Moisson de crise

— Ecrit le Mardi 21 juillet 2009 dans la rubriqueEn noir”.


couverture-interrogatoires.jpg moisson-rouge-jpg2.jpg hammett_poires.jpgSignalons l’excellente (bien que réclamée depuis longtemps) initiative des éditions Gallimard :  La Moisson Rouge, redevenue Moisson rouge dans la très bonne traduction intégrale de Pierre Bondil et Nathalie Beunat (qui avait déjà planché  sur la correspondance du Dash, soit La mort c’est pour les poires, magnifique et imposant volume aux éditions Allia). Retrouver LE chef d’oeuvre initiateur de la littérature noire dans toute sa splendeur amène à deux conclusions immédiates. D’abord, Dashiell Hammett est un immense auteur et l’actualité du contenu de Moisson rouge est frappante. N’oublions pas que ce premier roman constitue l’une des visions les plus explicites et les plus pertinentes des années précédant la Grande Crise - la capitalisme sauvage fait rage -, histoire remarquablement soutenue par cette écriture sèche, percutante, évidemment novatrice, marque de fabrique de l’auteur. Ensuite, ce “roman choc” - il le fut pour nous, choc renouvelé à la lecture de cette nouvelle version ( La Moisson rouge a subi les basses attaques de multiples relectures de la part de votre serviteur), a servi de détonateur à plusieurs générations d’écrivains, dont Chester Himes,  Jean-Patrick Manchette et James Ellroy  pour ne citer qu’eux - a véritablement créé le genre du roman noir, ou du moins en a établi les codes fondamentaux.

Poursuivre la description de Moisson Rouge, ce serait évoquer la corruption, la ville moyenne dominée par les intérêts économique, l’appât du gain et les ambitions personnelles comme seul moteur de la vie urbaine du moment. Presque contraint, le détective de la Continental Op débarque à Poisonville, gangrénée et exsangue, et remet de l’ordre, de la manière la plus abrupte et radicale qui soit. Héros anonyme (qui préfigure évidemment le nameless de Bill Pronzini), il rétablit la “morale” contre le “bien” ambiant, fruit des compromissions sociales de ce temps. Fondateur, on vous disait…

N’omettons pas, toujours chez Allia, les Interrogatoires d’Hammett par la Commission sur les activités anti-américaines, ce court ouvrage nous montre l’horrible absurdité de cette période.

P.S.   Dashiell Hammett se verrait consacré par une intégrale de ses romans chez Quarto, plus de précisions en octobre prochain…

Commentaires récents

Posté par Titus Curiosus
Le 22 juillet 2009

“La Moisson rouge”,
découverte jadis avec émerveillement dans sa version première en “Série Noire” (à couverture cartonnée, de Marcel Duhamel, en 1950…),
est un chef d’oeuvre flamboyant époustouflant ! On n’en sort pas indemne !

Grand merci, Olivier, de signaler sa re-parution (en traduction du “texte intégral”) :
c’est un “basique” absolu et un “incontournable” !

Reste à comparer les traductions
_ même s’il s’agit, cette fois, d’une “version intégrale”, sans “ellipses” :

il n’est pas sûr que la mise “up to date” de la traduction restitue mieux le parfum du passé :
1929, en l’occurrence, pour “Red Harvest” de Hammett…

A voir, donc !

Titus Curiosus

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