Archives du mois de septembre 2009

L’ami Rico

30sept

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Pierre Assouline viendra nous entretenir de son étonnant Autodictionnaire Simenon, juste paru chez Omnibus, le mardi 24 novembre prochain et nous nous en réjouissons fort car depuis la sortie de sa biographie de référence sur le grand Belge il s’est imposé comme celui qui sait le mieux le faire connaître et surtout le faire aimer. Nous avons pu en septembre apprécier l’impressionnante série d’émissions qu’il lui a consacré sur France Culture, succession de débats, d’archives et d’analyses, à même de nous rappeler non seulement la complexité du personnage et de l’écrivain mais encore ses zones d’ombre. Dans l’Autodictionnaire, il s’est lancé un défi que permet seul l’étendue de l’oeuvre de Simenon : ne se servir que de ses mots pour visiter ses univers et pour cela, il a fouillé jusque dans les recoins les plus reculés, faisant de la citation un art à part entière, un art risqué car citer c’est parfois trahir ou déjà interpréter. Car s’il a pris sa retraite du roman assez tôt, Simenon n’en a pas moins continué à se raconter pendant des années dans ses fameuses dictées (qu’Assouline ne considère pas comme des oeuvres littéraires à part entière) et à délivrer des informations. Quand on est un fin limier comme notre biographe qui sait parfaitement lire entre les lignes sans jamais cesser d’être admiratif, on y peut puiser des nuances et des éclairages neufs. Mais nous en aurons l’occasion d’en parler avec lui et de revenir sur ce formidable ouvrage, épais et attachant. C’est souvent comme ça avec l’étrange Monsieur Sim, il suffit qu’on parle de lui ou qu’on évoque ses films (pensons à l’étonnant documentaire diffusé sur Arte la semaine dernière sur le commissaire Maigret qui donnait envie de revoir tous ces films adaptés pendant des décennies, y compris ceux où Jean Richard n’était pas complètement bloqué par sa paralysie peu dramatique) pour avoir le mouvement de relire un de ses romans, dangereuse tentation car le plaisir est tel qu’on aurait tendance à vouloir le répéter. L’occasion s’est présentée avec l’opération lancée par Omnibus, l’éditeur des oeuvres complètes, qui offre actuellement à tout acheteur d’un volume l’exemplaire du joli album réalisé il y a quelques années autour du roman Les frères Rico illustré par Loustal. D’un large format qui nous change agréablement du triste rectangle de poche, il reprend un des plus fameux romans de la période dite américaine de l’auteur lorsqu’après-guerre, pour changer de l’air vicié de l’Europe il tailla la route aux Etats-Unis. Le thème de la mafia y est abordée avec toute l’instinctive intelligence de Simenon qui nous fait pénétrer par la porte la moins prévisible cet univers de l’ombre. Le héros est un “petit” mafieux qui s’est taillé avec prudence un beau territoire en Floride où il mène une vie d’apparence rangée. Il a connu la misère des petits italiens de New York et rêve de ne jamais renouer avec ce goût amer et persistant. Son équilibre va s’effriter quand il reçoit une convocation d’un parrain et qu’il découvre que ses deux frères sont dans de sales draps. On compte sur lui pour règler une poisseuse besogne qui va lui renvoyer son passé à la figure. Et c’est là que tout le génie de Simenon s’impose : la précision implacable des portraits psychologiques nous fait vivre de l’intérieur les basses oeuvres d’Eddie Rico.

Ohl l’anonyme

29sept

Terreur sur les librairies bordelaises ! Michel Ohl, l’Attila de Caudéran, la terreur des Postes Télégraphes Téléphones (et aussi leur meilleur client), l’aîné des poètes d’Onesse passe aux choses sérieuses et vide son barillet (sans crédit). Anonyme, réfugié derrière le terrible pseudonyme de Michou qui fait froid dans le dos, il a assemblé les lettres d’un impressionnant message à l’intention de notre patron. Nous voilà prévenus! Dans sa mire impitoyable, il nous vise, dénonçant de la sorte les dangers de la notoriété. Son message est claire et doit envahir cette colonne. Michel Ohl est passé aux balles retrouvées, on va se tuer à vous le répéter.

une lettre anonyme de Michel Ohll’autre face de la lettre anonyme de Michel Ohl

Des hommes en tweed

28sept

couverture de Mon traître/livre de pocheMon traître. Le titre donne d’entrée une idée de possession, d’intimité. C’est pourtant de la grande Histoire qu’il s’agit ici, de l’histoire récente de ce pays voisin, mis à feu et à sang par des luttes fratricides, encore et toujours : l’Irlande. Le beau pays aux vertes collines et aux hommes vêtus de tweed éventré par une guerre meurtrière et douloureuse, partagé entre le Nord et le sud. Alors qu’il ne connaît de l’Irlande que les doux paysages du Sud, « les pulls blancs torsadés, le whiskey et l’Eire de nos mots croisés », Antoine, luthier parisien est invité, s’il veut prendre la vraie mesure du pays, à se rendre à Belfast. Nous sommes en 1975. Le jeune homme découvre un « autre » pays, meurtri, abîmé : un pays en guerre, où des soldats en armes sont tapis dans les jardins, derrière des murs couverts de tessons, de barbelés. Antoine voit là son premier fusil, dans les mains d’un jeune soldat, partagé “entre peur et ennui”. Deux ans plus tard, dans l’un des ces lieux indissociables de l’âme irlandaise que sont les pubs, où des amis irlandais lui font goûter aux joies des bieres brunes, “lourdes comme des repas d’hiver”, le français rencontre une incontournable figure de la lutte, un vétéran charismatique dont le premier geste va être… de lui apprendre à pisser (sans éclabousser ses chaussures) !

De cette initiation virile va naître une complicité grandissante. Dès lors, Antoine vit, pense, rêve Irlande.  Lit Flann O’Brian, O’Flaherty, Beckett, apprend l’Histoire de l’Irlande, fête la Saint-Patrick… De là à s’engager dans la lutte… Les voyages se multiplient comme autant de signes d’amitié et d’engagement, pendant des années. Antoine devient Tony, l’ami français de Tyrone Meehan.

Bien évidemment, le titre dit beaucoup de ce qui va advenir. Pour ceux qui s’intéressent à l’Histoire de l’Irlande et de l’Ira en particulier, l’histoire sera dès le début limpide tant elle maquille à peine la réalité, les faits tristement avérés. Très vite dans le roman s’insèrent les interrogatoires de Meelan par l’IRA : il trahit la cause depuis 25 ans.

Sorj Chalandon, ancien journaliste à Libération, prix Albert Londres pour sa couverture du procès Barbie et des événements en Irlande du Nord, est à peine déguisé sous les traits d’Antoine. Impliqué dans la cause irlandaise comme l’est son personnage, le romancier (puisqu’il est question ici d’une œuvre littéraire) a été l’ami intime d’un des leaders  de l’IRA : Denis Donaldson, reconnu coupable de trahison, assassiné en 2006 après être passé aux aveux. Un assassinat jamais revendiqué.

Mon traître puise donc largement à la source du réel mais est une œuvre littéraire à part entière et non pas un récit de journaliste. C’est l’homme qui s’interroge, qui éclate en morceaux sous l’effet de la bombe et ces pages sont parmi les plus belles du roman. Celui qui le tenait par les épaules en l’appelant « mon frère », celui dont il a rejoint la cause par delà les frontières, celui avec qui il a partagé le deuil des camarades tombés pour la cause, c’est “son” traître. Où était l’amitié, la sincérité, la vérité de l’homme ? Pourquoi, comment un homme peut-il mentir pendant 25 ans devant les siens, sa famille, ses amis ? Où trouver les réponses ?

En vous disant cela je n’ai rien dit de ce bouleversant roman, hommage puissant à l’amitié, à l’engagement, qui pose des questions universelles tout en  saluant le peuple irlandais,  ces femmes de prisonniers, ces prisonniers politiques eux-mêmes. Mon traître est le portrait vibrant de chaleur de cette Irlande aux maisons peintes à la gloire des martyrs mais aussi aux murs barbouillés de blanc dans la nuit pour que les silhouettes des soldats anglais deviennent des cibles pour les tireurs isolés.

C’est dans une guerre de sang, de pleurs, de sacrifices que nous fait pénétrer Sorj Chalandon. Il choisit ses mots avec soin, avec ce je ne sais quoi d’étrange parfois dans des raccourcis audacieux qui sont sa petite musique, celle du violon d’Antoine peut-être, qui pleure l’Irlande d’avant la traîtrise et célèbre la paix, fragile, à conquérir encore. Chalandon prend parti, sincèrement, ardemment avec une passion qui l’honore et qui ne rend que plus touchant ce questionnement de fantôme : pourquoi ?

                                                                             mur peint à l'effigie de Bobby Sands, Belfast

 

Hommage mural à Bobby Sands, Belfast

Un peu de délicatesse s’il vous plaît !

25sept

KrisprollsSi on vous le faisait lire en cachant le nom de l’auteur, vous l’identifieriez tout de suite. Entre les nombreuses références littéraires, notamment celle à Belle du Seigneur d’Albert Cohen, dont il ne cache pas que c’est son roman préféré, le récit d’une histoire d’amour une fois de plus improbable à côté d’un couple qui s’essouffle (1), la présence de Polonais, un érotisme en filigrane (2) et une légèreté plus que réjouissante, on retrouve bien la plume de David Foenkinos, qui nous avait déjà régalé avec Le potentiel érotique de ma femme en 2004. Il signe cet automne son neuvième livre (3), un petit délice de roman qui porte un titre plein de douceur et de promesses : La délicatesse. Vous y lirez ainsi l’histoire de Nathalie, belle jeune femme tout juste âgée de vingt ans au début du livre, mais déjà vouée à un avenir prometteur dans la finance. Vingt ans, et tout simplement folle amoureuse de François, qui a eu le courage de l’aborder un jour dans la rue. A propos de François : “Il possédait le charme énervant de ces gens qui peuvent vous vendre n’importe quoi. Avec lui, on pourrait partir faire du ski en été, et nager dans des lacs islandais. Il était le genre d’homme à aborder une seule fois une femme dans la rue, et tomber sur la bonne.” Mais la chance tourne, n’est-ce pas ?… Quand François se fait renverser par une voiture, il laisse une Nathalie complètement désoeuvrée, sans doute toujours amoureuse de lui comme au premier jour. Difficile de conquérir une veuve qui reste éperdument amoureuse de son défunt mari. Tel est pourtant le défi que vont tenter de relever deux hommes qui font partie de l’entourage professionnel direct de Nathalie. Pour autant, le lieu de travail (si l’on vous précise qu’il s’agit d’une entreprise suédoise implantée à Paris, vous aurez déjà élucidé la moitié du mystère qui se cache derrière les Krisprolls…) et l’amour qu’ils vouent à cette femme qui se veut inaccessible sont bien les seuls points communs que l’on pourra relever entre ces deux prétendants…

Si La délicatesse tranche certes avec des romans plus profonds ou plus engagés de la rentrée (4), il n’en demeure pas moins qu’on le retrouve dans la première sélection des prix Médicis, Renaudot et Goncourt. Il faut reconnaître que ce roman, qui porte d’ailleurs très bien son titre, fait passer un très bon moment au lecteur. L’auteur possède un réel talent pour tisser une relation privilégiée avec ce dernier. Il arrive en effet à créer une complicité avec lui en multipliant les références à des éléments mentionnés dans les pages précédentes. Si certains s’adonnent avec une certaine ferveur au name-dropping, on pourrait dire que David Foenkinos donne dans le clue-dropping, ce qui a pour effet principal de valoriser le lecteur attentif… Mais surtout, celui-ci aura le plaisir de retrouver son humour ravageur - entre le comique de situation, les informations anecdotiques en lien avec le récit et les notes infrapaginales absurdes dosées avec perfection, on se régale… A tel point que l’on serait tenté de faire abstraction de ce côté people un peu énervant que peut afficher l’auteur et de se laisser porter jusqu’au bout de ce roman jubilatoire.


 (1 ) Si la rentrée littéraire dernière semble déjà loin, on se souvient peut-être de Nos séparations, qui racontait l’histoire d’amour entre un fils de hippies et une fille de bonne famille.  (2) Voici un petit clin d’oeil au Potentiel érotique de ma femme : “Le visage de Nathalie éclipsait, dans ses souvenirs, sa carrière et sa vie de famille. Il pouvait écrire un livre au sujet des genoux de Nathalie.”  (3) Il s’agit pour l’essentiel de romans publiés aux éditions Gallimard, à l’exception du Potentiel érotique de ma femme et des Célibataires (qui est une pièce de théâtre) tous deux parus chez Flammarion.  (4) On peut penser par exemple à Des hommes, de Laurent Mauvignier, Trois femmes puissantes, de Marie NDiaye ou encore à Jan Karski de Yannick Haenel, eux aussi en lice pour les mêmes prix…

F.A.

Première salve

24sept

 Le polar fait sa rentrée !

 

cobenpeur.jpggrange.jpgprice.jpgmontanari1.jpgAprès la période de latence des vacances, les nouveautés  reviennent à la charge. Première salve policière, histoire de vous allécher, avec les Américains qui se taillent la part du lion, notamment le très attendu et médiatique Harlan Coben avec son nouvel opus Peur noire - où l’on retrouve Myron Bolitar dans une nouvelle aventure aux méandres familiaux, qui réjouira ses fans. A peine mis en pile, il dépote ! Autres pointures made in USA : Souvenez-vous de moi de Richard Price, qui n’avait rien sorti depuis quatre ans, et  Un jour en mai de George Pelecanos fidèle à lui-même et à sa ville de prédilection, Washington district. Richard Montanari poursuit sa série avec son duo de choc, Byrne et Balzano, dans 7, ils enquêtent toujours à Philadelphie dans un thriller machiavélique mettant en scène un serial killer manipulateur. Chez Actes Sud, en attendant la parution du prochain Camilla Lackberg (ce sera pour début octobre), la collection Actes Noirs accueille un nouveau venu, le Gallois Simon Lewis dont le Trafic sordide évoque l’immigration clandestine chinoise. Aux éditions du Masque paraissent deux titres : un premier roman de Ron Rash Un pied au Paradis  qui vous emmènera dans les Appalaches, en terre Cherokee,  et un nouveau volet de la série Carol Jordan et Tony Hill concocté par la terrible Ecossaise Val McDermid, dont le titre donne le ton :  Sous les mains sanglantes. Mention spéciale au Britannique R.J. Ellory qui après Seul le silence que nous avons adoré, signe chez Sonatine un deuxième titre Vendetta (que nous sommes en train de lire, à l’écriture aussi maîtrisée) et, cerise sur le gâteau, nous aurons le plaisir de recevoir l’auteur dans notre librairie le 29 septembre prochain pour une séance de dédicaces - un bel événement !

Côté français, paraît chez Albin Michel le nouveau titre de Jean-Christophe Grangé La Forêt des Mânes, à la couverture contrastée rouge et verte du plus bel effet.  Toujours chez Albin Michel, notons la nouvelle présentation de la collection Special suspense.  Dotée d’une jaquette relookée, elle reçoit deux parutions simultanées : le Français Mikaël Olliver avec La promesse du feu et l’Américaine Lisa Gardner avec Sauver sa peau. Chez Calmann-Lévy, Andrea H. Japp poursuit les enquêtes de Diane Silver, profileuse du FBI avec Une ombre plus pâle. Avec le huitième volet de la série marseillaise de Jean Contrucci, Le Vampire de la rue des Pistoles, l’éditeur Jean-Claude Lattès vous offre un très joli fascicule illustré du Marseille de la belle époque, saveurs et couleurs locales,  l’accent en plus (voir à la fin le petit glossaire, peuchère). Encore plus au Sud, le dernier roman du Barcelonais Francisco Gonzales Ledesma Un roman de quartier, dont un de nos fidèles clients nous a déjà fait l’éloge, à peine vu, aussitôt acheté, aussitôt dévoré, un splendide roman noir, nous a-t-il confié, en attendant que votre libraire dépassé le lise à son tour.

 

Pour les amateurs de polars nordiques, signalons chez Gaïa la parution du dernier Gunnar Staalesen Les chiens enterrés ne mordent pas, nouvelle enquête du privé norvégien Varg Veum,  le deuxième titre du Suédois Arne Dahl Qui sème le sang aux éditions du Seuil, et un nouvel épisode de la série Erik Winter,  par Ake EdwarsonPresque mort chez Lattès.

 

Connectez-vous régulièrement sur notre blog, bientôt la deuxième salve de nouveautés : nous évoquerons les parutions en format  poche. A suivre…

 

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Le XXI° siècle de Honecker

23sept

une Avantime…On oublie aussi les tyrans. Celui qui sévit en R.D.A. pendant quelques décennies n’est plus qu’un spectre dont les français se souviennent à peine. On louera donc Jean-Yves Cendrey de ressusciter ce patronyme en l’infligeant au protagoniste de son tout dernier roman paru chez Actes Sud, un texte incisif où l’auteur des Jouets vivants franchit à nouveau la frontière rhénane - quinze ans après avoir pris la poudre d’escampette face à une ville de Berlin irrespirable -   pour vingt chapitres qui nous font osciller entre franche hilarité et véritable inquiétude. Matthias Honecker (et non Erich) est un homme sans qualités, Berlinois de toujours, qui aimerait lire Broch à défaut de Musil et n’y parvient pas, qui conduit une improbable “Avantime” de Renault mais n’est guère en avance sur son temps, qui est flanqué d’une compagne enceinte mais se voit mal en père, d’une machine à café en rade et d’un avenir en berne. Ce sont ses aventures tragi-comiques dans une Allemagne neuve que J.-Y. Cendrey a cousues dans cet Honecker 21 où se déploie la langue géniale d’un auteur qui mériterait enfin qu’on ne se contente pas d’une avalanche d’articles laudatifs (ou scandalisés, ce qui est plutôt bon signe) mais qu’on lui découvre un lectorat large, celui par exemple qu’agace la production lénifiante de nos gentils auteurs français(et justement en direct, une cliente s’empare de son livre et s’éloigne vers la caisse…). Mais plutôt que répéter ce que d’autres critiques ont mieux dit (cf le site evene.fr), nous avons le plaisir de vous proposer une petite interview, dans un cadre intimiste, de Jean-Yves Cendrey : ce sera l’occasion pour certains de découvrir sa voix de basse envoûtante avant de se précipiter pour acquérir son livre, sans conteste un des plus puissants de cette belle rentrée…

 

 

Florence sur fond noir

22sept

Florence Ehnuel derrière nos micros, Florence Ehnuel devant notre caméra, un double moment vécu la semaine dernière lors de sa venue pour nous parler de son livre paru chez Stock, Saisons russes. Outre le plaisir de pouvoir dialoguer avec un auteur qui mêle délicatesse et fougue dans des livres au ton singulier, nous avons pu capter quelques images d’elle que nous avons le plaisir de vous proposer sur ce blog. Ainsi, pour la première fois, nous pouvons vous proposer à la fois le podcast de sa conférence et cette interview filmée dans nos studios, un supplément inédit que nous espérons bien pouvoir renouveler avec les auteurs qui voudront bien se prêter à cet exercice.

Saisons russes est un surprenant petit roman, à l’écriture précise et tendue qui nous parle de cette avidité de mots qui habite certains êtres depuis leur naissance. C’est le cas de l’héroïne qui a compris depuis l’enfance que son appétit la dirige plus vers des festins de textes que de mets, amoureuse du langage et des vertiges qu’il provoque. Et cet amour se redouble d’un autre désir, celui de l’Autre dont elle est insatiable, dont elle rêve, mais qui s’estompe dès l’éloignement commencé, l’obligeant à constater qu’il n’était qu’un sursis. “Je cherche un autre, écrit-elle. L’Autre. Celui qui me libérera de cette mélancolie ambiante, de cette disgrâce psychique, de cette mauvaise haleine de l’âme qui est une forme de vulgarité, d’obscurité sale.” Pour lutter contre la morosité et l’angoisse, ces deux compagnons qui se suivent, elle va entreprendre, avec enthousiasme, d’aborder une nouvelle langue, le Russe. C’est le récit, saison après saison, de cet apprentissage auprès de Iouri son professeur qui adapte à chacun de ses élèves une méthode propre, qu’elle va nous raconter, impliquant tout son être et surtout tout son corps dans cet élan vers un nouveau paysage intérieur.

Mais personne n’est mieux indiqué pour en parler que l’auteur elle-même que nous vous laissons découvrir.

 

 

“Tiens bon la barre et tiens bon le vent”

21sept

la traversée du mozambique par temps calme

Voici un roman qui a reçu le soutien de l’équipe littérature lors de sa sortie -et qui avait déjà fait l’objet d’un petit article l’année dernière, souvenez-vous- , et que nous nous faisons le plaisir à notre tour de défendre à l’occasion de sa parution en poche.

La Traversée du Mozambique par temps calme raconte l’improbable quête de la mystérieuse cité inca de Païtiti menée par un équipage on ne peut plus saugrenu: deux frères originaires d’une tribu indienne du nord de l’Alaska , une cuisinière-infirmière à l’esprit pratique à tout épreuve nommée Fontaine, Malebosse, une femme étrange, le grand Jean-Philippe, pirate au grand coeur, le tout dirigé par Belalcazar, un capitaine charmeur aux qualités de navigation plutôt douteuses à en croire ses expériences antérieures.

Un voyage qui commence en mer, qui se poursuit sous terre ensuite, des personnages qui apparaissent puis disparaissent, un nombre incalculable de rebondissements et de déviations, et une quête qui semble ne jamais avoir d’issue. Vous l’aurez compris, Patrice Pluyette s’amuse avec les clichés du roman d’aventure.

Mais plus qu’un roman pastiche, La traversée du Mozambique par temps calme se lit aussi comme une très belle réflexion sur le sens du voyage et sur l’errance. Plus le roman avance, plus Païtiti nous semble inateignable. Pour reprendre les propos du capitaine, “… en contournant Païtiti, on tombe sur Païtiti (il faut entendre par là: “si tu veux atteindre ton but, détourne-toi de ton but”) ” .

On en vient finalement à se dire que la recherche de cette cité inca n’est qu’un prétexte, et que l’enjeu est ailleurs; et cela, Belalcazar le souligne dès l’ouverture du roman: ” Nous sommes tous engagés dans le même combat (…) Il s’agit de sortir le meilleur de soi, vous comprenez? Et d’apprendre à vivre ensemble. Vous me comprenez bien?”.

De tels propos ne peuvent que faire échos à ceux que Bouvier met en exergue dans son Usage du monde: ” Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lu même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait”.

Récit de voyage, quête du Graal, conte philosophique, cette Traversée du Mozambique est bien un roman étrange, qui pourrait laisser le lecteur tout simplement perplexe; mais c’est sans compter sur le charme fou de l’écriture de Pluyette, un subtil mélange de langage soutenu, d’humour ravageur et de détails prosaïques, un mélange  qui n’est pas sans rappeler le style d’un certain Echenoz…

L’idée est donc de se lancer, de se laisser embarquer, car la traversée vaut le détour, veuillez me croire.

“Emporté par la foule…”

18sept

laurent mauvignierIl semble bien que les éditeurs de chez Minuit aiment se faire désirer des lecteurs du poche. Double, leur collection de poche, est alimentée avec beaucoup de parcimonie, presque au compte-goûte, et chaque sortie de livre n’en devient que plus attendue.

Alors non, ce n’est pas encore cette année que les lecteurs du poche  pourront lire Ravel, petit bijou signé Jean Echenoz, en Double. En revanche, en septembre, ils auront le privilège de suivre la sortie simultanée de 3 chefs-d’oeuvre du catalogue Minuit: Rosie Carpe, de Marie NDiaye, Faire l’amour, de Jean-Philippe Toussaint, et enfin Dans la Foule de Laurent Mauvignier.

Avec Dans la Foule, Mauvignier choisit de reprendre un fait divers pour le moins tragique, celui de la finale de la Coupe d’Europe des Champions qui a eu lieu au stade Heysel en 1985:  l’effondrement d’une partie des tribunes suite à l’affrontement de supporters. Un bilan lourd, puisqu’on a recensé une quarantaine de morts.

Les personnages se nomment Jeff, Tonino, Tana, Fransesco, Geoff. Ils viennent de Belgique, de Grande Bretagne, d’Italie. Ils sont jeunes, presque des gamins, et ils ont évidemment la vie devant eux lorsqu’ils s’apprêtent à se rendre au stade. Tour à tour, ils nous font entendre leur voix, de la description de leur quotidien au drame terrible.

On retrouve encore une fois, et avec un plaisir non dissimulé, l’écriture si particulière de l’auteur, qui mêle dans un souffle monologue intérieur, paroles et pensées des personnages. La polyphonie devient tantôt chant funèbre, tantôt épopée où les personnages, témoins de l’Histoire, nous livrent leur profond désarroi mais nous transmettent aussi leur grande rage de vivre, malgré tout.

Mauvignier parvient à sonder l’intimité de chacun avec un immense talent. Il signe ici un texte particulièrement poignant, déchirant, mais emprunt aussi d’une grande humanité.

Au regard de ses romans antérieurs, Dans la Foule s’inscrit comme un roman différent, plus long, plus aux prises avec l’Histoire aussi. Ce texte semble marquer un tournant dans son oeuvre et l’on ne saurait que trop l’encourager à poursuivre dans cette voie. La preuve avec Des Hommes, son roman suivant, un très grand texte dont le sujet est la guerre d’Algérie et ses traumatismes.

Mauvignier, un auteur à ne jamais cesser de suivre donc…

Aujourd’hui c’est la Toussaint !

17sept

La vérité sur MarieSi si, je vous assure, aujourd’hui, c’est la Toussaint ! Bon, allez, on ne vous la fait pas… Il n’en demeure pas moins que le jour tant attendu de la parution du dernier Jean-Philippe Toussaint est arrivé. Troisième volet racontant la suite de l’histoire passionnelle vécue par cette fameuse Marie et le narrateur de Faire l’amour et Fuir, La vérité sur Marie  est désormais disponible. Bien que nous adorions nous répéter, vous pourrez retrouver tous nos commentaires (est-il besoin de préciser qu’ils sont plus que favorables ?…) en lisant le blog du 21 août dernier. Si vous ne deviez en retenir que deux choses, ça serait le fait que d’une part, ce livre est tout simplement magnifique, et que de l’autre, vous aurez tout le loisir de venir écouter son auteur à la librairie le 9 octobre à partir de 18h. Détail non négligeable, on aura tout de même appris entretemps que ce superbe roman est en lice pour le Prix Goncourt

Et pour les curieux, voici un extrait du documentaire réalisé par Pascal Auger intitulé La cuisine de Jean-Philippe Toussaint, au cours duquel l’auteur revient notamment sur l’écriture de La salle de bain, son premier roman, qui reste aussi l’un de ses plus grands succès de librairie et l’un de ses romans les plus lus à l’étranger.

 

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