Dans la cathédrale

— Ecrit le Jeudi 4 mars 2010 dans la rubriqueC'est nouveau”.

Cathédrale de Chartres illuminéeOn se souvient encore du dernier roman de Christian Oster, qui nous faisait traverser la France en direction de la Corse à l’arrière d’une voiture, avec comme bagage aussi encombrant qu’incongru, une chaise en bois massif. Cette fois-ci, la destination élue par son narrateur est nettement mois exotique. Dans la cathédrale, c’est l’histoire de Jean, qui habite un appartement parisien mais écrit des chroniques pour un journal local dont le siège est à Chartres. Au début du roman, Jean se rend à un enterrement avec Paul, un ami qui a établi ses quartiers dans sa chambre d’ami suite à une rupture amoureuse. Quand bien même notre narrateur exprime le souhait de voir celui-ci vider les lieux dans un avenir prochain, la disparition de Paul à la sortie du cimetière semble le déstabiliser au plus haut point. Ne sachant que faire, il va finir par prendre un train pour la Beauce. Ayant réservé une chambre dans un hôtel de Langeville, il décidera finalement de faire un saut à Chartres pour s’entretenir avec son rédacteur en chef, qu’il n’a pas eu l’occasion de voir en personne depuis un certain temps. Comme le courant passe plutôt bien entre les deux hommes, ce qui aurait pu constituer une simple échappée d’une journée finit par se prolonger l’espace de quelques jours, le temps pour Jean de faire d’une part l’expérience du quotidien de son hôte, et de l’autre, des rencontres surprenantes.

Plus que jamais, ce dernier roman de l’auteur de Mon grand appartement et de La femme de ménage aspire à souligner la vacuité de l’existence. L’anti-héros de ce livre dans lequel on sent l’influence de Jean Echenoz, autre grand auteur du catalogue des éditions de Minuit, est empêtré dans un réel dont il s’évertue constamment à démêler les fils, bien que de façon souvent superficielle. Etranger à tout ce qui lui arrive, il survole la vie comme s’il y existait un voile entre lui et le monde. Sa passivité chronique, (cf. l’extrait ci-dessous), ses contradictions, ses errances répétées, le rôle que joue le hasard dans des décisions qui s’imposent à lui plus qu’elles ne sont le fruit de sa volonté, tout concourt à produire un effet de non-sens et de vanité. A une exception près, car il existe quelque part un élément qui peut se révéler salvateur et permettre à l’homme de retrouver le nord et cet élément, et cette clé, c’est l’amour.

« La première personne qui me vint à l’esprit, à cet égard, et faute de pouvoir dialoguer avec Paul, fut Marianne, bien que j’eusse également songé à Marthe, qui, au demeurant, n’était évidemment pas disponible pour m’entendre. Marianne, donc, me disais-je, que j’hésitais à appeler, toutefois, car, m’avisais-je, ce que j’avais à lui dire n’était pas agréable du tout. C’était bien à elle, pourtant, que je devais confier, notamment, ça se confirmait, que je ne voulais plus la voir – ce qui était, ça se confirmait aussi, présentement, au-dessus de mes forces. Or c’est à ce moment qu’elle m’appela, et je décrochai. (…) Non, dis-je, ce n’est pas grave, il faut juste que je parte et qu’on ne se voie plus. Tu n’as pas besoin de partir pour ça, dit-elle. Non, dis-je, mais j’ai besoin de ne plus te voir pour partir. Je te fais peur ? dit-elle. Non, dis-je, ça n’a pas de rapport. Ecoute, Jean, dit-elle, tu es tordu. Tu es désagréable. Peut-être, dis-je. Je te quitte, dit-elle. »

 

F.A.

Commentaires récents

Posté par Irène Lindon
Le 5 mars 2010

Merci beaucoup, Chère Fleur, de votre excellent article sur
le roman de Christian Oster Dans la cathédrale.

Cordialement.

Irène Lindon

Posté par Olivier Mony
Le 17 mars 2010

C’est vrai qu’il est bien ce papier…

Posté par Fan de Patrick
Le 18 mars 2010

… de verre, cher M. Mony, papier de verre, et de fait ça décape! et que je vous dise, tant que je vous ai, j’ai croisé le plus grand écrivain du monde (depuis Friedo Lampe : 2 m O2) en 1964 au lycée Montaigne, eh oui! Modiano en personne! « Boudiou! il fera son chemin, celui-là! » me suis-je exclamé en le voyant s’éloigner à pas de géant. Et ça n’a pas loupé.

Posté par Olivier Mony
Le 18 mars 2010

Nom d’une pipe en bois ! Un condisciple de Patoche, de surcroît rappelant le souvenir du doublement immense Friedo Lampe, ne devrait pas me rester anonyme. C’est gâché…

Posté par juliendekerviler
Le 19 mars 2010

Bel article en effet, mais je ne vois dans ce texte aucune sorte d’ »influence », et s’il fallait comparer à tout prix on pourrait peut-être trouver une proximité, et encore, elle ne me saute pas aux yeux ; Christian Oster fait une œuvre très cohérente, très homogène, structurée et animée par le retour des noms, des actes (s’enrhumer), des objets (les chaises), parfois même des expressions (« Paul au téléphone »), et je ne lis là-dedans rien d’echenozien, non que je n’aime pas Echenoz, que je refuse aveuglément qu’il y ait du Echenoz dans Oster, au contraire, mais lire Oster c’est d’abord et avant tout lire ce qui fait toute sa « curieuse solitude »…

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