Du micro-trottoir au micro-taxi
16oct
Les éditions Actes Sud peuvent aujourd’hui se targuer d’ajouter à leur catalogue, à côté d’Ala al-Aswani (1) le nom d’un autre auteur égyptien qui fait parler de lui. Lorsqu’il est arrivé sur nos tables dans sa belle couverture colorée réalisée par l’artiste Loustal (2), Taxi a attiré notre regard. Quand nous avons constaté que ce premier roman signé de la main d’un écrivain cairote inconnu au bataillon (3) – Khaled Al Khamissi – était en outre porté par une presse élogieuse, nous avons commencé à être sérieusement intrigués et avons décidé d’y jeter un coup d’oeil, et c’est tant mieux ! Empruntant au style de la brève de comptoir, au micro-trottoir et à la nouvelle, Taxi se présente comme un ensemble d’une soixantaine de petits récits. Il s’agit en fait d’autant d’échanges que l’auteur aurait eus avec des chauffeurs de taxi – on avait bien compris qu’il ne s’agissait pas de conducteurs de bus -, conversations qu’il a soit reconstituées, soit inventées de toutes pièces. Pour que ce concept ne soit pas dénué d’intérêt, il faut évidemment que ces conversations tournent autour d’autres choses que des prévisions météorologiques ou des rêves qu’ont fait les interlocuteurs la nuit précédente… Y sont effet abordées des problématiques plus ou moins brûlantes touchant à tous les domaines de la vie égyptienne, qu’il s’agisse de l’économie, de la politique, de la société ou encore de la culture. On perçoit par exemple une certaine vague de nostalgie à l’égard de Sadate en ces années 2005 et 2006, alors que Moubarak tente d’obtenir un cinquième mandat. Ces conversations évoquent également de près ou de loin des questions liées à l’islam, à l’éducation, à la récession économique, ou encore à la remise en question de l’influence du pays au sein du monde arabe. Mais par un souci de crédibilité et de réalisme, il faut évidemment que ces conversations restent aussi légères que digestes. Et force nous est de reconnaître que le pari est réussi : s’il ne remplace pas un cours de civilisation sur l’Egypte contemporaine, il n’en demeure pas moins qu’en conjuguant pertinence et humour, Taxi s’impose comme un petit bijou à mettre entre les mains de tous les curieux, qu’il s’agisse d’égyptologues confirmés ou de néophytes.
Et pour ne pas vous laisser en reste, voici une petite blague que vous pourrez lire dans l’un des premiers textes :
Un type marche dans le désert et trouve une lampe d’Aladin. Il la frotte et le génie en sort. Il lui dit : « Quel est ton voeu ? Dis-moi ! Quel est ton souhait ? Tes désirs sont des ordres. » L’homme n’en croit pas ses yeux et lui demande un million de livres. Le génie lui apporte un demi-million. Alors l’homme lui demande : « Où est l’autre moitié ? Tu veux m’escroquer ? » Le génie lui répond : « Le gouvernement a une participation dans la lampe, on fait fifty-fifty. »
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