Quiriny on ne s’en lasse pas
26juil
26juil
25juil
Pour le bonheur des libraires, les éditions Gallmeister, dont la ligne éditoriale est de faire découvrir des écrivains de renom inspirés par le “nature writing” un courant littéraire Américain consacré à la défense de l’environnement, existent déjà depuis trois ans. Citons, par ordre chronologique les écrivains déjà publiés :
Gerald Durrell, écrivain anglais naturaliste avec l’inénarrable Ma famille et autres animaux
John Haines avec Vingt-cinq ans de solitude un classique de la littérature du grand Nord
Pete Fromm qui nous immerge avec Indian creek - au coeur d’un hiver dans les Rocheuses une expérience inoubliable et passionnante
Robert Hunter : Les Combattants de l’arc-en-ciel, témoignage sur Greenpeace (la plus célèbre organisation d’activistes écologistes au monde)
Edward Abbey dont les romans noirs Le gang de la clef à molette ou Le feu sur la montagne sont devenus des romans cultes
Doug Peacock, ancien vétéran du Vietnam qui consacre désormais sa vie à la défense de la faune et de la flore, ayant trouvé dans cette activité un exutoire aux horreurs de la guerre
Rick Bass et son Livre de Yaak : la vallée dans laquelle il a choisi de vivre avec sa famille mais où il redoute à plus ou moins loin terme la destruction par la déforestation
Enfin dernier en date Alan Tennant et le très bel En vol sur la migration du faucon pèlerin à travers l’Amérique vue par deux jeunes naturalistes un peu marginaux.
Face plus sombre du “nature writing”, l’originale collection Noire nous révèle les turpitudes des hommes dans ces grands espaces calmes, bien que parfois menaçants, grâce à Jim Tenuto, dont l’intrigue de La Rivière de Sang se situe dans le mythique Montana, alors que les deux romans de William Tapply et de son attachant héros Stoney Calhoun, Dérive Sanglante et Casco bay, se déroulent dans le faussement paisible Maine.
Paraîtra le 25 août prochain de Howard McCord L’Homme qui marchait sur la lune ou l’histoire d’un homme qui arpente inlassablement une montagne au coeur du Nevada. Que cherche-il à fuir ? Les libraires, en pleine préparation de leur rentrée littéraire, en ont une petite idée…
Martine et Olivier
24juil
La nouvelle était annoncée depuis quelques semaines, le monde se presse depuis le 25 juin pour s’emparer du “nouveau Vargas” qui s’annonce comme l’un des romans de l’été en passe de concurrencer les amateurs du fameux Millénium. Car qui aura l’audace de ne pas se réjouir d’un tel phénomène attendu impatiemment depuis deux ans avec Dans les bois éternels, soit le retour du plus attachant des commissaires, Jean-Baptiste Adamsberg ?
Dans ce onzième “rompol” (ainsi que l’auteure définit ses oeuvres), Fred Vargas aime de nouveau déployer ses talents de conteuse hors pair et réjouira avec certitude tous les passionnés de son univers subtilement décalé. Héritière d’un père membre du groupe surréaliste, elle-même toujours à la “trace” des indices dans son métier d’archéozoologue, elle nous convie une nouvelle fois dans une préhistoire enchanteresse, à la frontière du conte fantastique de tradition européenne. Car c’est bien en Europe que se situe cette sixième aventure de notre commissaire national antihéros impassible mais à l’intuition géniale, à rebours de la méthode déductive dans le typique roman à l’anglaise (Agatha Christie, Conan Doyle, Chesterton pour ne citer qu’eux). Dès le premier chapitre, le lecteur se trouvera en terrain conquis puisque Adamsberg qui doit partir à Londres participer à un colloque sur les flux migratoires sera quelque peu retardé par… la mise à bas et le sauvetage in extremis de la chatte de son voisin Lucio! On retrouve avec délectation cette “Vargas touch” unique qui allie fantaisie poétique et humour décalé tout en finesse depuis l’apparition d’Adamsberg dans L’homme aux cercles bleus (1990 chez Viviane Hamy, réédité en poche chez J’ai lu en 2002). En effet, de Londres où l’équipe d’Adamsberg (l’attachement aux personnages secondaires toujours bien fouillés) se trouve confrontée à une scène macabre de pieds coupés et… chaussés dans le cimetière de Highgate à la paisible banlieue parisienne où l’horreur atteint son apogée par la découverte du corps littéralement pulvérisé de Pierre Vaudel (mais sans effet vraiment “gore” pour autant ! ) amènera après une première partie assez longue à un voyage en Serbie bien plus rythmé. Là, Adamsberg fera le jour sur les deux affaires précédentes qui le conduiront sur la trace des liens de… son propre sang! mais chut… n’allons pas déflorer le secret plus avant !! Sachez seulement qu’une sombre et archaïque superstition de vampires rôde dans cette région hostile (néanmoins peuplée d’hôtes accueillants) et pèse dangereusement sur Adamsberg qui pourrait bien y laisser sa peau… Cette déambulation européenne sonnerait-elle la fin de notre brave
Petit échange sur le rayon polar, entre deux libraires : Véronique et Karine.
Karine - Je l’ai fini hier soir, j’étais à la fois triste de quitter Adamsberg et sa brigade mais tellement heureuse d’avoir retrouvé ma chère Fred Vargas !
Véronique - Tu ne trouves pas qu’elle se répète un peu ? Car la thématique ne m’a pas surprise, l’intrigue est schématique, destinée plutôt à plaire au grand public, même si je trouve qu’à partir du départ du commissaire en Serbie, l’intrigue prend du relief et devient plus prenante…
K - Moi, j’y adhère toujours, mais c’est vrai qu’on peut se lasser - ce qui n’est pas mon cas ! Grâce au charme de l’invraisemblance, elle réussit une fois de plus à nous mener avec bonheur dans son imaginaire inimitable.
V - Le début m’a tout de même surprise ! Ses allusions subtiles à la politique européenne en matière d’immigration sont audacieuses : pour ceux qui la trouveraient trop consensuelle, là j’ai découvert un engagement, une prise de risque pas évidente de prime abord.
K - Car comme à chaque fois, elle sait nous surprendre par une facette inédite qu’elle développe - ici Danglard tombe amoureux, ce qui n’est pas rien !
V - Elle nous divertit certes mais on l’aimerait plus incisive, non ?
K - Cela ne m’a pas gênée, j’étais séduite une fois de plus, et j’ai hâte de l’être encore et encore… Vivement déjà la prochaine fois !
Que les “mordus” se rassurent : Fred Vargas, malgré ou grâce à ce (sur)réalisme poétique qui tisse ses romans, réussit une fois de plus à nous mener bien plus loin qu’on ne l’aurait pensé de prime abord, dans les dédales de son écriture inimitable qui n’appartient qu’à elle seule… Et rien que pour cette singularité bienvenue dans le polar souvent “noir”, la sensibilité vargassienne a toute sa place…
23juil
Ce livre des éloges, tout simplement, est merveilleux. Alberto Manguel, amoureusement et passionnément lié à la lecture et aux livres, utilise l’éloge afin de transmettre et de partager son enthousiasme, sa curiosité sur divers aspects du monde. De l’Histoire de la lecture, au Journal d’un lecteur ou Dans la forêt du miroir (Essais sur les mots et le monde), toute son oeuvre offre une place essentielle à la littérature, en l’envisageant dans sa totalité. Il nous engage dans un acte généreux de lecture, de transmission d’une mémoire littéraire, se situant toujours dans l’échange avec l’autre. Ces 14 textes, d’un genre entre essai et fiction, ne nous obligent en rien à posséder des connaissances grandement littéraires. Ce sont de vraies pochettes surprises à l’intérieur desquelles on découvre des auteurs, des anecdotes, des souvenirs, des formats de livres, des lieux mais aussi une porte ouverte sur sa bibliothèque qui, comme il l’avoue, est une sorte d’autobiographie, chaque exemplaire dessinant une strate dans les âges de sa vie. C’est alors un vrai bonheur que de partager avec lui ses tentations littéraires ; sa défense des librairies et des libraires (sujets malmenés à l’avenir incertain) ; des livres de poches plus maniables (à l’heure du téléchargement) ; et de frayer avec son maître et ami : Borges. Goûter aux éloges de Manguel, c’est découvrir la richesse d’un auteur à la double culture (franco-argentine) dont “l’oeuvre-vie” est la littérature au-delà des frontières. Son texte sur la France est un vrai plaisir. A la manière d’un inventaire, Manguel l’argentin, énumère tout ce qui le relie à son image symbolique française : Mme Du Deffand y côtoie le ventre de Depardieu ; au dimanche matin à Dijon succède l’insupportable voix de Nicole Croisille. On y retrouve aussi le mot ” marjolaine”, les marchandes des quatre saisons, “la noisette”, et encore et toujours la passion de la langue.
Alberto Manguel, Le livre des éloges, L’Escampette
22juil
On a beaucoup parlé de l’écrivain et journaliste Jean-Paul Kauffmann dans les années 80 puisqu’il a été retenu en otage pendant trois ans au Liban au moment de la guerre.
L’auteur est à la recherche d’une maison, un havre de paix, « la maison du retour » comme la maison du retour au monde, du retour à la vie. Et c’est dans les Landes qu’il finit par s’établir. Il a le coup de foudre pour une maison en ruines appelée « Les Tilleuls », un ancien repaire pour filles de joies fréquenté par les Allemands pendant la deuxième guerre mondiale. Qu’importe son histoire, cette maison semble lui envoyer des ondes positives qu’il ne peut pas ignorer.
Ici commence l’histoire d’une véritable fusion avec cette propriété et la nature environnante. L’auteur campe au milieu des travaux et de même qu’il va apprivoiser les lieux, c’est lui-même qu’il va parvenir peu à peu à apprivoiser.
Pour les amateurs des Landes, vous trouverez dans ce roman de magnifiques évocations des paysages, du climat et de l’ambiance sauvage de cette région. Kauffmann dresse aussi un portrait ironique et très bien senti de la bourgeoisie de campagne.
La Maison du retour demeure avant tout un jubilant témoignage sur le bonheur d’être vivant. Sans jamais sombrer dans le pathos - la période de captivité au Liban est évoquée en creux finalement - l’auteur nous parle d’un retour à soi et au monde et nous invite par là même à réfléchir à notre propre univers personnel et à notre jardin secret.
21juil
Un ultime roman paraîtra le 25 août prochain sous le titre Best love Rosie faisant suite à l’inoubliable Chimères (tous deux publiés par Sabine Wespieser) inspirée de la propre histoire de cette grande dame de lettres irlandaise qui vient de nous quitter. Lorsque Rosie retrouve, à Dublin, la tante qui l’a élevée à la mort de sa mère, une vieille dame indigne appelée Min, cette dernière pourtant âgée de 70 ans, alcoolique à ses heures et lasse d’une vie terne, décide de partir à son tour pour New-York afin de démarrer une autre vie. S’ensuivra un chassé-croisé téléphonique des plus cocasses entre elles deux. Restée seule à Dublin, Rosie entreprend de restaurer une vieille bicoque au bord de la mer, héritage de ses parents, pour vivre en pleine nature, entourée de ses animaux. C’est prétexte à une méditation sur des questions d’ordre existentiel qui lui sont chers : comment intégrer dans une vie qui semble avoir de moins en moins d’épaisseur passée la cinquantaine, l’idée de vieillir, d’être seule, en manque d’amour, comment accepter de n’être plus dans la facilité des rencontres, de n’être plus courtisée, sollicitée, sinon de manière ponctuelle ? Des pages magnifiques qui nous bouleversent d’autant plus qu’elles n’auront plus d’écho. Le meilleur hommage à rendre à Nuala O’Faolain, c’est de la lire, de la relire, ou de la découvrir, car elle demeurera une écrivaine de référence, une féministe de valeur.
Et pour finir, citons-la, ce sera la meilleure façon d’illustrer son dernier livre:
“Ne pouvais-je envisager mon propre automne comme une saison riche de couleurs”?
18juil
L’action du prochain livre de Ian McEwan, le fécond et brillant romancier britannique très apprécié sur nos côtes, se passe il y a moins de cinquante ans et pourtant on se demande souvent en le lisant (en le dévorant, avouons-le) s’il ne se déroule pas il y a plus d’un siècle. Les moeurs ont donc tellement changé au tournant des années 60 ?! Jugez-en avec ce petit roman qui est une pièce d’orfèvrerie : unité d’action, de temps, de lieu avec des retours en arrière qui alimentent notre réflexion sur la situation exposée, allers-retours entre les deux protagonistes, souci du détail signifiant, habileté des gros plans, tout est mis en oeuvre pour augmenter notre empathie et accroître le malaise qui nous saisit. S’il fallait résumer Sur la plage de Chesil, on dirait qu’il y est question de la nuit de noces d’un jeune couple en 1962 (période de l’âge glaciaire où avoir les cheveux au bord des oreilles était une effroyable révolution), tous deux étant vierges au moment d’entamer ce qui s’annonce pour l’un comme le couronnement de mois d’attentes et de fébrilité amoureuse, pour l’autre comme l’instant crucial du don de soi sans ferveur. L’amour, il en est question tout au long des épisodes qui ponctuent cette aventure, car tous les deux sont profondément amoureux mais quand l’un est tenaillé par son désir l’autre est harcelé par son absence. Nous allons ainsi vivre les heures, les minutes, les secondes qui font de deux quasi inconnus enamourés des êtres proches liés pour la vie. On ira pas ici dénaturer ce livre en vous plongeant dans les détails car, précisément, c’est dans l’accumulation des détails que ce roman est diabolique. Perceur des âmes comme d’autres le sont de coffres, Mc Ewan fore dans l’intimité de ses personnages, omniscient et impitoyable. Et il a le temps avec lui car l’épilogue de son histoire a lieu quarante ans plus tard et c’est poignant.
Vous l’aurez compris, ce bref roman est un des livres majeurs de cette rentrée.
17juil
Eric Holder n’a rien de la figure du “régional de l’étape”, celui que l’on soutient parce qu’il habite à deux pas ou qu’il raconte les trépidantes aventures d’autochtones que nous connaissons parce qu’ils nous ressemblent. On a bien appris qu’il s’était installé dans notre douce région, et son dernier roman offrait des décors qui nous étaient familiers, mais notre résistance à lui coller cette étiquette l’emportait sur les considérations locales (car être local vous assure malgré tout un public, de celui que l’on nomme “captif”…). Le problème se posera-t-il de nouveau lors de la sortie de son nouveau livre De loin on dirait une île à paraître au Dilettante en septembre ? D’emblée on peut annoncer que ce court livre possède la plus belle quatrième de couverture de la rentrée : la plus limpide, la plus forte, la plus totale…qu’on ne déflorera pas. Ni recueil de nouvelles (ce que nous préférons de Holder, un genre où il excelle), ni roman, ce texte ressortit au domaine un peu vague du récit : celui qui nous parle, se confie, se cherche, se raconte, c’est Holder lui-même, installé depuis quelques années dans le Médoc avec sa compagne D., éditrice, qui rêvait de côtoyer l’océan et d’y poursuivre sa vie. Etre écrivain - et ce texte est à ce titre une très fine analyse de cette “condition” qui n’est jamais un métier -, c’est avoir beaucoup de temps libre ou supposément tel, et il faut remplir ses journées avec ce que l’on peut voir assis depuis la chaise d’un bar de Soulac, sentir se former un personnage dans l’étude de quelqu’un, se laisser traverser par ses impressions, par la beauté d’un paysage. Mais être écrivain, c’est aussi affronter le regard et le jugement de ceux pour qui vous n’êtes qu’un oisif suspect, un mateur louche, un étranger dont on ne comprend pas les mobiles. Cette expérience cruelle, Holder l’a vécue, victime d’une hostilité face à laquelle il refusait de se dérober (il y a un côté obstiné chez lui qui force l’admiration), et pourtant il ne semble pas avoir jamais remis en question sa présence sur cette terre étrange, ce bout de terre aussi isolé qu’une île, face au spectacle sans fin recommencé des vagues puissantes qui interdisent aux hommes de bâtir des ports. D’abord témoin de ses démêlées, nous devenons vite complice du regard sans complaisance qu’il porte sur ce monde à part et sur lui-même, lonesome cowboy juché sur sa moto, père d’un adolescent qui a beaucoup à lui apprendre, écrivain toujours sur le fil du doute. On aimait jusqu’alors le Holder écrivain, sans doute aime-t-on désormais le Holder médocain grâce à ces “nouvelles du Nord” Gironde…
16juil
En ces temps de migration collective, tandis que les autoroutes se remplissent de véhicules qui semblent former un fleuve, l’envie de respirer nous prend. Dans ces cas-là, un petit détour par la littérature de voyage est source d’oxygène (et d’espoir…). Qu’en retirons-nous ? L’ombre de la route de la soie tout d’abord que nous avions évoqué le mois dernier et paru chez Hoëbeke. Son auteur, Colin Thubron, ethnologue dans l’âme, baroudeur de l’extrême, est un anglais remarqué dans les années 90 grâce à ses récits rapportés de la Russie d’après-guerre (Les Russes, Payot) puis Derrière la grande muraille disponible chez Payot, qui obtint le Thomas Cook travel book award. Son dernier livre nous entraine sur les routes de la soie, de Xian en Chine à l’Anatolie, en passant par l’Iran, l’Afghanistan, l’Ouzbékistan, le Kirghistan et la Turquie :des contrées dont il nous livre avec passion les moindres anecdotes de vie et d’histoire : en tout 11000 kilomètres et huit mois d’aventures sur les routes et dans l’univers fascinant de l’Orient…
Daniel Rondeau nous emmène moins loin avec son Carthage paru chez Nil. Cet écrivain, français cette fois, par le biais de nombreux ouvrages a su nous captiver et nous faire découvrir des lieux chargés d’histoire. Journaliste, rédacteur en chef des pages culturelles de Libération, grand reporter au Nouvel Observateur, puis éditorialiste à L’Express, il fonda en 1987 les éditions Quai voltaire où il permit de redécouvrir l’oeuvre de l’écrivain américain Paul Bowles ; désormais il préside aux destinées de la prestigieuse collection Bouquins. Couronné de nombreuses fois pour l’ensemble de son oeuvre, il consacre aujourd’hui encore beaucoup de temps à l’écriture. Après Istanbul, Tanger et Alexandrie tous publiés chez Nil, Carthage nous emporte au coeur de cette cité antique de renom, mal connue car illustrant cruellement l’adage “malheur aux vaincus”.
Sylvain Tesson connaît actuellement un vif succès avec des ouvrages parfois bien difficiles à classer car les cantonner dans la seule littérature de voyage pourrait sembler restrictif. Avec Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages petit livre idéal pour la poche, il renoue avec le succès. Cet aventurier a réalisé un projet audacieux : celui de refaire à pied et à cheval la célèbre “marche forcée” de Slavomir Rawicz (lequel en 1941, aprés s’étre évadé du goulag soviétique réussit, avec plusieurs autres détenus, dans des conditions de survie extrêmes à rejoindre l’Inde). Explorateur de l’Asie centrale, du Bhoutan, de l’Himalaya, géographe, il se livre au gré de ses découvertes en écrivant des petites notes qui composent au bout du compte un joli petit recueil d’aphorismes.
Et pour repartir au bout du monde Galsan Tschinag le plus célèbre auteur mongol. Issu d’une famille de chamans du Haut-Altai, il a tout quitté pour aller suivre des études en Allemagne. Devenu écrivain, il se consacre depuis plusieurs années à l’étude et à la protection de son peuple que menace une modernisation ravageuse qui clochardise cette fière peuplade de cavaliers. Tous ses romans sont imprégnés par son enfance, son vécu et son savoir sur la Mongolie d’hier et d’aujourd’hui. L’enfant élu (Métailié) qui vient de paraître nous raconte le destin d’un jeune homme du XVIII° siècle dont on a fait par malice un supposé élu de son peuple et qui va justifier contre toute attente la fumeuse prédiction en devenant le fédérateur de la résistance à l’envahisseur chinois. Plus classique que ses précédents livres, il permettra à ceux qui ont besoin d’une intrigue de s’intéresser du même coup au destin des Mongols qui furent autant de grands maîtres que de tristes victimes.
15juil
“Et si t’allais voir là-bas si j’y suis ?
…Ici l’espace s’étend sans aucune limite.
…Il suffit de regarder nos maisons pour constater que nous construisons contre l’espace, de même que nous buvons contre la souffrance et la solitude. Nous “remplissons” l’espace comme si c’était une coquille vide, avec des choses dont l’opacité nous empêche de voir ce qui est déjà là. “
La consolation des grands espaces, de Gretel Ehrlich.
Certaines lectures ont le don de vous inciter à interroger autour de vous vos voisins, vos amis, vos collègues sur un sujet tarabustant. Le très beau roman de G.Ehrlich a eu ce pouvoir puisqu’il m’a incité à aborder quelques libraires pris au hasard et à les interroger sur la notion de “retour à la nature”…Voici les résultats de ce petit questionnaire :
1- Avez vous déjà envisagé de tout quitter pour opérer un retour à la nature ?
C. : oui
O. : non.
R. : Oui, si j’étais étudiante…
D. : non, à moins que les villes disparaissent
E. : oui
2- Quel serait le lieu choisi pour ce retour à la nature ?
C. : le Cap de la Chèvre dans le Finistère
O. : le Grand Nord avec les inuits
R. : la Drôme
D. : la très très haute montagne, sans les inuits
E. : sur l’île d’Ouessant, pieds nus dans la Lande
3- Quel est le livre qui représente pour vous l’idée de retour à la nature ?
O. : Le petit bleu de la côte ouest, de Manchette et Le Gang de la clef à molette de Edward Abbey.
D. : La Montagne morte de la vie, de Michel Bernanos.
C. : La Fin du chant, de Galsan Tschinag pour les descriptions de vie au fil des saisons et le nomadisme des steppes mongoles
et La Consolation des grands espaces pour la recherche de solitude et le rude et magnifique travail de gardien de troupeau dans le Wyoming.
E. : Que ma joie demeure, de Jean Giono.
R. : Une Année à la campagne, de Sue Hubbell pour l’isolement volontaire de l’héroïne.
Une bibliographie sur ce thème :
Walden ou la vie dans les bois, de H.D. Thoreau. Gallimard, coll. l’Imaginaire : pour le journal quasi scientifique tenu par l’auteur
La Consolation des grands espaces, de Gretel Ehrlich. Coll. 10/18 : pour la beauté et la rudesse des grands espaces
Une Année à la campagne, de S. Hubbell. Gallimard Folio : pour la démarche d’isolement d’une femme à la campagne
La Maison du retour, de J.-P. Kauffmann, Gallimard, folio : pour la réflexion jubilatoire sur la joie d’être vivant.
Un été prodigue, de B. Kingsolver. Coll. Rivages
L’Enfant et la rivière, de Henri Bosco. Gallimard, folio : pour la découverte de la nature et de ses dangers par un enfant curieux
Feuilles d’herbe, de Walt Whitman. Gallimard, coll. Poésie : pour l’ôde à la nature et le transcendentalisme deWhitman
Les pieds dans la boue, de Annie Proulx. Rivages poche : pour les cowboys.
Mon Antonia, de Willa Cather. Rivages poche : pour la description de la dure réalité des pionniers et du mythe de la “frontière” symbolique et sans cesse repoussée.
parmi plus de 300 000 titres.