Archives du mois de mars 2010

Vue plongeante sur Lavinal

17mar

Sylvie face à l’oeilPetite agitation médiatique hier pour l’annonce des sélectionnés du Prix Lavinal – Printemps des lecteurs 2010 puisque notre partenaire France 3 a relayé en mots et en images ce moment important du compte à rebours qui nous mènera à l’annonce du lauréat le 25 mai puis à la remise du prix le 3 juin au Château Lynch Bages. D’abord sur le plateau du journal de la mi-journée avec deux minutes pour annoncer en rafale ce qui va se passer et donner les noms des auteurs retenus (mais pour l’heure ils n’évoquent pas grand chose, et c’est tant mieux…) puis dans l’après-midi pour un sujet réalisé devant l’urne qui recueillera les suffrages des lecteurs possibles et des téléspectateurs, car, rappelons-le,  le principe du vote associe cinq jurés choisis parmi nos clients, un bibliothécaire et nos partenaires (France 3 et Lynch Bages) à une voix qui « provient » de l’urne (le livre ayant obtenu le plus grand nombre de bulletins se voyant attribué une voix au moment des délibérations finales). Tout cela vous paraît un peu compliqué ? N’hésitez pas, quand vous passerez à la librairie, à nous en demander un peu plus, ou à télécharger le bulletin de vote (explicatif) sur les sites Mollat.com et France 3. Voici donc, prise en altitude, une vue plongeante de Sylvie, l’une des actives libraires participant à l’organisation de ce prix, en train d’expliquer avec sérénité (et en essayant de ne rien omettre…) le déroulement des festivités.

Pour l’heure, nous attendons les livres fournis par les maisons d’édition aux jurés qui vont avoir deux mois pour découvrir K.Davrichéwy, F.Viscogliosi, P.Gautier, G.Haller, E.Filhol et C.Pradeau qu’on ne saurait vous inviter à lire pour, pourquoi pas, venir voter ensuite…

(A suivre donc…)

Le printemps dans vos poches

16mar

Le printemps arrive, les martinets sont de retours, les violettes pointent déjà le bout de leurs pétales, et les opérations Livre de poche et Pocket battent leur plein !

Rappelons le principe à ceux qui ne le connaissent pas : pour deux livres achetés, la librairie vous offre un livre gratuit parmi une vaste sélection.

L’occasion pour certains de découvrir l’auteur prolifique qu’est Douglas Kennedy en lisant La Poursuite du bonheur (collection Pocket), l’occasion aussi d’apprendre quelques pas de danse en compagnie de Rudik avec Le Danseur de Colum Mc Cann (Pocket), ou encore de s’exercer à l’orthographe en parcourant Les Dictées de Bernard Pivot (Livre de poche).

Alors n’hésitez pas à venir nous rendre visite et dépêchez-vous, il n’y en aura pas pour tout le monde!

Entre ciel et éther

15mar

Jon Kalman StefanssonManifestement son éditeur chez Gallimard, Jean Mattern, y croit beaucoup car il s’est fendu d’une lettre aux libraires pour les inviter à ne pas manquer le roman islandais qui paraît ce mois-ci dans la collection Du Monde entier. N’était cet avertissement, nous aurions malgré tout dirigé nos pas vers Entre ciel et terre parce que les Scandinaves se font rares à la NRF et qu’ils déçoivent rarement. Jon Kalman Stefansson est un auteur encore jeune (il est né en 1963) et quoique très connu dans les pays nordiques il n’avait pas encore trouvé son traducteur chez nous. Avec Eric Boury, l’un des rares français capables de rendre la puissance de cette langue ancienne, nous tenons désormais sa voix .

La poésie imprègne profondément ce roman, elle est même le point de départ tragique de l’histoire qui nous présente des gens d’apparence fruste, pêcheurs islandais confrontés chaque jour à l’imminence d’une mort terrible dans l’eau glacée où ils vont chercher leur subsistance sans même savoir nager. Peu de poésie dans un univers aussi rude où la nature chaque jour rappelle sa puissance, et quand elle se manifeste elle parvient à tuer : Bardur, le costaud qui lit Le Paradis perdu de Milton en songeant à sa douce, est tellement enchanté voire emporté par ce qu’il découvre qu’un matin fatal il oublie d’enfiler sa vareuse, ce qui est synonyme de mort. C’est son cadavre gelé qu’on ramènera sur la berge. Dans ce pays où le mot, rare et choisi, est une telle richesse, il n’est pas question de laisser à l’abandon un livre quand bien même il serait le responsable d’une mort absurde. Le plus jeune va donc s’attribuer la mission de le ramener à son propriétaire, ce n’est encore qu’un gamin mais le danger qu’il sait devoir affronter ne va pas le retenir et au milieu d’éléments impassiblement déchaînés (c’est une des terribles grandeurs de ce livre que ces visions d’un océan qui tue sans relâche mais sans injustice, d’une montagne qui menace sans qu’on en fasse une divinité) il va se mettre en quête d’un homme et affronter du même coup le monde où les mots sont plus nombreux et plus difficiles à déchiffrer. Car ce sont bien les mots qui sont au coeur de cet ouvrage, ils ont le « pouvoir de nous consoler et de sécher nos larmes », ils nous sauvent ou nous perdent, c’est bien le Verbe, réputé salvateur mais qui peut vous exploser à la figure, qui magnifie ses pages rudes et on comprend qu’un nom, un seul nom peut devenir « l’enjeu d’une vie » aussi infime soit-elle. Parce que ce roman n’est pas cérébral, que ses protagonistes sont humbles et démunis, il n’en acquiert que plus de puissance. Aucune place au verbeux, à l’inutile. Entre ciel et terre, il y a une place pour l’homme et ses chants pathétiques, une place dont Stefansson a fait un roman, un sublime roman.


Lavinal An IV : c’est parti!

13mar

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La fébrilité était palpable dans le groupe réuni ce vendredi soir, au coeur d’un café qu’on avait vidé de son assistance pour nous, dans le dessein d’élire les six finalistes du Prix Lavinal-Printemps des lecteurs organisé par votre librairie en partenariat avec France 3 et le Café Lavinal de Lynch Bages pour la quatrième année… Chacun des membres de l’équipe de sélectionneurs, plus compacte que les années précédentes, était bien décidé à ne pas se laisser faire pour donner toutes ses chances à son ou ses favoris : des tractations serrées étaient à prévoir, chacun fourbissant les arguments les plus justes et les plus fallacieux, l’une accrochée à sa tasse de thé qui semblait dans ses doigts se transformer en dangereux objet contondant, l’autre se cachant derrière une casquette pour sauvegarder un anonymat imaginaire, un autre encore décidé à faire rendre gorge à ceux qui l’an passé n’avaient pas retenu son candidat, une autre enfin attendant son moment pour dégainer l’argument imparable… Au bout du compte et contre toute attente, la diplomatie l’a emporté, une huitaine de noms s’imposant parmi les dizaines de livres lus depuis le début de l’année (imagine-t-on la besogne, mélange d’exaltation et d’ennui ?). C’est là qu’il fallut trancher et notre souci de nous concentrer plus volontiers sur des auteurs peu connus ou encore en instance de le devenir, afin de jouer notre rôle de découvreurs, l’emporta au moment du choix final. Le voici donc, dans le désordre, et avant que nous vous en disions plus sur chacun d’entre eux.

Kéthévane DAVRICHEWY   La mer noire   Sabine Wespieser Editeur

Elisabeth FILHOL   La Centrale    P.O.L

Pascale GAUTIER   Les vieilles   Joelle Losfeld

Gérard HALLER   Deux dans la nuit  Galilée

Christophe PRADEAU   La Grande Sauvagerie   Verdier

Fabio VISCOGLIOSI   Je suis pour tout ce qui aide à traverser la nuit   Stock

Pour tout vous dire et sans vouloir faire dans l’auto-satisfaction, cette liste nous semble à la fois éclectique et cohérente, exigeante mais riche de surprises, et reflète l’excellente santé d’un roman contemporain français qu’on a trop souvent tendance à dénigrer.

Cela va être bientôt au tour des jurés, choisis parmi les clients de la librairie, d’entrer en piste avec mission pour eux de lire les six livres et de préparer leurs arguments en vue du débat final prévu en mai. Mais cela c’est pour plus tard…

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Les pierres de Kaddour

12mar

Nous n’aurons aucun scrupule à provoquer des regrets chez ceux qui, retenus par le froid épouvantable du jour, auront manqué la conférence de Hédi Kaddour mardi soir. L’écrivain de talent, très admiré par nous, est un conférencier de génie (et inversement), captivant l’attention par ses analyses, ses anecdotes, ses lectures, son regard sur son travail d’écrivain. Il a été notre coup de coeur de début d’année avec sa double actualité : son roman Savoir-vivre et son recueil de notes Les pierres qui montent, tous deux parus chez Gallimard, le premier qui met en scène plusieurs personnages (dont certains déjà présents dans le grand Waltenberg) au tout début des années 30 pour une intrigue incroyable née d’un fait divers découvert par l’auteur dans la presse de l’époque (voir notre article sur le blog) ; le second qui nous invite à le suivre tout au long de l’année 2008 à travers ses notes et croquis, carrousel très excitant de mots pris au vol, d’images happées, de réflexions sur la littérature souvent lumineuses (on a tendance à beaucoup corner les pages de ce livre pour y retourner), de souvenirs , d’épiphanies, un livre de chevet par excellence qui touche juste, qui ne tombe jamais dans l’excès, une vraie leçon de savoir-vivre littéraire…

Avant sa conférence que vous pourrez retrouver dans les podcasts, nous avons invité cet éminent professeur, qui enseigna longtemps à de futurs journalistes, à se placer devant notre mur noir pour évoquer librement son livre. Le voilà dans ce délicat exercice…:

Soin, Ethique, Santé, Mondialisation…et colloque

11mar

Si ce blog fait la part très belle à la littérature, il est néanmoins ravi d’accueillir ici, parfois, nos amis des Sciences Humaines, surtout quand ceux-ci ont réussi à capter des images. Un colloque récent leur a permis de confronter deux points de vue différents et complémentaires sous l’œil de notre caméra. Et toujours sur fond noir…

Les 16, 17 et 18 février derniers la librairie recevait le colloque « Soin Ethique Santé et Mondialisation ». Celui-ci était organisé par des universitaires des sciences humaines et sociales de Bordeaux III avec la collaboration des professionnels du soin et de la santé.

Le but de ce colloque était de réfléchir ensemble sur des questions de bioéthique qui concernent également les champs de la politique, de l’économie et du social et ce à une échelle planétaire.

Sans pour autant diaboliser la mondialisation, les chercheurs ont tenté de démontrer entre autre qu’une coopération des pays riches envers les pays pauvres est aujourd’hui nécessaire voire urgente. Les différents intervenants de ce colloque souhaitaient ouvrir le débat à toute personne intéressée par le sujet afin d’élargir le champ de la réflexion et des solutions possibles. Ce colloque s’inscrivait dans la continuité du master professionnel « Philosophie pratique vie humaine et médecine » qui existe depuis cinq ans à Bordeaux III.

L’atout majeur de cette formation est la rétroaction entre les chercheurs et l’expérience professionnelle des étudiants qui permet de ne pas avoir une recherche statique mais en perpétuel questionnement.

Ce colloque s’adressait à tous ceux et celles qui s’intéressent aux enjeux de notre société, accès principalement ici sur la question du soin et de la santé.

M. Denis Roux, obstétricien à l’hôpital Pellegrin et Mme Barbara Stiegler, professeur agrégée en philosophie à Bordeaux III et écrivain présentent dans la vidéo suivante les objectifs du colloque et son déroulement.

 

La face sombre de Marcel Proust

09mar

Pour Diane de Margerie, Proust est un vieil ami qu’elle pratique depuis de nombreuses années et dont l’intimité lui permet un regard aigu et dénué de cet excès de passion que peuvent déployer les proustiens idolâtres. Connaître c’est apprécier les ombres et les lumières d’un écrivain qui a fait de sa vie une oeuvre ou de son oeuvre sa vie. Avec les yeux et le coeur de quelqu’un qui ose regarder en face ces ombres, elle a choisi de revenir, après avoir déjà consacré des livres à cet auteur, sur les eaux sombres du créateur de La Recherche du Temps perdu. Son livre plein de finesse, vif et fécond, est de ceux qui vous donnent particulièrement envie d’aller, toutes affaires cessantes, vous replonger dans cette oeuvre énorme qu’on n’a jamais fini d’explorer. C’est ce qui nous a donné envie de convier Diane de Margerie à venir nous en parler devant notre caméra tout d’abord puis devant une assemblée attentive. Voici donc, sur fond de bibliothèque, l’auteur de Proust et l’obscur (Albin Michel) dans une présentation de son dernier livre.

Une tête bien pleine dans un bureau bien vide

08mar

Le bureau videMême si vous n’avez pas jugé utile d’aller le voir au cinéma, vous avez certainement entendu parler du dernier film dans lequel joue George Clooney, In the air. Vous savez, c’est l’histoire (adaptée du roman de Walter Kirn) de ce consultant en management qui travaille pour un prestataire de services quelque peu particulier. Il s’agit de prêter main forte à des PDG de grosses sociétés qui préfèrent s’abstenir d’effectuer eux-mêmes les licenciements qu’ils estiment nécessaires, en partie à cause des réactions que cela génère chez les employés concernés. En effet, il existe toute une gamme de comportements plus ou moins violents allant de la simple insulte ou menace, à l’agression physique, en passant par l’indignation ou les crises de larmes. Et, même si on n’y pense pas souvent, tout directeur qui remercie des membres de son personnel s’expose à un autre type de réaction non moins extrême, à savoir celle de l’ex-employé qui refuse tout bonnement de quitter son lieu de travail. Et c’est précisément cette attitude insensée qui fait l’objet du dernier roman de Frank de Bondt intitulé Le bureau vide (Ed. Buchet-Chastel). « Ils ne m’auront pas », déclare le narrateur dès la première ligne. Le ton est donné, cela ne fait aucun doute. Récemment licencié à cause d’une fusion entre la Maison et une autre société, notre homme a décidé d’embarrasser sa hiérarchie en continuant à occuper son bureau, alors que celui-ci se vide au fur et à mesure de tout son mobilier. « Habiter son bureau sans autre but que d’y séjourner en paix et parfaitement désoeuvré ne s’improvise pas, nous confie-t-il. Les premiers jours, la tentation de rompre l’inaction est permanente. Toute idée qui passe par la tête à tendance à vouloir se matérialiser dans un coup de téléphone ou une note. » Pour avoir une chance de remporter cette guerre des tranchées, « il est important de savoir s’occuper sobrement. Je bricole donc : mots croisés, échafaudages d’allumettes, calcul mental, découpage du journal, cocottes en papier, exercices de mémorisation. A l’occasion, j’en profite pour raccommoder la pointe d’une chaussette ou recoudre un bouton de chemise. De menus travaux plutôt plaisants pour qui sait prendre son temps. La résistance est un exercice subtil de composition. Il convient de reconstituer ses forces sans relâche, de pouvoir les convoquer, intactes, dès que l’on subodore une offensive ennemie. J’ai appris à vivre en état d’alerte. » Aussi absurde qu’entêtée, cette résistance par l’acte de présence auquel s’adonne notre homme n’est pas sans évoquer L’art et la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation de Georges Perec.

F.A.

Falconer

05mar

Récit d’une grande intensité, je ne suis pas sortie indemne de la lecture de Falconer de John Cheever en folio. J’adore les récits qui se passent en prison et ça tombe bien car Falconer en est une. Une grande prison bien triste, bien vétuste avec tout ce qui va avec. Pour mieux nous y faire pénétrer, Cheever a choisi d’y envoyer Farragut, un homme de classe moyenne, toxicomane, un fou du cul qui a commis un fratricide. Le voilà, qui arrive à Falconer et il en a certainement pour un bon moment. Il est en instance de divorce, son fils ne viendra pas le visiter, il est sous méthadone et la vie lente, laborieuse commence, remplie de rites. Car sans rituel dans une prison la vie est foutue. Avec lui, on découvre l’univers carcéral, avec son lot de folie, d’injustice, de solitude extrême, de rapports de force et de pouvoir, de chantage, de souffrance morale, d’ennui, de rêves, de violence, d’amitiés, de sexe. C’est fort, on est pris dans cette atmosphère singulière. les personnages sont tellement décrits dans ce qu’ils ont de plus intimes que l’on se sent proches d’eux, on vit avec eux dans leur cellule et on partage ce néant quotidien. Brutal, poétique, réaliste et d’une grande simplicité, ce roman percute par son ton et va bien au-delà de la description de l’univers carcéral, il explore ce qu’est l’être humain de manière fine et simple. Un grand roman.

Dans la cathédrale

04mar

Cathédrale de Chartres illuminéeOn se souvient encore du dernier roman de Christian Oster, qui nous faisait traverser la France en direction de la Corse à l’arrière d’une voiture, avec comme bagage aussi encombrant qu’incongru, une chaise en bois massif. Cette fois-ci, la destination élue par son narrateur est nettement mois exotique. Dans la cathédrale, c’est l’histoire de Jean, qui habite un appartement parisien mais écrit des chroniques pour un journal local dont le siège est à Chartres. Au début du roman, Jean se rend à un enterrement avec Paul, un ami qui a établi ses quartiers dans sa chambre d’ami suite à une rupture amoureuse. Quand bien même notre narrateur exprime le souhait de voir celui-ci vider les lieux dans un avenir prochain, la disparition de Paul à la sortie du cimetière semble le déstabiliser au plus haut point. Ne sachant que faire, il va finir par prendre un train pour la Beauce. Ayant réservé une chambre dans un hôtel de Langeville, il décidera finalement de faire un saut à Chartres pour s’entretenir avec son rédacteur en chef, qu’il n’a pas eu l’occasion de voir en personne depuis un certain temps. Comme le courant passe plutôt bien entre les deux hommes, ce qui aurait pu constituer une simple échappée d’une journée finit par se prolonger l’espace de quelques jours, le temps pour Jean de faire d’une part l’expérience du quotidien de son hôte, et de l’autre, des rencontres surprenantes.

Plus que jamais, ce dernier roman de l’auteur de Mon grand appartement et de La femme de ménage aspire à souligner la vacuité de l’existence. L’anti-héros de ce livre dans lequel on sent l’influence de Jean Echenoz, autre grand auteur du catalogue des éditions de Minuit, est empêtré dans un réel dont il s’évertue constamment à démêler les fils, bien que de façon souvent superficielle. Etranger à tout ce qui lui arrive, il survole la vie comme s’il y existait un voile entre lui et le monde. Sa passivité chronique, (cf. l’extrait ci-dessous), ses contradictions, ses errances répétées, le rôle que joue le hasard dans des décisions qui s’imposent à lui plus qu’elles ne sont le fruit de sa volonté, tout concourt à produire un effet de non-sens et de vanité. A une exception près, car il existe quelque part un élément qui peut se révéler salvateur et permettre à l’homme de retrouver le nord et cet élément, et cette clé, c’est l’amour.

« La première personne qui me vint à l’esprit, à cet égard, et faute de pouvoir dialoguer avec Paul, fut Marianne, bien que j’eusse également songé à Marthe, qui, au demeurant, n’était évidemment pas disponible pour m’entendre. Marianne, donc, me disais-je, que j’hésitais à appeler, toutefois, car, m’avisais-je, ce que j’avais à lui dire n’était pas agréable du tout. C’était bien à elle, pourtant, que je devais confier, notamment, ça se confirmait, que je ne voulais plus la voir – ce qui était, ça se confirmait aussi, présentement, au-dessus de mes forces. Or c’est à ce moment qu’elle m’appela, et je décrochai. (…) Non, dis-je, ce n’est pas grave, il faut juste que je parte et qu’on ne se voie plus. Tu n’as pas besoin de partir pour ça, dit-elle. Non, dis-je, mais j’ai besoin de ne plus te voir pour partir. Je te fais peur ? dit-elle. Non, dis-je, ça n’a pas de rapport. Ecoute, Jean, dit-elle, tu es tordu. Tu es désagréable. Peut-être, dis-je. Je te quitte, dit-elle. »

 

F.A.

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