Jaccottet chantre majeur

— Ecrit le Jeudi 24 avril 2008 dans la rubriqueEn poésie”.

Philippe Jaccottet C’est à la rencontre, voire (pensez-y !) à la fréquentation d’une « vieille dame » indigne à laquelle nous vous invitons aujourd’hui sur ce blog. Loin de ses « procès » ou de ses rumeurs apocalyptiques, nous tenterons de se faire le relais régulier de son actualité la plus diverse.

Comment, vous ne savez pas de qui s’agit-il? Cessons là tout mystère ! Avare, elle donne pourtant sans conter, tantôt « muse sacrée » ou « lascive » offerte à qui ose en caresser le rêve (pour les Romantiques, notamment) elle nous charme secrètement sans rien perdre de ses précieux attraits. Politiquement incorrecte, proprement à contretemps car défiant les années avec une vivacité telle qu’on serait en droit de se demander, à l’instar d’une de ses voix contemporaines, Christian Prigent : A quoi bon encore des poètes ? (P.O.L, 1996)

Posons nous un instant sur un de ses discrets et pourtant chantre majeur, Philippe Jaccottet, à l’occasion de la sortie de son dernier recueil aux éditions Gallimard, Ce peu de bruits

clip_image002.jpgIci, nulle emphase, ni rhétorique, ni même une quelconque initiation ne sont nécessaires afin d’entendre le murmure de sa présence fragile mais inflexible, gage d’un lyrisme à peine effacé mais intact, car encore et sans cesse « de ce monde et pour ce monde ». Au soir de sa vie, au sein de la nature intacte de Grignan (son unique espace de création possible), Jaccottet parvient de nouveau à nous éblouir des sombres éclats de sa poétique, à mi-chemin entre prose et poésie, entre vie intensément éclairée par la grâce des poètes (qu’il traduit et dont il nourrit intensément sa propre oeuvre de poète, soit: Homère, Thomas Mann, Leopardi, Ungaretti, Musil, Hölderlin… ainsi que Rilke dont sa traduction des Elégies de Duino vient de paraître aux éditions La Dogana) et lucidité face à l’ombre grandissante promise par la disparition de ses poètes et amis (André du Bouchet…). Malgré l’indéniable mélancolie qui imprègne son écriture certes « crépusculaire » (ce depuis la fin des années 1940, soit ses premiers textes) comme le définit Pierre Assouline qui lui consacre un bel article , Jaccottet se défend de tout enfermement dans un nihilisme stérile tout en se reconnaissant à mi-mots dans les ultimes et lumineuses notes du Journal de Kafka (KAFKA, comme il nomme avec « vénération » le maître) qui sonnent tant à l’image de celles de ce noble héritier.

Voici quelques extraits de cette parole oraculaire visant définitivement à l’épure, soit au silence que sa suite impose à son tour:

« Ecrire simplement « pour que cela chantonne ». Paroles réparatrices; non pour frapper, mais pour protéger, réchauffer, réjouir, même brièvement. [...]

Jusqu’au bout, dénouer, même avec des mains nouées. » (pages 58-59)

« Sentiment de la fin du monde hors duquel je ne pourrais plus respirer. » (page 71)

« Sans doute est-ce dans ces conditions désastreuses qu’il faut réaffirmer ce qu’on aura vu dans l’ordre de la lumière avant la catastrophe. » (page 95)

« Il faut désembuer, désencombrer, par pure amitié, au mieux: par amour. Cela se peut encore, quelquefois. A défaut de rien comprendre, et de pouvoir plus. » (page 53)

 

 

Pour aller plus loin et écouter Jaccottet interviewé le 17/04/08 dans l’émission « Affinités électives » sur France Culture

 

L'envoie de commentaire est désactivé

Chercher sur mollat

parmi plus de 300 000 titres.

Actualité
Podcasts
Rendez-vous
Coup de cœur