Archives de la catégorie “Bonheur du jour…”

L’homme aux mille ventilateurs

06fév

Vous êtes un adepte du Big Lebowski ou encore de la série culte Taxi, vous associez déjà le nom de William Kotzwinkle à deux ou trois livres qui vous ont plu, comme par exemple le polar Fata Morgana (Ed. Rivages) ? Vous êtes un amateur de bizarreries littéraires et d’humour décalé ? Alors ce message vous est destiné : l’un des romans qui ont contribué au succès de cet écrivain et scénariste américain à qui l’on doit l’adaptation littéraire de E.T. est aujourd’hui disponible en format de poche chez Cambourakis.

Publié aux Etats-Unis en 1974, Fan Man raconte les tribulations d’un hippie baptisé Horse Badorties. Cet énergumène dont le nom n’est pas la seule caractéristique excentrique a aux moins deux obsessions dans la vie : collectionner les ventilateurs (d’où le titre, qui a d’ailleurs été conservé pour l’édition française) et autres objets insolites, et organiser le concert de la Chorale de l’Amour, une chorale composée essentiellement d’adolescentes fugueuses d’une quinzaine d’années. Vous l’avez compris, Horse Badorties est un original, un marginal, même pour son époque – « le mec le plus bizarre que j’aie jamais vu, on dirait qu’il vient juste de sortir de son bocal à poissons », tel est le commentaire qu’il inspire à l’un des personnages qui croisent son chemin. Cette histoire complètement déjantée dont il se fait le narrateur se déroule à New York, l’espace de quelques jours seulement, mais cela vous laisse le temps d’apprendre qu’il collectionne de manière compulsive ce que les Américains appellent junk, qu’il ne peut d’ailleurs pas sortir dans la rue sans en emmener un échantillon, aussi lourd et encombrant soit-il, qu’il cohabite avec des cafards, qu’il croit en la réincarnation et en les bienfaits des drogues bio, qu’il a une propension à la dispersion (faudrait-il y voir un lien de cause à effet ?…), mais que derrière la coolitude qu’il affiche 24h/24, il y a aussi deux choses qu’il ne supporte pas, à savoir le violon et la musique porto-ricaine. Cela n’empêche que dans l’ensemble, il est toujours d’humeur joyeuse, même lorsqu’il vient de se faire expulser par son propriétaire ou encore de couler en plein milieu du lac de Central Park…

A l’instar de Kurt Vonnegut Jr., qui prend le soin de mettre le lecteur en garde dans une préface concise mais sibylline, on peut alléguer qu’il en va de ce livre comme de la musique que souhaite obtenir Horse : il est « inaccessible au commun des mortels »… Car si Fan Man est bel est bien une promesse de fou rire, il vous faut au préalable accepter l’idée que vous pénétrez dans un univers décalé dont « le seul juge » est ce personnage haut en couleur qui vous fait l’honneur de vous livrer ses expériences dans une prose pour le moins authentique.

F.A.

Kéthévane Davrichewy le 8 février

03fév

Si son nom ne vous est pas totalement inconnu, c’est peut-être parce que Kéthévane Davrichewy n’en est pas à son coup d’essai en littérature, auteur déjà prolifique d’une vingtaine de récits pour enfants et adolescents. Vous l’avez également croisée longtemps en bonne place sur notre table « coups de cœur » au rayon littérature grâce à son précédent roman d’amour et d’exil qui avait fait chavirer bien des cœurs de libraires (lire ici le blog enthousiaste de sa première supportrice de l’équipe) et de lecteurs, La mer Noire. En 2010, ce roman fit légitimement partie de la sélection pour notre prix Lavinal (voir la vidéo de présentation), puis Kéthévane Davrichewy se prêta elle-même au jeu de notre caméra pour un enregistrement dans notre studio, visible en cliquant ici. Premier texte de l’auteur choisi par l’éditrice Sabine Wespieser, cette dernière lui réitère en 2012 sa confiance en publiant Les Séparées qui figure parmi la liste des 5 romans en compétition du prix RTL-Lire.

La mer Noire revenait sur les origines géorgiennes de la famille de l’auteur à travers le regard d’une vieille dame le jour de ses 90 ans, Tamouna, qui attend le retour de son ancien amant Tamaz. Elle remontait le fil d’une mémoire collective et intime à partir de la rencontre à Batoumi le dernier été de ses 15 ans de ce jeune garçon qui habitera à jamais son cœur. S’ensuivent le déracinement de sa terre natale à cause des Bolcheviques, la traversée de la mer Noire vers l’Europe puis l’arrivée à Paris, la difficile intégration, le mariage, les deuils et les amitiés qui jalonnent une existence, l’arrivée des enfants puis des petits-enfants sans que jamais le souvenir de Tamaz entrevu à de trop rares retrouvailles n’arrivent à rompre, soixante-quinze ans plus tard, leur serment d’amour : répondra-t-il présent au soir de sa vie ?

Dans Les Séparées, l’ellipse de trente années entre les deux premiers chapitres permet de mesurer le basculement entre l’amitié fusionnelle partagée par deux amies d’enfance, Alice et Cécile, et leur rupture brutale. Là encore, l’Histoire tient une place toute particulière puisque l’auteur a décidé de placer le parcours de ses personnages entre deux dates clés symboliques d’une génération (partagée en partie par Kéthévane Davrichewy née en 1965) : 21 mai 1981 – 21 mai 2011. Si l’acmé de leur  relation correspond à l’euphorie accompagnant l’élection de François Mitterrand, la commémoration de ce trentième anniversaire se confond avec le deuil des idéaux et de leur adolescence. Leurs voix en alternance retracent le chemin de leur vie, permettent de franchir le mur de l’incommunicabilité pour renouer le lien et redonner sens à leur histoire : d’un côté Alice se remémore (à la manière de Tamouna) trois décennies d’une vie au gré de sa lecture d’un magazine qui revient sur les années Mitterrand, de l’autre Cécile dans le coma à la suite d’un « accident » adresse des lettres imaginaires à Alice qu’elle espère voir à son chevet. L’attente est là encore un des ressorts dramatiques de cette valse à deux temps, entre passé et présent, entre un âge d’or et l’amère désillusion qui paraît inéluctable. « Les gens sont-ils  plus présents une fois partis ? [...] elle songe aux absents, elle mesure leur présence dans son existence » et « Les disparus surgissent quand on ne les attend pas et ne répondent pas quand on les espère« , semblent nous suggérer en commun les voix qui peuplent ces romans.

Kéthévane Davrichewy réussit à l’aide d’une écriture épurée (sans grandiloquence ni pathos, deux écueils majeurs quand on parle de « grands sentiments ») à faire ressentir avec une grande émotion le temps qui passe, qui plus est en cultivant l’art de la brièveté (ses romans ne dépassent pas les 200 pages et ses phrases sont souvent minimales). Peut-on encore espérer que se rejoignent de nouveau ces destins qui ont été un jour si unis, puis brisées ? Gageons que Kéthévane Davrichewy réponde mercredi prochain (à 18h au 91, rue Porte-Dijeaux) aux multiples échos qu’elle tisse entre ces histoires d’amour et d’amitié qui soulèvent avec une même force bouleversante.

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Le roi n’a pas sommeil

02fév

« Ce que personne n’a jamais su (…), c’est ce que Thomas avait ressenti quand le flic aux cheveux gras était venu lui passer les bracelets, en serrant si fort son poignet que le sang avait giclé sur la manche de sa chemise. » Voilà comment s’ouvre le dernier roman de Cécile Coulon, publié aux éditions Viviane Hamy. Situé dans une petite ville de province imaginaire, Le roi n’a pas sommeil met en scène la famille Hogan, composée du couple formé par William et Mary, et de leur fils unique Thomas. Ce dernier grandit à l’ombre d’un père rustre, alcoolique et violent qui répartit toute son énergie entre la scierie et la caserne, avec pour seuls rayons de soleil la tendresse et l’amour que lui prodigue sa mère. Enfant, puis adolescent, Thomas fait l’effet d’une touffe d’herbes hautes sans cesse balayée par des vents contraires. Mais finalement, alors qu’il est rattrapé par son destin, on se rend compte qu’une épée de Damoclès le suivait depuis le berceau et même un peu avant : son patrimoine génétique avait tout d’une bombe à retardement prête à exploser à n’importe quel moment. « Les vieilles du quartier disaient [d'ailleurs] que l’âme de son père flottait au-dessus de lui ». Le roi n’a pas sommeil est donc avant tout un roman sur l’atavisme et sur l’impuissance des hommes face à certaines formes de déterminisme. Entre l’exergue emprunté à Steinbeck et le choix d’une onomastique à consonance exclusivement anglo-saxonne, l’auteur ne dissimule pas ses influences (1). Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que son héros nous évoque le McTeague de Frank Norris si superbement campé dans Les rapaces ! Forte d’un tel héritage, Cécile Coulon s’impose sans conteste comme une voix profondément originale au sein de la littérature française contemporaine (2). Du point de vue stylistique, elle n’hésite pas à jouer sur les registres de langue et à donner un véritable coup de pinceau au vernis parfois écaillé de métaphores et expressions françaises rebattues, le tout avec un humour toujours très fin. Par ailleurs, la tension narrative qu’elle parvient à installer par le biais d’une construction sans faille, à commencer par une scène inaugurale étonnante qui, sous couvert de donner les clés de l’histoire, ne fait qu’attiser la curiosité du lecteur, contribue à faire de ce roman réaliste une véritable réussite !

(1) S’il ne fait aucun doute que Méfiez-vous des enfants sages avait pour cadre les États-Unis des années 1970, Le roi n’a pas sommeil se déroule dans une petite ville baptisée Haven, qui est finalement tout sauf un havre de paix.

(2) Dans la même veine, on peut penser à Julie Mazzieri et son superbe Discours sur la tombe de l’idiot (Corti, 2009 – cf. notre blog).

F.A.

Les Quatre Diables de Herman Bang

17jan

Plongé dans le noir, le spectateur attend avec une certaine angoisse et beaucoup d’impatience tandis qu’un roulement de tambour se fait entendre et s’amplifie. Tout à coup, un spot lumineux se braque sur un artiste, le silence devient total et il s’élance. Alors toute la salle s’illumine et le spectacle commence. Les clowns font leurs âneries, les magiciens sortent les lapins des chapeaux, les jongleurs font voltiger leurs anneaux et les acrobates dansent dans les airs. Ce sont eux, Les Quatre Diables, que tout le monde adule grâce au talent qu’ils ont acquis à force d’un entraînement acharné.
Pratiquement nés dans le cirque, les deux sœurs et les deux frères entretiennent une relation basée sur la confiance et sur l’amour. Leur univers ne va pas plus loin que le chapiteau, aussi quand celui-ci est menacé, ils font tout pour rétablir la situation en travaillant d’arrache-pied, en s’entraidant, en s’encourageant. Cependant, leur attachement s’est dénoué au fil des années. Une femme, et surtout un coup de foudre, va tout changer et l’équilibre qui règne entre nos quatre amis va s’effondrer. Comment se jeter dans le vide alors que la personne en face de vous peut ne pas vous rattraper ?
Herman Bang est l’un des auteurs danois les plus fascinants du XIXème siècle et est même proposé pour recevoir le prix Nobel de Littérature en 1911, mais il le refuse, pensant être indigne d’une telle récompense. Lorsqu’il écrit Les Quatre Diables – qui n’est pas un roman mais plutôt une longue nouvelle – il se remet d’une tentative de suicide. En effet, l’auteur a toujours eu ce côté dépressif et son procès pour atteinte aux bonnes mœurs dont il a été accusé après avoir publié Familles sans espoir, n’a rien arrangé. Avec ce roman, disponible dans la collection Libretto, Herman Bang prouve qu’il a révolutionné la technique et l’esthétique dans le roman scandinave. Un petit bijou de lecture !

Pascal Quignard en conférence

04déc

Après avoir longtemps vécu à Paris, Claire décide de renouer avec la terre qui l’a vue grandir et retourne s’installer en Bretagne. Âgée d’une quarantaine d’années, cette femme mystérieuse et solitaire semble avoir passé sa vie à attendre. C’est à peu près tout ce que l’on sait. Mais, peu à peu, ses contours se précise et elle commence à se dévoiler : un demi-frère avec qui elle est toujours restée en contact, une relation amoureuse compliquée (quel beau pléonasme), une maison à investir en haut d’une falaise et un rapport quasi osmotique à la nature (notamment les paysages marins). Pour un peu, on la prendrait pour la sœur cadette de l’héroïne de Villa Amalia. Avec Les solidarités mystérieuses, Pascal Quignard signe un magnifique portrait de femme, elliptique, impressionniste et plein de grâce, sur lequel il reviendra lors de sa conférence dans nos salons, le jeudi 8 décembre prochain à partir de 18h.

Miguel Street de V.S. Naipaul

26nov

Si vous êtes un adepte de la librairie et que vous entretenez une relation de confiance avec votre libraire, il doit vous arriver d’acheter des petites merveilles qui ne sont pas forcément d’actualité. Et si, comme lui, vous êtes un grand lecteur, vous avez sûrement entendu cette phrase désagréable : « cet ouvrage est malheureusement épuisé ». C’est pourquoi, lorsqu’un livre réapparaît sur nos étagères, il serait criminel de ne pas vous en tenir informé et aujourd’hui, nous acclamons la collection de l’Imaginaire des éditions Gallimard pour avoir réédité Miguel Street de V.S. Naipaul.
Miguel Street n’est pas le lieu rêvé pour passer son enfance ou pour vivre tout court. On y trouve des personnages violents, ayant peu d’éducation ou d’ambition et surtout étranges. Si vous y habitiez, le seul remède pour avoir la chance de vivre convenablement et dans un cadre plus équilibré, serait de la quitter définitivement. Pourtant, nous n’avons pas toujours le choix, comme notre narrateur. Depuis qu’il est tout petit, il côtoie les hommes et les femmes de cette rue et nous raconte avec affection qui ils sont et ce qui leur arrive. Le tour de magie accompli par V.S. Naipaul nous empêche de les détester bien que certains battent leur femme ou participent à des combats de coqs. Nous allons presque jusqu’à les aimer tellement leur univers semble être le seul qui existe.
V.S. Naipaul, prix Nobel de littérature en 2001, disait lui-même ne pas savoir « quel genre d’écrivain [il était] susceptible de devenir ». Quand il acheva son premier roman, quelqu’un lui dit que cela ressemblait à du « Simili Waugh« , remarque qui le laissa froid, mais heureusement pour nous, il persista dans cette passion qui l’a toujours animé. Quand il commença à écrire Miguel Street, il ne savait pas du tout où cette histoire allait le mener et finalement ce qu’il livra à ses lecteurs fut un récit intime et d’une grande force.

Dinaw Mengestu à Bordeaux

22nov

Rares sont les écrivains dont on peut vraiment affirmer qu’ils ont une voix. Déjà, avec Les belles choses que porte le ciel, Dinaw Mengestu nous avait convaincu qu’il appartenait à cette catégorie d’auteurs dignes d’être remarqués. A l’époque (c’était en 2007), il avait d’ailleurs remporté le Prix du meilleur premier roman étranger. Paru à l’automne chez Albin Michel, son deuxième roman vient décidément confirmer une vocation.

Ce qu’on peut lire dans l’air retrace l’histoire de deux couples appartenant à deux générations différentes, partagés entre l’Éthiopie et les États-Unis. Né dans l’Illinois de parents éthiopiens, Jonas mène une vie new-yorkaise sans prétention. Sa femme, elle aussi d’origine africaine, supporte difficilement leur différence de statut social et son manque total d’ambition. Le lecteur suit en parallèle l’histoire de son père, Yosef, qui a quitté l’Éthiopie pour repartir à zéro sur le sol américain, avant d’être rejoint par sa jeune épouse.

Obnubilé par l’histoire de ses parents, surtout celle de son père, qu’il a finalement assez peu connu, Jonas n’a de cesse de reconstituer le passé. Mais on se rend compte au fur et à mesure qu’il prend un plaisir croissant à emmêler le fil de la réalité avec celui de la fiction. Avec son imagination débordante et sa passion pour les histoires, ce personnage se fait le porte-parole d’un plaidoyer visant à réhabiliter l’imagination et la fiction dans nos vies, avec en toile de fond cet éternel American dream qui attire inlassablement sans pour autant parvenir à tenir ses promesses…

Sachez enfin que Dinaw Mengestu sera à la librairie demain dès 18h pour nous parler plus en détail de ce roman (au 91, rue Vital-Carles).

F.A.



Entrez dans le tourbillon !

18nov

Qu’il est réjouissant de constater qu’il existe encore, de part et d’autre dans le monde, de véritables petits trésors littéraires qui n’aspirent qu’à être découverts…

« L’espace de quelques instants tu prêtes l’oreille au vent, au hululement du vent indifférent qui se fraie un chemin entre les chênes verts, les pins, les ravines, et tu te dis, éternel espoir naufragé, que les voix se rapprochent, que quelqu’un – un enfant peut-être, ou bien un homme – a entendu ton éternelle lamentation, ta voix perdue, tes sanglots, et qu’il arrive pour t’apporter la consolation, l’eau et la liberté enfuie. » Ainsi commence Dans le tourbillon, la dernière petite merveille des éditions Attila. Dans un recoin complètement désolé des Pyrénées aragonaises, un homme est ligoté à un arbre et s’adresse à son plus fidèle compagnon – sa mule. Avec la chaleur et la soif, la cohérence s’est rapidement évaporée de son discours, ne laissant place qu’à un délire obsessionnel. Comment ce pauvre hère en est-il arrivé là ? Qui pouvait bien nourrir une haine si importante à son égard, et pour quelles raisons ?

Première traduction de José Antonio Labordeta, un écrivain et homme politique aragonais décédé l’année dernière, ce superbe roman met en scène une poignée de villageois assoiffés de pouvoir tandis que les rumeurs de la Guerre civile servent de révélateur pour des tensions déjà bien palpables. C’est-à-dire que cet univers essentiellement masculin repose sur un équilibre des plus précaires. Si chacun joue un rôle clairement défini dans ce microcosme, combien de temps les villageois supporteront-ils encore que l’usurier – un Juif, qui plus est – s’enrichisse à leurs dépens ? Combien de temps faudra-t-il avant que ça ne dégénère en chasse à l’homme ?…

Force nous est de reconnaître que la puissance d’évocation de la scène inaugurale est à l’image de l’ensemble de ce roman polyphonique, envoûtant et mystérieux, dont l’époustouflante construction narrative épouse à merveille la métaphore du tourbillon. Ce mouvement circulaire dont l’amplitude et la magnitude augmentent de concert jusqu’à essoufflement, c’est d’abord celui qu’effectue le récit : la narration tourne autour de cette scène effroyable en brassant toujours plus d’informations à chaque voyage jusqu’à ce que la lumière soit faite sur ce qui s’est passé. Mais c’est aussi et surtout celui de cette communauté d’hommes, pris dans un engrenage de turbulence et de violence qui finit immanquablement par les dépasser. Choisi à la perfection, ce titre est enfin celui d’un véritable chef d’œuvre digne des plus grands écrivains espagnols (comment ne pas penser à Julio Llamazares ou à Ramon Sender ?), porté en français par une traduction exemplaire signée par Jean-Jacques et Marie-Neige Fleury.

F.A.

Cocktail Sugar et autres nouvelles de Corée

07nov

Il est fréquent de tomber sur des livres bons, mauvais, passionnants, inintéressants, etc. Alors quand une merveille débarque sans crier gare, il est de notre devoir de libraire de le crier sur tous les toits et de le défendre comme il se doit. C’est donc avec enthousiasme que nous accueillons sur notre table « Coups de cœur » Cocktail Sugar et autres nouvelles de Corée publié aux éditions Zulma.
Le titre déjà nous invite à une douceur que nous retrouvons sans conteste dans le livre. Comme un sucre qui fond lentement dans la bouche, nous goutons la belle plume de ces huit auteurs qui partagent leur histoire tout droit sorti de leur imagination mais qui traduit avec clarté et honnêteté la vie coréenne actuelle.
Certains d’entre vous diront certainement que les nouvelles ne sont pas à leur goût car c’est un style bien particulier. Cependant, nous pouvons vous affirmer que la fin de chacune ne laisse place qu’au désir d’en commencer une autre.
De cette jeune fille qui nous parle de sa mère à travers un couteau de cuisine qui ne l’a jamais quitté, de cette petite fille qui combat la dépression de son père en silence, de cette femme que le temps n’a pas épargné ou de celle qui a bâti sa fortune sur l’avortement, nous retiendrons l’émotion qu’elles nous apportent ; de la joie, de la tristesse, de la surprise, de l’inquiétude… Aucune de ces nouvelles ne laissent indifférent. S’il fallait ne dire qu’un mot pour parler de ce livre, nous dirions : magnifique.

Train de nuit pour New York

02nov

Californie, années 1950. Lindsay attend, seule, sur le quai d’une gare que son train, le premier avant une longue liste de correspondances, veuille bien arriver. Elle s’apprête à traverser le pays pour rendre visite à ses parents, dans l’Etat de New York. Davantage dictée par le devoir que par les sentiments, cette perspective ne l’enchante guère. Sans doute est-ce pour cette raison qu’elle a préféré voyager en train plutôt qu’en avion (elle aurait facilement pu opter pour ce mode de transport, alors en plein essor) : elle n’est manifestement pas pressée d’arriver. C’est ainsi que ce voyage va être pour elle l’occasion de faire des rencontres étonnantes, qui la replongeront avec une force toujours plus accablante dans un chapitre de sa vie qu’elle n’avait pas réussi à refermer complètement. En effet, un étrange hasard va l’amener à passer quelques jours dans la maison qui a abrité les amours de son ex-mari avec sa deuxième femme. Hébergée par cette dernière alors que l’homme qui a partagé leur vie est décédé depuis quelques années, Lindsay se rend compte que le brillant écrivain qu’elles ont toutes les deux tellement aimé a su offrir des facettes différentes de sa personnalité à l’une et à l’autre, et tandis que la vie de la première s’est arrêtée lorsque celui-ci l’a quittée, la laissant faire face à des interrogations désespérément prégnantes, la deuxième n’aura pas mis longtemps à effacer les traces de sa présence, en apparence du moins.

Écrite par l’Américain Roy Parvin en 2000, cette longue nouvelle au titre énigmatique – La Petite-Fille de Menno – est aujourd’hui rééditée par Phebus dans sa collection Libretto, et ce pour le plus grand bonheur des amateurs de délices littéraires à la saveur délicatement surannée (on sent percer une lointaine influence de Stefan Zweig ou Sandor Marai). A noter que ce superbe texte a fait l’objet d’une adaptation libre par le directeur Claude Miller, sous le titre « Voyez comme ils dansent ».

F.A.

 

 

Titre longtemps énigmatique, tour à tour surprenant, émouvant,

Adaptation cinématographique sous la direction de .. Miller

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