Archives du mois de avril 2008

J.J. l’amoroso

09avr

Jean-Jacques Rousseau par Maurice-Quentin La TourLa ménagerie de Versailles de Frédéric Richaud nous avait fort réjoui l’an passé, nous tirant des petits concertos ou des lourdes symphonies habituellement joués dans la catégorie des romans historiques. Loin des descriptions foisonnantes, des couplets remâchés sur les grandeurs et vicissitudes de l’Histoire de France, avec une alacrité intelligente, il nous poussait dans les bras d’un courtisan de Louis XIV acharné à séduire son soleil en rêvant de lui offrir des animaux prodigieux. Emportés dans une farce aussi brève que tragique, nous échouions en Afrique où les bas des protagonistes se déchiraient allègrement.

Manifestement adepte de la forme courte, Richaud nous revient en ayant franchi un siècle et il déploie ses lumières fulgurantes sur la haute figure du grand Jean-Jacques et de deux de ses disciples qui ont érigé le rousseauisme en raison de vivre. Courtisans d’un autre genre puisqu’ils tentent de cultiver la philosophie comme d’autres leurs parcs, les frères Chapelet poursuivent la chimère de construire le royaume parfait où accueillir le Maître. Ils vont y engloutir fortune et illusions, offrant une nouvelle fois à Frédéric Richaud l’occasion de déployer son ironie. Le genre du conte, très méprisé dans nos contrées où le roman est roi, a trouvé avec cet auteur un orfèvre dont on guettera impatiemment les subtilités.

Llop le séduisant

08avr

Quelques personnes qui s’agitent dans un coin de la librairie et des exclamations qui fusent ; un petit groupe d’Espagnols entourent notre bureau où un espace est consacré à notre coup de coeur du moment. Fin, le visage taillé à la pointe, vêtu d’une veste sombre, un homme se réjouit et il nous semble percevoir dans sa joie soudaine, dans son accent, comme les signes que c’est bien l’auteur du livre élu qui est à deux pas de nous. Quand il commence à nous parler, d’abord en espagnol puis en anglais, nous réalisons qu’il nous remercie avec effusion et que son éditeur lui a signalé notre attachement, dès ses débuts, à son oeuvre forte et singulière. Nous voici donc sans prévenir en train de discuter dans un joyeux mélange de trois langues avec José Carlos Llop, l’auteur du très réussi Rapport Stein qui nous avait enthousiasmé avec Parle-moi du troisième homme et Le Messager d’Alger. Le monsieur est volubile et distingué, nous parle de Proust au Majestic, recherche des livres d’un excellent écrivain bordelais récemment disparu, Bernard Delvaille, dont il piste l’oeuvre poétique et séduit tout le monde par sa drôlerie que l’on dirait vite méridionale si l’on ne craignait pas de tomber trop vite dans le cliché. A notre tour de lui dire notre émerveillement devant ses qualités d’enchanteur, de souligner le charme perfide de ses romans, de nous inquiéter du sort de ses nouvelles pas encore traduites. Brève rencontre qui nous fait plaisir car il n’est pas donné tous les jours de croiser dans ses murs un auteur de Palma de Majorque.

Epilogue : nous aurions dû nous y attendre…M.Llop est revenu lundi, cette fois en quête du Dictionnaire François Mauriac juste paru d’E.des Garets, de la revue 303 consacrée à Julien Gracq, etc… en clair, un vrai fondu de littérature, un curieux tous azimuts.

Le Magasin des suicides, ou le summum du politiquement incorrect !

07avr

Couverture du Magasin des suicidés, de Jean TeuléJean Teulé est bel et bien un auteur « multi-cartes » : on le connaît pour les biographies qu’il a pu rédiger sur Villon et Verlaine (Je, François Villon, Pocket, O Verlaine, Pocket) , pour son roman Darling, adapté récemment au cinéma, mais encore pour le roman historique intitulé Le Montespan, sorti en grand format le mois dernier.

Avec Le Magasin des suicides, il nous prouve encore une fois qu’il peut écrire sur tout, avec brio, et avec souvent pas mal d’humour. Imaginez une boutique qui proposerait cordes, poisons, couteaux et autres articles morbides. Imaginez encore des employés dont la principale exigence commerciale serait de permettre aux clients de pouvoir le plus rapidement et le plus efficacement possible mettre un terme à leur existence. Le roman est complètement décalé, drôle très souvent, original, et pour le moins politiquement incorrect !

La lecture de ce petit OVNI littéraire a du coup donné envie à l’équipe Poche de mettre en avant tous les romans décalés, grinçants, qu’on peut ou qu’on a pu qualifier de « politiquement incorrect ». Citons pêle-mêle Comment je suis devenu stupide, La Conjuration des imbéciles, Lolita, L’Etourdissement, Le Journal d’un vieux dégueulasse Une vitrine et une table leurs seront consacrés prochainement. N’hésitez pas à nous faire part des vos choix et coups de cœur politiquement incorrects et rappelez vous bien, pour citer Desproges, que l’« on peut rire de tout mais pas avec tout le monde » !

Duras sous un autre jour

07avr

Cahiers de la GuerreLe rayon « poches » se fait encore une fois porteur de bonnes nouvelles:

Un nouveau Duras! et pas des moindres puisqu’il s’agit de ses Cahiers de la guerre, une compilation de textes écrits entre 1943 et 1949. Le texte se lit comme une une chronique du Paris des années noires, mais il renferme aussi des ébauches de ses plus grands textes. Les passionnés de Duras n’ont plus qu’a se réjouir. Pour les autres, ceux qui ne connaissent pas son oeuvre ou encore ceux qui se déclarent être les plus hermétiques, sachez que Cahiers de la guerre est sans doute la meilleure façon d’aborder l’auteur.

Acte I, scène 1

06avr

Lancer un blog est devenu une activité courante dont les Français sont les champions du monde, rappelant ainsi leur attachement à la chose écrite, eux que l’on sait déjà amateurs de parole et de débats. Mais se regrouper, à l’intérieur d’une grande librairie, pour prolonger sur la toile sa passion de l’écrit et des Lettres paraît déjà moins fréquent. Avec plus de cinquante libraires, la librairie Mollat dispose d’une étonnante puissance de lecture et d’un ensemble d’équipes acharnées à défendre leurs rayons. C’est cet enthousiasme, continué souvent le soir et les week-ends par des heures de lecture, qui a présidé à la naissance de cette idée : prolonger dans le monde virtuel du net notre insatiable activité et proposer aux clients fidèles, aux curieux, à ceux qui sont trop loin, notre vision au quotidien de ce métier et nos incessantes découvertes. La Littérature, regroupant différents espaces comme le policier, le poche, la critique, la poésie, le théâtre et toutes les littératures, se lance ainsi dans l’aventure.

Au gré de nos découvertes, de nos rencontres, grâce à des rendez-vous réguliers organisés dans des rubriques, vous pourrez nous suivre au jour le jour, découvrir nos coups de coeur en direct (et sans filet!), nous faire part des vôtres par des commentaires, nous vous tiendrons informés de la vie de nos rayons sans cesse en mouvement, des rencontres que nous y faisons, des choses que nous y voyons (comme Hugo parlait de ses « choses vues »). Bref, un vaste programme sans arrêt recommencé.

Mais place aux libraires !

Chercher sur mollat

parmi plus de 300 000 titres.

Actualité
Podcasts
Rendez-vous
Coup de cœur