Archives du mois de avril 2010

Carrément méchant, jamais content !

30avr

Autant vous prévenir tout de suite, ce recueil de nouvelles édité chez Christian Bourgois est méchamment drôle ou drôlement méchant. Comme vous voulez. Si vous avez envie d’éclater de rire dans le tramway ou bien  pouffer dans votre canapé, n’hésitez donc pas ! Ce qui frappe chez Dorothy Parker, c’est la modernité de son ton, de son sens de la répartie et de son style, alors que la dame semait la zizanie dans les années cinquante. Auteur prolifique, amie de Fitzgerald, elle laisse une oeuvre vaste autant par son nombre que sa diversité :  poèmes, scénarios pour Hollywood,  pièces de théâtre, articles, nouvelles et essais jalonnent son parcours atypique et anticonformiste à souhait. Ainsi dans Mauvaise journée demain, elle dresse un véritable portrait de la bêtise, de la lâcheté et des normes dans différentes nouvelles initialement éditées dans le New Yorker : un homme qui rêve de claquer la porte de chez lui, abandonnant sa famille mais qui n’ose pas, se réfugiant alors dans la taille des haies ; une femme dont la jarretière se casse et qui voit défiler sa vie et tout ce qu’elle aurait pu faire si son bas n’avait pas cédé ; deux new-yorkais en voyage en Méditerranée. Toutes les normes, tous les conformismes en prennent pour leur grade. Mais Dame Parker reste chic en toutes circonstances : « Ah, merde. » (page 25)

C’est drôle, féroce, irrévérencieux et intelligent, on se régale de cette mauvaise journée demain .

Le contraire de la mort

28avr

Roberto SavianoDe nos jours, rares sont les auteurs de romans et/ou nouvelles pouvant se targuer de faire preuve d’un engagement digne de celui que prônait Victor Hugo au XIXe siècle. Nous parlons bien de ceux qui, au péril de leur vie, décident de dénoncer un régime ou un groupuscule dont les exactions affectent le sort de milliers de victimes. En refusant de se taire, ces écrivains engagés font alors le choix d’une vie menacée et sont bien souvent contraints à l’exil. Tel est le cas de nombreux auteurs chinois dont par exemple Lü Jiamin, qui avait utilisé un pseudonyme lors de la publication de son célèbre roman Le totem du loup. Sans aller aussi loin, on peut observer le même type de rapprochement entre expression littéraire et engagement politique chez un Italien qui a lui aussi beaucoup fait parler de lui au moment de la sortie de son livre, d’autant plus que celui-ci a été adapté à l’écran deux ans plus tard, sous le même nom. Nous sommes en Campanie, et il s’agit évidemment de la Camorra. Même si son nom vous échappe à l’instant où vous lisez ces lignes, sans doute vous souvenez-vous au moins du titre du livre et du film… Oui, Gomorra, c’est bien cela. Et le nom qui est associé à cette réalisation à la fois ambitieuse et risquée n’est autre que celui de Roberto Saviano. Jeune journaliste et écrivain né dans la cité parthénopéenne en 1976, Saviano est considéré comme un véritable héros national par nombre de ses compatriotes, dont Umberto Eco. Récemment, deux de ses ouvrages ont été traduits en français. Le premier, La beauté et l’enfer : écrits 2004-2009, se pose comme un livre essentiellement autobiographique dans lequel l’auteur revient sur des thèmes qui lui sont chers, notamment ses contributions à la littérature et au journalisme, l’exil, la solitude, mais aussi la reconnaissance nationale. Le deuxième, qui nous intéresse aujourd’hui, est quant à lui un petit ouvrage contenant deux nouvelles aussi effroyables que brèves. Rassemblés dans une édition bilingue (1) sous le titre Le contraire de la mort, ces deux textes valent incontestablement le détour. Avec son écriture imagée servie par une très belle traduction, la plume de Roberto Saviano n’en conserve pas moins son caractère coup de poing. Le constat est implacable : le Sud de l’Italie est atteint d’un cancer dont les nombreuses métastases affectent jusqu’aux plus jeunes. En proie à la misère et à une violence souvent gratuite, ces derniers en sont souvent réduits à s’engager dans l’armée pour espérer ramener de l’argent à la maison. Et comme unique fil conducteur entre ces deux nouvelles implacables dans lesquelles prédominent la désillusion et l’amertume, je vous présente la Guerre.

« Il est des lieux où le simple fait de naître est une faute, où le premier souffle et la dernière quinte de toux ont la même valeur, la valeur de la faute. Peu importe la volonté qui nous a guids, peu importe la vie qu’on a menée. Les pensées qui ont rebondi dans notre crâne ne comptent ps davantage, et moins encore que les sentiments que nous avons exprimés à certaines heures du jour. Ce qui compte, c’est notre lieu de naissance, celui qui figure sur notre carte d’identité. Ce lieu, seules les personnes qui y vivent et le connaissent et, entre coupables, on s’identifie au premier coup d’oeil. Tous coupables, tous absous. Pour ceux qui n’en viennent pas, en revanche, ce lieu n’est rien. »

« Le Sud est rempli de plaques en souvenir de ceux qui sont tombés, pour opposer une autre résistance. Une résistance difficile à raconter, car elle ne se lève pas contre des troupes d’occupation, elle ne lutte contre aucune milice, elle n’a aucune dictature à renverser. Une résistance qui ne consiste du reste pas à être contre, il suffit d’être en dehors pour tomber, exactement comme pendant la guerre, quand les bombardements et les représailles allemandes firent plus de victimes civiles au Sud que dans les zones de combat. »


Si cette pratique est courante en poésie, car dictée par les spécificités du genre, on l’observe de plus en plus régulièrement dans le domaine de la nouvelle, où des éditeurs traditionnels, comme Grasset, Le Rocher, Chandeigne, et aujourd’hui Robert Laffont, choisissent d’accompagner le texte en français de l’original. Il en va ainsi de La vie périlleuse du chanteur de basse de Robert Benchley, des Trois contes de Machado de Assis, des deux inédits de Stefan Zweig (Voyage dans le passé et Un soupçon légitime). Tandis que le lecteur monolingue est en droit d’interpréter ce choix éditorial comme une simple stratégie commerciale destinée à gonfler le prix des livres, cela peut faire le bonheurs des lecteurs polyglottes, qui peuvent par la même occasion se pencher sur la traduction. A ce propos, signalons la qualité du travail effectué par Vincent Raynaud, qui avait déjà traduit Gomorra. Notons que ce dernier traduit également à partir de l’espagnol, comme par exemple Vies perpendiculaires d’Alvaro Enrigue, qui nous avait marqué lors de sa parution l’année dernière (cf. notre blog).
F.A.

 

En centrale

27avr

Puisque ce sont les libraires qui sélectionnent les finalistes du Prix Lavinal – Printemps des Lecteurs, il leur revient de se livrer au périlleux exercice de présentation, histoire de se mouiller un peu avant de laisser le jury s’écharper (on le souhaite pour l’action) ou se mettre d’accord. Emilie n’a pas froid aux yeux, elle s’est donc attaquée, toute seule, sans crainte des radiations, à La Centrale, le premier roman très remarqué (notamment grâce à son Prix France Culture – Télérama) d’Elisabeth Filhol qui nous plonge dans le quotidien d’ouvriers oubliés, ceux du nucléaire. Laissons la parole à notre libraire…

 

Catalène au Salon

26avr

Jean-François Delapré ne s’attendait pas à ce qu’un confrère, même lointain, lui tende un piège pareil, et pourtant il a dû se résoudre à accepter puis affronter l’idée, un rien saugrenue, de parler de son livre devant une caméra au beau milieu du Salon du Livre de Paris dont il avait profité pour venir, entre autre, rencontrer son éditrice Alice Déon, PDG de la Table Ronde elle-même « piégée » par notre anodine requête qui lui vaut aujourd’hui d’apparaître non seulement sur notre site mais aussi sur YouTube et DailyMotion. Voici donc, et pour faire suite à notre petit article qui signalait la parution de Catalène Rocca, minuscule mais très réjouissant recueil de deux nouvelles nées de la vie de libraire, l’auteur en personne, loin des rayonnages où il peut habituellement exercer sa verve et dire son amour de la littérature. En le remerciant pour sa gentillesse, sa disponibilité et son merveilleux petit livre jaune…

An English in Cuba

23avr

Ces nuits chaudes à La Havane en compagnie de quelques truands dans de somptueux Palaces sont un régal pour le lecteur: gangsters, sexe, argent, casinos, politiciens corrompus, célébrités… La mafia américaine veut faire de Cuba un empire du jeu où l’argent coulerait à flot…Mais la révolution gronde et Fidel Castro n’aime pas vraiment danser ni jouer….Ave ce livre basé sur une enquête minutieuse et excellement traduit par l’auteur David Fauquenberg, on comprend mieux pourquoi l’imaginaire des gangsters qui aboutira à des chefs-d’oeuvre comme la trilogie du Parrain de Coppola a connu un tel destin. Le pays de la réussite était aussi devenu celui de la loi du plus fort, l’impérialisme économique s’exportait jusque dans les côtés sombres, faisant de Cuba le lieu de tous les rêves d’enrichissement les plus éhontés. Nocturne à La Havane de T.J. English est la dernière découverte de l’éditrice de La Table Ronde, Alice Déon, qui a accepté, sans filet et au beau milieu du Salon du livre de Paris de nous expliquer pourquoi elle croit à cet inclassable et passionnant ouvrage. Laissons-lui la parole après l’avoir remercié pour sa disponibilité.

Voyage au bout de l’Afrique

22avr

Des vêpres noiresL’Afrique, cela commence souvent par des idées reçues : la possibilité de faire fortune sans peine, les hommes soumis, les femmes dociles, un petit paradis pour les escrocs… Mais l’Afrique, cela se finit aussi souvent par une sévère désillusion. C’est ce qu’apprendra à ses dépends Jo, le personnage principal du deuxième roman de François Koltès Des vêpres noires, paru chez Galaade.

Après la mort de sa femme, Jo décide de tout quitter pour l’Afrique. Il y rencontrera N’Na, une femme cabossée par la vie et qui rêve d’enfant ; Corneille, le chauffeur maladroit ; la jeune Abi qui refuse de dire son vrai nom et qui doit s’occuper de sa petite soeur malade et bien d’autres personnages qui trainent leur triste vie disloquée. Car, à côté des voitures qui rouillent, les hommes, eux, dérouillent. Dans cette Afrique fantôme, Jo y perdra non seulement sa fortune dans des affaires qui tournent mal, mais aussi ses maigres espérances en une vie plus ensoleillée.

On a du mal à croire que Des vêpres noires ne soit que le deuxième roman de François Koltès, tant l’exercice est parfaitement maîtrisé, la plume magnifiquement poétique et trempée dans le vitriole. Et si le nom de Koltès vous paraît familier, ce n’est pas une erreur, le romancier est le frère de Bernard-Marie Koltès, le célèbre dramaturge révolté. Dorénavant on songera aussi au plus romancier des deux frères quand on évoquera le nom de Koltès.

En plus d’avoir du talent, François Koltès arrive à se rendre disponible entre deux voyages, lui qui parcourt l’Afrique depuis plus de vingt ans. A l’occasion du Salon du livre de Paris qui vient d’avoir lieu, il a eu la gentillesse de se livrer devant notre caméra indiscrète. Vous pouvez visionner la vidéo en cliquant sur l’image ci-dessous :

Livre d’heures

21avr

Fatou Diome - Le vieil homme sur la barqueQui, depuis Kundera, peut encore se targuer de faire l’éloge de la lenteur ? Quelque courageux écrivains ou journalistes, par-ci par-là, à l’instar d’Erik Izraelewicz, qui titrait ainsi son édito dans la Tribune du 17 avril dernier, non sans lien avec la paralysie temporaire dont ont souffert nos réseaux aériens ces derniers jours… L’homme du 21e siècle est encore plus pressé que celui du 20e siècle. Les éditeurs le savent, et s’adaptent fort bien à cette tyrannie de l’empressement. Résultat, la tendance est à la miniature. La collection « Livre d’heures » de la maison d’édition Naïve se prête au jeu et vient illustrer avec brio l’un des dictons anglais les plus ressassés – « Small is beautiful ».  Si nous avons choisi ce jour pour vous dire quelques mots au sujet de cette jolie petite collection dirigée par l’écrivain Jean Rouaud (1), c’est parce que nous venons de recevoir simultanément quatre nouveaux titres. Avec la phrase de Rimbaud « C’est de la fantaisie, toujours » en exergue, ces petits textes illustrés ressemblent bien davantage à des témoignages engagés qu’à des nouvelles. C’est ainsi que, sur un registre effectivement très personnel, Fatou Diome revient sur son enfance dans la langue colorée qui a fait son succès, évoquant l’importance que revêt à ses yeux Le vieil homme et la mer d’Hemingway (2). Tanguy Viel, quant à lui, nous fait part de son admiration pour Alfred Hitchcock (3). Valérie Zenatti revient sur le rite juif du Kippour (4), et Ernest Delahaye nous dévoile quelques uns de ses souvenirs avec son camarade de classe et ami Arthur Rimbaud (5). Comme vous pouvez dès à présent vous en douter, si la dimension religieuse stricto sensu est le plus souvent absente de ces écrits, le choix d’un tel nom pour cette petite collection n’en consiste pas pour autant un abus de langage. Ces auteurs s’ouvre sur une expérience qui leur tient à coeur et les a touchés au plus profond de l’âme.

Voici d’ailleurs un passage du petit livre de Fatou Diome : « Lire, c’est oser le vertige. On peut lire, comme on s’incline, révérencieux, ébloui par la fulgurance d’un bel esprit. Aveuglement ! Qui ne me guide pas me perd ! Or, je veux seulement trouver mon chemin. Qu’on nous laisse donc un oeil ouvert ! (…) Alors, quand on me parle de l’identité d’un écrivain, je réponds : foutaise ! Lire un auteur par et pour ses origines n’est que pure hérésie littéraire. La fragilité de l’humain, les questions existentielles et la vision du monde que les bons auteurs savent nous transmettre rendent toutes les frontières poreuses. Tentaculaire, la généalogie littéraire surplombe toutes les barrières. Nous sommes dispersés sur le globe, mais la littérature nous tisse des liens. Gens de mêmes lecture, gens de même questionnement, gens de même sensibilité au monde, gens de même révolte, gens de même quête. Par le livre, on se trouve des dénominateurs communs et on se reconnaît au-delà des petits tiroirs identitaires. Jésus reconnaîtra peut-être les siens à leur bibliothèque ! » 


 (1) Né en 1952, Jean Rouaud a reçu le Prix Goncourt pour son roman Les champs d’honneur en 1990. Il est l’auteur d’un grand nombre de livres dont les romans sont pour la plupart parus chez Minuit et Gallimard.

(2) Le texte s’intitule Le vieil homme sur la barque et les illustrations sont de Titouan Lamazou.

(3) Il s’agit de Hitchcock, par exemple, illustré par Florent Chavouet.

(4) Le texte a pour titre Le blues de Kippour et pour illustrations des dessins de Serge Lask.

(5) Il s’agit de Mon ami Rimbaud, qui est illustré par Jean-Michel Vecchiet.

F.A.

 

Ablutions

20avr

Patrick deWittAlerte à l’explosif ! Avec son titre accrocheur et sa couverture psychédélique, le premier roman de Patrick deWitt est une véritable bombe ! Jeune gringalet de trente-deux ans, le narrateur d’Ablutions, notes pour un roman (Ed. Actes Sud) officie soir après soir derrière le comptoir d’un sombre bar de Los Angeles. Pour éviter de parler de sa propre vie qui semble lui filer entre les doigts depuis qu’il s’est mis à consommer de façon plus que régulière alcool et stupéfiants, il dresse dans un premier temps le portrait des habitués, puis des femmes qu’il fréquente une fois que la sienne l’a quitté, nous campant une galerie de personnages hauts en couleurs composée principalement de ratés qui traînent dans leur sillage leurs multiples échecs et rêves brisés. Le cynisme et l’humour noir se mêlent à l’amertume et au désespoir pour décrire l’errance psychologique et bientôt physique du narrateur dans les bas-fonds de l’ouest américain.

Quant à la forme que prennent ces notes, c’est celle d’une succession de paragraphes plus ou moins courts dont le rythme n’est pas sans évoquer celui d’une session d’enivrement. Les verres s’enchaînent, mais ne se ressemblent pas. Il y en a que l’on prend le temps de siroter afin de profiter pleinement des subtilités de leur saveur, suivant ainsi l’évolution entre la première et la dernière gorgée. D’autres, au contraire, sont avalés à la hâte parce que sans intérêt ou trop familiers, ou tout simplement par manque de temps. Il en va de même pour ces énergumènes qui fréquentent le bar. Certains méritent bien qu’on leur consacre plusieurs pages, d’autres ne valent rien de plus qu’un paragraphe furtif. Mais pour sa part, la prose reste colorée, poétique et imagée quoi qu’il advienne. A la différence de certains écrivains français qui aiment à décrire soirées arrosées et enneigées, Patrick deWitt sait manier la plume… Et pour ne rien gâcher, son traducteur, Philippe Aronson, a effectué un travail tout simplement exemplaire (1).

Vous l’aurez compris, si vous faîtes partie des amateurs d’histoires bien-pensantes et de romans à l’eau de rose, passez votre chemin, Ablutions n’est pas pour vous. Non, ces « Notes pour un roman » devraient bien plutôt faire le bonheur des lecteurs de Bukowski et  Lowry, sans oublier les sobres mais néanmoins déjantés écrivains qui sévissent sous le nom de Kotzwinkle, Elkin and co. A la vôtre !


(1) Né à New York en 1967 d’une mère française et d’un père américain, et résidant à Paris depuis une vingtaine d’années, Philippe Aronson a notamment traduit De la beauté de Zadie Smith, Le prix à payer d’Amberchele et dernièrement, deux romans publiés (ou sur le point de l’être) par la jeune maison 13e Note (Mémoires des ténèbres de Jerry Stahl et Limousines blanches et blondes platines de Dan Fante).
F.A.

 

Le portable de Florence Delay

19avr

L’extra-territorialité a bien des avantages et parfois des plus inattendus. Florence Delay qui venait la semaine dernière nous parler de son dernier et merveilleux petit livre Mes cendriers, en a fait l’expérience dans les bureaux du Consulat du Mexique où, à l’invitation du Consul lui-même, elle a pu sortir de son sac une petit boîte ronde en argent destinée à recueillir les cendres de ses cigarettes voyageuses et lâcher quelques bouffées amicales en évoquant le grand Cesar Vallejo. Ce petit moment de pause faisait suite à quelques minutes passées devant notre caméra, instant de grâce où cette fille du feu qui est aussi Académicienne nous a enchantés en évoquant ses affinités électives pour le tabac. Voici ces quelques minutes, précédées de nos remerciements à cette grand dame de la littérature.

Requiem pour un paysan espagnol

17avr

Ramon SenderEncore un fichu roman sur la guerre d’Espagne (1) ?! Mais non, point du tout ! C’est juste qu’Attila, la petite mais néanmoins ambitieuse maison d’édition – on aura compris qu’il ne s’agissait pas du roi des Huns – poursuit le travail d’édition et réédition de l’oeuvre de Ramon Sender (1901-1982), dont on connaît surtout Le bourreau affable. Vaste entreprise que celle-ci, quand on sait que ce géant des lettres espagnoles – et anarchiste invétéré – a signé pas loin d’une soixantaine de livres dont seulement une dizaine ont fait l’objet de traductions en français ! Après Le roi et la reine dont ils avaient racheté les droits au Seuil pour le publier en 2009, il s’agit cette année du Requiem pour un paysan espagnol, (suivi d’un texte inédit intitulé Le Gué), que l’on pouvait trouver en Babel jusqu’à l’année dernière. Voici pour nous l’occasion de remettre en avant ce qui constitue indéniablement l’un des plus beaux textes jamais écrits sur la Guerre civile par un romancier espagnol – aux côtés de Lune de loups de Julio Llamazares. Trahison, dénonciation, délation, cafards, baveux, mouchards… tel est le thème central de ces brefs récits qui se déroulent dans un cadre rural en tout point semblable à l’Aragon natif de Sender. Autre fil conducteur, ils mettent tous deux en scène des personnages abritant un lourd secret. Leur voix intérieure ponctue le récit tandis que nos deux âmes en peines reviennent sur leurs effroyables agissements. Entre le spectre des disparus et ces vivants qui errent sur terre comme des fantômes, la mort est alors omniprésente dans ces textes aux dialogues à la fois épurés et lourds de sens.

 

Seul bémol, on peut parfois se demander pour quelles raisons Attila n’a pas jugé utile de conserver la traduction de Bernard Lesfargues…

 


(1) Titre du dernier livre d’Isaac Rosa, paru chez Bourgois en février dernier.  F.A.

 

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