« Puisqu’on est jeune et con, puisqu’ils sont vieux et fous » (Saez) -suite-

Qui pourrait mieux nous parler d’un des nombreux glaçons qui a flotté à travers le monde que Mian Mian, jeune auteur chinoise, et son livre Bonbons chinois. Vous aviez faim, vous êtes servis ! À travers son roman, la jeune femme nous fait connaître une certaine jeunesse chinoise marginale, des années 90. Au repas pâtes, alcools, drogues (« la blanche cette voleuse qui vous pique tout ») accompagnés de rock, punk, pop chinoise, violon et électro (hardcore), sous les aléas des histoires amoureuses et du sexe. Mais, ici, on n’est pas dans un énième récit de « sex, drugs and rock and roll », on est pleinement dans la vie. Cette jeunesse sombre, en proie à de nombreux questionnements, n’est que l’image de la jeunesse en général. Ce qui importe ce sont les questionnements et les moyens d’y répondre qui sont ceux des différents narrateurs : Xiao Hong abandonne tout à 15 ans, après le suicide de sa meilleure amie ; son boy friend, guitariste, Saining vit entre la Chine, le Japon et l’Angleterre ; et plusieurs de leurs proches - en majorité pauvres - ; tous en quêtes d’amour et acteurs de ces lieux sombres où ils inventent leur propre poésie. L’art - écriture, musique - devient leur arme face aux hospitalisations, aux déchéances physiques et psychologiques. C’est dans une des langues des plus justes, des plus proches de cette réalité, sans aucun pathos, que Mian Mian nous livre une œuvre, sombre et poétique devant laquelle on reste sans voix.
Ah, mais vous, vous êtes du type voyageur, les rues chinoises vous étouffent ? Aucun problème. En route pour les grands espaces états-uniens avec pour guide Jack Kerouac et son chef d’œuvre Sur la route. Finies les guitares électriques, place au jazz. Finie la blanche, place au « thé ». Finis ces instants de vie où tout passe au ralenti, place aux excès de vitesse. L’auteur et son style des plus vifs, ne nous laissent pas souffler un instant. Pour faire face à la misère environnante et la perspective d’une vie où la joie s’estompe peu à peu, le narrateur - jeune écrivain -, sa bande de potes, et l’intrigant Dean Moriarty, « un gars de l’Ouest, de la race solitaire », passent plusieurs mois à parcourir l’Etat dans tous ses recoins, dans le seul but de ressentir, tels les jazzmen qu’ils écoutent toute la nuit, l’inégalable « it ». Place à une jeunesse sans le sou qui survit, grâce à l’abandon du principe qui veut que l’homme s’enferme dans un foyer, grâce à l’écrit, grâce à ce refus d’un système qui ne laisse pas place à la fougue, la vitesse, le dépassement de soi, les amitiés profondes et la vie.
Mais, vous la voiture ça vous rend malade, ça vous bloque la respiration ? Alors, rien de mieux que de reprendre son souffle, assis sur une branche, sous la brise méditerranéenne. Et pour vous faire la courte échelle, on peut demander au Baron perché d’Italo Calvino. Voltaire et son conte philosophique, Candide, a trouvé un sérieux rival, - qui a dit son maître ? Le 15 juin 1767, le jeune Côme Laverse du Rondeau, décide de vivre dans les arbres, sans jamais retoucher terre. Ce jeune noble est le symbole de tous ceux qui disent non aux règles, dans la perspective d’une vie meilleure et plus riche. Ici, on se démarque, on saute de branche en branche, on peut rencontrer son amoureuse sur un poney, une bande de voleurs de pommes, des pirates, des révolutionnaires, un terrible bandit lecteur de romans, et une famille espagnole exilée dans les arbres. Le livre de Calvino est, aussi bien un retour à la nature, qu’une utilisation des plus réussies de certains outils de la société.

Après avoir tant voyagé, que diriez-vous de rentrer à la maison ? Pour cela il y a le fabuleux Fever de Leslie Kaplan. C’est-à-dire : un crime, deux adolescents, Alice, le hasard, la banalité du mal, la responsabilité, la peur, la mémoire, la culpabilité, l’amitié, et la fièvre de regarder au fond de soi. Attention, ici pas de thriller, on connaît les coupables dès la première page. On est face à cette jeunesse, née après un grand pan de l’Histoire, qui a décidé d’y faire face en l’étudiant, en y réfléchissant, et en y prenant part d’une certaine façon. Leslie Kaplan ne nous donne aucune clé, ce n’est pas son but. Pas plus que les chefs d’œuvres cinématographiques de Gus Van Sant (Elephant, Gerry, Last Days, Mala Noche -inspiré des mémoires de Walter Curtis-, Paranoid Park), Sofia Coppola (Virgin Suicides - dont on lira le roman original de Jeffrey Eugenides - Lost in Translation, Marie-Antoinette), Richard Kelly (Donnie Darko), Zach Braff (Garden State), et le particulier The Edukators par Hans Weingratner, pour ne citer qu’eux.
Plus qu’une chose à faire s’il m’est permis : lire.
La clé si on ne la trouve jamais - et heureusement -, est peut-être tout du moins effleurée dans quelques livres.
Et n’oubliez pas : « pingouins dans les champs, hiver méchant ».