Archives du mois de janvier 2010

Repose en Peace

29jan

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The Red Riding Trilogie – actuellement au cinéma !

What is that ? Une adaptation magistrale de l’oeuvre de David Peace, auteur  de 1974, 1977, 1980, 1983, une tétralogie suffocante se passant dans le Yorkshire…

 

Sur les quatre titres publiés par le terrible Anglais, exit 1977 (pour la petite histoire Channel 4 ne voulait financer qu’une trilogie), reste donc au final l’épisode 1974, réalisé par Julian Jarrold,  James Marsh s’est emparé de 1980, et Anand Tucker a signé l’adaptation du dernier volet 1983. Les spectateurs anglais ont pu apprécier le résultat en s’installant devant leur poste de télévision – en France, seuls quelques cinémas (dont Utopia Bordeaux, c’est là que s’est rendu votre libraire) ont eu le courage de programmer The Red Riding Trilogie. Ce n’était pas une mince affaire que d’adapter Peace à l’écran : comment rendre la noirceur de son univers, ses personnages broyés, sa désespérance ? Proche d’un Robin Cook pour l’ambiance, et d’un James Ellroy par le style, Peace n’est pas de tout repos (contrairement à ce qu’indique son patronyme)… Pari réussi car les trois films sont une réussite complète ! – c’est aussi l’avis de François Guérif, directeur de la collection Rivages/noir, qui publie en France les ouvrages de David Peace, à qui nous avons posé la question alors qu’il accompagnait dans nos murs James Ellroy le 18 janvier dernier. Les films sont fiévreux, l’image nerveuse et enlevée, le rythme vif et incisif, on revisite les années Thatcher sur fond de décor d’époque. Le constat révulse : du journaliste naïf qui va vite perdre ses illusions au flic corrompu prêt à tout pour se couvrir – ce monde est pourri. Tout comme on sort groggy des livres de Peace, on quitte la salle de cinéma en ayant l’impression d’avoir visité les bas fonds de l’âme humaine, question de conscience… – to be or not to be, that is the question.

Salinger R.I.P.

28jan

J.D. Salinger vient de disparaître et nous n’illustrerons pas notre très court article d’une photo : il n’en existe pour ainsi dire pas. Nonagénaire retiré depuis plus de trois décennies de toute vie publique, décidé à se conformer au plus rude des principes, mettre sa vie en conformité avec l’idée qu’on se fait de soi-même, n’écrivant plus, il a réussi, et sans doute malgré lui, à se transformer en mythe littéraire, puissant mirage d’un Bartleby qui avait décidé qu’il valait mieux plus (que mal). En France on ne cesse de lire son grand livre The catcher in the rye traduit chez nous par Jean-Baptiste Rossi (connu aussi sous le nom de Sébastien Japrisot) sous le titre L’Attrape-cœurs. On rappellera à ce propos la querelle à laquelle on fit peu d’échos sur cette fameuse traduction reconnue par beaucoup comme plutôt infidèle et qui fut un temps remplacée par celle d’Annie Saumont, toujours chez le même éditeur, Robert Laffont, avant qu’un repentir (ou plutôt une bonne colère de Rossi) n’oblige à faire machine arrière. Désormais, cependant, la raison semble l’avoir emporté et c’est dans la deuxième traduction que vous pourrez découvrir ce beau voyage adolescent. Les amateurs de nouvelles pourront quant à eux se tourner vers les cinq recueils de nouvelles de Salinger qui fit très honneur à ce genre malheureusement (c’est litanique cette plainte sur ce blog…) boudé chez nous. C’est le seul mérite des périodes nécrologiques : elles incitent à relire un auteur que l’ombre de la mort rend tout à coup bien séduisant.

R.I.P.

Lanzmann vs Haenel

27jan

Nous prendrons garde de ne pas nous embarquer sur le sentier de la polémique à laquelle nous assistons depuis quelques jours autour du livre de Yannick Haenel, Jan Karski, violemment attaqué par Claude Lanzmann, l’auteur de Mémoires, Le Lièvre de Patagonie, qui ont fait grand bruit cette année, le réalisateur de Shoah dont Haenel s’est servi pour la première partie de son roman-documentaire puisqu’il se remémore le personnage de Karski face à la caméra de Lanzmann,  ce serait faire fi de notre souci de défendre toutes les expressions, surtout lorsqu’elles émanent de deux personnalités aussi fortes et talentueuses, deux auteurs de la grande maison Gallimard chez qui la diplomatie doit aller bon train. Vous pourrez retrouver sur le site de Pierre Assouline, La République des Livres dont nous sommes des fidèles les tenants de cette dispute qui vient s’inscrire dans ce goût pour la castagne  qu’apprécie le monde littéraire français et l’avis du plus célèbre blogueur littéraire français vaut le détour. Pour amener notre pierre à cet édifice menaçant nous rappelons aux internautes qui veulent en savoir plus que nous avions eu l’honneur de recevoir les deux antagonistes, avant que nous puissions soupçonner qu’ils s’affronteraient par déclarations et journaux interposés. En amateurs de traces et en libraires soucieux de mémoire, nous conservons précieusement souvenirs de ces passages sous forme de podcast des conférences qui permettent à tête reposée d’écouter en situation un auteur, non plus dans le calme d’un studio mais face à des spectateurs parfois questionneurs et sans filet. Vous pourrez donc retrouver les deux podcasts en cliquant ici pour Claude Lanzmann et pour Yannick Haenel. A vous de rejuger et de tenter de vous faire un avis.

Claude Lanzmann lors de sa venue chez Mollat

Yannick Haenel et son éditeur Philippe Sollers

Michel & Jean-Pierre

27jan

Ainsi un jour, il y a longtemps de cela, Michel Ohl rencontra Jean-Pierre Martinet. Les témoins de cet événement peu commenté par les exégètes de ces deux auteurs difficiles auxquels un jour l’Aquitaine rendra l’hommage qui leur revient ne sont pas tous morts. L’un même des acteurs de cette scène de légende peut encore témoigner et nous dire que Jean-Pierre Martinet n’est pas une invention des éditions Finitude, un tour de passe-passe du Dilettante ou le vieux reste d’un rêve de Raphaël Sorin. Mais quel besoin de gloser quand la prose du barde d’Onesse est limpide et sa mémoire précise. Voici donc pour vous, fidèles lecteurs de ce blog, la carte inédite de celui qui à lui seul a fait la fortune de son bureau de Poste, le prince de la calligraphie timbrée, l’aède des bords de l’Adour, le plus russe des écrivains français, le petit neveu de Thrasybule, l’aîné de Jean-Pierre dit le jeune, un auteur généreux qui sait ne pas oublier ceux qui n’ont pas tenu le(s) coup(s) comme Martinet le Libournais, un éveillé de première qui réagit de haute façon et belle manière à la réédition de La somnolence (voir notre blog). Laissons la place à ce recto/verso et désolé pour le torticolis qu’il provoquera peut-être…

Michel Ohl nous écrit

Michel Ohl au verso

C’est bon aussi quand c’est gras

26jan

On vante souvent ici les délices acides de l’humour anglais, les délires avides de l’humour new-yorkais, il ne faudrait pas pour autant négliger les délires à l’arachide de certains américains qui ne cuisinent pas franchement dans le diététique mais vous font bouillir des marmites savoureuses et hypercaloriques . Grâce à Frédéric Brument qui dirige chez Rivages une épatante série humoristique où on a pu découvrir ou redécouvrir Robert Benchley, Stephen Leacock, W.E.Bowman, Spike Milligan, Damon Runyon ou James Thurber, nous pouvons aujourd’hui faire la connaissance de l’univers un rien poisseux mais souvent hilarant de Rich Hall, auteur de Caroline du Nord connu jusqu’à présent (surtout en Caroline du Nord d’ailleurs et à Edimbourg aussi, notons-le) pour ses one man shows où il met en scène un certain Otis Lee Crenshaw, plouc intégral (ou presque mais c’est dans ce presque que vient se nicher toute la folie du héros) qui écoute de cette country music qui est une véritable torture aux oreilles raffinées des européens (sauf à Mirande, une semaine par an, mais on peut éviter facilement le bourg à cette période) et n’hésite pas à pousser la chansonnette de sa voix éraillée de gros fumeur. C’est ce personnage qui a quitté la scène pour devenir le héros d’un roman réaliste et poilant, Otis Lee Crenshaw contre la société, où les intrigues amoureuses de cet abonné aux échecs retentissants se conjuguent aux séjours en prison et aux passages hauts en couleurs devant le juge. Car si Otis Lee connaît la chanson et peut vous en faire des couplets sur tous ces chanteurs qui font suinter leurs romances de dégoulinures romantiques, il n’en échappe pas moins à la fatale attraction pour des femmes, toutes prénommées Brenda (suivie d’un numéro), qui font son malheur et notre joie. Car c’est là toute la saveur de cette suite d’aventures lamentables où les petits trafics (il vole par exemple des mobil homes qu’il revend après les avoir repeints) finissent toujours dans le mur du pénitencier, Otis Lee Crenshaw réfléchit sur l’amour, sorte de Stendhal en salopette qui vous tartine quatre pages bien senties sur le coup de foudre et sur Cupidon, bonne paire de claques à la mythologie amoureuse (ce sont ses « pensées indicibles »…). On conseillera ardemment aux éconduits chroniques, aux roméos sans Juliette, aux buveurs de sirop doucereux, aux romantiques repentants, à tous les misérables qui comptent les années en échecs, de faire la connaissance de ce louche individu qui reluque les femmes des autres sans répit. Cela vous barbouillera un peu l’estomac, ce n’est pas très diététique mais qu’est-ce que c’est drôle. Et si vous riez, c’est que c’est gagné, non ?

Joyce Maynard, de retour du supermarché

25jan

Joyce MaynardQuinze ans qu’on n’avait eu de nouvelles de Joyce Maynard, terriblement étiquetée par son nouvel éditeur, Philippe Rey, comme « la Françoise Sagan américaine » : cette ex-enfant terrible des lettres américaines (ça a quelque chose de pathétique à 55 ans de s’entendre affubler d’ex-enfant terrible, ce qui semble préparer à future mamie fouettarde) nous revient quinze après la publication de Prête à tout. On oubliera facilement son épisode autobiographique qui lui permit de raconter sa vie avec l’énigmatique J.D.Salinger, ce n’est pas vraiment à sa gloire, pour se concentrer sur son dernier roman traduit, Long week-end. Encore un roman d’ado, pourrions-nous dire, un tantinet fatigués et pourtant celui-ci parvient à distinguer sa voix et à rendre la tension qui l’habite passionnante. Le jeune Henry est à l’acnée… de son existence, coincé entre une mère encore jeune et séduisante mais passablement perturbée par la fatalité qu’elle s’imagine acharnée à la poursuivre et un père qui a pris soin de s’abriter au sein d’une nouvelle famille. C’est l’ennui qui va le pousser à réclamer de sa mère une sortie au centre commercial, c’est le goût de l’inconnu qui lui fait accepter, lorsque sa route croise celle d’un costaud amoché, de le prendre en charge et de le ramener à la maison.Mais ce Monsieur Franck n’est pas un gentil quidam à secourir, il transporte avec lui une lourde histoire, des années de taule et une évasion dont ce week-end semble être la romantique apogée. Car si Franck a un casier, il a aussi la langue bien pendue et un irrépressible besoin de s’épancher et de se justifier. L’amour va naître entre les deux adultes perdus sous le regard de moins en moins compatissant de l’adolescent qui se voit peu à peu écarté de cette double confession ponctuée d’effusions. Les deux jours racontés par le jeune garçon vont nous faire osciller, de façon très américaine (on voit déjà le film…) entre idylle touchante et cauchemar larvé. On sourit aux remarques du garçon qui est tellement proche de sa mère qu’on le suspecte assez vite d’un complexe mythologique, on larmoie aux souvenirs terribles des grands qui ont pris de plein fouet des injustices (les fausses couches de l’une, l’emprisonnement de l’autre), on tremble de sentir que l’épilogue qui se profile va être rude. Mais ça marche, on tourne les pages, captivés. Bien sûr on n’en dira pas plus car Joyce Maynard a un sacré métier et sait nous embarquer au coeur de ce trio terrible et beau. Retour gagnant donc pour cette auteure de grand talent.

« A thing of beauty is a joy for ever »

22jan

keatsellroy1.JPG Les obsessions les plus noires côtoient parfois de nobles transports de l’âme… La vitrine consacrée à la visite lundi dernier de James Ellroy voisine avec l’inspiration romantique du moment puisque depuis le 6 janvier, parallèlement à la parution en traduction française de l’ultime volet  de la trilogie de l’écrivain américain, la librairie célèbre un événement poétique : la sortie du dernier film de Jane Campion, Bright Star, titre emprunté à une ode que John Keats dédia au début du XIXème siècle à sa jeune voisine Fanny Brawne.

 Inspiré des authentiques dernières années de la vie du poète anglais, soit entre 1818 et 1821, ce film renoue avec la grâce et le romanesque qui nous a fait bien entendu replonger dans l’atmosphère de l’inoubliable Leçon de piano (palme d’or du festival de Cannes en 1993). Ici, les notes de musique et les élans des corps sont merveilleusement spiritualisés dans les vers et les échanges épistolaires abondamment cités (John Keats, Lettres - parues chez Belin) sans y perdre au change ni verser dans le délicat écueil de la mièvrerie, puisque Jane Campion sait subtilement filmer la naissance d’un désir, inassouvi et néanmoins puissamment incarné.

fannylit.jpgfannykeats.jpgCette véritable leçon d’amour est d’abord et aussi d’art car la jeune Fanny conquiert le coeur de son voisin d’abord par le verbe et l’esprit, demandant qu’il lui enseigne les secrets de sa poésie. Ce film s’inscrit ainsi parfaitement dans la tradition de l’amour courtois, platonique (symbolisé par la cloison entre leurs chambres) qui tente de s’affranchir des obstacles mais y succombe finalement… superbement.

Le film aura fait tirer force larmes à quelques cinéphiles du rayon conquises par cette impossible passion corsetée par les conventions de la société anglaise (John Keats, poète incompris et vivant dans la misère, ne pouvait espérer épouser une jeune femme d’une classe sociale supérieure). La tuberculose finira par l’emporter en 1821 en exil à Rome, où, paraît-il, il composa son dernier poème intitulé « To Fanny » et qui résonne telle une ultime et amère leçon de romantisme pour la destinataire, dans la version filmée : la mort du poète ne peut mettre fin à la vie de sa poésie qui seule demeure prisonnière du souvenir et du secret de leur désir. C’est au tour donc du spectateur et lecteur de se plonger dans les quelques recueils (Endymion, HypérionLes Odes, Seul dans la splendeur, Sur l’aile du phénix) et correspondances qu’il reste de cet amour, absolu aussi éphémère et aérien que la poésie et la beauté fragile des papillons que Fanny voudrait garder mais qui finissent par périr (présage funeste pour Keats) tout en gardant présent à  l’esprit les magnifiques couleurs et émotions suscitées par ce film, enchantement esthétique et frisson poétique à tous points de vue.

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James ELLROY J+2 !

20jan

L’événement faisait date depuis quelques semaines : l’annonce de la venue de James Ellroy dans notre librairie. Fans, libraires et curieux attendaient le 18 janvier avec impatience ! Ce « monstre sacré » de la littérature policière achevait ces jours-ci sa tournée française avant de sillonner l’Europe, pour accompagner la parution très attendue du dernier tome de sa trilogie du même nom, Underworld USA, disponible en France aux éditions Rivages depuis le 6 janvier. L’auteur, décontracté et souriant -  il a chaud, enlève illico son pull noir, place à la fameuse chemise hawaïenne, arbore l’écharpe fétiche confectionnée par sa compagne – s’est tout d’abord prêté au jeu des dédicaces, debout, serrant avec le sourire les mains de ses lecteurs, ponctuant chaque échange de quelques paroles… Il jubile en paraphant ses livres de son écriture majuscule pour un public venu en nombre (la file d’attente ne tarira pas pendant une heure et demie). Impressionnant Ellroy, tant par sa taille, son regard aigu, que sa personnalité,  mégalomane et fascinante,  qui le pousse à parler, non sans malice, confinant (peut-être ?) à la provocation, mais avec un sérieux aplomb, de « chef-d’oeuvre » pour cette incursion complexe, torturée et tonitruante dans les années 1968-1972, date limite pour l’écrivain qui ne consent pas à écrire ou vivre dans son temps, ni à s’exprimer sur l’actualité brûlante.

Pour ceux qui auraient raté la conférence qui a suivi à 18 heures dans les salons Albert Mollat – la salle s’est remplie comme un raz-de-marée si bien que tout le monde n’a pas pu entrer, et nous en sommes désolés – voici de larges extraits de ce rendez-vous qui fut à la hauteur de nos attentes. C’est Christophe Dupuis, grand connaisseur devant l’éternel du polar américain qui a eu le courage de mener cet entretien, c’est Yves-Charles Granjeat, éminent spécialiste universitaire de littérature américaine qui a traduit à la volée la langue très verte du grand homme, secondé efficacement par Stéphanie Benson elle-même, l’auteur bien connu de polar. Bref du beau monde sur cette estrade et au final un spectacle dont nous vous avons gardé les meilleurs moments.

PS : Pour retrouver l’intégralité de la rencontre , rendez-vous sur le podcast à l’aide du lien que voici : podcast Ellroy

Réveillez la somnolence

18jan

Jean-Pierre Martinet en chemiseGrâces soient rendues aux Editions Finitude qui, au mépris de toute ambition commerciale, ont ressuscité il y a quelques années, Jean-Pierre Martinet et s’en trouvent désormais fort aise puisque les critiques et les lecteurs ont suivi. Jérôme est en train de se tailler une place de classique maudit contemporain, ce qui n’est pas donné à beaucoup de livres malgré les efforts désespérés de quelques beaux esprits torturés. Ceux qui l’ont connu lorsqu’il respirait encore ne se privent plus désormais de le faire savoir, s’en glorifiant, oublieux malgré tout de leur totale absence d’efforts pour le faire relire. Saint Jean-Pierre Martinet en quelque sorte qui vient de rejoindre le firmament des grands oubliés…

Pour compléter enfin notre vision de ce grand auteur libournais (l’association Libourne/grand auteur a toujours quelque chose de troublant… mais on annonce bientôt un Boulevard Martinet dans la noble sous-préfecture), on va pouvoir se précipiter sur la réédition de son premier roman, La somnolence, paru en 1975 chez Jean-Jacques Pauvert et qu’il était quasiment impossible de se procurer. Mieux qu’un coup d’essai, il s’agit véritablement de la matrice de l’oeuvre future, tous ses thèmes s’y expriment, tous ses démons y font une apparition, comme si ensuite ses autres créations relevaient du cousinage infini. L’héroïne est ce qu’on appellerait généralement une « vieille folle », Martha Krühl, septuagénaire entêtée de solitude qui évolue dans un monde qui n’est qu’à elle. La frontière entre le réel et l’imaginaire est très ténue, la déambulation de cette prisonnière d’elle-même répondant à une logique difficile à percer : elle erre dans un monde de coton, inquiétant et familier, qui fait barrage avec cette vie vraie qui n’a aucune espèce de valeur. Cette enfant éternelle qui a cessé de vouloir comprendre le fonctionnement du temps pense que bientôt son cauchemar sera terminé et elle dévide devant nous un long monologue, lente chute de sable qui paraît l’engloutir. La préfacière de cet inquiétant roman, Julia Curiel, qui officie chez Léo Scheer (l’éditeur qui s’est offert la plus coûteuse des danseuses, une revue littéraire), signe un texte inspiré qui marque intelligemment et sans trop d’emphase (c’est un peu le problème avec les découvreurs tardifs de Martinet, ils font dans une hyperbole qui est aussi désastreuse que le silence terrible qui accueillit en son temps les textes de Martinet, ululant au génie oublié)  en quoi cet auteur nous est vraiment contemporain, moins marqué par le laminage des années 70 qui faisait peser sur la forme romanesque une suspicion dévastatrice. On invitera donc les curieux à la lire attentivement avant de s’immerger dans cette oeuvre qui ressemble souvent à la définition que Martha fait elle-même du monde :  « un bordel étouffant, dirigé par un tenancier ivre ». Bienvenue dans les brumes alcoolisées et folle du misérable et inspiré Jean-Pierre Martinet.

James ELLROY J-2 !

16jan

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Pour la sortie du troisième volet de sa trilogie

Underworld USA

 

James ELLROY  sera parmi nous lundi 18 janvier !

Non, non, vous ne rêvez pas !

 

 Rendez-vous donc :

 

dès 16h30 : séance de dédicaces à l’espace Accueil de la librairie

à 18 h : rencontre dans les Salons Mollat au 11 rue Vital-Carles (3ème étage)

 

Vos libraires du rayon Polar sont dans tous leurs états !

Et vous ?

 

 

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