Archives du mois de mars 2009

Rendez-vous ce soir avec Paco Ignacio Taibo II

19mar


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Afin de fêter le Mexique, deux jours après la venue de Jorge Volpi dans notre librairie, nous avons la joie de recevoir aujourd’hui  Paco Ignacio Taibo II, pour sa biographie sur  Pancho Villa. Nous avouons (humblement) que nous connaissons mieux le bonhomme par ses polars – la découverte de son univers singulier nous a soudain fait considérer Mexico comme l’une des grandes métropoles du crime littéraire. Rapide et partiel (partial ?) tour d’horizon :

Commençons par le claudiquant privé Hector Belascoaran Shayne, anarchiste et borgne de surcroît, grand consommateur de coca et fin connaisseur des bas-fonds de la capitale mexicaine. Armé d’un sens de l’humour et d’un cynisme à toute épreuve, Belascoaran dénoue les fils d’intrigues subtiles et littéraires, finalement tendre avec les coupables et dur avec le système qui les a enfantés.

Pendant semi-autobigraphique de l’auteur, José Daniel Fierro, découvert dans La Vie même, nous livre les marottes d’un écrivain multicarte et imprévisible : à la fois chef de la police d’une petite ville, fasciné par Léonard de Vinci (dans l’excellent La Bicyclette de Léonard) comme par l’histoire de Barcelone durant les années 20, capable des inventions les plus loufoques et des rencontres les plus dangereuses. Ces deux titres sont peut-être les plus représentatifs de l’impossibilité de décrire Paco Taibo, donc les plus à même de plonger directement dans l’univers de cet auteur inclassable…

… qui parmi ses nombreux autres romans a commis l’excellent diptyque Ombre de l’ombre et Nous revenons comme des ombres, tableau des années 20 puis 40 du Mexique et de l’Amérique du Sud, entre parties de dominos, instants révolutionnaires et guerre en Europe ! Inénarrable, vous-dit-on, mais tellement jubilatoire…

 

PS : nous apprenons que le prix Grand Public du Salon du livre de Paris 2009 vient de lui être décerné pour un de ses derniers livres, écrit à quatre mains avec le Commandant Marcos :  Des morts qui dérangent, paru dans la collection de poche Rivages/Noir.

 

 Ci-dessous, notre vitrine aux couleurs du Mexique en hommage à Paco Ignacio Taibo  – rendez-vous donc ce soir à 18 heures dans les salons Mollat !

 

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Japon Ancien I

18mar

japon-genji.jpegJ’ai décidé de profiter d’une intervention que je dois animer à Blanquefort très prochainement, pour construire un petit cycle de blogs sur la littérature japonaise.

Celle-ci s’étendant sur près de vingt siècles, il y a en effet de quoi dire.  En guise d’introduction, on peut dire que le Japon, en raison de son insularité, a su développer des caractéristiques originales tant au niveau des formes littéraires (les waka et les haiku, les textes courts) qu’au niveau des thèmes abordés (l’isolement, le détachement, les déviances en tout genre).

Pour commencer ce cycle « spécial Japon », je vous propose un bref historique de la littérature japonaise. Tout d’abord, son histoire littéraire peut se diviser en trois grandes périodes : la période ancienne (710-1185), le Moyen-Age (1185-1600) et la période moderne (1600 à nos jours).

Les premières traces d’écrits au Japon remontent au VIIIe siècle. Ce sera tout d’abord une compilation de récits traditionnels narrant l’histoire du pays à la gloire de l’Empire. Ce récit, le kiji-ki (Chronique des faits anciens) est un document exceptionnel sur la période archaïque, offrant toute la mythologie des dieux créateurs du pays. A cette époque, apparaissent également les premiers poèmes qui sont souvent des poèmes-chants, les kayo. Cette période est profondément marquée par l’imitation des modèles chinois sur le plan politique et artistique. D’ailleurs, les premiers textes japonais sont écrits en chinois car ces derniers n’ont pas de système d’écriture pour retranscrire leurs dits. Ce ne sera que très lentement que l’écriture japonaise trouvera son propre système d’écriture par simplification des caractères chinois.

 

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Continuons un peu jusqu’à l’ère de Heian qui doit son nom à  la ville de Kyoto, Heian-kyo, dans laquelle l’empereur s’installe en 794. Cette période est l’une des plus fertiles pour l’histoire de l’art et de la littérature japonaise. La cour garde une influence majeure  et devient un foyer de la culture autochtone et chinoise. Pendant l’ère de Heian se développent différentes formes littéraires, mais c’est la poésie qui tient le haut du pavé. Un bureau impérial de la poésie est même créé. La parution du recueil de poésies intitulé Kokin waka-shu, marque un tournant dans l’histoire de la poésie car il comporte une partie théorique sur ce qu’est un waka (poème japonais). Celui se définit comme l’équilibre entre l’expression de la sensation, de l’émotion, la suggestion par l’imagination et la musique des sons et des rythmes. Vaste programme pour un genre qui sera sans cesse renouvelé au cours des siècles. A cette époque apparaitront les premiers journaux personnels, les nikki (mélanges entre prose et poèmes), les récits poétiques ou monogatori, se présentant des historiettes d’amour et enfin les récits construits,  plus longs et plus élaborés.

 

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 Enfin, et pour clore ce premier volet, l’oeuvre majeure, si on doit n’en retenir qu’une de cette période,  est le Genji monogatori ou Dit duGenji . C’est le principal monument de la littérature japonaise. Ecrit par Dame Murasaki Shikibu, ce récit-monde aura des répercutions sur les siècles à venir.  Sa traduction française chez POF offre au lecteur 1300 pages dans lesquelles 400 personnages se croisent dans une société raffinée, soumise aux stricts codes de la cour. Ce chef d’oeuvre est basé sur la représentation fascinante d’un monde  idéal qui se défait peu à peu. On y trouvera une narration très souple, une grande finesse psychologique et une réalité dans l’intime très forte.  La grande dame décrit avec une grande richesse les décors et paysages et compose avec talent le récit de fiction ,  maniant intrigues et poèmes. Dans cet immense roman, le lecteur trouvera même une réflexion sur les procédés et les pouvoirs de la littérature.

Prochain blog consacré au Moyen-Age.

Octavio Paz, l’incandescent

17mar

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 Consacrer une vitrine « Poésie » dédiée à l’année du Mexique semblait un défi réalisable, tant le choix d’Octavio Paz relevait de l’évidence ! Ce premier choix allant (presque trop) de soi, cette gageure comporta heureusement quelques trouvailles qui nous ravirent : découvrir et faire partager, à côté d’un des Maîtres des lettres mexicaines, d’autres expressions plus contemporaines et/ou moins connues, comme sur ce blog hier le poète Homero Aridjis.

 Le mariage de ce double évènement (le Printemps de la poésie et le Mexique comme invité du Salon du Livre de Paris) nous donne l’heureuse occasion de retraverser les écrits de ce premier (et pour l’instant seul) Mexicain à obtenir le fameux Nobel en 1990 puis à recevoir en novembre dernier sa consécration dans la collection de la Pléiade, ce afin de commémorer les dix ans de sa disparition.

Né en 1914 à Mexico, le destin de Paz est déjà marqué par l’Histoire : son père embrasse la cause révolutionnaire auprès de Zapata en 1910 et auprès de son grand-père, écrivain, le jeune Octavio va puiser la matière de son premier recueil de poèmes rédigé et publié à 19 ans (l’influence de Mallarmé et de Gongora, notamment, y est grande). La conscience de ses racines à la fois espagnoles et indiennes va définitivement nourrir et décider pour une grande part de sa vie et de sa création : sa carrière de diplomate dans le monde entier (en tant qu’ambassadeur du Mexique) va creuser ce syncrétisme de cultures, de philosophies et de spiritualités multiples qui imprègnent tant son oeuvre, à l’image de son frère argentin Borges. Par exemple, comme les titres l’indiquent, Versant Est (1962) regroupe son oeuvre écrite en Inde, L’Arc et la lyre révèle ce pont entre Orient et Occident,  tandis que son indémodable et magnifique chef d’oeuvre Le labyrinthe de la solitude (1957) tente de traduire la complexité de la nature humaine à travers l’identité mexicaine elle-même plurielle, composée d’héritages antiques tout autant que mythiques et mythologiques. Sa filiation se situe également du côté du surréalisme d’André Breton qu’il rencontra seulement en 1945 mais dont il reconnut l’influence décisive qui se retrouve dans Aigle ou soleil (1951) ou Pierre de soleil (1957) (repris dans le recueil Liberté sur paroles, 1935-1957). De ses voyages en Orient, il sera durablement marqué par la philosophie bouddhiste et traduira le poète japonais Bashô . Ses liens avec l’art s’étendent à la peinture : citons Pierre Alechinsky, Adami, Miro et Tapies qui ont illustré ses poèmes.

Cette synthèse de contradictions (le poète Claude Roy a parlé de la richesse de sa « pensée-carrefour » ) forment le coeur (l’essence ?) de l’homme et de l’écrivain. Son engagement initial aux côtés des républicains pendant la guerre d’Espagne (il se lie d’amitié avec Neruda), puis sa critique du castrisme l’amène à s’éloigner plus tard du communisme : il est rejoint en cela par un ancien marxiste, le Péruvien Mario Vargas Llosa qui saluera, à la mort de Paz en 1998, la disparition d’ « une des plus grandes figures de la culture contemporaine en tant que poète, essayiste, penseur et conscience critique [qui] a laissé une trace profonde, des admirateurs et des adversaires [...]  » .

Dans L’Autre voix, Octavio Paz nous donne à entendre une  juste défense et définition de la poésie qui ne souffre d’aucune protestation : « La poésie est l’antidote de la technique et du marché. Dans les temps à venir, voilà quelle pourrait être sa fonction. Rien de plus ? Rien de moins.  » (page 172)

 En France, il fut notamment traduit par Benjamin Péret, Roger Munier, Roger Caillois, Jacques Roubaud et Claude Esteban qui signe notamment une très belle préface de Versant Est (Poésie/Gallimard), idéale introduction à la poésie pazienne… C’est dire que l’héritage de sa plume flamboyante n’a pas fini de perdurer et de rayonner. Car on voit combien l’élément feu/flammes et ses corollaires inspiration (feu sacré) /éros sont effectivement un des leitmotive de son imaginaire.

Mais laissons bien entendu le dernier mot, en guise d’ouverture, au poète dans ce poème éponyme  »Le feu de chaque jour »  :

 

« Comme l’air

                    dresse et dissout

sur les plages de la géologie,

sur les terrasses planétaires,

ses édifices invisibles :

                                      l’homme

Son langage est à peine un grain,

mais brûlant

                     contre la paume de l’espace.

Syllables qui sont incandescences.

Qui sont plantes, aussi :

                                        leurs racines

fracturent le silence,

                                      leurs branches

bâtissent des abris de sons.

                                               Syllabes :

elles se nouent et se dénouent,

                                                     jouant

aux ressemblances et aux dissemblances.

Syllabes :

                mûrissant aux fronts,

fleurissant aux bouches.

                                          leurs racines

boivent la nuit, mangent l’éclat.

                                                      Langages :

arbres incandescents

aux feuillages de pluie.

 

Végétations d’éclairs,

géométries d’échos :

sur la feuille de papier

le poème se lève

                           comme le jour

sur la paume de l’espace.

(extrait du recueil Le feu de chaque jour, page 144 ; Poésie/Gallimard)

 

 

Homero Aridjis – coup de coeur poétique venu du Mexique

16mar

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C’est le Printemps des Poètes, le soleil est de retour !

 

Soleil mexicain en cette saison du Printemps des Poètes avec Les poèmes solaires  de Homero Aridjis publiés aux éditions du Mercure de France. Citons un extrait de la belle préface signée Yves Bonnefoy : « … quand je lis Homero, je me remémore aussi ces crânes de cristal d’art précolombien qui font de la mort une présence, unissant de même façon que certaines langues ou certaines oeuvres la plénitude solaire et celle, à égalité, du néant : le plus sensuel de l’être au monde et la nuit totalement noire. Homero est très assurément de son pays, qui est à la fois de langue indienne et espagnole. Il l’est comme Octavio Paz. Il l’est par un apport essentiel à cette conscience de soi dont il faut préserver la salutaire inquiétude ».

Les thèmes universels de l’amour et de la mort sont au coeur de l’oeuvre du Mexicain, tant dans sa prose – il est l’auteur de romans, notamment historiques, qui l’ont fait connaître : 1942, les aventures de Juan Cabezon de Castille,  Mémoires du Nouveau Monde,  La Légende des soleils – que dans sa poésie, sur fond de mythologie et de légendes. Avec Aridjis on voyage dans le temps de l’Histoire, dans l’espace, dans l’immensité envoûtante et mystérieuse du désert mexicain – la nature et l’écologie sont une de ses préoccupations – dans la violence des hommes, et dans la rédemption amoureuse. Au fil du temps, sa langue tend vers l’épure – une voix recueillie qui se donne à entendre :

AUTOPORTRAIT A SIX ANS

Une vitre séparait le mont Altamirano

de mes mains.

 

Une porte tenait éloignée la salle de classe

de l’escalier qui se précipitait vers le village.

 

Tous désiraient participer à la classe d’espagnol :

le moineau, les pierres, le frêne et l’azur du ciel.

 

Mon crayon dessinait la maîtresse campagnarde :

sa robe râpée, ses chaussures béantes.

 

J’apprenais à lire comme on apprend à être :

toi, moi, père, frère, l’ombre sur le mur.

 

POEME AU SOLEIL

Ô tournesol voyant,

ô graine jaune, ton nom tient dans une syllabe, dit le poète.

 

Ô père des mythologies,

le rêve de la lumière produit des formes, dit le peintre.

 

Si l’oeil n’était pas solaire,

comment pourrait-il voir la lumière, dit le poète.

 

Sur la grande pyramide de Gizeh, le Soleil se lève chaque jour,

à l’orient de tes yeux la nuit se pose chaque matin, dit le poète.

 

POUVOIRS DE LA LUMIERE

Maintenant éveille-toi

avec la lumière dans les yeux.

 

Dis les choses maintenant

avec la lumière sur les lèvres.

 

Pars maintenant vers le monde

avec la lumière du tout hier. 

 

aridjis1.jpg       Avant la parole

quand dans les entrailles de la nuit

il n’y avait pas d’oiseau

ni arbre

ni poisson

ni fleuve

ni Soleil

dans le ciel nocturne

feulait 

le jaguar

 

 

Juan Manuel Roca – coup de coeur poétique venu de Colombie

13mar

 

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 C’est le Printemps des poètes, les nouveautés fleurissent !

L’occasion ou jamais de faire des découvertes. En voici une de taille, avec cette magnifique anthologie Voleur de nuit, du poète colombien Juan Manuel Roca – auteur reconnu, récompensé par de nombreux prix et publié en France pour la première fois – remercions  au passage les Editions Myriam Solal pour leur beau travail ainsi que le traducteur (admirable),  François-Michel Durazzo. Il y a quelques jours, l’auteur et son traducteur étaient à Bordeaux, à l’Institut Cervantes, pour une rencontre lectures. La langue de Roca parle d’elle-même – quelques bribes choisies valant mieux qu’un long article, à savourer :

 

CANTATE DU PAYS SAUVAGE

Chaque jour, comme si je descendais d’un bateau

Dont les rames sont le rêve,

Je retourne au même lieu à la langue sauvage.

Quand le vent ouvre les portes battantes de l’hiver,

Je peux voir l’éclair dessiner

Son escalier sur le tableau noir du ciel,

Ou bien j’écoute le naufrage de l’eau dans les ruisseaux.

 

            CARTE POSTALE DE NULLE PART

Des tulipes poussent

Dans le parc

Où les femmes marchent

Avec une légèreté de nuage.

 

Les couteaux n’ont pas

Envie de blessures

Ni faim de peau.

 

BOUTEILLES A LA MER

Dans la petite chambre où je vis

Comme Jonas dans le ventre d’un cétacé,

Je pense :  peut-être les poèmes sont-ils

Des messages envoyés par un naufragé,

Des bouteilles de cris pauvrement écrits

Qui vont peut-être de la mer des silences

Aux plages de l’oubli.

Mais voici que je lance une bouteille, une autre,

Une encore, habitée par mes peurs.

Dans la petite chambre où je vis

Comme Jonas dans le ventre d’un cétacé

Il reste peu de bouteilles du naufrage.

 

L’ANGE ASSIEGE

Dans les rues de la ville habitait mon coeur kidnappé. Je voyais des hommes coiffés d’un borsalino, des hommes bruyants entrer et sortir de bordels et de tripots.

Je perdis peu à peu l’innocence et, avec mes ailes, la folie des voyages. Je n’en suis pas sûr, mais je crois que c’est le balayeur du quartier qui m’a dit qu’une nuit, au milieu de mouches mortes et de seringues usagées, il avait trouvé mon sourire. L’innocence, comme une gare balayée par le vent, m’avait abandonné, et avec lui mes ailes.

Dans les rues de la ville habitait mon coeur kidnappé, ange assiégé qui ne voulait pas revoir le paradis.

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Juan Manuel Roca, poète et journaliste, est né à Medellin, Colombie, en 1946.



Un cactus en vitrine

12mar

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Puisque décidément le Mexique envahit jusqu’à l’actualité politique, c’est le moment où jamais de nous immerger dans sa littérature. Invité du Salon du Livre de Paris qui ouvre ses portes jeudi soir, ce pays a mis les moyens sur la table – de très généreuses subventions ont été allouées, permettant une prise de risque minimale… – pour que les Français découvrent enfin la variété de ses écrivains et sa richesse éditoriale, d’où une profusion de publications qui va falloir se dépêcher de regarder avant que le reflux, inévitable, éloigne les éditeurs de ce pôle temporairement attractif.  Nous avons donc avec tout le sérieux qui nous caractérise feuilleté, emprunté et lu une partie de ce trésor pour en retenir au moins ceci.

David Toscana le premier nous a emballé avec ce premier roman traduit par François-Michel Durazzo (que vous pouvez retrouver en podcast), El ultimo lector édité par Zulma (cf notre blog).

Mario Bellatin quant à lui nous aune nouvelle fois étonné : d’abord en quitant la maison qui s’était acharnée avec beaucoup de courage à la faire connaître, Passage du Nord-Ouest, puis en signant un énigmatique petit roman, Jeu de dames,  dont nous ne sommes pas sûrs d’avoir tout saisi….(cf notre blog).

Avec Boue, Guillermo Fadanelli a confirmé tout le bien que nous en pensions après Un scorpion en février : quand vieillir rime avec désir, la douce, amère et parfois violente aventure d’un cinquantenaire surpris par le démon de l’amour.

Le roman le plus violent est à mettre à l’actif d’un autodidacte; J.M.Servin, ancien sans-papier en France, routard revenu au pays pour nous infliger sa dureté avec Chambres pour personnes seules, aux Allusifs, où les combats de chiens ne sont pas les aspects les plus sombres de cette plongée au coeur d’un Mexique sordide (cf notre blog).

Un chef-d’oeuvre, dont nous n’avons pas encore eu l’occasion de parler, que ce fantastique roman de Alvaro Enrigue né en 1969, qui était venu l’an dernier dans le sillage du grand Sergio Pitol à la librairie (mais nous ignorions tout de lui alors et il ne communiqua guère…), Vies perpendiculaires chez Gallimard, odyssée temporelle d’une garçon qui découvre en lui toutes ses vies antérieures, ses crimes et ses châtiments, le poids de l’éternité et l’insurmontable douleur de survivre à ses tourments, un livre d’une étourdissante construction dont on revient sonné.

Grande figure des Lettres Mexicaines dont aucun éditeur français ne veut néanmoins traduire l’opus principal, Juan Villoro passe pour la voix la plus écoutée de son pays, influent, brillant dans tous les registres mais manquant peut-être de cette authenticité qui lui vaudrait une plus grande reconnaissance internationale. Son recueil de nouvelles édité chez Denoël nous paraît au mieux mal traduit au pire sans grand intérêt dans son ambition de donner voix aux mille et une bassesses de dix hommes modernes. Mariachi a tout du produit d’importation.

Désormais grande vedette chez lui et aux Etats-Unis, donc très jalousé par ses contemporains, Guillermo Arriaga se devait de figurer dans cette liste. Scénariste pour de grands noms, romancier, nouvelliste et aussi réalisateur, ce touche-à-tout a réussi le pari de sublimer la violence de son pays pour en exprimer le plus tragique. Chacune des nouvelles de Mexico, quartier sud est un coup de poing qui demande un peu de temps pour s’en remettre.

Jorge Volpi, qui est venu plusieurs fois à notre rencontre, a marqué ses lecteurs avec l’ambitieux Le temps des cendres. Le jardin dévasté au Seuil frappe par sa recherche formelle, fait de très courts chapitres qui tentent par leur aspect fragmenté de rendre compte du drame atroce d’une jeune irakienne confronté aux petites misères d’un homme qui pourrait beaucoup ressembler à l’auteur. Plus contenu, moins ample, ce court livre nous permet de découvrir un autre aspect du talent de Volpi.

Nous n’avons pas renoncé à continuer la lecture des Mots croisés de Fabio Morabito édité par Corti mais, avouons-le, c’est pour l’heure d’un minimalisme qui peine à provoquer l’adhésion. Et la réflexion sur le travail de l’écriture paraît tellement peu originale que cet auteur d’origine italienne qui a choisi plus tard la langue espagnole ne nous convainct qu’à moitié.

On terminera ce modeste et subjectif coup de projecteur par la très intelligente anthologie préparée par François Gaudry -qui a aussi traduit le dernier Enrique Serna dont nous reparlerons, Quand je serai roi -  aux Editions Métailié, Des nouvelles du Mexique, avec une introduction enlevée qui résume en peu de phrases la richesse de cette littérature. On y croise des auteurs incontournables et des inconnus très prometteurs et on en ressort étourdi par une telle accumulation de talents…

Caïn caha

11mar

poupees-couleur.jpgFille unique, triste destin. Quand tant ont rêvé sur la mélodie de Maxime Le Forestier d’avoir un frère qu’ils n’ont jamais eu, certains s’en accommodent fort bien, reines ou rois d’une maison qui tourne autour de leur nombril. Ce n’est pas vraiment le cas de l’héroïne du nouveau roman d’Anne Lenner à qui l’on devait déjà Cahi-caha où elle faisait grincer les fauteuils, roulants, paru lui aussi au Dilettante. Car si elle vit dans un cocon dont elle est le centre, ses parents semblent ne se souvenir d’elle que sporadiquement, l’un consacrant ses heures à bâtir une oeuvre littéraire que son asile africain n’inspire pas, l’autre se dévouant à grand renfort de solvants à de justes causes qui la poussent sur les pistes de sa générosité. Comment dès lors expliquer l’idée saugrenue qui leur vient un beau jour : adopter une petite fille, une petite noire déshéritée qui viendra combler le désert affectif de leur enfant et amener un peu de couleurs dans une vie tranquille ?  Les beaux gestes ont cependant, parfois, bien du mal à se justifier aux yeux d’un enfant. Partager c’est un cauchemar quand on pense avoir déjà si peu et qu’on est en plus taxé par ses parents d’un caractère « épouvantablement cynique ». Et puis faire la guerre, sous les yeux de De Gaulle l’aimable et patient boy de la maison, contre une autre petite fille est un sport agréable qui comble l’ennui abyssal. D’autant que la petite nouvelle a du répondant et que si elle n’a pas lu comme notre précoce enfant des grands auteurs, elle sait prendre l’avantage à chaque occasion et de la hauteur quand c’est nécessaire. L’âme soeur n’est pas un nième roman convenu sur la difficulté d’une petite fille à apprendre la générosité, ce n’est pas de ces petits livres mièvres qui ressemblent aux immondes téléfilms du mercredi soir sur la télévision sans publicité car Anne Lanner a du mordant et des lettres, un style et une volonté évidente d’éviter les panneaux. Et puis pourquoi ne pas avouer qu’elle a joliment réussi à nous surprendre ? Avouons-le cependant : n’étions-nous pas acquis d’avance à sa cause dès la lecture de son exergue empruntée au grand Vialatte ? Une lectrice des Fruits du Congo, cet absolu chef-d’oeuvre que l’on devrait obliger à lire chaque écrivain décidé à évoquer l’enfance (ce qui nous éviterait nombre de livres plats et sans saveur), ne peut que bénéficier de notre curiosité. Si en plus elle a du talent…

D.V.

Hommage à Hélène Mohone

10mar

mohonecannibale.jpgRendez-vous demain mercredi 11 mars à 18h dans les Salons Mollat pour aller à la rencontre  de l’oeuvre d’une poétesse bordelaise, Hélène Mohone. Non pas tant que cette célébration ait un lien direct avec la onzième édition du  « Printemps des poètes » qui se déroule en ce moment partout en France (manifestation du 2 au 19 mars et pour lequel le thème retenu est « en rires »), car ici la festivité de circonstance côtoie la tristesse de la célébration : cela fera en effet près d’un an (le 3 avril, exactement) que cette auteur(e) a rejoint pour toujours le mont Olympe, et laisse orphelins ses lecteurs (et) amis parmi lesquels cinq d’entre eux viennent de nous – lui – apporter leurs très émouvants témoignages grâce à la mince plaquette récemment sortie de chez l’éditeur bordelais La Cabane et simplement intitulée : Pour Hélène Mohone. Evocations plurielles (cinq auteurs) de son travail d’écriture mais également de l’amie fidèle dont la disparition n’a heureusement pas emporté le legs discret de quelques textes qui seront, espérons-le pour l’occasion, amplement lus et entendus derrière l’émotion des souvenirs qui affleureront certainement…

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Si le territoire d’un poète est avant tout sa langue, l’univers de Hélène Mohone puise son inspiration dans son itinéraire singulier qui est d’abord inscription géographique :  née à Bordeaux en 1959, ses premières années se déroulent principalement en Afrique (Cameroun, Sénégal), plus tard en Roumanie et Nouvelle-Calédonie. De cette première manière d’ « habiter le monde en poète » (selon la belle  métaphore d’Hölderlin), elle  livre  en 2006 un récit poétique L’enfant africaine (L’Amourier) . Ce retour aux origines, vers ce « désert inhabité » (mouvement et énigme même de toute écriture) est d’autant plus dense et poignant (le sous-titre, « corpus triste« , en porte le symbole) qu’il fut marqué du sceau de l’inéluctable, destin tôt inscrit dans sa chair qui eut à combattre sa vie durant contre une maladie qui aura raison d’elle, trop vite, et fera écho à son tour à son destin de poète :  »Le corps est palimpseste. On écrit et puis ça s’efface alors on ré-écrit encore, en-corps« , rappelle avec justesse Marie Delvigne .

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Le grand ami Jean-Luc Coudray signe à l’occasion de cet hommage la première et vraiment magnifique  remémoration  de cette consoeur, touchant par là aussi au secret de son art pour lequel il s’agit de trouver une voix unique qui peuplera fugacement l’univers et y inscrira trace la plus indélébile possible : « L’écriture n’est pas trace mais origine. La parole poétique n’est pas mémoire mais source« . Hélène tourne autour de l’écriture en goûtant à tous les arts (chant lyrique, peinture, sculpture, photographie, et « surtout le cinéma » qui lui procura  quelques ultimes instants de répit) avant de confier plusieurs écrits à des revues et de se lancer dans la rédaction de pièces de théâtre qu’il reste à publier, dont Si Près de Champs et Le Chemin, déjà forts de « la question de l’empreinte et de la mémoire« . Son dernier recueil, de loin, (publié par l’Atelier de l’agneau le premier trimestre 2008) dit déjà cette absence (délivrance) à la limite de l’indicible, de l’insignifiable, mais encore plus proche et bouleversante que jamais.

« [...] nommer l’instant de vie avant la disparition« , énonça-t-elle dans L’Enfant africaine (page 59): quel (plus digne?) secret assigner à la poésie et confier à une écriture tout entière dédiée à ce travail vain mais noble de Sisyphe ?

Rappelons en dernier lieu et en guise d’ouverture Le coeur cannibale, premier recueil de poèmes publié en février 2003 par William Blake & co. édit : le déjà proche Claude Chambard avait  perçu (percé) et loué, derrière l’ « étrange » d’une « oeuvre débutante«  la « langue rare, économe, chantante, proche de l’imprécation, scandée comme une danse des origines [...] » , «  un livre qui ne parle pas à tort et à travers, mais, au contraire, resserre sa langue lentement autour de ce qui est essentiel en elle, en nous, ce qui nous fonde, nous empêche de disparaître » (pages 28-29).

L’impression d’une voix d’une grande force ne nous quitte pas en effet à la lecture de son oeuvre, la présence intermittente de la douleur renforçant le sentiment du vécu, d’une urgence à accueillir jusqu’à son terme la brièveté de la  vie,  celle irriguant ensuite l’ensemble de sa « mince mais dense » création même pour ceux (car j’en fais partie) qui ne l’ont pas connue mais qui, la découvrant, peuvent témoigner à leur tour de l’intensité poétique de ses fulgurations en prose telle que celle-ci, recueillie dans Torpeur (page 18 ; La Cabane, 2007) :

10

(fille à la douleur)

fille du crâne du père sortie sanglée cuirasse déjà prête à

combattre petite arbalète à la douleur à l’ouverture des flots

cérébraux fille d’immortel à la grande fissure des familles

elle embrasse la fiction

au père dédiée n’écoute que le choc des luttes les carènes

séparées des solides flottes elle participe de tout complot des

incendies et l’empêchement des fuites

les grandes populations ont péri dans le corps du père

fille laiteuse à l’arc-boutant des épiphanies aux confins de

l’Atlas elle brille soudain par la lame à l’accrue des massacres

fille surgie du crâne du père à l’embellie des nuits d’été pour

vaincre non pour aimer « 

Ou encore :

« L’histoire finit mal… L’histoire finit bien. Rien de bien ne finit. Tout s’achève et l’absence dure », en avertit-elle au seuil de L’Enfant africaine, à quoi se répond la superbe dédicace  qui clôt Le coeur cannibale:

 » A ceux qui m’aiment, pour la vie et non pour la mort. »

On tâchera de ne pas oublier.

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Tout est aussi lent que la démarche d’un boeuf sur la neige

09mar

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N’ayons peur de rien et osons entamer la chronique de ce jour par un lieu commun – le fait que la plupart des livres sortent un jour en format de poche est une aubaine. Du côté des lecteurs, les avantages les plus évidents sont d’ordre pratique : ils sont moins encombrants, que ce soit dans un sac ou sur les étagères d’une bibliothèque, et leur prix est plus intéressant. Soit. Mais du côté des éditeurs, des libraires et des critiques littéraires, la sortie des livres en format de poche offre la possibilité d’en parler une deuxième fois sans passer nécessairement pour un gâteux ou un retardataire…

De ce fait, aujourd’hui, et ce pour notre plus grand plaisir, nous allons nous autoriser un retour en arrière à l’occasion de  la parution de Lune de loups dans la collection poche des Editions Verdier. Publié en Espagne en 1985 et traduit en français en 1988, ce livre est le premier roman de Julio Llamazares. Avec la Guerre Civile espagnole comme toile de fond, on suit un groupe de quatre jeunes gens traqués qui se cachent dans les montagnes. Plus que le passage de l’autre côté de la frontière, leur quotidien est dicté par un impératif élémentaire – survivre, tout en se faisant oublier…

Si cet écrivain est plus connu comme l’auteur de La pluie jaune, ce chef d’oeuvre de roman intimiste qui retrace les dernières années d’un villageois isolé dans sa montagne tandis que tous les habitants se sont installés en ville au fur et à mesure, apparaissent déjà dans Lune de loups les thèmes qui lui sont chers. On retrouve ainsi dès ce premier roman, qui figura parmi les finalistes en lice pour le Premio nacional de literatura, cette langue à la fois extrêmement précise et poétique, l’importance de la neige, ainsi que de la couleur jaune, souvent associée à la mort, la finesse de son observation du monde rural, sans compter que Julio Llamazares n’a pas son pareil pour créer des atmosphères graves, mettre en mots les tensions qui habitent ses protagonistes, sans pour autant négliger en aucune façon ses descriptions de la nature.

Notons au passage à l’attention des lecteurs les plus assidus de son oeuvre – est-il besoin à ce stade de préciser que nous en faisons partie (cf. notre blog à l’occasion de sa venue à Bordeaux en octobre dernier) ? – que d’autres titres moins connus sont tout aussi dignes d’intérêt. Il s’agit notamment de son recueil de poésie La lenteur des boeufs (Ed. Federop), ainsi que de deux romans plus personnels, Scènes de cinéma muet et La rivière de l’oubli. Sorti en Espagne en 2005, son dernier roman, intitulé El cielo de Madrid semble amorcer un tournant dans la carrière littéraire de ce grand nom des Lettres espagnoles dans la mesure où celui-ci quitte un environnement champêtre pour se focaliser sur la ville, et pas n’importe laquelle… Affaire à suivre !

 

F.A.

It is a tale told about an idiot, full of sound and fury, signifying nothing

06mar

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« En plein jour. Ils l’ont jeté dans un puits de l’autre côté du village. Ils l’ont pris par les jambes et l’ont fait basculer comme une poche de blé. En comptant un, deux, trois. Le maire et son adjoint. Quelques jours plus tôt, les deux hommes étaient restés à la mairie après la levée de l’assemblée. Ils n’avaient pas pris la peine de s’asseoir. Ils avaient défait le noeud de leur cravate et avaient parlé dans l’embrasure de la porte. Il n’y avait pas eu de véritable silence. Le cou du maire était rouge, presque violacé. Il avait parlé le premier. »

Ainsi commence le premier roman de Julie Mazzieri, paru aux éditions José Corti en janvier dernier. Entre son titre saisissant – Discours sur la tombe de l’idiotet cet incipit à la fois dense et très visuel, on est embarqué dès le début dans une histoire de meurtre assez sordide, celui que perpètrent le maire et son adjoint sur la personne de l’idiot du village. Si le lecteur croit détenir les clés de cet assassinat prémédité dès le début, il n’est pas pour autant au bout de ses peines. Entre le besoin de comprendre les motivations qui ont poussé ces deux complices à agir de la sorte et celui de découvrir à quel stratagème ils vont recourir afin que les soupçons ne portent pas sur eux, difficile de lâcher ce roman avant de l’avoir terminé !

Tous les ingrédients du petit village traditionnel sont présents. Cela va de la façon dont les membres de ce microcosme sont désignés – le meunier, le laitier, le curé, le ferblantier etc… – jusqu’à l’ambiance qui y règne – les commérages des femmes y constituent un réseau d’informations plus efficace que le journal de 20 h – en passant par un décor admirablement bien campé. Pour autant, la vie à Chester est loin de suivre le cours d’un long fleuve tranquille. En effet, entre la tempête qui s’abat sur la région, l’arrivée d’un jeune ouvrier dont le dessein est de se refaire tout en se faisant oublier, l’installation d’une famille anglaise, et l’organisation de la fête du village, les évènements se précipitent tandis que le suspense continue de planer. Le lecteur observe alors les habitants dans leurs tentatives plus ou moins fructueuses pour gérer la gêne, la honte, la différence.

On retiendra de ce récit aux allures de roman policier son rythme soutenu, son écriture – tantôt imagée, tantôt minimaliste, celle-ci a l’efficacité d’une lame de rasoir bien tranchante – et ses accents faulkneriens – comment ne pas voir le spectre de Benjamin derrière le personnage de cet idiot pour le moins gênant ? Sans doute peut-on lire derrière ce fait divers une dénonciation des travers de la société actuelle – se débarrasser coute que coute de tout ce qui fait désordre, assainir, uniformiser toujours davantage. Incarnée par le personnage du maire, c’est bien la raison d’Etat qui semble être remise en cause ici. Sur quels critères se baser pour affirmer sa légitimité face à ceux qui en font les frais ?…

 

F.A.

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