Archives du mois de juin 2008

L’ennui est un sport de combat

30juin

lennui.jpg“La conversation de Charles était plate comme un trottoir de rue”. Gustave Flaubert dans Madame Bovary.

Ah ! Quelle drôle de sensation quand il point dans nos têtes !

On est dimanche, repas de famille à Eysines ( ville de la pomme de terre). Il fait beau alors j’ai mis le store et j’ai obligé tout le monde à déjeuner dehors parce que je n’ai pas de jardin dans le centre ville et je veux donc en profiter. A l’heure du café, tout le monde somnole un peu, je m’installe sur un transat, je m’ennuie dans le jardinet, j’attends je ne sais quoi, le monde est étrangement flottant. Comment dire ? Cela n’est pas désagréable, il est même assez doux de s’enfoncer dans cet état de “chamallow”. Prendre le temps de s’ennuyer pour mieux rebondir après, se forcer à s’ennuyer pour mieux en profiter.

Alors, voici une petite sélection traitant de l’ennui mais pour autant pas ennuyeuse :

Pour l’ennui comme art de rien faire (avec joie), César Capéran ou la tradition de Louis Codet (collection Motifs) fera tout à fait l’affaire. Capéran est un gascon bon vivant qui a érigé l’inertie en art de vivre, et c’est tout à fait plaisant !

En revanche, si vous avez envie de vous ennuyer avec un frère et une soeur en Auvergne dans leur ferme et d’affronter leur quotidien ritualisé et vide, lisez Les Derniers indiens de Marie-Hélène Lafon. C’est noir et dur mais cela retranscrit tellement bien ce quotidien du néant…

Si vous recherchez l’ennui languissant, essayez ce roman magistral qu’est l’Amant de Lady Chatterley où notre belle héroïne s’ennuie ferme dans sa demeure et attend l’émoi et l’étincelle du désir se cachant au coeur du bois.

Alberto Moravia, traite également de ce thème éternel dans un roman réaliste s’intitulant l’Ennui (GF Flammarion), dans lequel le héros, un peintre raté narre le sentiment d’ennui qu’il définit comme une distance par rapport à la réalité. Rien ne le touche jusqu’à ce qu’il tombe amoureux… Affaire à suivre.

Enfin, en philosophie, Lars Svendsen analyse ce sentiment dans Petite philosophie de l’ennui. Après avoir passé une année sabbatique à ne rien faire, il analyse l’ennui dans le quotidien et sous toutes ses coutures historiques, culturelles et personnelles.

Il n’y a donc que l’embarras du choix et on peut découvrir toutes les facettes de cette sensation étrange, parfois amère et cruelle et parfois douce.

Chant d’un cygne

28juin

Dinu Lipatti (cliché EMI)Quiconque a eu la chance d’écouter l’enregistrement du dernier récital du pianiste Dinu Lipatti, mort à trente-trois en 1950, ne pourra qu’être ému voire bouleversé par le brillant roman que vient de consacrer à ce génie du piano André Tubeuf, incontournable spécialiste de musique et élégant romancier (on se souvient des Enfants dissipés paru chez Gallimard dans les années 80). La Quatorzième Valse n’est pas un essai, ni même un “tombeau”, ce genre littéraire tombé en désuétude qui permettait à des écrivains de se livrer à l’hommage, c’est un véritable roman qui prend la pari de faire parler celui dont on ne connaît désormais plus que les notes, cet émigré venu de Roumanie et réfugié en France où l’amitié de quelques uns lui permit d’entamer une fulgurante carrière de concertiste. Pénétrant dans son intimité, dans les méandres de sa réflexion sur son art, dans ses rencontres (très beau passage sur son échange avec Joë Bousquet, ce médisant par bonté cloué sur un lit de souffrance), il donne chair à un être lumineux et inquiet, cerné par une maladie qui le rend vulnérable à tout sans lui interdire la fusion avec sa musique. Sous la protection de l’ange, de Bach, de Mozart, de Chopin, Lipatti fait l’expérience qu’”on ne sait rien de la vie tant qu’on ne sait pas quelque chose de la mort” et lui qui s’amincit, qui en deviendrait presque transparent, au lieu de disparaître prend une force éclatante. On conseillera donc ce court roman à tous ceux qui s’interrogent sur ce mystère de l’élection des génies qu’André Tubeuf approche sans grandiloquence, trouvant à son tour une musique, un rythme pour dire l’indicible. Et écouter ensuite Chopin, interprété par Lipatti, pourra offrir au lecteur l’occasion d’une belle épiphanie.

Retour à La Noue

27juin

Il n’aura pas fallu attendre longtemps avant d’avoir des nouvelles, brèves certes, mais bien vertes d’Alain Gluckstein déjà bien présent sur ce blog puisque nous parvient, toujours à l’enseigne de Folies d’encre, son dernier né : une journée à La Noue la belle, quartier haut en couleurs déjà merveilleusement raconté dans Dernier novembre à la Noue, vue par un témoin qui ne ménage ni le suspens ni les effets pour nous immerger dans ce lieu où l’inauguration d’un parc à skate, événement universellement montreuillois au sein d’un pays où l’usage de commémorer et d’inaugurer devient un vice dont se repaissent toutes les municipalités, prend des airs d’épopée et de feu d’artifice. Soixante pages à peine, une heure de lecture que vous pouvez prendre dans un parc, et une véritable occasion de s’amuser et de se réjouir de la verve inventive du dénommé Gluckstein dont on ne répétera jamais assez le talent et dont on louera le style sans se fatiguer. Et n’allez pas vous étonner ensuite que l’office du tourisme de Montreuil, s’il existe, soit débordé par l’afflux des nouveaux estivants en quête de sensations dans cet eldorado de la drôlerie…
Quasi la Noue, Folies d’encre.

Un rigolosophe à deux-roues

26juin

Didier TronchetIl existe une catégorie d’hommes qui, n’ayant peur de rien, n’attendent pas les beaux jours ou l’engouement passager suscité par le Tour de France, pour prendre leur vélo et parcourir quelques kilomètres salvateurs. Ces hommes, ce sont les cyclistes urbains, qui affrontent quotidiennement et avec courage les éléments, qu’ils soient climatiques ou automobiles. Mais n’allez surtout pas croire que le cycliste, avec son allure débonnaire ou en lutte avec son engin à deux-roues, n’a pas le temps de méditer. Bien au contraire, il semble plus que jamais que la selle de vélo soit le lieu privilégié pour réfléchir sur sa condition et sur son environnement, si bien que l’on peut parler, à l’image du Petit traité de vélosophie de Didier Tronchet, de véritables “conquistadors cyclistes”, fomentant une sorte d’éthique vélosophique.

Didier Tronchet est un récidiviste. Il nous a déjà offert un Petit traité de footballistique, sympatiques chroniques promptes à décomplexer tous ceux atteints de footite aigüe et qui le vivent mal. Il est également dessinateur et scénariste de bandes-dessinées, qui versent souvent dans le cynisme et l’humour noir, à l’image de ses deux héros récurrents, Raymond Calbuth et Jean-Claude Tergal.

Dans son Petit Traité de vélosophie, qui vient de paraître en J’ai lu, Didier Tronchet nous livre ses réflexions sur la supériorité du vélo sur les autres modes de transport, n’en déplaise à l’ “homo voiturus”. Pas besoin de repasser trente fois dans la même rue pour se garer, une pollution atmosphérique et sonore égale à zéro, plaisir de remarquer des détails et des paysages que l’on n’aurait pas le temps de voir en voiture, la petite reine a décidément tout d’une grande ! Ce petit traité de vélosophie permet également de relativiser quant à l’apparition de certaines complications liée à la pratique du deux-roues. Le temps vire à l’orage ? Tant mieux, on appréciera d’autant plus le plaisir éternel du chocolat chaud en rentrant, tandis que les chaussettes fument sur le dossier de la chaise et que la pluie continue à clapoter contre les carreaux. Et puis le cycliste est naturellement immunisé contre le “syndrome de la Coccinelle de Monte-Carlo”, cette fureur incompressible qui s’empare de tout automobiliste s’apercevant que sa voiture est rayée, comme si sa voiture était vivante et qu’on s’était attaqué à un membre de sa famille. Quant à notre cher vélosophe, il n’est même pas sûr qu’il s’aperçoive d’une rayure profonde tant l’apparence de son vélo ne lui semble pas essentielle.

Vous l’aurez compris, ce petit traité est un condensé de réflexions inventives et drôles qui refont le monde du haut d’une selle. Une fois n’est pas coutume, nous espérons que l’actuelle prise de conscience collective quant aux grandes questions sur l’environnement rendra ce livre anecdotique et donc obsolète, et que les Vélib’ fleuriront dans une majorité de villes, signant ainsi la victoire des velomanes sur les homo voiturus.Petit traité de Vélosophie

Préparez-vous…

25juin

des livres…La rentrée Littéraire commence bien plus tôt qu’on imagine pour le libraire : dès le mois de mai, le voilà invité à écouter des éditeurs enfiévrés qui savent qu’ils vont publier de grands livres mais craignent que nul ne s’en aperçoive. Les réunions ou les repas se multiplient, donnant un peu le tournis et aiguisant des appétits qu’on a pourtant peu besoin de forcer. Notre placard à services de presse se remplit donc à grande allure d’épreuves volantes ou brochées, corrigées ou non corrigées, de livres sans code-barres, de livres à l’achevé d’imprimer postérieur au jour où vous le recevez, d’extraits, d’annonces, de prières d’insérer, une masse de papier dans laquelle il va falloir plonger pour en retirer les perles de l’automne prochain. Ce blog, si neuf pour nous, va nous permettre de vous dévoiler ainsi, tout au long de l’été quelques unes de nos découvertes, de nos tentations et de nos espoirs de succès. Alors, qui sera le premier ?

Sillage en rafale

24juin

Pierre Mac Orlan, Thomas Hardy, Ivan Tourgueniev, Camillo Boito

 

 

Joli tir groupé pour la petite maison parisienne Sillage, petite mais sans complexe face aux grands noms qu’elle aligne avec constance depuis sa création. Partisan d’une ligne graphique épurée qui fait seulement varier la couleur du “s” initial, l’éditeur sort sous sa blanche couverture quatre chefs-d’oeuvre, rien de moins, sauvés du relatif (quoique temporaire sans doute) oubli auquel leurs maisons d’origine les condamnaient.

 

 

Par ordre de taille (critère objectif qui nous évite le risque du podium), nous avons tout d’abord Senso de Camillo Boito, un livre sublimé par la caméra de Visconti en 54 qui nous plonge dans la Venise autrichienne du XIX° siècle avec une histoire de délicieuse et implacable vengeance de femme bafouée. Si les images viscontiennes s’imposent à nous, ce court roman offre sa grâce qui témoigne du renouveau de cette littérature italienne fin de siècle (le livre date de 1883).

 

 

Tout aussi célèbre, Dimitri Roudine, évadé pour quelques temps du catalogue de Stock où il a tellement rosi dans la petite cosmopolite qu’il a disparu des étagères, nous revient dans la traduction d’origine. Là encore il est question de passion et personnage beau parleur : le héros de Tourgueniev, ce Polonais dont on saisit mal les mobiles et que l’on soupçonne des pires intentions à l’égard des jeunes filles, cache peut-être un grand coeur. Ne lui manque-t-il pas cependant le lieu et l’heure pour éprouver sa bravoure autrement que dans la conquête de salon ? L’éditeur nous dit que ce livre “marqua durablement” le jeune Henry James, on le croit volontiers.

 

 

Plus épais, un grand roman de Thomas Hardy, à notre avis le plus grand des Victoriens (mais le débat est ouvert…) : Le Maire de Casterbridge , épuisé en folio et repris dans sa traduction d’époque (doit-on s’y fier ? de 1922 et signée Philippe Neel, elle prête à la suspicion des traductions de l’époque parfois un peu légère sur l’intégrité du texte mais sa finesse la sauve du doute) renaît pour le plus grand bonheur des défenseurs et inconditionnels de l’auteur de Tess d’Urberville dont nous sommes. S’il n’est sans doute pas le meilleur des romans de Hardy, il possède assurément un vibrato et une puissance peu commune. L’an passé Corti avait sauvé de l’oubli Le retour au pays natal qui s’ouvrait par une ahurissante scène d’exposition, travail d’orfèvre qui soufflait le lecteur conquis par un champ de vision multiplié. Avec cet autre roman, Hardy confirme sa puissance de feu en nous imposant un anti-héros dérangeant parce qu’échappant au manichéisme auquel nous aimerions le réduire. Le genre de livre à lire à la campagne, à l’abri d’un chêne centenaire.

 

 

Et pour finir un célèbre auteur français fort méconnu que tout le monde pense avoir lu à un moment ou un autre mais sans en être certain. Pierre Mac Orlan est désormais étudié par des collégiens (ah ! ce bon chien jaune…) ou des adultes traversés par la nostalgie des rêves d’adolescent, c’est fort bien mais c’est terriblement injuste. Pour preuve cet épais et courageux volume qui réunit pas moins de cinq romans (La maison du retour écoeurant, Le Rire jaune, La Clique du café Brebis, La Bête conquérante et Le Nègre Léonard et Maître Jean Mullin, le tout réuni sous le titre Le Rire jaune et autres textes) des débuts de l’écrivain (entre 1911 et 1920) où se fait encore sentir le poids des influences mais aussi tout le génie de cet auteur caméléon à l’aise dans tous les genres tant qu’il est question de liberté. Grâce à Sillage, inutile de courir les bouquinistes pour rassembler ces titres, compagnons idéaux d’un été aventureux. D’autant que c’est le précieux et hyper cultivé Sylvain Goudemare qui en a établi l’édition critique. Indispensable, vous dit-on…

 

Bref, avec ce quartett de chefs d’oeuvre, Sillage fait acte de salubrité littéraire et nous l’en remercions.

Le tsar et sa naine

23juin

La naine et le tsarLa littérature scandinave nous avait déjà offert un inoubliable personnage de nain : Pär Lagerkvist, écrivain suédois très célèbre et moins lu désormais, à tort, auteur de Barabbas (réédité, enfin, en octobre chez Stock, nous y reviendrons) et de L’exil de la terre entre autres, en avait fait le héros d’un mince roman cruel et profond, une parabole comme il savait les peindre aux couleurs obscures d’un temps ancien (Le Nain, Stock). Décidément le nanisme (les gens de petite taille doit-on dire) inspire les écrivains du Nord (pas celui qui est la mode, l’autre…). Gaïa, maison landaise qui a pignon sur la rue scandinave en France et a fait quelques très belles découvertes dans ce domaine, publie en ce réfrigérant mois de juin le nouveau roman de Peter H. Fogtdal dont nous avions aimé les lourds pavés précédents, Le Rêveur de Palestine et Le front Chantilly où il écornait certains clichés sur le Danemark, ce beau pays aussi peu exemplaire que les autres mais sujet d’inattaquables clichés (d’où le terme de Chantilly que lui attribuait Hitler). La Naine du Tsar nous propulse au siècle de Pierre le Grand, d’abord à la cour du Roi de Danemark Frederik IV qui reçoit son cousin prestigieux et imposant, puis en Russie. L’héroïne du roman fait partie de cette caste d’esclaves que leur difformité protège et condamne à tous les tourments : plus que quiconque, ils observent, avec ce regard d’en-bas qui perce les vanités les plus protégées, la mesquinerie des grands. D’où leur présence dans les cours de l’Europe supposément éclairée. Sorine, l’héroïne du roman, a depuis longtemps renoncé à espérer un meilleur sort quand elle est remarqué par ce géant rustre et sans manières qu’était Pierre le Grand, la voici donc offerte en présent, comme un objet de collection, à ce tsar qui fait trembler ses voisins mais n’a pas perdu le contact avec les éléments et les choses, qui reste insensible à la flatterie et manifeste du respect à ce qui est sans apprêt. Fascinée mais ne renonçant jamais à cette ironie qui la sauve du malheur absolu, elle va vivre à côté de lui, le subir et aussi l’aimer. Fogtdal, moins soucieux de parabole que son aîné Lagerkvist, réussit avec cette Naine du Tsar un portrait expressionniste et troublant dont on se détache difficilement : il nous oblige à changer notre champ de vision pour juger une grande figure de l’Histoire.

Un inédit de Thierry Metz

20juin

metz.jpgLes éditions bordelaises Pleine Page viennent de publier un inédit de Thierry Metz (1956-1997) Tout ce pourquoi est de sel. Le recueil, qui paraît dans la collection L’un dans l’autre - qui porte bien son nom - met en regard les mots du poète et les tableaux de Marc Feld. A l’origine du livre, un coup de coeur de Thierry Metz qui, s’étant rendu dans l’atelier du peintre, découvre son oeuvre, et éprouve quelque chose comme la reconnaissance d’un cheminement commun - qui lui donne envie d’écrire sur sa peinture.

Les mots de Metz résonnent face à la couleur et aux traits - à la sensibilité de l’un, répond en miroir le pinceau de l’autre. Quelle émotion d’entendre à nouveau la voix singulière de Metz, épurée, fragile et belle, voix qui s’est tue sur un suicide, silence définitif et clos. On se souvient des premiers livres du poète : Journal d’un manoeuvre, fragments arrachés au quotidien d’un chantier, et du chant contenu des Lettres à la bien-aimée.

Quelques fragments de ce dernier opus, à lire avec les yeux, et à relire à voix haute, pour s’en imprégner :

 

Pourquoi.

L’audience des feuilles.

Sur ce qui est.

Autrement qu’il en est.

Tout ce pourquoi est de sel.

 

Ecrire ne sera qu’entendre l’eau et le feu

aligner sur la feuille

l’abstinence de chaque mot

ainsi

cette brûlure au seuil du cahier.Thierry Metz

 

 

Dans la rubrique “Frais comme un gardon”, Bright lights Big City

19juin

peche mc inerneyUn premier roman pas comme les autres puisqu’il s’agit du premier texte écrit par l’éminent Jay Mc Inerney…

Paru pour la première fois en 1987 chez Livre de Poche sous le titre “Journal d’un oiseau de nuit”, il était épuisé depuis un certain temps. Nous sommes donc ravis que les éditions Points, par l’intermédiaire de leur très jolie collection “Signatures”, réédite ce roman à la “patine eighties”.

McInerney narre la lente mais inéluctable descente aux enfers d’un jeune homme dans le New York des années 80. Tout juste quitté par sa femme, notre héros perd les pédales. Et ce n’est pas son emploi -on ne peut plus ennuyeux- de vérificateur des faits dans un magazine prestigieux qui parvient à lui tenir la tête hors de l’eau… On assiste donc à son errance dans la ville, de discothèques en bars glauques, ponctuée par des abus d’alcools et de drogues en tous genres. Il ne lui reste rien, si ce n’est sa passion pour l’écriture. La littérature ne sera malheureusement pas son ultime échappatoire, puisque notre héros souffre de l’angoisse de la page blanche…

Nous voila donc plongés dans un New York mythique où les artistes underground peuplent l’East village et où la prise de cocaïne dans les toilettes des bars est une pratique très répandue. McInerney cherche évidemment à dénoncer toute la vacuité du glamour et des paillettes propre au monde de la nuit. Il confie d’ailleurs qu’il a souhaité “avancer une modeste critique d’un temps où un acteur est président, où on demande leurs opinions aux top models et où aller dans un night club est vu comme une réussite significative.”

Avec une grande liberté de ton, une certaine fraicheur dans le style et beaucoup de notes d’humour, Mc Inerney nous entraine dans un univers décalé et désenchanté. Il campe aussi un personnage de looser magnifique.

Le roman rencontra un très gros succès lors de sa sortie et fut même adapté au cinéma avec M.J. Fox. Il a surtout inspiré toute une génération d’auteurs comme Bret Easton Ellis ou Hunter S. Thompson avec des romans comme Moins que zéro ou Las Vegas parano. Si vous n’avez jamais lu Mc Inerney, Bright lights big city est une formidable façon d’aborder l’œuvre de cette figure majeure de la littérature américaine contemporaine.

Mario Rigoni Stern, sergent secret

18juin

Mario Rigoni SternC’est presque fortuitement, en parcourant bibliobs, le site très actif du Nouvel Observateur, que nous apprenons la disparition de Mario Rigoni Stern, auteur italien découvert tardivement par les Français grâce à Verdier et sa collection Terra d’altri dirigé par le regretté Bernard Siméone. Publié pour la première fois en 1954 avec son Sergent dans la neige, il fallut attendre plus d’un quart de siècle pour le découvrir de notre côté des Alpes car la tentative de Georges Piroué, en 1964, pour le faire connaître avec La chasse aux coqs de bruyère, chez Denoël, resta sans suite. Son nom à consonance germanique nous rappelle qu’il est originaire de ce Nord de l’Italie longtemps resté sous le joug de l’Empire austro-hongrois ; né en 1921 en Vénétie, il fut embarqué dans la tourmente de la deuxième guerre mondiale en tant que chasseur alpin, ce qui lui donnera l’argument de son roman le plus connu Le sergent dans la neige (1954) devenu un classique du XX° siècle, histoire âpre et belle de soldats égarés dans la tourmente de la débâcle allemande après l’échec de la campagne de Russie. Ses années de guerre lui fourniront le motif de plusieurs livres, lui donnant l’occasion d’exercer son style fait de rudesse et de simplicité. Ayant vécu au contact de la nature et des animaux et dans une réelle complicité avec les éléments, son oeuvre est empreinte de ces “vraies richesses”, celles qui survivent au passage des saisons et des idoles. C’est sans doute cela qui explique la véritable fidélité qui l’unit à ses lecteurs qui ont pu, grâce à l’obstination dévouée de ses éditeurs parmi lesquels La fosse aux ours, petite maison lyonnaise qui permit l’éclosion de quelques magnifiques petits livres dont Hommes, bois, abeilles, Le Vin de la vie ou En attendant l’aube. Avec lui, on retrouve cette musique, cette générosité jamais galvaudée ou artificielle qui nous permet de croire et d’espérer qu’il gardera, au-delà de la tristesse de sa disparition, des admirateurs. Et s’il fallait, au bout du compte, n’en conseiller qu’un, celui qui pourrait tenir lieu de porte d’entrée vers son pays rocailleux, nous sommes d’accord pour désigner Histoire de Tönle, ode à la liberté de ceux qui n’ont rien et pourtant peuvent tout perdre, histoire d’un berger frontalier qui s’acharne à survivre et voit son territoire gagné par la folie meurtrière des hommes.

Voici une petite liste (bilingue) de ses oeuvres :
Histoire de Tönle (Storia di Tönle) 1978
Le Sergent dans la neige
(Il sergente nella neve) 1954
La Dernière partie de cartes
(L’ultima partita a carte) 1956
La Chasse aux coqs de bruyère
(Il bosco degli urogalli) 1964
Retour sur le Don
(Ritorno sul Don) 1973
L’Année de la victoire
(L’anno della vittoria) 1985
Arbres en liberté
(Arboreto selvatico) 1991
Les Saisons de Giacomo (Le stagioni di Giacomo) 1995
Sentiers sous la neige
(Sentieri sotto la neve) 1998
Le Livre des animaux (Il libro degli animali) 1990

Le Vin de la vie (Amore di confine) 1986

En attendant l’aube (Aspettando l’alba) 1994

Lointains hivers
(Inverni lontani) Mille et une nuits, 2000
Entre deux guerres
(Tra due guerre ed altre storie)
En guerre : Campagnes de France et d’Albanie, 1940-1941 (Quota Albania)

Hommes, bois et abeilles
(Uomini, boschi e api) 1980,

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