; un croisé, pas plus tard que hier soir, sur le quai de la gare Centrale à Milan ; un autre, tchèque germanophone (la Mort est un tchèque germanophone avec un horaire de chemins de fer, page 59), et qui l’avait passablement impressionné, celui-là, dans un train (“de nuit, aussi) pour Paris s’en revenant de retour d’enquête à Prague” via Francfort,du côté de Tetschen” (pages 56 à 60) _,

si j’osais, si j’osais je me jucherais sur ses épaules comme un bambin ridicule _ un nain sur les épaules d’un géant _,

je lui demanderais _ tel le bambin Jésus au géant Cristophore franchisseur de rivière _ de me faire traverser des fleuves, des fleuves au trois fois triple tour et d’autres Scamandres _ le fleuve de la Troade _ barrés de cadavres _ n’achevant pas de se décomposer à l’infini… _,

je lui demanderais _ toujours au conditionnel de la rêverie, comme tout ce final de Zone, en marchant, de moins en moins pressé, sur le quai de débarquement de Stazione Termini… _ d’être mon dernier train,

mon dernier avion _ aussi _

ma dernière arme _ tant que nous y sommes _, la dernière étincelle de violence qui sorte _ enfin _ de moi

et je me tourne vers lui pour lui demander,

pour le supplier de m’emporter

il me regarde avec une compassion infinie, il me regarde,

il me propose soudain une cigarette

il dit l’ami une dernière clope _ de condamné ? de libéré ? _ avant la fin ?

une dernière clope avant la fin du monde.”

C’était là le final (avec son point unique _ à l’exception des trois chapitres du roman libanais (trois récits du Libanais appelé Rafaël Kahla que m’a recommandé la libraire de la place des Abbesses, page 52) intercalé : les chapitres IV, XIII et XX _ de “Zone“, pages 515, 516 et 517 .

Quels sens, je me le demande au passage, ont donc ces nombres : 24 (chapitres pour “Zone“) et 100 (”passages” pour “L’Exposition“) ? Je pense, en effet, ici aussi aux 100 “passages” (plutôt que “paragraphes“), séparés de “blancs“, de “L’Exposition“, entre le premier mot (”S’abandonner“, page 9) et le dernier (”Atropos : l’Inexorable“, page 157) du livre…


Bref, dans le cas du “récit” très discrètement personnel

_ peut-être “un peu trop discrètement“, m’a confié s’être entendu “reprocher” l’auteur, par quelques uns (peu…) des lecteurs ou “critiques” du livre : opinion que je ne partage certes pas : tout grand livre laisse “ouvertes“, et même suscite (et doit susciter !), mille pistes qui ne seront certes pas “bouclées“… _

de Nathalie Léger,L’Exposition“,

je n’ai pas insisté, en mes deux précédents articles (des 14 et 15 juin), sur la part (et particulièrement les “blancs“) d’autobiographie (de la narratrice du “récit“) affleurant,

mais toujours très discrètement, en effet,

sans jamais les précisions (terribles ! elles…) qui caractérisent son écriture (au premier rang de laquelle son art _ remarquablement développé à l’IMEC _ imparable des citations : toujours d’une incisivité “documentaire” magnifique : implacable !), à propos du “trajet de la féminité” de la comtesse de Castiglione,

quand elle aborde _ sinueusement… _ l’histoire du “trajet sinueux de la féminité” de sa propre mère ;

et plus encore _ encore plus sinueusement…_ la sienne propre, je veux dire, l’histoire de son propre “trajet sinueux de la féminité” :

au lieu du triomphe glorieux de citations,

c’est alors le règne des pronoms personnels pas complètement déterminés

(par exemple, dans le très bref “passage” n° 49 de deux phrases seulement, page 85 : “Une nuit je la vois en rêve. J’ai oublié le détail _ pour une fois ! mais c’est le propre des rêves, une fois le réveil passé… _, mais le principe, c’est qu’elle ne m’aime pas” :

qui désignent donc ces “la” et “elle” ?.. “Lautre“, peut-être ?.. Ils affleurent bel et bien, pourtant, tels des récifs, tels des amers… ; mais le “blanc” permet de “passer à autre chose“, vite…) ;

voire celui des initiales seulement

(au-delà du “C…” désignant très visiblement la cité “impériale” de Compiègne, et ville de ce musée dont le “conservateur général” viendra apposer son veto au projet _ et “carte blanche” _ d’exposition “Castiglione” de la narratrice : “il refuse mon choix de la photo du reliquaire“, page 149 ;

cet(te) autre C., “autoritaire et séductrice”, comme le dit son entourage, du “passage” n° 36, page 55 ; voici, je lis :

Déjeunant _ pour quelles diablesses de raisons ? professionnelles ? autres ? nous n’en saurons certes pas davantage que ce qui nous seralivréen ce brefpassagepresque essoufflé de quinze lignes, page 55 _ avec C., “autoritaire et séductrice”, comme le dit son entourage _ un personnage ayant ainsi unentourageparlant ainsi d’elle, comporte une certaineimportance : mais qui la lui donne ? qui la lui confère, cette autorité ?.. ; et pour quelles (diablesses ?) de raisons ?.. _, je devrais me tenir sur mes gardes, rester distante,

mais voilà qu’après l’œuf mayonnaise, elle _ seulement le pronom _ me regarde sans que je sache pourquoi d’un air aimable, le ton de sa voix est presque affable, elle me sourit.

Avec ce résultat-ci, confesse alors la narratrice : Alors, soudain une douloureuse émotion _ retenue non sans difficulté par celle quise contientde se voir ainsi reconnaître un tel pouvoir déclencheur d’amabilitém’empoigne _ rien moins ; c’est plus fort sans doute qu’unm’étreint: on ressent toute la violence de la poigne se portant sur un cou… _ à la gorge,

une joie presque folle  _ oui … _ me submerge _ rien moins ! _,

tout mon corps _ cette fois, bien au-delà de la seule sensation à la gorge _ souffre de cette étreinte _ d’émotion si intense ressentie subitement _ brutale,

cela ne dure qu’un instant _ avant de se reprendre mieux _ mais un instant, je suis anéantie

_ le terme anéantie (!!!) n’est certes pas anodin : y aurait-il donc, d’une part, desbonheursqui exaltent et comblent ? (ceux dont traite Spinoza en son Ethique ; et qui composent la béatitude…) ; et, d’autre part, d’autres qui, eux, “anéantissent” ?.. _

de bonheur,

quoi ? quel bonheur ?”

_ la narratrice se le demande immédiatement, au moment même où, lecteur, je m’y interrogeais… _ ;

et voici ses réponses,

bricolées dans la paix relative de l’écriture a posteriori (qui se souvient fort bien de l’épisode, marquant, pour avoir été, ainsi vécu, retenupar la mémoire de la narratrice ; et, mieux encore, digne d’être rappelédans l’écriture du récit, ici, à propos dutrajet sinueux de sa (propre) féminité”, à son tour ; après (et à la suite de ; voire enchaînées à) celles,féminités, de la Castiglione, ainsi, aussi, que celle de sa mère :

soit comment le sujetrencontré, et à plusieurs reprises (il insiste…)par accident, devient, dans l’écriture duvéritableécrivain (= écrivain vrai…) travail du (puis “travail sur, “inspiré, le) motiflui-même… :

quel bonheur ? celui d’apaiser la haine _ comment donc ? _, d’échapper à la destruction _ en survivant à quelle peine, à quelle blessure si dangereusement mortelle ?.. _ et de ne m’en tirer _ déjà _ pas si mal ?

celui d’être manipulé par une garce _ c’est dit ! _ ?

celui d’être reconnu _ un enjeu capital… _ par une femme _ quelle qu’elle soit ?.. même une garce!.. _ ?

_ soit cette ambivalence (assez terrible, ou terrifiante… : l’oscillation, récurrente dans le récit de L’Exposition“, entre attraction et répulsion) par laquelle s’est peu à peu construite (et comprise) l’identité, et à travers le genre de laféminité, de la narratrice, elle-même, ainsi que plusieurs indices récurrents, donc, viennent l’indiquer très brièvement et discrètement, mais clairement et fermement, tout de même, aussi, au cours du récit de L’Exposition, et à quelques reprises ;

la narratrice qui est tout à la fois la fille de sa mère

(ainsi que de son père : celui qui, un moment au moins, s’est laissé séduire par Lautre ;

cf là-dessus les passages (sur des photos fort gênantes…) n° 45 à 48,

voire aussi 49 et 50 (s’achevant, alors, ce dernier, sur le récit onirique des portes de pierre en abyme ?.. si étranges…) ; pages 81 à 86 deL’Exposition ;

je cite seulement la conclusion, page 86, de ce récit de rêve :Seul un petit orifice dans la pierre permet d’observer l’intérieur _ par- delà le seuil de la porte _ dévasté par un éboulement…) ;

mais qui est aussi la petite-fille de sa grand-mère (maternelle : cette femme au visage féroce et lumineux, à l’allure étonnante, au don d’éléganceet auraffinement rares, porteurs de cette évidence et de cette certitude“lorsqu’elle paraît dans l’imagedes photos qui témoignent pour toujours d’elle, page 153, dans le passage n° 96, au rayonnement tel que sa seule ombre portée faisait cruellementfléchirimpitoyablement sa fille, la mère de la narratrice, comme le décrit superbement  le “passage” n° 41, pages 74-75, que voici :

Je regarde les photos de ma mère : cette fragilité, cette délicatesse maladroite, cette bonne petite gentillesse, et ce délié, cette gracilité de l’adolescence, la douceur de son regard, cette soumission attentive, le sourire incertain, la nuque toujours un peu fléchie lorsqu’elle se trouve dans les parages du corps souverain _ lui _ et idéalement conformé _ tel celui de la Castiglione ! _ de sa mère. Sur ces images, c’est bien cela qui frappe le plus, l’ombre portée _ dissolvante, sapante, ébouleuse, rongeuse : faisant fléchir  _ de la mère _ superbe observation ! de la petite-fille de cette grand-mère-là…

Ma mère enfant se tient toujours fléchissante _ la nuance négative l’emportant au final sur le fléau qui semblait hésiter encore de la balance… _ aux côtés de la sienne.”

Et cette précision, encore, déjà mentionnée dans les articles précédents surL’Exposition” : “Ce fléchissement, ce repli du corps sur lui-même, c’est,

je le reconnais, je n’ai pas cessé de le reconnaître,

étant moi-même à ses côtés, la soutenant, l’aimant, et elle, si tendre, si aimante, si confiante,

c’est bien la honte _ de soi _, le mot est comme une tombe, page 41 :

voilà la conclusion… 

Bref, en “Zone” comme en “L’Exposition“,

il n’y a de salut (des narrateurs _ et, en amont, des auteurs ? puis, en aval et à leur suite, des lecteurs ?..) _

que dans l’œuvre réalisée personnellement, et en un vrai style,

où s’entend toute la palette d’une voix infiniment riche

et qui ne réduit jamais le visage à cet “entassement des spectres qui n’en font d’ordinaire trompeusement qu’un, comme l’énonce superbement la narratrice deL’Exposition, page 77 ;

ni ne se confine dans cette “vision d’horreur à la “Psychose d’Alfred Hitchcock, où ne se voit que “le visage de la mère grimée sur le visage du fils, à la page page 78 de cette mêmeExposition

comme y songe la narratrice de l’enquête, se remémorant l’aventure de son “exposition” envisagée (une “carte blanche” laissée, donnée) au “musée de C…” ; et finalement (la “carte blanche” retirée…) avortée.

Comme dans le monologue intérieur du narrateur de “