Archives du mois de juin 2010

Chahuts, ch’est parti !

16juin

La chorale de Chahuts

 

On aurait voulu du beau temps pour chahuter dans la joie et la bonne humeur. Bonne humeur et joie, il y eut, mais de la pluie aussi, avec heureusement des platanes pour abriter l’inauguration de la dix-neuvième édition du Festival des Arts de la parole Chahuts. L’équipe de Caroline Melon était au grand complet pour donner le tonitruant départ de cette manifestation à nulle autre pareille qui investit chaque année le quartier Saint-Michel pour cinq jours de tchatche, de contes, d’écoute, d’échanges et de paroles tous azimuts et c’est un hymne original entonné par la Chorale (prononcez « ch ») qui donna le la de l’éxubérante soirée qu’inaugurèrent quelques discours des autorités et partenaires de l’événement pas toujours bien écoutés par un public venu…pour parler bien sûr. Le Maire, le Conseil Régional, le Conseil Général étaient là avec quelques lignes d’encouragement qui saluaient surtout l’éclatante santé d’une formule qui a encore de beaux jours devant elle. Le programme est fourni et la librairie Mollat qui a consacré une grande vitrine est heureuse de s’associer en accueillant Fabienne Raphoz, la directrice des éditions Corti, vendredi à 18h pour une conférence sur sa spécialité le Merveilleux, nom de la collection qu’elle dirige et où elle a édité un magnifique ouvrage sur les oiseaux. Autre présence, celle d’un libraire vendredi matin pour une rencontre au septième-étage-et-demi rue Permentade sur le thème de la nouvelle et la critique d’un spectacle par un autre dans le petit quotidien édité tout au long du festival. Vous pourrez retrouver l’ensemble de la programmation en vous rendant sur le site de Chahuts.

La soirée d’hier s’est prolongée par une ahurissante performance de la troupe Cheval où il était question de ballons de foot, d’accords majeurs et mineurs et de beaucoup de finesse musicale…

Si les cieux le veulent bien, Chahuts continuera sous le soleil, sinon il saura ignorer cette pluie parfaitement malvenue.

La troupe de Cheval

La cabane du crieur

Caroline Melon juste avant le départ

Pascal Dessaint à Saint-Malo

15juin

Pascal Dessaint  est une des pointures reconnues du catalogue Rivages Noir, un écrivain qui a ses fidèles guettant ses romans. Nous l’avions reçu avec plaisir il y a quelques années et si ces romans ne manquent pas d’ombres et de tourments l’auteur est quant à lui très avenant, ouvert, parlant volontiers de son travail comme il a pu nous en faire profiter lors des débats d’Etonnants voyageurs dont les sujets sont parfois suffisamment vagues pour ne pas permettre une expression claire des différents points de vue. Son dernier roman offre la particularité de ne pas être appartenir à ce genre singulier et parfois un peu « fourre-tout »qu’est le polar ou « roman noir » (sur lequel il y aurait beaucoup à dire, et pas seulement en débat)  et dans lequel on range un peu vite un auteur au risque de la cantonner. Pascal Dessaint nous prouve avec son livre paru récemment Les derniers jours d’un homme que les étiquettes lui importent peu et si le sujet en est sombre, c’est avant tout une histoire d’hommes broyés par une société impitoyable. Dessaint a l’art de l’immersion, de la complicité sans la complaisance, de la colère sans ses excès, de l’empathie sans le pathos. Comme l’écrivait justement Roger Martin dans L’Humanité, ses personnages « sont des nôtres », « avec leurs mots et leurs pensées simples, mais pas simplistes, leurs douleurs ravalées et leurs joies minuscules, leurs existences ravagées (…) toujours rebelles et meurtris face à l’injustice ». Rencontré à Saint-Malo dans les allées du salon, il a très gentiment accepté de nous raconter le projet de son dernier roman. Nous lui laissons donc la parole en le remerciant pour sa gentillesse et sa disponibilité.Et vous pourrez le retrouver sur son site en cliquant ici.

Quelque chose à te dire

14juin

londres

Jamal Khan est un psychiatre cinquantenaire d’origine pakistanaise, confortablement installé dans la banlieue londonienne. Entouré de sa soeur excentrique et de son meilleur ami metteur en scène, il tente de retrouver un équilibre dans son quotidien après avoir quitté la mère de son fils Rafi. Entre travail, sorties entre amis, déboires familiales et difficultés à éduquer son fils, son quotidien n’a rien d’extraordinaire (beaucoup s’y reconnaîtront sans doute). Pourtant il cache un lourd secret, qui le hante depuis des années.

« J’avais perdu mon aptitude au bonheur. La vérité, c’est que j’avais tué un homme. Pas dans un fantasme, comme c’est le cas pour beaucoup, mais dans la réalité, et il n’y a pas si longtemps que ça. »

Brutalement, son passé va le rattraper lorsque son premier grand amour Ajita et son vieil ami Wolf refont surface à Londres après trente années d’absence. Submergé à la fois par le désir de reconquérir la belle Ajita, celui d’être aimé à nouveau, et par la terreur de voir son terrible secret découvert, Jamal va perdre le contrôle des événements, et de lui-même.

Hanif Kureishi, qui nous avait entre autres séduit avec son Bouddha de banlieue,  nous propose une fois de plus un roman savoureux qui traite avec justesse de la culpabilité, de la difficulté d’aimer et d’être aimé, du désir, des conflits générationnels, et qui trace un portrait inédit de la société cosmopolite londonienne de ces trente dernières années, sans se priver pour autant d’une bonne dose d’humour et d’autodérision. Quelque chose à te dire est de ces romans qui nous parlent de nous-mêmes autant qu’ils nous séduisent, bref, qui ne laissent pas indifférent.

Winter ou l’art de manier la tronçonneuse

11juin

Encore une belle parution chez folio avec Winter de Rick Bass. Dans la lignée du célèbre Walden de Thoreau, Rick Bass nous raconte son installation dans un chalet de la reculée et haut perchée Yaak Vallée. Rick Bass a 30 ans quand il a le coup de foudre pour ce coin paumé, sauvage et beau à se damner. Il décide de venir y vivre avec sa compagne Elizabeth qui est peintre. Ainsi, à l’abri des regards et enveloppés dans cette nature, ils désirent créer en paix. Avec la certitude qu’il ne sait rien faire, mais aspirant à se fondre dans ce microcosme, il se met en tête d’affronter la grande sauvagerie de l’hiver qui se prépare. Bien vite, il apprend à se lever pour couper du bois de chauffage. Le soir, il s’écroule de fatigue. Son rythme biologique se modifie, et c’est finalement davantage ses fonctions vitales que créatrices qu’il va développer. Rick Bass nous offre avec Winter un récit d’apprentissage un peu magique, à l’écart du monde. Dans cette vallée engourdie par le froid, point de salut et pas de place pour le superflu. On apprend à changer le guide-maître de la tronçonneuse, à éviter que l’eau ne gèle dans la tuyauterie, on apprend à survivre à ce « Beurk » hivernal que même les autochtones ont du mal à supporter. Winter est une expérience de l’extrême tout aussi physique qu’existentielle.

Le retrait de l’alchimiste

10juin

Dans son précédent roman paru en juin 2009, Assise devant la mer, l’auteur Pierre Silvain rendait hommage à son enfance passée entre le Maroc natal et le Limousin adoptif à travers un amour à la fois inquiet et idéalisé envers Angèle, figure maternelle éternellement interdite. L’écriture lui permettait alors un retour distancié et un regard sur sa vocation d’écrivain pour ce narrateur qui découvrait au réveil sa mère morte dans la cuisine familiale. Dans sa dernière partie, le récit atteignait son apogée en une poignante lettre adressée à l’absente, la littérature se révélant  »un travail de réappropriation de toi qui est sans voix, sans souffle et sans regard« …

Le 30 octobre 2009, soit une vingtaine de jours après le fondateur des éditions Verdier Gérard Bobillier , disparaissait à son tour ce jeune auteur de 83 ans puisqu’il semblait bien que Pierre Silvain avait « choisi » l’instant de sa mort à l’image de sa vie d’écrivain. Et c’est bien le terme de discrétion qui convient toujours pour traduire ce retrait à l’ombre des livres (il a pourtant publié pas moins d’une vingtaine d’ouvrages depuis 1960 ! ) qu’est venu à peine troubler à la rentrée de septembre 2007 la parution remarquée d’un magnifique hymne à la lecture (qui souffre bien la comparaison avec le mythique Sur la lecture d’un de ses auteurs favoris pour lequel il avait rédigé en 2005 l’essai Le Côté de Balbec paru chez l’Escampette), Julien Letrouvé, colporteur.

En mars 2010, Verdier publie son roman rédigé entre le 1er octobre 2008 et le 12 juin 2009, Les couleurs d’un hiver, qu’il voulait dans son exergue un ultime salut à son dernier éditeur… Affectueuse marque d’ironie tragique s’il en est !

les-couleurs-dun-hiver.jpg Les couleurs d’un hiver renoue avec les meilleurs souvenirs qui accompagnait les pérégrinations du rimbaldien Julien dans les Ardennes postrévolutionnaires (le colporteur désignait l’ancien métier de libraire ambulant). Dans ce récit posthume, le lecteur suit également sur les routes de France en 1823 un jeune préparateur de couleurs Anselme qui s’échappe de l’atelier de peinture de son maître dès l’entrée en scène du lecteur. On ne saura pas grand chose de plus sur la cause « inavouable«  de sa précipitation, sinon émettre des hypothèses et tenter de reconstituer le puzzle des souvenirs au fur et à mesure du voyage de ce picaro : envie de retrouver à Paris son ami d’enfance Simon ?  Désir de s’émanciper d’une tutelle somme toute médiocre et troublante en proposant ses services au génial Théodore Géricault dont il admire Le Radeau de la Méduse ?

Troquant l’imitation de la naïveté des Vierges (manière de la première  »petite cuisine« ) pour la démesure et perversité du modèle, ce roman de formation ne laissera certes entrevoir qu’un « fragment de couleur » mais d’une beauté aussi absolue que l’amour que ce « fou des couleurs«  porte à son art, aussi précieuse que la prose finement ouvragée et l’amour des livres pour l’illétré Julien Letrouvé en 2007, aussi idyllique que le fils voue à sa mélancolique et lumineuse mère en 2009, aussi incandescente que la mémoire d’auteurs et d’éditeurs qui, au gré de leur catalogue et bibliographie, savent attacher des générations de lecteurs.

julien-letrouve-colporteur.jpgassise-devant-la-mer.jpg

Flore Vasseur à la librairie

09juin

Flore VasseurAmis lecteurs, il est impossible que vous n’ayez pas entendu parler de Comment j’ai liquidé le siècle, le deuxième livre de Flore Vasseur, dont le premier roman, Une fille dans la ville, lui avait valu d’être comparée à des grands de la trempe de Bret Easton Ellis, Tom Wolfe et Douglas Coupland. Après cette entrée très remarqué en littérature en 2006, elle a récidivé en février dernier avec un roman coup de poing sur le monde de la finance, qui bénéficie depuis sa sortie d’un accueil médiatique des plus chaleureux. et pour cause ! Efficace, plein de suspense et hésitant toujours entre fiction et réalité, ce deuxième roman vient confirmer le talent de son auteur. Par ailleurs, entre la tenue, la semaine dernière, de la réunion annuelle du groupe Bilderberg, omniprésent dans son roman, et l’ouverture hier du procès de Jérôme Kerviel, cette dernière n’aurait pu choisir de meilleur moment pour venir donner une conférence à la librairie ! Ce sera donc cet après-midi à partir de 18h, dans les salons Albert Mollat.

Une vie à soi

08juin

Si s’interroger sur le sens à donner à votre vie vous paraît dérisoire ou au contraire une énigme illisible et sans réponse, sachez que les romans sont des formidables miroirs de cette richesse à la fois commune et individuelle.

Dominique Rabaté, professeur à l’université Bordeaux III, est venu débattre devant nos micros (vous pouvez ici le réécouter dans nos podcasts) de cette vaste question sur laquelle achoppe la tradition romanesque depuis Flaubert et jusqu’au milieu du XXème siècle. C’est en qualité de spécialiste et passionné de cette littérature moderne  que son cinquième essai qui vient de paraître chez Corti, Le roman et le sens de la vie, montre le basculement de ce genre florissant au XIXème siècle vers le récit d’une expérience intérieure proprement opaque, paradoxalement incommunicable mais riche de toutes les possibilités de la langue devenue le centre des préoccupations du romancier (1) S’appuyant pour cela non seulement sur deux romans représentatifs de cette période qui placent « le sens de la vie » au centre de leur oeuvre (La mort d’Ivan Illitch de Tolstoï : 1886- et Voyage au phare de Virginia Woolf : 1927, à laquelle il emprunte la formule qui donne son titre au présent ouvrage) et sur divers illustres critiques (Walter Benjamin, Bernard Pingaud, Thomas Pavel, Paul Ricoeur, Lukacs), il nous convainc face caméra que le roman porte remarquablement en lui-même cette vieille rengaine existentielle qui fait la formidable matière de nos vies et de nos lectures.


(1) Souvenez-vous du célèbre voeu de Flaubert qui en appelait à écrire  » un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style, comme la terre sans être soutenue se tient en l’air, un livre qui n’aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait presque invisible, si cela se peut. les œuvres les plus belles sont celles où il y a le moins de matière. » (extrait d’une lettre à Louise Colet datée du 16 janvier 1852)

Manuscrit trouvé dans une poche

07juin

manuscrit.gif« J’ai écrit un bouquin qui n’est à louer, ni à blâmer. Qu’on n’ait pas la sottise de vouloir prouver que c’est un pot de merde, car je l’offre comme tel à tous les merdeux qui m’ont emmerdé. Et qu’on n’ait pas non plus l’intelligence de vouloir prouver que ma merde sent les roses. » Telles sont les dernières lignes du Manuscrit trouvé dans une poche de Charles-Edouard – Eddy pour les intimes – du Perron (1), à ceci près que les lettres de chaque mot ont été remises dans l’ordre – on s’est dit que ça serait plus simple à comprendre… Qu’est-ce donc que cet ouvrage ultra fin (à peine une soixantaine de pages) paru aux éditions Cambourakis, sinon la réédition d’un livre pour le moins original publié de façon confidentielle en 1924 ? Intrigués par ce titre très potockien, nous avons jeté un coup d’oeil à l’ouvrage, qui se présente comme un manuscrit écrit par un certain Bodor Guila, aspirant poète ayant fréquenté la Bohême parisienne des années 1920 avant de sombrer dans la folie (cf. le certificat médical qui précède le texte). Faut-il voir un lien de cause à effet entre les fréquentations de cet être imaginaire et la détérioration de son état psychologique ? Cela va sans dire… C’est ainsi que le lecteur pénètre dans l’esprit dérangé de cet homme par le truchement des notes qu’il laisse derrière lui, un peu à la manière de Cadence de Stéphane Velut, et découvre sa production poétique telle qu’elle évolue au fil de ses rencontres avec notamment Blaise Cendrars et Guillaume Apollinaire. Ce Manuscrit trouvé dans une poche se présente alors comme un exercice stylistique bien connu – j’ai nommé le pastiche – tout juste quatre ans après la parution du Pastiches et mélanges de Proust.

C’est pour nous l’occasion de signaler quelques livres de pastiches contemporains, comme les excellents exercices que l’on doit à Pascal Fioretto (Et si c’était niais, et plus récemment, L’élégance du maigrichon), ou encore Les dessous de la littérature, de Christine Brusson, qui réunit une trentaine de pastiches un peu coquins.


(1) Inconnu au bataillon, il ne l’est pas tant que ça : d’une part, c’est à lui que Malraux a dédicacé La condition humaine, et de l’autre, il est l’auteur du Pays d’origine et de deux livres écrit en néerlandais et non encore traduits.

F.A.

Ignatio Garate Martinez et la psychanalyse…

04juin

Ignacio Garate Martinez est écrivain et psychanalyste, membre d’Espace Analytique (dont la prochaine rencontre le 12 juin se déroulera entre les murs des salons Albert Mollat) il exerce à Paris et Bordeaux.

Dans son dernier ouvrage paru aux éditions Encre marine, Psychanalystes en devenir, il aborde la question du transfert entre le psychanalyste et son patient mais également le soucis de transmission qui passe par l’écoute et un apprentissage perpétuel auprès du patient.

Quatre autres psychanalystes se sont joints à monsieur Garaté pour la réalisation de cet ouvrage, mais c’est lui en personne qui par cette vidéo vous présentera leur projet et vous transmettra son amour de la psychanalyse !

 

Haïti – Saint-Malo

03juin

On se souvient que le Festival Etonnants Voyageurs qui connaît un tel succès qu’il a lieu désormais en plusieurs points du globe devait se dérouler en Haïti cet hiver lorsque le tremblement de terre est venu anéantir cette belle idée. Michel Le Bris ne renonçant jamais, il a décidé que Saint-Malo se devait de célébrer cette littérature et ses écrivains : c’est donc un festival à la programmation encore plus riche que prévu initialement qui s’est déroulé, nous permettant de croiser et de faire connaissance avec de merveilleux auteurs. Parmi nos belles rencontres, Yanick Lahens qu’un dîner mémorable nous nous a fait connaître avant que nous osions lui demander de se livre devant notre caméra à l’exercice périlleux de parler de son oeuvre dans le brouhaha d’un salon très animé. Sur le stand de la chaleureuse  Sabine Wespieser les lecteurs ne manquaient pas pour venir saluer l’auteur de La couleur de l’aube dont les brillantes interventions lors des débats n’étaient pas passées inaperçues. C’est ce livre, une splendide allégorie  de la vie haïtienne, qu’elle a accepté d’évoquer. Nous lui laissons la parole avec l’espoir qu’il nous sera donné de la croiser à nouveau sous nos cieux.

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