Le livre d’or des gens de Sunne

— Ecrit le Jeudi 4 décembre 2008 dans la rubriqueDans les poches”.

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Stellan rêve, des étoiles plein les yeux. Il rêve des « grands » de ce monde dont il collectionne les autographes, il rêve des lieux qu’ils ont vus , de ce qu’ils ont accompli, lui qui n’est qu’un « petit » épicier, dans une petite ville suédoise qu’il n’a pratiquement jamais quitté.

Il faut dire qu’il est un peu pathétique ce Stellan , un gentil « chien » à ce que pense secrètement Cederblom, le pasteur de Sunne: il note scrupuleusement le nom des personnages historiques dont parle le pasteur et se précipite ensuite à la bibliothèque. Il est du genre à emmener sa mère en voyage alors que c’est sa lune de miel, à épouser une femme qu’il n’aime pas, Anita, alors qu’il ne pense qu’à Isabelle. Il est du genre à se laisser marcher sur les pieds par tout le monde, pendant des années, tout en étant capable d’un terrible accès de violence à cause d’un simple disque de Sinatra.

Et pourtant il est touchant, possède un certain sens de l’humour, de la philosophie et une grande lucidité sur lui-même. C’est grâce à cette perspicacité qu’il va raconter la vie à Sunne, tout nous décrire en une formidable galerie d’événements, de lieux et de portraits : le pasteur, Harald le peintre, la fête commémorative, Isabelle, l’épicerie, l’astronaute, le père de Stellan…

Traquant les plus infimes défauts et qualités de ses voisins, leur mesquinerie, les plus petits bonheurs et malheurs de sa vie et de sa ville, Stellan prend sa revanche et règle ses comptes.

Ce livre doux-amer, sous forme de confession, nous fait passer du sourire au pincement de coeur, chaque personnage portant ses blessures et ses rêves. L’écriture inspirée de Göran Tunström (que les lecteurs connaissent peut-être déjà grâce à son excellent roman L’Oratorio de Noël), souvent poétique et philosophique, nous entraîne sur des sujets aussi variés que la foi, la folie, la magie, le quotidien, l’amour, la mort et les étoiles.

Et on ne peut qu’admirer son sens de la formule: «  Personne sans doute n’est content de prendre de l’âge. Quand on célèbre ça, on sait que tous ceux qui participent sont ébréchés, échoués, blessés, brûlés, éteints, brisés, guéris, réparés, en cours de réparation, qu’ils sont couverts de mousse ou nettoyés, qu’il dérapent sur des pneus crevés, la seule chose entière et propre est leur extérieur bien soigné et repassé. »

 

Le livre d’or des Gens de Sunne  chez Babel.

Commentaires récents

Posté par Richard
Le 13 mai 2009

Grand auteur suédois malheureusement trop tôt disparu et qu’il ne faut donc pas oublier trop vite…

Posté par Tristan6
Le 19 juin 2009

Un grand auteur ce Tunström mais n’est-il pas mort trop tôt ? Son Voleur de Bible est une merveille absolue : qu’on se le dise et le répète sans fin !

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