Archives du mois de septembre 2009

Marie NDiaye en images

02sept

C’est un étrange spectacle pour nous d’assister à l’impressionnant parcours du dernier roman de Marie NDiaye : Trois femmes puissantes fait l’unanimité dans la presse et les médias, et cet élan s’est très vite transformé en succès, nos prévisions les plus optimistes étant vite balayées par les demandes répétées (et le spectre terrible de la rupture de stock…) On emploie souvent le terme amusant de « caracoler » pour parler du galop victorieux d’un livre en tête des ventes, eh bien nous y sommes et c’est un vrai plaisir car il ne fait aucun doute que ce roman est un des deux, trois grands de cette rentrée. On a dit beaucoup sur Marie NDiaye, on a raconté qu’elle vivait désormais à Berlin, on a évoqué et commenté le souffle génial son livre bâti en trois mouvements, il est donc bien difficile de faire dans l’originalité à son sujet. Insister sur l’immense qualité de son oeuvre tissée avec intelligence depuis longtemps et qui n’a jamais cédé à la facilité, qui n’a pas fait de concessions pour plaire au plus grand nombre, voilà une mission qui nous incombe. Mais pour pousser un peu plus loin et fort (ou faible) de nos compétences balbutiantes dans le domaine de l’image, nous avons demandé à Marie NDiaye qui nous rend parfois visite dans la librairie, de bien vouloir se prêter à une petite interview, filmée d’une main tremblante,  que nous pourrions placer sur notre blog. Voici donc quelques minutes en sa compagnie et ses réponses à des questions sur la « puissance » de ses trois héroïnes, sur l’effacement progressif du merveilleux dans son oeuvre et, enfin, sur l’adieu à la Gironde dans sa géographie littéraire. Qu’il nous soit permis ici de la remercier sincèrement pour sa gentillesse, sa disponibilité et sa patience…

 

Bruges a la frite !

01sept

aspe.jpeg                                                                                                                                                                                                                                                            «Un Simenon flamand qui fait souffler un vent comique et iconoclaste au pays du roman policier.»

                                                 Le Figaro Magazine


Pour découvrir la ville de Bruges, rien de mieux que de se plonger dans un polar de Pieter Aspe !  Merci aux éditions Albin Michel qui, depuis 2008, ont entrepris de publier en France les asp1.jpgenquêtes du commissaire Van In. Quatre volumes sont à ce jour traduits sur la vingtaine de titres déjà parus en Belgique – il faudra s’en contenter pour l’instant, à moins de maîtriser le néerlandais (ce qui n’est pas le cas de votre libraire) – à lire dans l’ordre chronologique suivant : Le Carré de la vengeance, Chaos sur Bruges, Les Masques de la nuit, et La quatrième forme de Satan. Le premier est annoncé en format poche début octobre prochain, c’est une bonne nouvelle ! Chez nos voisins belges et hollandais, Pieter Aspe est un véritable phénomène asp21.jpglittéraire : ses livres se sont vendus à plus d’un million d’exemplaires et ont fait l’objet d’une adaptation tv très suivie.

La réussite de la série tient à plusieurs ingrédients : tout d’abord au côté haut en couleur et attachant des personnages – on se prend de compassion pour Van In et ses travers humains, le commissaire fume trop, il mange trop, il boit trop, quand il se met au régime on souffre avec lui – on le suit dans ses aspirations amoureuses avec Hannelore Martens,  jeune femme pétillante et sexy, qui exerce les fonctions de substitut du procureur, on rit de sa complicité et de ses asp3.jpgéchanges avec son adjoint, Guido Versavel, homosexuel notoire et qui ne s’en cache pas… Les dialogues sont vifs et savoureux, souvent truculents  ! Le charme de ces excellents petits polars d’ambiance, à la fois légers et diablement  plaisants, tient aussi pour beaucoup au décor : la ville de Bruges (dont la vision est bien éloignée de l’imagerie touristique) que l’auteur connaît sur le bout des doigts – c’est sa ville, il y est né, il  y vit – si bien qu’en compagnie de ses personnages, on déambule dans les rues, les tavernes, les places, les quartiers, les canaux, les odeurs, les couleurs, asp4.jpgon s’y croirait ! Un extrait, pour y goûter : « Le Singel est une impasse pittoresque de Bruges, à proximité de la porte Maréchale. Parallèle à l’ancienne douve, il se termine en cul-de-sac des deux côtés et n’est accessible que par un pont de pierre. Cet îlot désolé est protégé par une rangée d’arbres. A peine arrivé, on se croirait projeté dans un autre monde, comme si le temps s’était arrêté depuis quarante ans dans cette enclave mystérieuse. Une impression que l’on doit en partie à l’aspect décrépit des maisons, mais aussi à la rareté des voitures et à la présence d’un fossé crasseux où des feuilles nauséabondes flottent dans l’eau noire. Comme frite.jpgsi on se trouvait là aux confins de la Terre… » Enfin, plaisir de l’intrigue, toujours soigneusement ficelée, prétexte à dépeindre et épingler la bourgeoisie locale, les dysfonctionnements divers, les rouages sociaux, en une mordante chronique de moeurs.

 

On sort de cette lecture en ayant l’impression d’avoir mangé des frites, bu de la bière (le commissaire a un faible pour la Duvel) – Bruges comme si vous y étiez, je vous dis – ça donne la frite !

 

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