Archives du mois de août 2010

Nouvelles du front

17août

Le Front russeOn lit trop rarement le nom d’Eysines dans la littérature d’aujourd’hui pour ne pas souligner ici, en préambule superflu, la joie particulière qu’on a ressenti à voir apparaître, au détour d’une phrase, cette joyeuse ville de notre banlieue, « capitale de la pomme de terre »,  au détour d’un paragraphe, non pas qu’il s’agisse, rassurez-vous, du théâtre du premier roman de Jean-Claude Lalumière qu’on va découvrir bien plus aventureux, mais au milieu des nombreuses péripéties qui émaillent son épatant livre c’est comme une respiration calme et proche… Car les soubresauts ne manquent pas dans Le Front russe (à paraître le 25 août) à la suite du héros débordant de vitalité et d’ambition dont nous allons suivre le brillant parcours professionnel, entre montagnes russes et désert de l’Oural. Initié aux charmes puissants de l’exotisme en lisant et relisant sans fin les quelques numéros de Géo familiaux, le jeune Boully s’est lancé dans la carrière diplomatique, s’enivrant à l’avance des odeurs de l’ailleurs, des frissons garantis par le danger d’une vie au service de son pays. C’était sans compter sur le terrible revers de la médaille dorée que l’on se voit déjà autour du cou, en pleine gloire : le coup droit du réel atteint en pleine face notre rêveur de grands espaces quand, à l’issue du concours administratif, l’Administration toute puissante rappelle ses droits et ses prérogatives au naïf qui a laissé traîné son attaché-case devant les augustes pieds d’un supérieur car celui-ci va, d’un coup franc, expédier notre homme dans les filets moisis d’un bureau improbable où l’on traite des pays en voie de création de la section Europe de l’Est et Sibérie. Mieux qu’un placard : un trou à rats où évoluent le « général » Boutinot qui se croit en guerre contre la terre entière, un faux voyageur qui collectionne les tee-shirts de lieux où il ne mettra jamais les pieds, une soixante-huitarde déprimante, une responsable de la photocopieuse qui veille sur elle comme sur un coffre, bref un aréopage de ratés qui ne s’émeuvent même plus quand un pigeon vient agoniser sous leurs fenêtres sans qu’il soit possible d’enlever la dépouille. Mais le furieux enthousiasme du jeune homme va vaincre l’adversité et du trou sa tête va poindre sans quitter de vue l’horizon lointain, celui où s’épanouissent les plus grands destins. Ses grandes qualités d’organisation et d’imagination vont valoir à la discrète et feutrée diplomatie française un beau feu d’artifice, mélange de pétards mouillés et de peaux de banane flambée. On aura garde de ne pas dévoiler les aventures de ce Bond sans aucun permis sinon celui de tuer le temps, ce serait trahir ses gaffes hautes en couleurs et désarmantes de drôlerie. Exotique et drolatique, Le Front russe  ne manque ni de rythme ni de rebondissements, son personnage et narrateur oscillant entre amertume vache et coups de corne aiguisés, et si la morale de l’histoire n’est ni à la gloire de cette administration que nous envie le monde entier, ni à celle de l’entente entre les peuples, elle se teinte d’un humanisme désabusé savoureux de bout en bout. Bienvenue sur le Front littéraire M.Lalumière !

Chronique d’une catastrophe annoncée

16août

america-america.gifEtats-Unis, début des années 1970. Dans la petite ville de Saline, le jeune Corey Sifter se voit proposer un travail dans la propriété des Metarey, la puissante famille qui règne sur le comté depuis des décennies. C’est à la fois en tant qu’employé et en tant que protégé des Metarey que le jeune homme va assister – et bien malgré lui, participer – à la genèse d’un candidat à l’investiture démocrate aux élections présidentielles. Ce candidat, c’est le sénateur Henry Bonwiller, homme complexe et ambivalent s’il en est. Car la famille Metarey a décidé d’accorder son soutien inconditionnel – l’histoire révèlera à quel point c’est le cas – au sénateur, qui, alors que la guerre du Vietnam fait rage, s’élève contre ces carnages inutiles, et se fait également le défenseur des classes populaires.
Le roman d’Ethan Canin décrit avec une grande sensibilité et une constante justesse ce formidable élan démocrate, porté par l’espoir de toute une partie de la population américaine, et c’est d’ailleurs l’une des grandes réussites de ce roman que d’avoir su retranscrire cet incroyable sentiment. Et bien sûr, on songe à Ted Kennedy et à l’accident de Chappaquiddick, qui a brisé ses chances de briguer la présidence.
L’autre grande réussite tient sans doute à la figure du narrateur, Corey Sifter, personnage profondément marqué par les événements qui ont eu lieu alors qu’il n’était encore qu’un jeune adolescent. L’auteur l’utilise alors comme prétexte pour mener une réflexion sur la responsabilité engagée par nos actes, sur les conséquences de nos décisions, qui parfois influent sur nos vies bien des années plus tard.
Roman sur les clivages sociaux, mais aussi sur les déchirures engendrées par les relations familiales, America America est porté par une voix dense, et une narration qui embrasse le cours d’une vie mais qui, bien au-delà, donne à voir les espoirs anéantis de toute une génération. Servi par une écriture poétique, aux accents nostalgiques souvent, le roman se fait l’évocation et l’écho d’un rêve qui à la fin se brise dans un fracas épouvantable.
L’auteur, Ethan Canin, est méconnu en France. C’est bien dommage, car il nous offre là un très beau roman à la fois politique et intimiste, et il serait fort regrettable de passer à côté.
Maud.

Et si le hasard n’existait pas?

13août

braganceQui n’a jamais rêvé d’aborder son voisin à un abribus ?

Milush, une jeune adolescente impertinente, tente le coup pour nous un jour. Et il faut dire que la personne assise à côté d’elle a de quoi attirer l’attention : il s’agit d’un vieux monsieur qui se poste quotidiennement sur le banc sans jamais monter dans le moindre bus.

Petit à petit, après des premiers échanges polis, Milush en apprend un peu plus sur ce mystérieux vieux monsieur nommé Andrès, et vice versa… Et petit à petit, des liens se créent, évidemment. Andrès fait un peu figure de grand-père de substitution pour notre héroïne qui a été élevée dans la froideur d’une mère « working girl » dénuée de toute affection. Quant à Milush, elle devient la petite fille idéale, mais aussi la confidente attentive, finalement l’être qui le relie au monde des vivants.

Une telle relation va bien évidemment susciter la curiosité de leur entourage : la maman de notre héroïne, les voisins, jusqu’au proviseur du lycée, qui va même rencontrer Andrès pour rassurer la mère de Milush.

Comme un pied de nez au « qu’en dira-t-on », nos deux personnages vont continuer à se fréquenter et ainsi bouleverser, à leur échelle, le quotidien si bien rôdé des gens autour d’eux. Et ils auront bien raison!

 Avec Passe un ange noir, Anne Bragance évoque avec sensibilité et justesse les difficultés de communication dans notre monde actuel. Alors qu’il suffit de mettre sa timidité de côté et de se lancer vers les autres…

Raymond Carver à l’honneur

12août

ray-carver1.jpgQuand les auteurs se libéraient de leurs éditeurs… Après la publication du rouleau original du mythique Sur la route de Jack Kerouac, abondamment relayée par la presse (1), c’est au tour de s nouvelles de Raymond Carver d’être rééditées dans un format beaucoup plus généreux que celui préconisé – comprendre imposé – par son éditeur initial en 1981 (2) et publiées en français sous le titre Parlez-moi d’amour (What We Talk About When We Talk About Love). En effet, les dix-sept nouvelles de ce recueil ayant récemment fait l’objet d’une réédition plus en conformité avec le manuscrit original de Carver, L’Olivier publiera à la rentrée cette version inédite intitulée Débutants (Beginners) et en profitera pour rééditer en grand format la version qui faisait foi jusqu’alors, de sorte que les plus curieux d’entre vous auront tout le loisir de se livrer à un travail de comparaison.

En tant que lecteur, on peut dès lors se demander si ces courts textes survivent à l’épreuve du temps, et si la réputation de grand nouvelliste dont jouit depuis longtemps leur auteur est vraiment méritée. Car il est incontestable que Raymond Carver fait partie de ces noms que les critiques versant dans le name-dropping aiment à mentionner systématiquement dès qu’il s’agit de rendre compte du moindre recueil de nouvelles, donnant parfois l’impression à ceux qui ne l’ont pas lu d’être de véritables béotiens. Et bien, n’ayons pas peur de le clamer haut et fort aujourd’hui : ils ont raison ! Au risque de schématiser, force nous est bel et bien de reconnaître la virtuosité de ce collègue et ami de John Cheever. L’auteur de Tais-toi je t’en prie excelle dans la mise en scène de personnages (souvent masculins) qui ont tout perdu. Déjà au bout du rouleau, ou plus très loin, on sent que plus rien ne les atteint. Pour reprendre le schéma – bien connu outre-atlantique – des cinq étapes du deuil que l’on doit à Elisabeth Kübler-Ross (3), les stades du déni, de la colère et du marchandage sont loin derrière ces âmes en peine, qui oscillent désormais entre dépression et résignation face à une séparation soit imminente, soit entérinée (4). Autre signe distinctif, l’alcool s’impose rapidement comme un trait d’union qui traverse l’ensemble du recueil, fait relativement peu surprenant quand on se penche sur la biographie de notre homme (5). En définitive, le lecteur n’a d’autre choix que celui d’être complètement happé par ces histoires toutes plus sombres les unes que les autres, et de s’incliner devant le talent de leur auteur pour saisir les contours d’un quotidien sans saveur. Les adeptes de Carver seront d’ailleurs heureux d’apprendre que la publication de Débutants n’est que la première étape d’un véritable projet éditorial – rééditer l’intégralité de son oeuvre en une dizaine de volumes d’ici 2012. On ne déplorera qu’une chose pour l’instant : quel dommage que la traduction soit aussi malheureuse !… Enfin, comme l’a si bien dit l’un de nos clients réguliers, le propre d’un chef d’oeuvre, c’est précisément de résister à la traduction, quand bien même celle-ci n’est pas à la hauteur de nos espérances. Alors n’attendez plus (6), et venez (re)découvrir ce virtuose de la nouvelle !


(1) A cet égard, un article publié dans Le Télérama explique de façon très claire les raisons qui ont présidé à la publication de ce texte fondateur. (2) L’éditeur dont il s’agit n’est autre que Gordon Jay Lish, écrivain à ses heures, et employé de la célèbre maison d’édition Alfred A. Knopf pendant près de vingt ans. Si Raymond Carver est sans conteste celui de ses auteurs qui a le mieux percé, on n’oubliera pas pour autant son rôle dans la carrière de Cynthia Ozick et dans celle de David Leavitt, pour n’en citer que quelques uns. (3) Elle a présenté ce que l’on appelle aujourd’hui le modèle Kübler-Ross dans un essai intitulé On Death And Dying, publié en 1969. (4) Si vous n’avez pas le moral, un conseil, remettez cette lecture à plus tard, surtout si la cause de votre manque d’entrain a quelque chose à voir avec une rupture sentimentale ! (5) Son père était très porté sur la bouteille, et lui-même a sombré dans l’alcool, à l’instar de Cheever. Il s’en est sorti grâce aux Alcooliques Anonymes, groupe d’entraide auquel il fait référence à plusieurs reprises dans Débutants. Sa mort n’a cependant rien à voir avec la boisson, vu qu’il a succombé à un cancer du poumon. (6) Enfin un tout petit peu tout de même, dans la mesure où Débutants et Parlez-moi d’amour ne paraîtront que le 9 septembre…
F.A.

Nos amies belges

11août

Bernard QuirinyBernard Quiriny a réussi en l’espace de deux recueils de nouvelles à s’imposer dans ce genre où, à vrai dire, on ne se bat pas trop pour la première place, on ne le dit que trop sur ce blog, c’est même devenu une de nos antiennes. Seulement voilà, dans notre grand pays de Lettres, on vous fait vite comprendre que pour trouver sa place et y être respecté, c’est du roman qu’il faut sortir de son clavier. N’écoutant que son courage, sa fougue et son intelligence, Quiriny a relevé le défi et il nous propose pour cette imminente rentrée un livre dont on va beaucoup parler et pas seulement outre-Quiévrain. Les assoiffées (au Seuil) ne fait ni dans la demi-mesure, ni dans l’auto-fiction interminable, nous ne saurons rien de la naissance de l’auteur à Bruxelles ni de sa vie en Bourgogne, une prochaine fois peut-être. Non, avec cet épais roman, il nous transporte dans une étrange uchronie, provocatrice en diable puisque c’est dans un royaume de femmes que nous allons pénétrer, l’Empire conquis par d’impitoyables féministes au début des années 70 et où un mode de vie unique s’est développé derrière des frontières de plus en plus infranchissables. Le Bénélux tout entier est devenu un équivalent de l’Albanie d’Hodja, pays de cocagne pour les féministes du monde entier qui fantasment sur ce royaume dirigée par une Bergère à laquelle a succédé sa fille, où on lui voue un culte absolu, mélange de maoisme intransigeant, de 1984 sans testostérone, de pays totalitaire où la reine Ubu dirige de ses palais un peuple d’amazones aveuglées (avec quelques mâles parqués ou émasculés, formidables larbins sur lesquels on peut s’essuyer les pieds de temps à autre). Bernard Quiriny a pris le parti de l’excès, le contraire aurait affaibli sa fable cruelle.Réaliste et précis, outrancier et moqueur, il nous trimballe, à la suite de ses personnages, une expédition de Français autorisés exceptionnellement à une semaine de visite guidée, dans ce délire politiquement incorrect où le féminisme exacerbé devient le paradigme de la tyrannie dans ce qu’elle a de plus monstrueux. Sa belle idée qui vient en permanence faire contrepoint au récit du voyage, est le journal d’une citoyenne lambda qui va faire l’expérience de l’élection et se voir choisie pour approcher la toute puissante et hystérique (mot interdit là-bas, on se doute pourquoi…) Judith, propulsée favorite d’une reine délirante qui vit son culte de la personnalité comme une malédiction et un bonheur absolu. On lit Les assoiffées avec un mélange de fascination due à la parfaite connaissance des mécanismes du totalitarisme et d’inquiétude parce que la manipulation fabuliste est évidente, et le plaisir de la caricature complet. C’est peut-être cela d’ailleurs qui affaiblit cet ambitieux roman, le trop est parfois l’ennemi du bien, et ce qui faisait le charme du Quiriny nouvelliste riche de références littéraires est souvent absent du fait de l’excès. Beaucoup de coups de pinceaux pour cette peinture fabuleuse, cette fresque glaçante dont on sort essoré et vaguement inquiet :le métier de libraire est majoritairement fait de femmes, comment réagiront-elles face à cette avalanche moqueuse de clichés ? Réponse dans un petit mois…

La madone des sleepings ou l’art de dilapider sa fortune avec classe

10août

La Madone des sleepings… Un titre à la tonalité un peu désuète me direz-vous. Et vous avez raison. Mais il faut savoir que ce roman de Maurice Dekobra fut le best-seller des années folles. Il a même été adapté au cinéma en 1955. Ré-édité chez Zulma en 2006, le voici en poche chez J’ai Lu. Alors, qui est cette madone ? Lady Diana Wynham est une jeune aristocrate écossaise, fraîchement veuve, aux moeurs intrépides et libérées. Starlette en herbe, jet-setteuse d’un autre temps défrayant la chronique, la presse l’a affublée de ce drôle de surnom. Voyant sa fortune vaciller, elle se rapproche du représentant des bolcheviks Varichkine, afin de négocier l’exploitation de champs pétrolifères appartenant à son défunt mari. Varichkine et la Madone tombent amoureux. Mais sa maîtresse, Irina Mouravieff ne voit pas cela d’un bon oeil et décide de se venger. Ainsi commencent les aventures trépidantes, amusantes et hautes en couleur de l’espiègle Lady Wynham. Intrigues, conspirations et rebondissements sont au rendez-vous de cette grande aventure. Mais au-delà de la légèreté qui semble régner sur le roman, c’est également le portrait d’une femme moderne qui est évoqué ici. A re-découvrir.

Nos fantastiques années flic

09août

manotti.GIF  Dominique Manotti, avec son septième roman,  plonge dans les méandres marécageux des liens, aussi indissolubles qu’indicibles, entre la police et les pouvoirs politiques et économiques. Comme à son habitude, pourrait-on dire :  le constat social est toujours aussi implacable, l’acuité de la romancière, historienne de formation,est toujours aussi fine et pertinente.

L’action se situe à Panteuil (sorte de Poisonville de la banlieue parisienne) dans un commissariat en proie aux difficultés habituelles que l’on rencontres dans ces zones urbaines : personnel insuffisant et inexpérimenté,délinquance aussi variée que nombreuse (trafics en tout genre, agressions, blanchiment d’argent, recel…) dans un cadre, pour le moins, peu exotique. Ainsi le décor posé, la situation se dégrade et se complique, sous l’oeil gourmand de Nora Ghozali (croisée en jeune flic dans Nos fantastiques années fric), commissaire aux Renseignement Généraux. Grâce à une construction subtile, où  aucun événement n’est laissé au hasard,  l’engrenage fatal démarre de la plus tragique des façons, ne laissant personne indemne (personnages comme lecteurs).

Comme toujours chez Dominique Manotti, les allusions au réel sont nombreuses et à peine fardées, l’auteur abordant ses sujets fétiches de manière toujours aussi efficace et dense, dans une ambiance étouffante et oppressante.

Lira bien qui rira le dernier !

06août

Lira bien qui rira le dernierCe n’est pas parce que vos libraires préférés ont déjà la tête plongée dans les romans de la rentrée, qu’ils soient allongés sur un bout de serviette sur quelque plage du coin, en pleine guerre des tranchées visant à la préservation de leur espace vital, attablés à la terrasse d’un café, sirotant quelque rafraîchissement et profitant de la dolce vita, ou encore assis sur un banc à l’ombre d’un platane, que vous devez les laisser vous rebattre les oreilles avec la rentrée littéraire 2010 ! Alors vous aussi, luttez un peu pour votre tranquillité, et faites-le avec le sourire !
Vous serez sans doute ravis d’apprendre que nous avons consacré un petit coin à la littérature humoristique afin de vous aider à entretenir vos zygomatiques. Au programme, des nouveautés comme des livres un peu plus anciens, des romans comme des nouvelles, le tout soigneusement sélectionné par nos soins dans le but de vous détendre. Du côté des parutions récentes, vous y trouverez l’indispensable Tante Mame, la réédition de La mise à nu des Epoux Ransome et La reine des lectrices d’Alan Bennett, le dernier roman de Foenkinos, Wodehouse et Sharpe en Omnibus… Et du côté des grands classiques humoristiques, Evelyn Waugh, Franz Bartelt, Jean-Pierre Martinet, David Lodge, William Kotzwinkle, Stephen Leacock, Istvan Orkeny, Nicholson Baker, Arto Paasilinna, Jorn Riel, j’en passe et des meilleurs… Bref, à la vue de ce vaste programme, permettez-moi de vous dire… Lira bien qui rira le dernier !
F.A.

Une villa où il fait bon passer l’été

05août

Rouge inside est une toute nouvelle maison d’édition basée à Lyon (2009). Leur ligne éditoriale affichée est de proposer de la littérature étrangère de qualité. Leurs premières parutions – La chienne de vie de Juanita Narboni, considéré comme le texte majeur d’Angel Vazquez, et Les semeurs de corruption de Sabri Moussa, un écrivain qui compte dans le paysage de la littérature arabe contemporaine. L’esthétique est élégante, cohérente ; elle joue la carte de la sobriété. « La petite collection », la bien-nommée, vient de naître et propose, entre autres, La villa d’été d’Angel Vazquez.

visuelcouvL’auteur, né à Tanger en 1929, était un romancier et nouvelliste hispanophone, mais à la production plutôt chiche. Aujourd’hui, après avoir été longtemps ignorée, son oeuvre, originale, s’impose. Par la voix de Gabrielito, neuf ans, il nous fait vivre un été dans sa ville natale. Mais peu importe le décor, l’histoire est universelle. Ce court récit, écrit en 1956, est également intemporel ; on y entre comme dans un rêve, un souvenir d’enfance, le temps y est suspendu. Le monde de Gabrielito, cet été-là, tourne autour de sa mère, Térésa, et d’une mystérieuse voisine de quatorze ans qui ne cesse de répéter qu’elle va mourir. Et il y a Manolo, « l’ami » de sa mère, qui gravite autour d’eux, fait des cadeaux, disparaît… De l’avant et de l’après, on ne sait rien, nous sommes justes les témoins de ce fugace été. Le livre terminé, on a  l’impression de se réveiller et déjà le rêve nous échappe…

Pour une balade avec Billy

04août

Les éditions 13e  note  démarrent sur les chapeaux de roue. Des textes forts, crus, une poésie sous acide, des auteurs cramés par la vie ; la volonté de frapper du poing sur la table est claire. Dan Fante, Burroughs Junior, Tony O’Neill et d’autres, issus de la Beat Generation, ce mouvement littéraire initié par Kerouac, Ginsberg et Burroughs, ont trouvé chez 13e note un interlocuteur  de choix. L’esthétique, qui plus est, est très tentante : des couleurs naturelles qui flattent l’oeil et une simplicité de mise en page qui donne envie d’ouvrir le bouquin.

sae

Il paraît qu’être le fils de, c’est super, surtout quand on veut faire le même métier que papa. Oui, mais s’appeler William Burroughs Junior, ce n’est pas très tentant si l’on connaît un peu la biographie de l’auteur du magistral Festin nu. Et après avoir lu La dernière balade de Billy, l’un des deux ouvrages et demi du fils, largement autobiographique, je ne suis pas près de changer d’avis.

Ceci dit, le fils s’est largement inspiré du père dans le choix de ses passions : la drogue, l’alcool qui l’a tué à trente-trois ans, l’empêchant de finir la rédaction de Prakriti Junction. « Qui veut encore se camer ? Réponse : moi. La lucidité, c’est sympa, mais ça ne remplace pas l’action. Et dis-moi, vieux, si tu te lèves demain et que tu mènes une vie modèle, tu crois que ça te plaira ? Bien sûr que non, et voilà pourquoi tu ne le fais pas, espèce d’enfoiré d’égoïste, alors bienvenue au club ».

Dans La dernière balade, il nous raconte sa vie mais sans ordre chronologique, sans logique, même. On peut presque l’entendre tellement son style est oral. Mais il ne faut pas s’y tromper, si un jour vous entendez quelqu’un parler comme ça, enregistrez-le, vous pourriez devenir riche ! De la mort de sa mère, tuée par son père tandis qu’il se prenait pour un Guillaume Tell défoncé, à son séjour pittoresque en Alaska après une cure de désintox, en passant par l’asile psychiatrique, Billy parle de lui, mais surtout, Billy parle de son père. Car le grand absent de sa vie est aussi celui qui se dessine en arrière-plan tout au long de ce livre, à tel point que l’envie de (re)lire Burroughs senior nous vient assez naturellement.

Bon, ça a l’air un peu plombant, mais en fait pas du tout. A aucun moment Burroughs Junior ne tombe dans l’auto-apitoiement. La dérision dont il fait preuve nous amène même à sourire franchement et si les propos sont brutaux et poignants, le ton, lui, reste léger. Bref, à lire absolument !

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