Archives du mois de octobre 2009

Les réprouvés

05oct

Annelise RouxNous avons encore en mémoire l’émotion qui se lisait sur le visage d’Annelise Roux lorsqu’elle nous annonça il y a déjà de nombreux mois que son prochain livre sortirait chez Sabine Wespieser. Nous attendions de notre côté depuis longtemps de ses nouvelles littéraires et l’émoi qu’elle nous transmit était la preuve que le roman qui viendrait serait d’importance. Notre attente fut comblée en découvrant La solitude de la fleur blanche qui est paru fin août, un texte puissant et parcouru de failles, un texte intime mais portant en même temps la voix de milliers d’âmes, ces réprouvés de l’Histoire que furent et sont encore les pieds-noirs, un texte de souffrance mais jamais impudique où se dévoile, ce qui y est passionnant, les raisons profondes qui président à la naissance d’un écrivain. Car écrivain Annelise Roux l’est sans conteste, tout en elle respire cette quête effrénée et jamais assouvie de la beauté que les mots engendrent. Styliste impeccable, habile à creuser dans son propre terreau, elle cultive un jardin où sa fleur, unique, déploie sa blancheur au milieu des iris.

Vous pourrez entendre sur nos podcasts l’intégralité de la rencontre qui nous permit il y a quelques jours d’entendre sa voix, si sûre, et son propos où l’intégrité se rehausse d’une humanité et d’une générosité qu’on souhaiterait à bien des auteurs. Mais vous allez pouvoir aussi, sur ce blog, voir Annelise Roux et l’entendre nous dire en quelques minutes, trop courtes, ce qui l’a conduit dans cette belle entreprise romanesque.

 

 

 

La parole de Michon

02oct

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Les salons Mollat étaient combles hier après-midi pour recevoir un hôte de marque, Pierre Michon, qui nous faisait le plaisir de sa première visite dans notre librairie. Le public, en majorité composé de ses fervents lecteurs, a écouté dans un silence quasi religieux la parole chaleureuse et affable de l’écrivain ponctuée de traits d’humour. Nous fûmes ravis de découvrir que derrière une oeuvre plutôt exigeante et empreinte de la grandeur de ses sujets (l’Histoire, la Littérature, la peinture) qu’incarnent des personnages de « saints diables » plus fantasmés que réels (Michelet, Robespierre ; Rimbaud, Beckett ; Van Gogh, Watteau, Goya) se cachait un homme plus bavard et accessible que ses oeuvres  le laissent de prime abord supposer.

 

En effet, à la suite de l’échange de qualité engagé avec l’universitaire Dominique Rabaté puis avec la salle autour des réflexions d’ordre historique ou esthétique que suscite son dernier ouvrage, Les Onze (Verdier), quelques  fidèles clients et zélés libraires ont pu s’entretenir quelques instants avec Pierre Michon. Là encore, l’amabilité d’un homme à l’écoute des histoires  croisées de ses lecteurs avec son oeuvre fut riche d’une belle émotion et d’un souvenir précieux que sont venues concrétiser quelques lignes de dédicaces patiemment personnalisées.

Pour en savoir plus, lisez notre dossier consacré à l’oeuvre Pierre Michon en cliquant ici, et pour accéder au coup de coeur rédigé à l’occasion de la parution des Onze en avril dernier. Et très bientôt vous pourrez accéder au podcast de cette très belle conférence.

Noir toscan

01oct

AcconaL’on ne saura jamais assez gré à ces quelques écrivains d’Europe méridionale de réussir le pari de nous plonger dans un univers en parfaite rupture avec ce que nous connaissons, univers qui se veut souvent rural et intemporel, baignant dans une atmosphère où l’on décèle une certaine forme de lyrisme et de magie. Du côté des Espagnols, viennent alors à l’esprit des noms comme celui de Julio Llamazares, à qui l’on doit ce texte remarquable intitulé La pluie jaune, qui vient – enfin – de sortir en poche. Du côté des Italiens, on pense par exemple à L’île de Giani Stuparich, à Silvio D’Arzo pour Maison des autres (1), à Dario Franceschini pour Dans les veines ce fleuve d’argent ou encore aux romans de Milena Agus (2). Désormais, on peut aussi ajouter le nom de Anna Luisa Pignatelli à cette liste qui n’a évidemment rien d’exhaustif.

Puisant son inspiration dans sa terre natale, Anna Luisa Pignatelli écrit essentiellement sur la Toscane, notamment la région désertique d’Accona, dans la province de Sienne. Après Les grands enfants et Le dernier fief, que les éditions de La Différence rééditent dans leur collection de poche Minos, Noir toscan raconte l’histoire d’un vieil homme originaire du Sud qui s’installe à Accona.  « Très vite ils s’étaient mis à l’appeler Noir, peut-être à cause de son caractère ombrageux, peut-être parce que, n’étant pas né sur cette terre, son passé leur échappait, s’enveloppait de brumes. Quand il s’était aperçu qu’ils le surnommaient ainsi ça l’avait énervé, et puis il avait lui-même adopté ce surnom si approprié à sa nature, s’identifiant au sobriquet plus qu’au nom que lui avaient légué ses parents. » Contrairement aux gens de la région, qui pratiquent encore massivement le métayage, il décide de faire l’acquisition d’une terre jusque là très prisée des chasseurs. Désormais seul après la mort de sa femme et le départ pour Milan de leur fils unique, fatalement attiré par la ville, Noir se retrouve en butte à l’hostilité des villageois, à de rares exceptions près. De toutes les manières, loin d’être un philanthrope, cet homme austère n’est à l’aise que dans la Nature. En effet, « Noir vivait en harmonie avec les animaux, comme s’il était pétri de la même argile. C’était avec les hommes que les choses tournaient mal. » Aussi réagit-il à l’inverse des villageois le jour où il se rend compte qu’un loup rôde dans les parages : au lieu de traquer l’animal, il se met à le nourrir, réalisant sans doute qu’ils ne sont pas si différents l’un de l’autre…

Vous l’aurez compris, l’auteur nous emmène dans un monde rural dont les jours sont plus que comptés, au coeur de ce qui constitue l’un des derniers bastions de cultivateurs terriens. On retrouve dans Noir toscan un certain nombre de valeurs ancestrales qui n’ont presque plus cours aujourd’hui que dans des îlots de résistance isolés face à un monde en proie à un modernisme et à une urbanisation galopants. Ce petit livre offre alors à son lecteur une occasion d’effectuer un retour à l’essentiel, bercé que l’on est par la voix « insolite, lyrique, mordante et désolée » (3) de Anna Luisa Pignatelli (4).


(1) Petit clin d’oeil au podium que nous consacrons depuis quelques semaines à la maison d’édition Verdier, qui fête cette année son trentième anniversaire. (2) Qu’attendez-vous pour lire Mal de pierre ? Maintenant qu’il est sorti en poche, vous n’avez plus d’excuse ! (3) Telle est l’appréciation de l’un des plus grands noms des Lettres italiennes contemporaines, à savoir Antonio Tabucchi. (4) Notons enfin que Noir toscan fait partie de la première sélection du prix Fémina.
F.A.
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