Archives du mois de avril 2011

Quand Queneau recalait

29avr

queneau.jpgEn pleine célébration du Centenaire de Gallimard qui se traduira chez Mollat, notamment, par une librairie entièrement consacrée à la célèbre maison au 91 de la rue Porte-Dijeaux avec des conférences d’auteurs (Alban Cerisier pour en évoquer l’histoire, Jean-Christophe Rufin, Benoît Duteurtre, Annie Le Brun et Marie Didier), et la parution d’un recueil anthologique de textes d’auteurs NRF sur Bordeaux et sa région édité par les éditions Mollat sur un choix des libraires de la littérature, Dominique Charnay, un des très bons connaisseurs de l’oeuvre de l’auteur d’Exercices de style, publie le plus étonnant des livres sur ce vaste sujet avec Cher Monsieur Queneau chez Denoël. C’est au coeur des archives que ce journaliste bibliophile est aller dénicher des lettres à la fois banales et hors du commun, celles que Raymond Queneau, lecteur puis membre important du comité de lecture, avait conservées au cours de ces dizaines d’années consacrées à cette tâche à la fois exaltante et pénible, lettres de tous ces apprentis ayant osé l’envoi d’un manuscrit et venant réclamer des comptes, des conseils, ou vantant les qualités de leur prose, des « recalés » refusant l’idée qu’il faut remettre leur ouvrage sur le métier ou le laisser moisir dans le placard des illusions perdues. L’accumulation de toutes ces missives de ceux que Charnay nomme des « romanciers du dimanche » comme il existe des peintres dont on rigole au marché aux puces devant les croutes, soulève à la fois une réelle envie de rire et un sentiment de compassion. Qui étaient-ils ces inconnus pour croire ainsi en leur talent et se montrer si arrogants, si piteux, si pugnaces, si humbles, si menaçants, si mielleux ? A parcourir ces courriers dont nous n’avons pas les réponses (et cela nous invite à imaginer ce que Queneau a pu inventer comme manoeuvres dilatoires, comme excuses, comme explications…) on s’interroge sur la puissance de ce charme qu’est l’écriture : pourquoi écrivaient-ils ? N’est-ce pas une certaine idée de la gloire qu’ils s’inventaient en s’imaginant écrivains ? Comment juger son propre travail ? Comment supporter l’idée que l’on vaut moins qu’on ne rêvait ? Avec ce livre préfacé par Pierre Bergounioux qui nous offre d’ailleurs un texte superbe ouvrant sur la grande question de savoir ce qu’est la Littérature, c’est mieux qu’une anthologie du dérisoire qui nous est proposée, c’est une série d’exercices de style (souvent sans style…) qui s’en vient frôler le coeur de l’existence de ceux pour qui les livres sont le sel de la vie, et il en reste, nous en croisons tous les jours. Cent ans de Gallimard, des dizaines de milliers de livres édités, combien de centaines de milliers de courriers oubliés ?

Le retour de La Gana

27avr

Fred DeuxLa GanaQuelle bonne nouvelle aujourd’hui ! Nous apprenons que les excellentes éditions Le Temps qu’il fait portées à bout de bras par l’éminent Georges Monti vont ressortir un livre immense, une noire pierre précieuse de la littérature du XX° siècle, un épais roman qui comptent des aficionados enthousiastes persuadés qu’il s’agit d’un sommet ou plutôt d’un sublime puits littéraire, une oeuvre folle qui plonge dans les tréfonds glauques d’une enfance, La Gana, signée d’abord Jean Douassot puis Fred Deux (né en 1924), longtemps connu pour son oeuvre picturale. Découvert par Maurice Nadeau dans sa collection Lettres Nouvelles chez Julliard en 1958 (et Maurice Nadeau qui continue à publier !), réédité par Eric Losfeld (mort au combat), redécouvert par André Dimanche en 1999, ce roman n’a que peu d’équivalents et traverse les époques avec une facilité qui ne déconcertera que ceux qui l’auront ignoré. Nous aurons donc l’occasion d’en reparler pour saluer comme il se doit la renaissance de cette merveille que nous nous ferons fort de défendre, persuadés que lentement mais sûrement ce livre accédera à la reconnaissance qu’il mérite. La Gana, quatrième édition, c’est donc pour juin.

La bella gente

26avr

Du beau mondeOlivier MonyC’est un délicieux voyage dans le temps et dans l’espace que nous offre le dernier livre d’Olivier Mony. Véritable hymne à la puissance du Verbe et à la mémoire, Du beau monde (paru aux éditions du Festin) se présente comme un ensemble d’une quarantaine de petites chroniques (certaines inédites, d’autres non), dans la lignée de son ouvrage intitulé Un dimanche avec Garbo (éditions Confluences, 2007). Perpétuellement en proie à « la sidération des noms propres », ce journaliste et critique littéraire au palmarès remarquable nous livre un savoureux entrelacs de secrets d’enfance et d’anecdotes pétillantes en lien avec le monde des arts et des lettres. C’est ainsi que les Fitzgerald y côtoient Luis Mariano, Alberto Moravia donne la main à Pascal Jardin, tandis que défilent sous nos yeux des lieux tous plus mythiques les uns que les autres, à commencer par les points cardinaux du Basque country tant aimé.

Empruntes de nostalgie, peuplées de fantômes mais pas seulement, ces pages confirment – si besoin était – le talent et l’élégance stylistique d’un chroniqueur averti et cultivé, qui aurait décidément bien tort de se priver d’élargir le spectre de sa production littéraire.

A noter que celui qui nous a fait tant de fois le plaisir de modérer des rencontres dans les Salons Albert Mollat – on se souvient encore de celles avec Patrick Lapeyre, Frédéric Beigbeder, ou encore Gwenaelle Aubry – s’y trouvera demain dès 18h (et non pas au 91, rue Porte-Dijeaux, comme c’était initialement prévu) – en qualité d’invité, évidemment…

F.A.

Une femme chinoise

21avr

une_si_jolie_robe_fan_wu.jpgChen Ming, jeune fille de 17 ans, étudie à l’université de Canton au sud de la Chine. De nature solitaire, elle se consacre presque exclusivement à ses études et occupe son temps libre en lectures diverses et variées. Sa vie austère est la conséquence d’une éducation rigide et intellectuelle prodiguée par des parents professeurs que la Révolution culturelle a exilés à la campagne. Ses relations sociales se restreignent à ses camarades de chambre.

Un soir, alors qu’elle joue du violon sur le toit de son dortoir, Ming va rencontrer Miao Yan, élève de 24 ans dont l’exubérance l’effraie. Pourtant, une amitié étrange va naître entre les deux jeunes filles. Tantôt émerveillée par la beauté et la liberté de Yan, tantôt agacée par son inconstance, Ming ne peut s’empêcher d’éprouver une troublante fascination pour sa camarade. Et, sans vraiment s’interroger sur sa sexualité, Ming va continuer à s’accrocher à Yan, à l’écouter raconter ses histoires, à l’écouter prodiguer ses conseils pas toujours avisés et à la consoler, souvent…

Dans Une si jolie robe, Fan WU n’aborde pas véritablement l’homosexualité féminine ; c’est le biais qu’elle a choisi pour parler des femmes. Comment devenir une femme en Chine quand on est une jeune fille qui grandit dans ce contexte de « l’après » Révolution culturelle où les mères n’expliquent pas à leurs filles ce qu’implique le fait d’être une femme. A 17 ans, Ming va trouver sans le savoir la possibilité de comprendre sa féminité et sa sensualité grâce à Miao Yan, car qui mieux qu’une autre femme peut apprendre à une jeune fille à devenir femme dans la Chine des années 90 ?…

Fan WU, d’origine chinoise, a écrit ce premier roman en anglais. En choisissant de ne pas utiliser sa langue maternelle, WU a préféré la simplicité et met ainsi en avant la pureté des sentiments de son héroïne. Une si jolie robe est à la fois le récit troublé d’une sensualité inconnue et la découverte des possibilités de l’identité féminine.

Disparition d’une collection

18avr

Le portrait de JennieQue de disparitions ! Nous vous entretenions dernièrement de la quasi impossibilité de dénicher le moindre texte d’Italo Calvino hormis sur le marché de l’occasion, et voici maintenant que c’est non pas un auteur mais un fonds entier qui va s’effacer de nos étagères, celui de la collection Arcanes. Lancée en 1999 par Jöelle Losfeld en hommage à son père, importante figure du paysage éditorial des années 1950 et 1960 (1), cette jolie petite collection de semi-poches dont la palette de couleurs vives utilisée pour ses couvertures lui promettait un avenir lumineux s’apprête pourtant à disparaître. Essentiellement composée de romans français et anglo-saxons, elle comptait parmi ses titres phares des textes d’Albert Cossery, P.G. Wodehouse, Richard Morgiève, Paula Fox ou encore Edith Wharton, ainsi que des petites pépites comme Sister Carrie de Theodore Dreiser, La mort en gros sabots de J.F. Bardin, La pêche au saumon de Jeannette Haien ou encore Le portrait de Jennie de Robert Nathan. Et c’est d’ailleurs sur ce dernier que je souhaiterais attirer votre attention aujourd’hui, tout en remerciant David d’avoir eu la bonne idée de me le mettre entre les mains. Ecrit en 1940 et adapté à l’écran huit ans plus tard, Le portrait de Jennie fait partie de ces petites merveilles qui plongent leur lecteur dans une atmosphère aussi intemporelle que surréaliste. Non sans évoquer le célèbre Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, ce roman met en scène un peintre désargenté en mal de reconnaissance et d’inspiration dont le destin va être littéralement bouleversé par sa rencontre avec une mystérieuse petite fille. Tombant instantanément sous son charme, le jeune homme, qui n’a rien en tête que la morale réprouve, s’interdit néanmoins de se laisser trop perturber, jusqu’au jour où il se rend compte qu’il n’a pas été le seul à être affecté par cette rencontre fortuite : l’étrange petite fille s’efforce de son côté de grandir le plus rapidement possible pour que leur relation puisse avoir une chance de se matérialiser… Voici donc un beau petit roman qui a de quoi réveiller le romantique qui sommeille en vous et même peut-être faire voler en éclat la carapace de lassitude désabusée dans laquelle vous êtes enserré en vous laissant aller à rêver d’un monde dans lequel la magie aurait sa place. Quant à l’illustre inconnu qui l’a écrit, sachez que pour banal, son nom n’en est pas moins associé à un nombre considérable de publications outre-atlantique, que ce soit sous la forme de romans, poèmes, livres pour enfants ou pièces de théâtre…

Espérons dès lors que vous trouverez vous aussi votre bonheur dans le lot de ces petites merveilles désormais à 5 € (exception faite des romans de Jean Meckert, Albert Cossery et Michel Quint) !


(1) Le nom Arcanes a en effet été choisi en hommage au nom de la maison d’édition d’Eric Losfeld, qui se posait en grand défenseur des surréalistes et l’avait baptisée ainsi en référence au recueil Arcane 17 d’André Breton.F.A.

Italo ne répond plus

15avr

italo-calvino.jpgIncrédules. Et les libraires et leurs clients le sont quand ils réalisent que pour lire Italo Calvino en ce moment, c’est presque impossible, à moins d’arpenter les allées virtuelles du secteur d’occasion. A part Le vicomte pourfendu disponible chez Albin Michel et Marcovaldo à l’origine chez Julliard, tous les autres titres du grand auteur italien, jusqu’alors actifs dans le catalogue du Seuil, sont aux abonnés absents. Inutile de chercher à avoir une explication, c’est comme ça. Blocage des ayants droit italiens ? Des agents trop gourmands ? Négociations difficiles pour renouveler les droits ? Mystère. Ce cas, qui est de moins en moins isolé, même s’il fait figure ici d’exception très visible, est un exemple des nouvelles moeurs éditoriales qui sacrifient un auteur à des considérations tellement honteuses qu’on ne les avoue pas. Et il est à craindre que ce genre de situation se multiplie, les droits étrangers n’étant désormais plus attribués que pour de courtes périodes, entrainant une mutation des fonds de catalogues que les éditeurs doivent affronter et les libraires expliquer à des clients à qui,  et c’est normal, cette logique échappe. Bref, ne cherchez plus Calvino jusqu’à nouvel ordre et attendons-nous à le voir renaître ailleurs…

Un livre, une bibliothèque

13avr

mona-thomas.jpgIl va falloir surveiller de très près la couverture verte des éditions Stock, celles de la collection animée par Brigitte Giraud et nommée La Forêt car si les titres y sont rares, ils sont de qualité et bien différents de la collection bleue et de la collection rose (rouge?).  L’an dernier la découverte de Fabio Viscogliosi nous avait comblé et l’annonce, de sa bouche même lors de la dernière Escale du Livre, de la sortie d’un nouveau volume en septembre, comme un écho du premier, n’est pas sans nous ravir. Le livre qui nous intéresse aujourd’hui est tout autre, et sa singularité a de quoi enthousiasmer les lecteurs que nous sommes (et que vous êtes…), non pas du fait de son histoire voire de son pitch (mot affreux qui ressemble à ce qu’il est : un dévoiement de la notion même de roman qui devrait toujours se refuser au résumé, à la contraction) mais de son projet. Mona Thomas a imaginé dans La bibliothèque du Docteur Lise de nous confronter au rapport entre un médecin et ses livres, pas les manuels, les ouvrages spécialisés, non, la littérature, celle des romans, des autobiographies, des récits, celle qui croit aux pouvoirs de la fiction dans la vie réelle. Car Lise Ménard, cancérologue dans un grand hopital parisien, n’est pas de ces « purs » techniciens que fabriquent à longueur d’années les facultés de médecine, ces spécialistes très calés qui sont passés à côté des humanités pour n’être plus que des scientifiques. Elle subit la prégnance de la mort qui envahit son quotidien, des malades qui exigent, réclament, souffrent, mais elle ne tourne pas la page dès qu’elle quitte son service. Au contraire, elle vit sa culture acquise au fil des ans et « accumulée » dans sa bibliothèque au quotidien, ne la réservant pas pour un territoire secret mais la diffusant, la répandant, la partageant, au moyen de ces objets fragiles et précieux que sont les livres qu’elle prête, donne, perd, confie avec l’idée qu’ils ont à voir avec la guérison, le bien-être, la vie, voire la mort, la souffrance, l’univers de la douleur qu’a longtemps négligé le monde médical quand les écrivains savaient trouver les mots pour en parler. L’idée littéraire de Mona Thomas est de nous proposer un dialogue entre cette femme médecin, passionnée, vive, réactive et n’ayant pas les mots dans sa poche (pour cause…) avec un anthropologue venue la débusquer, parfois dans des moments difficiles, et l’obliger à se dévoiler. Lui n’hésite pas à s’incruster, à passer en revue les rayonnages ; elle, résiste, tempère, nuance mais c’est l’enthousiasme qui prend le dessus et se traduit par une liste impressionnante de références, de souvenirs intimes de lectures où apparaissent les noms les plus célèbres comme les plus négligés (la joie de voir quelqu’un se souvenir des Vieilles douleurs de Raoul Carson, paru chez Horay il y a plus de cinquante ans), qui témoignent d’une inextinguible curiosité. Un livre qui donne envie d’en lire cent, c’est mieux qu’une aubaine, c’est une chance, et Mona Thomas dans son livre généreux nous l’offre. Un livre qui réconcilie ces deux mondes trop souvent éloignés, la littérature et la médecine, c’est mieux qu’un hasard, c’est peut-être la preuve que les passerelles existent et doivent être entretenues. Un livre qu’il faudrait en tout cas ajouter à toutes les bibliographies universitaires, en Médecine…commme en Lettres.

Coup de maître pour Lemaître !

08avr

cadresnoirs1.jpgAvec Cadres noirs, paru il y a quelques jours en poche, Pierre Lemaître (connu notamment pour l’excellent Robe de marié et plus récemment Alex) a frappé fort !

Anéanti par 4 années de chômage sans espoir, Alain Delambre,  cadre de 57 ans, est prêt à tout pour retrouver un emploi et par là même sa dignité bafouée. Alors quand un employeur accepte enfin d’étudier sa candidature en lui proposant une procédure de recrutement un peu particulière, il ne se doute pas que cette expérience va le mener loin, très loin !

Je ne vous en dirai pas plus ici sous peine de vous dévoiler l’intrigue mais sachez que la métamorphose du personnage principal au fil des pages est terrifiante…  Si, au début de l’histoire, on ne peut que compatir à la situation  et aux souffrances d’Alain, il va vite devenir bien pire que les pires salauds qu’il dénonçait au départ allant jusqu’à dénigrer et ruiner sa propre famille.

Parfaitement amorale, la vision de l’auteur sur le monde du travail est sans concessions et traduit très justement le mal être des salariés et les difficultés d’accès à l’emploi, particulièrement des plus âgés, dans nos sociétés contemporaines ultra compétitives.

Pierre Lemaître nous offre ici un polar au suspense implacable qui ne vous laisse aucun répit !

Hélène

 

Naissance d’une maison

07avr

pgdr.jpgVoilà un nom que les amateurs de littérature connaissent, ceux du moins qui vont au-delà des couvertures et des noms d’édition, et qu’ignorent complètement les autres, un nom d’éditeur jusqu’alors dissimulé derrière des collections et des auteurs, un nom qui s’affirme aujourd’hui et s’affiche sur la couverture bicolore de ses nouveautés qui nous parviennent en nombre : Pierre-Guillaume de Roux (1) qu’on a apprécié à la Table Ronde, chez Critérion, Julliard, Bartillat, au Rocher, aux éditions des Syrtes se lance dans le grand bain. PGDR : de grandes initiales auxquelles nous souhaitons un bel avenir en une période où créer sa maison est particulièrement culotté. Premier roman qui nous arrive, Csillag de Clara Royer, un premier texte d’une jeune femme de 29 ans. L’accompagne Dieu s’amuse, recueil de nouvelles de Michel Lambert, auteur belge confirmé qu’on avait connu chez De Fallois. Un premier texte, des nouvelles…c’est dire si l’éditeur tout neuf n’a peur de rien. Et peut-être serons-nous appelés à en reparler assez vite. Longue vie donc à ce nouveau-né !

(1) Il est le fils de Dominique de Roux, créateur des éditions Bourgois (chez qui son fils a commencé d’ailleurs) et auteur important des années 70 que l’on redécouvre trop irrégulièrement.

Les deux ombres d’Akira

06avr

Akira MizubayashiEn découvrant le livre d’Akira Mizubayashi paru dans la si belle collection L’Un & l’autre de J.B.Pontalis chez Gallimard, nous n’espérions pas avoir la chance d’en rencontrer l’auteur. Mais enthousiasmés par sa lecture nous avons tenté notre chance auprès de l’éditeur qui nous apprit qu’habitué des voyages en France et malgré les soucis du Japon il viendrait effectivement à la rencontre de ses lecteurs. Les sujets qui concernent la traduction, nous nous en rendons compte souvent, et le Salon du Livre de Paris l’a confirmé, ou les nombreux commentaires sur le blog de Pierre Assouline dès qu’il aborde le sujet, intéressent beaucoup de monde et suscitent des débats passionnés au sein d’un lectorat de plus en plus capable de pratiquer plusieurs langues et de mesurer l’importance de ce travail longtemps négligé et sous-estimé. Avec Akira Mizubayashi nous tenions, qui plus est et c’est fort rare, un traducteur du français en japonais soucieux de réfléchir et de se pencher sur le lien qui l’unit à ces deux langues dont il est l’enfant double. Une langue venue d’ailleurs, nous explique-t-il, tente d’expliquer cet incroyable parcours entre deux langues, l’une perdue un temps face à son inanité – Mizubayashi réalise à vingt ans avec anxiété que sa langue maternelle est pauvre et sans avenir – l’autre découverte avec émerveillement – grâce à la lecture d’un philosophe japonais revenu d’occident. De quels mots sommes-nous faits ? N’existe-t-il pas une langue idéale qu’il nous reste à trouver ? L’essai autobiographique de ce monsieur japonais qui a accepté, sans filet ni préparation, de se lancer devant notre caméra impose le respect que l’on doit aux amoureux d’une langue, la nôtre, que nous maltraitons trop souvent, le respect et le charme. Ses deux ombres se détachent sur fond noir.

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