La Noue, Acte III

— Ecrit le Jeudi 23 juillet 2009 dans la rubriqueC'est nouveau”.

La Noue, les parcsBien sûr vous ne frémissez pas encore au nom d’Alain Gluckstein dont on vous a pourtant déjà parlé en ce site. Et je dis « bien sûr » alors que je pense « malheureusement » mais commencer un billet par un si long adverbe, ce n’est pas possible. Ce « bien sûr » est rempli d’amertume et de ce persistant sentiment d’injustice qui frappe les libraires fidèles à un auteur dont ils ont l’impression que personne n’a relevé l’intérêt sinon les localiers de la presse ravis de temps à autre de capturer la binette de l’écrivain pour l’enfermer dans la colonne étroite d’un article sans intérêt. On peut gager qu’Alain Gluckstein n’échappe pas à cette malédiction et qu’il est une figure reconnue dans la Dépêche de Montreuil, pour peu qu’elle existe. On pourra prétendre qu’il y a pire sort et qu’être reconnu quand on se rend dans sa librairie est une consolation, mais on admettra aussi, à la lumière des écrits successifs du monsieur, que c’est bien dommage car il s’agit d’un très bon écrivain, de ceux qui ont admis qu’il était inutile de parcourir des milliers de kilomètres pour raconter le monde d’aujourd’hui, bouleversé et coloré. Au pied de son immeuble, dans le quartier de La Noue, l’affolante vie urbaine déploie ses charmes terribles, ses absurdités et sa poésie, et Gluckstein est là pour en saisir de ses yeux de myope (un sujet plus complexe en vérité puisqu’il est atteint, nous dit-il, de pas mal de troubles occulaires) les nuances, les histoires, l’anecdotique et l’universel, ce qui n’est pas une mince affaire quand on est de Montreuil et non de Bagnolet, plus favorisée par les dieux (car il y existe aussi une « Noue » là-bas, mais aucun écrivain de talent pour la célébrer, preuve qu’on ne peut pas tout avoir). Les veinards qui auront suivi les précédentes aventures du père des numéros (c’est ainsi qu’il nomme sa nombreuse progéniture) seront donc d’entrée dans leur élément, heureux de retrouver cousin Tom et ses nombreuses cases, les autres auront droit à d’astucieux rappels, plus ou moins énigmatiques mais dont le seul dessein est d’obliger à acquérir les deux premiers volumes qui, réunis, composent, on le découvrira avec stupeur, les couleurs d’un drapeau national.  Le grand danger que court Alain Gluckstein est qu’il se mesure au réel le plus tangible car il continue d’arpenter son quartier, il emprunte toujours le fameux bus qui dessert cette ultima thulé de banlieue, il sait que son éditeur l’attend de pied ferme , on le croise, on le reconnaît : il cite des noms, il dénonce d’odieux crimes, plus virulent que Zola en son temps (mais nettement plus drôle aussi, n’exagérons rien).  Et comme l’action se déroule aux alentours de la campagne pour les Municipales qui vit triompher une verte candidate en terre rouge, il n’est pas loin de s’imaginer en victime d’un complot et d’une manipulation. Rebondissements captivants au milieu des déchets enterrés, scènes torrides et enlevées, digressions inattendues, on trouve de tout dans le Gluckstein. C’est pourquoi on y revient. C’est pourquoi aussi, un jour, par sa faute (ou grâce à lui) on débarquera à Montreuil pour voir enfin, de près, à quoi ressemble cette Noue que ses mots ont transformée en territoire littéraire.

PS : et pour continuer dans la théorie du complot, on avouera aussi qu’on attend toujours de voir débarquer le livre dans la librairie. Egaré chez un distributeur défaillant ou…

 

Alain Gluckstein, La Noue, les parcs  ou j’ai rêvé,  Folies d’encre

la-noue-montreuil.jpg

Commentaires récents

Posté par Libelula
Le 16 août 2009

On n’a plus le temps de rien, à force de courir après le tout. Et puis, de temps à autre, une exquise surprise : le troisième opus de l’écrivain Alain Gluckstein en est une ! Avec lui point d’inquiétante étrangeté mais plutôt un dépaysement familier. On est en France, bigarrée, surprenante, atterrante, et on met nos pas dans ceux de ce prof de banlieue aux engeances aussi multiples que ses facettes. Son regard alerte, empreint de bonhomie et d’empathie nous replonge dans le 93, à La Noue, quartier de Montreuil frontalier avec Bagnolet – sans se répéter mais en jouant sur la complicité instaurée dans les deux volumes précédents. L’auteur est habile, alternant les genres pour transcrire sans avoir l’air de le décrire le réel montreuillois. Une apparente légèreté associée aux divers troubles oculaires dont souffrent le protagoniste offre aux lecteurs une observation naturaliste et politique drôle et grave à la fois. Pas le temps de s’appesantir sur les méditations de Cousin Tom, les numéros – ses enfants – attendent. Le rythme de l’écriture suit le rythme des activités innombrables du protagoniste qui ne semble avoir le temps ni de se poser, ni de trop penser. Mais sa clairvoyance et cette tendresse inexpugnable qu’on lui connaît depuis le premier tome consacrée à sa ville ne font qu’accroître le désir de poursuivre une lecture touchant déjà à sa fin. On attend la suite !

Posté par lala
Le 12 novembre 2009

vazi castoii avc t vien livre

Posté par Anna
Le 5 décembre 2009

Elève en hypokhâgne, j’ai la chance de voir M. Gluckstein tous les Jeudis, et c’est bien. Parce que le latin, ça n’a jamais été aussi fonky et intéresant. Merci.

Posté par Chino
Le 11 avril 2011

La Noue,une cité de brakeur de bank..

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