Archives de la catégorie “En noir”

Cheminons entourés de fantômes…

31juil

étant donnés - c. 2000 succession de Marcel DuchampJoie ! Il s’agit d’évoquer la réédition du premier livre de Jean-François Vilar, C’est toujours les autres qui meurent, chez Babel Noir, collection renaissante, pour notre plus grand plaisir. Hommage à Duchamp (Marcel), ce roman donne naissance à l’atypique Victor Blainville, photographe de son état (une espèce de private eye désabusé et militant - ses chats ont pour nom Radek, Zinoviev et Kamenev) et témoin privilégié des changements de Paris et de ce monde (de cette société, en fait). Illustrant parfaitement le renouveau du polar français dans les années 80, immergé dans l’art contemporain et la nostalgie définitive de mai 1968, période “révolutionnaire” révolue, que même la victoire de la gauche en 1981 ne fait pas oublier : le cynisme misanthrope est de mise chez Blainville, tempéré uniquement par son amour de l’art et des chats. Et de Rose, aussi, égérie insaisissable dont le côté passionné n’est pas sans rappeler Cash, la militante anarchiste du Nada de Manchette.

Ainsi commence la saga de Blainville, au rythme de ses escapades pédestres, nocturnes et souvent interlopes. Nous suivrons ensuite ses diverses aventures, toujours parisiennes, enfumées et alcoolisées, où les milieux de l’art côtoient les milieux politiques les plus divers, où le regard toujours acéré de Blainville ne permet aucune compromission : Les exagérés (Points), Bastille Tango (Babel/Noir) et le splendide Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués (Fiction & Cie / Seuil) composent cette brillante série.

J.-F. Vilar - Cheminons entourés de fantômes au fronts troués

Le “nouveau Vargas”: un roman incertain ?

24juil

un-lieu-incertain.jpg La nouvelle était annoncée depuis quelques semaines, le monde se presse depuis le 25 juin pour s’emparer du “nouveau Vargas” qui s’annonce comme l’un des romans de l’été en passe de concurrencer les amateurs du fameux Millénium. Car qui aura l’audace de ne pas se réjouir d’un tel phénomène attendu impatiemment depuis deux ans avec Dans les bois éternels, soit le retour du plus attachant des commissaires, Jean-Baptiste Adamsberg ?

Dans ce onzième “rompol” (ainsi que l’auteure définit ses oeuvres), Fred Vargas aime de nouveau déployer ses talents de conteuse hors pair et réjouira avec certitude tous les passionnés de son univers subtilement décalé. Héritière d’un père membre du groupe surréaliste, elle-même toujours à la “trace” des indices dans son métier d’archéozoologue, elle nous convie une nouvelle fois dans une préhistoire enchanteresse, à la frontière du conte fantastique de tradition européenne. Car c’est bien en Europe que se situe cette sixième aventure de notre commissaire national antihéros impassible mais à l’intuition géniale, à rebours de la méthode déductive dans le typique roman à l’anglaise (Agatha Christie, Conan Doyle, Chesterton pour ne citer qu’eux). Dès le premier chapitre, le lecteur se trouvera en terrain conquis puisque Adamsberg qui doit partir à Londres participer à un colloque sur les flux migratoires sera quelque peu retardé par… la mise à bas et le sauvetage in extremis de la chatte de son voisin Lucio! On retrouve avec délectation cette “Vargas touch” unique qui allie fantaisie poétique et humour décalé tout en finesse depuis l’apparition d’Adamsberg dans L’homme aux cercles bleus (1990 chez Viviane Hamy, réédité en poche chez J’ai lu en 2002). En effet, de Londres où l’équipe d’Adamsberg (l’attachement aux personnages secondaires toujours bien fouillés) se trouve confrontée à une scène macabre de pieds coupés et… chaussés dans le cimetière de Highgate à la paisible banlieue parisienne où l’horreur atteint son apogée par la découverte du corps littéralement pulvérisé de Pierre Vaudel (mais sans effet vraiment “gore” pour autant ! ) amènera après une première partie assez longue à un voyage en Serbie bien plus rythmé. Là, Adamsberg fera le jour sur les deux affaires précédentes qui le conduiront sur la trace des liens de… son propre sang! mais chut… n’allons pas déflorer le secret plus avant !! Sachez seulement qu’une sombre et archaïque superstition de vampires rôde dans cette région hostile (néanmoins peuplée d’hôtes accueillants) et pèse dangereusement sur Adamsberg qui pourrait bien y laisser sa peau… Cette déambulation européenne sonnerait-elle la fin de notre brave

Petit échange sur le rayon polar, entre deux libraires : Véronique et Karine.

Karine - Je l’ai fini hier soir, j’étais à la fois triste de quitter Adamsberg et sa brigade mais tellement heureuse d’avoir retrouvé ma chère Fred Vargas !

Véronique - Tu ne trouves pas qu’elle se répète un peu ? Car la thématique ne m’a pas surprise, l’intrigue est schématique, destinée plutôt à plaire au grand public, même si je trouve qu’à partir du départ du commissaire en Serbie, l’intrigue prend du relief et devient plus prenante…

K - Moi, j’y adhère toujours, mais c’est vrai qu’on peut se lasser - ce qui n’est pas mon cas ! Grâce au charme de l’invraisemblance, elle réussit une fois de plus à nous mener avec bonheur dans son imaginaire inimitable.

V - Le début m’a tout de même surprise ! Ses allusions subtiles à la politique européenne en matière d’immigration sont audacieuses : pour ceux qui la trouveraient trop consensuelle, là j’ai découvert un engagement, une prise de risque pas évidente de prime abord.

K - Car comme à chaque fois, elle sait nous surprendre par une facette inédite qu’elle développe - ici Danglard tombe amoureux, ce qui n’est pas rien !

V - Elle nous divertit certes mais on l’aimerait plus incisive, non ?

K - Cela ne m’a pas gênée, j’étais séduite une fois de plus, et j’ai hâte de l’être encore et encore… Vivement déjà la prochaine fois !

Que les “mordus” se rassurent : Fred Vargas, malgré ou grâce à ce (sur)réalisme poétique qui tisse ses romans, réussit une fois de plus à nous mener bien plus loin qu’on ne l’aurait pensé de prime abord, dans les dédales de son écriture inimitable qui n’appartient qu’à elle seule… Et rien que pour cette singularité bienvenue dans le polar souvent “noir”, la sensibilité vargassienne a toute sa place…

Pulp(e) : secouez !

10juil

Dope - sara granLecture d’été : un pulp ? Non,deux! Détectives manipulés, ambiance enfumée, ombre de la deuxième guerre mondiale, deux titres sortent du lot et se hisse avec aisance (presque) au niveau des grands du genres (Hammett, Chandler, Cain, Mc Coy et consorts).

Sara Gran avec Dope (chez Sonatine) livre un modèle du genre : Joséphine, ex-junkie, devient détective privée, et sa première “vraie” affaire la replonge dans son tumultueux passé, alors qu’elle est chargée de retrouver la fille d’un riche avocat et se retrouve au centre d’une manipulation bien plus vaste… Cette plongée dans le New-York des bas-fonds, où drogue, prostitution et petite délinquance font bon ménage nous entraine dans de sombres magouilles qui vont révéler à Joséphine que l’enfer est pavé de bonnes intentions… Grâce à une écriture serrée, dense, rythmée, Sara Gran, pour cette première traduction, livre un coup de maître !

Même époque, côte ouest, dans Shadow boxer (Fayard Noir) : Billy Nichols est journaliste à l’Inquirer, de San Francisco. Surnommé “Mister Boxe”, ce chroniqueur sportif est plongé dans le monde interlope des combats truqués, du racket (combien d’anciens boxeurs dans ce particulier commerce?) et autres malversations diverses, du détournement de fonds à l’extorsion pure et simple, sans oublier de sulfureuses affaires de moeurs… Et 1948, pour Billy Nichols, est une sale année : afin d’éviter un chantage, il se retrouve à aider Burney Sanders, qu’il a contribué à faire incarcérer*… De femmes fatales en rebondissements, le San Francisco du brillant Eddie Muller** n’est pas de tout repos. Pour preuve, cette sentence de Billy Nichols, dans l’un de ses articles :

Certains pourraient être tentés de penser que les matches sont truqués. Ils ont tort : c’est la vie qui est truquée“.

Grâce à ces deux auteurs, on renoue avec plaisir avec un genre à la fois daté et irrémédiablement moderne (que dire des tentatives de Coover - Noir -, du Pulp de Bukowski ou encore de l’hommage constant fait par Tarantino, dont le plus évident reste Pulp Fiction) et dont l’attrait ne s’est jamais démenti depuis la création de ces petits fascicules bon marché, où les héros hard-boiled se disputaient les femmes fatales

* Lors du premier épisode des aventures de Billy, Mister Boxe (Fayard Noir)

** E. Muller a aussi commis un formidable livre sur l’âge d’or du cinema noir intitulé Dark City (Clairac Editeurs)

Dark City

“Noir”, c’est noir…

01juil

robert-coover.jpg couverture-noir-coover.jpg Un titre banal mais qui se révèle au final riche, intense tout en cernant avec une telle économie son sujet à la perfection ne peut qu’attirer l’attention d’amateurs de polars et de littérature, situation doublement exceptionnelle sachant que ce roman sort traduit en français (au Seuil, collection “Fiction et Cie”) avant même sa parution en version originale aux Etats-Unis ! Son auteur, Robert Coover, s’en explique par son désir de reconnaissance auprès des critiques français des années cinquante qui ont forgé eux-mêmes l’expression “film noir”pour définir cette vague de séries B qui arrivait d’outre-Atlantique.

En effet, Noir joue sur tous les clichés du roman et film noirs américains de l’après-guerre : le détective s’appelle Philip M. Noir par référence à la mythique Série noire et bien entendu au célèbre Philip Marlowe de Raymond Chandler, mais l’ensemble de l’univers du roman joue en permanence sur tous les clichés du “hard- boiled” tel qu’il est apparu dans les années 1920-30. Noir se trouve ainsi affublé de tous les codes et accessoires indispensables au privé tel que notre mémoire se le représente: trench-coat, chapeau, “tige au bec” (entendez : sa cigarette), sa bouteille de whisky prête à le consoler quand ce n’est pas “Blanche” sa dévouée secrétaire blonde (qui lui prête ses sous-vêtements quand son patron se retrouve en mauvaise posture…), les bars louches avec prostituées et pègre de rigueur, les docks sinistres, les indics, les flics corrompus et violents, les passages à tabac, les flingues, les courses-poursuites et les filatures qui tournent au désavantage du détective : traqué, accusé à tort de la mort de l’employé de la morgue en charge du corps d’une veuve fatale qui avait auparavant demandé à Noir de la protéger.

Entièrement écrit à la deuxième personne du singulier (choix du traducteur Bernard Hoepffner de ce “you” déjà tellement ambigu), si bien que le lecteur ne sait pas vraiment s’il est plongé dans la conscience de Noir qui se parle à lui-même (monologue intérieur), si l’auteur omniscient s’adresse directement à nous ou même s’il s’agit de la ville, innommée mais labyrinthique et infernale, qui tutoie et sème le personnage-lecteur démuni(s) de tout pouvoir et savoir.

Perdu entre les ruelles et les errements du personnage, mais aussi dans une narration en forme de puzzle qui privilégie les flashbacks et les lacunes, Noir multiplie les réécritures: celles des mythes (bibliques, américains…) qui peuplent l’imaginaire de Coover depuis Le Bûcher de Times Square (son premier ouvrage traduit en 1980 en France et réédité en 2006 au Seuil) ainsi que la littérature française des années 1950 (romans de l’existentialisme, du Nouveau Roman…) auxquels il emprunte certes la dimension métaphysique et tragique, mais aussi le même sens de l’absurde et de l’(auto)dérision, comme il le dit avec une plaisante provocation: “all my books are comic books”!!

De l’aveu de l’écrivain lui-même, cette intention à la fois parodique et d’hommage s’inscrit dans la lignée de l’excellent Privé à Babylone de Richard Brautigan (10/18) et de Pulp de Charles Bukowski (Livre de poche). Mais on est loin d’un simple exercice de style, d’une réflexion philosophique ou d’une énième mise en abyme. Le roman doit d’abord et finalement se lire comme une preuve que le “hard-boiled”est un genre qui, comme il le signifie littéralement lui-même, a encore la peau dure (”hard-boiled novel”= roman des durs-à-cuire) et ravira ceux qui auront envie de se (re)plonger dans les classiques du genre!

Dans les townships

11juin

flag_of_south_africasvg.pngL’actualité de l’Afrique du Sud rime malheureusement trop souvent avec crimes, meurtres, et désordres en tous genres. La fiction s’est emparée de cette violence au quotidien, si bien que l’on ne s’étonnera pas de la noirceur des romans policiers qui se déroulent dans ce pays…

 

Deux excellents (et implacables) polars : Le Noir qui marche à pied de Louis-Ferdinand Despreez et Zulu de Caryl Férey, tombent à pic pour illustrer la situation explosive de la nation arc-en-ciel après l’apartheid. Le constat est terrifiant et fait froid dans le dos.

Perspective d’une lecture en “parallèle” entre ces deux titres qui ont bien des points communs :

- l’accroche : une visite dans un parloir de prison pour le premier, une scène de lynchage pour le second - dès le début, le ton est donné ! Noir, c’est noir…

- le flic : le protagoniste de Despreez, l’inspecteur Zondi, dont c’est ici la deuxième enquête (après La mémoire courte) est un Zoulou qui se voudrait rédempteur, prêt à être sur la brèche jour et nuit pour éradiquer le mal. Dans le roman de Férey, Ali Neuman, chef de la police criminel de Cape Town, est lui aussi Zoulou - son frère est mort tué sous ses yeux, cela explique sans doute sa vocation.

- l’intrigue : les deux sont aussi sombres l’une que l’autre, à savoir des enlèvements d’enfants à la sortie de l’école dans Le Noir qui marche à pied, des jeunes femmes retrouvées assassinées et défigurées dans Zulu.

- le style : à l’image de l’histoire qu’ils nous content, l’écriture de ces deux auteurs est au scalpel - impeccable et implacable !

- des scènes choc : à couper le souffle du lecteur - une scène de torture insoutenable dans Zulu, la macabre découverte de corps dans Le Noir qui marche à pied.

- les auteurs : ils écrivent tous deux en français, Louis-Ferdinand Despreez doit son prénom français à ses ancêtres huguenots émigrés en Afrique du Sud, où il vit, il écrit directement dans notre langue - quant à Caryl Férey, il est bien français, même si son nom ne l’indique pas !

- en résumé : deux polars impressionnants - pour amateurs de sensations fortes !

 

 

 

 

Une visite surprise sur le rayon polar : Martin Solanes

05juin

solanes2.jpgC’est toujours un plaisir de rencontrer un auteur dont on a aimé le livre, et ô surprise, en ce jeudi après-midi, une jeune femme se présente sur le rayon polar - c’est Martin Solanes (de son vrai nom Martine Mairal), auteur du roman policier Quand la lune sera bleue publié aux éditions Flammarion. Par des amis qui habitent Bordeaux, elle sait que nous défendons son titre - nous avons même apposé un petit carton accrocheur dessus avec une appréciation : “Majorque - la grande île des Baléares pourrait être un paradis si sa tranquillité n’était perturbée par toute une série de meurtres… Un excellent polar d’ambiance que nous vous recommandons !”

L’auteur étant là en personne, voici un petit compte-rendu, à peine différé, de la conversation qui s’est déroulée spontanément sur le rayon. Martin Solanes adore l’île de Majorque et les romans policiers - quoi de plus naturel d’allier les deux ? D’autant plus quand on a un grand-père catalan, m’apprend-elle. Elle est d’ailleurs en train d’écrire la suite avec les mêmes personnages : Pilar Mas, photographe sur les scènes de crime, et Bruno Montaner, patron de la Guardia Civil. Le projet initial de trois volumes s’est étoffé, car cinq énigmes marjoquines se profilent dans l’esprit de notre écrivain qui se documente sur le passé de l’île pour y puiser matière.

Au coeur du premier volume, le philosophe Ramon Lull et sa méthode universelle d’investigation de la vérité dont L’art bref est le résumé. Au cours de ma lecture, un détail m’intriguait : le système des égouts de Majorque. Car le livre s’ouvre sur la découverte d’une main qui bouche la canalisation… “Depuis que la mairie de Palma avait installé un système révolutionnaire d’évacuation souterraine des déchets, les habitants faisaient de la résistance. Les vibrations de l’air pulsé à soixante-dix kilomètres-heures dans les canalisations en acier les dérangeaient. Plus grave, elles ébranlaient les fondations des vieux palais Renaissance. Les grosses bornes de récupération métalliques, les buzons, elles, défiguraient les rues et les places”. Martin Solanes n’a rien inventé, m’avoue-t-elle, l’anecdote sur le fonctionnement des égouts de l’île est véridique.

Les couleurs, les saveurs, les odeurs - la poésie de Majorque en arrière-plan de l’intrigue policière donne très envie de boucler sa valise et de prendre le premier avion en partance pour Palma ! L’écrivain avoue avoir eu envie de faire avec Majorque ce que Donna Leon a réussi avec Venise - on lui souhaite le même succès !

Psycho Blues : Ken Bruen

29mai

Ken Bruen by Rob banksKen Bruen frappe encore en 2008 ! Après Sombres Desseins (Seuil/Thriller), cosigné par Jason Starr, le prolifique irlandais nous gratifie du cinquième volet des frasques de Roberts et Brant, toujours flanqués de l’agente Falls. Chronique londonienne habile, rapide, dense et intense, parsemée de citations de romans des autres (J. Charyn, J. Sallis, J. Nisbet, J. Sandford, E. Leonard, pour n’en citer que quelques-uns ! ), Vixen (Série Noire) enfonce le clou dans une plaie déjà béante et la fine équipe se trouve au prise d’une tueuse manipulatrice et amorale. Grâce à des méthodes expéditives et personnelles, Roberts, Brant et consorts vont mener tambour battant cette chasse à la Renarde (surnom de la tueuse). Un aperçu de la manière de faire de Brant, lors de “négociations” avec un indicateur :

- D’abord, je ne suis pas ton ami, pigé ? Si tu m’appelles encore comme ça, je te casse le nez. Deuxièmement, tu travailles désormais pour moi et j’ai besoin d’informations. Tout sur Ray Cross et la blonde avec qui il a pris la fuite, et j’en ai besoin pour hier.

et d’enchainer par :

- Ce n’est pas négociable. Je ne veux rien entendre sur les risques potentiels, parce que tu ne tomberas pas sur plus dangereux que moi, c’est clair, amigo ?

Et ce n’est pas le plus surprenant, ni le moins illégal, évidemment.

Pour compléter ce rapide tour d’horizon “Bruennien” (sic), précisons que 2008 semble être son année : en plus des deux titres précédemment cités, évoquons Hackman Blues, paru dans la collection points/roman noir voici quelques semaines, où un “trio sans espoir” monte un plan d’enlèvement, évidemment infaillible, sous l’égide de Gene Hackman…

Pour finir, anticipons les deux sorties chez Fayard Noir (qui nous avait déjà gratifié de Hackman Blues et de En effeuillant Baudelaire) prévues pour début juin et dont les titres sont (pour le moment) : London boulevard et Rilke au Noir.

Cette mise en perspective de la facette londonienne de Bruen, nous ne manquerons évidemment pas de vous parler, en temps voulu, de son versant irlandais, personnifié par le fabuleux privé Jack Taylor… Mais c’est une autre histoire (d’autres comptoirs ? )…

Une réédition attendue : les romans policiers du couple suédois Maj Sjöwall et Per Wahlöö

26mai

sjowall.jpgSi en France Henning Mankell s’est imposé comme le maître du polar suédois, on sait moins qu’il eut un précurseur, ou plutôt deux : le couple Maj Sjöwall et Per Wahlöö - auteurs à quatre mains de la série policière mettant en scène l’inspecteur Martin Beck. Dix enquêtes sont parues entre 1965 et 1975, traduites initialement en français aux éditions Planète dans les années soixante-dix, l’intégrale a ensuite été publiée dans la collection de poche 10-18 - mais le tirage épuisé, impossible de les racheter, à moins de persécuter son bouquiniste ! Les éditions Rivages ont la bonne idée de les rééditer dans des traductions nouvelles, dans la collection Rivages/Noir. Quel plaisir de relire les deux premières aventures de Beck et son équipe Roseanna et L’homme qui partit en fumée ! (En attendant la suite…)

Mankell, qui signe justement la préface de Roseanna, rend un bel hommage à ses compatriotes : “J’ai lu Roseanna pratiquement dès sa sortie, en 1965. En rouvrant le livre aujourd’hui, je réalise que cette première lecture remonte à quarante ans et qu’à l’époque, je n’avais que dix-sept ans. ça semble incroyable. Combien de livres ai-je lus depuis ? Et pourquoi me souviens-je si bien de Roseanna ? J’avais trouvé le roman clair, limpide : une histoire convaincante, racontée de manière tout aussi convaincante. Aujourd’hui, cette première impression tient toujours (…) Le livre tient toujours la route : il est enlevé, son style est nerveux et l’intrigue, construite de main de maître (…) Cela fait maintenant bien longtemps que Per Wahlöo est mort. Maj Sjöwall a vieilli en même temps que moi et que toute une génération de lecteurs. Et je me retrouve à lire Roseanna un jour de décembre, quarante ans après sa sortie. J’en avais oublié une grande partie, bien entendu, mais le roman tient toujours magnifiquement la route. C’est très bien pensé, bien structuré. Il est évident que Sjöwall et Wahlöö avaient minutieusement préparé le terrain pour leur série en dix volumes sur la brigade criminelle de Stockholm, une série de fiction, mais inspirée par la réalité (…) Ils voulaient se servir du crime et des investigations policières comme d’un miroir de la société suédoise (…) Influencés et inspirés par l’Américain Ed McBain , ils ont exploré un vaste territoire dans lequel les romans policiers offraient un cadre à des histoires présentant un regard critique sur la société”.

L’ambition affichée de Sjöwall et Wahlöo est d’épingler les failles du modèle suédois pour en dénoncer les perversions, rompant en cela avec leurs prédécesseurs influencés par le roman policier britannique. Avec eux, ce n’est plus l’énigme qui prédomine, ni la résolution du mystère, mais le contexte social et politique - ce qui deviendra ensuite monnaie courante dans le roman noir contemporain.

Ces désormais classiques du polar suédois sont donc : à découvrir, ou à redécouvrir !

Cher Chesterton

20mai

Gilbert Keith ChestertonG.K.C., trois initiales magiques que reconnaissent immédiatement les adeptes de la secte (ouverte) des adorateurs du grand Chesterton. Grand non seulement parce qu’il fut un prolifique et génial auteur de nouvelles policières (et qu’à ce titre il dirigea le premier le Detective Club) mais parce qu’il fut tout autant journaliste, essayiste, polémiste, romancier, directeur de revue : dans chacun de ces domaines il sut se montrer fidèle à sa liberté de ton, à son goût incroyable pour l’invention et être, comme le soulignait Borges qui professait une grande admiration pour lui, un “génial écrivain” (”Je pense que Chesterton est l’un des premiers écrivains de notre temps, écrivit-il, et ceci non seulement pour son heureux génie de l’invention, pour son imagination visuelle et pour la félicité enfantine ou divine que laisse entrevoir chaque page de son oeuvre, mais aussi pour ses vertus rhétoriques, pour sa pure virtuosité technique.”).

Il devenait un peu difficile de se procurer du Chesterton qui, alors même qu’il était enfin dans le domaine public (l’homme est mort d’épuisement en 1936), se faisait rare dans les rayonnages des librairies. La patience (et la justice) ont payé car l’actualité chestertonienne se fait plus vive depuis que cet hiver ont reparu Les contes de l’arbalète et Le Jardin enfumé, recueils de nouvelles délicieuses et surprenantes à la fois cérébrales et jouissives. En cherchant bien, on trouvait encore au catalogue de folio La sagesse du Père Brown, unique volume des aventures de ce prêtre catholique créé en 1910 par G.K.C., détective à ses heures, utilisant une logique toute personnelle pour résoudre des énigmes qu’il décompose avec goguenardise pour, comme le signale François Rivière, l’un de ses plus ardents défenseurs, les retourner comme des doigts de gant, dans le dessein de nous montrer que Dieu a finalement toujours raison contre Satan. Ce qui se comprend mieux quand on sait que cet agnostique de Chesterton se convertit bruyamment au catholicisme. L’excellente nouvelle du mois est la sortie quasi-simultanée de deux volumes, à des prix différents (donc pas d’excuses!), réunissant pour l’un l’intégralité des nouvelles policières du fameux curé augmentée de trois histoires inédites et, précieux, deux articles de G.K.C. sur le roman policier (Les enquêtes du Père Brown, chez Omnibus où Francis Lacassin nous offre une postface de haute volée), pour l’autre le seul recueil L’innocence du Père Brown, premier de la série proposé par la fameuse Petite Bibliothèque Ombres animée par Jean-Paul Archie. Vous trouverez difficilement dans le genre policier aussi divertissant et aussi poétique, aussi inventif et aussi malicieux. Et méfiez-vous, lorsqu’on se met à aimer Chesterton, on a vite tendance à faire dans le prosélytisme et à vouloir convertir autour de soi. Mais avouez qu’il y a des conversions plus pénibles…

Une autre fois, qui sait, peut-être évoquerons-nous un autre aspect du grand Gilbert qui ne s’épuise pas en un clin d’oeil…

Et pour les amateurs, on conseillera le site des amis de Chesterton, très au fait de toute l’actualité chestertonienne : http://chesterton.over-blog.com/

Espion, es-tu las ?

19mai

9782841879465.jpgAh, les lectures d’été… pour préparer les longues journées de farniente et autres plaisirs estivaux, une vitrine roman d’espionnage et d’aventure s’impose d’elle même, afin de proposer de nouveaux talents côtoyant d’anciens, accompagnés par certains titres injustement oubliés !

Plongeons dans le grand bain avec excitation, et ouvrons le bal avec l’excellent Alan Furst, dont Le Sang de la Victoire et Le Royaume des ombres (paru chez Points) dressent un tableau de l’Europe au moment où celle-ci s’embrase et bascule dans la deuxième guerre mondiale. Une belle réussite, subtile et intelligente, à l’image de l’un des maîtres du genre, Eric Ambler, dont l’indispensable Masque de Dimitrios réapparaît chez Rivages/noir, pour notre plus grand bonheur. Comment ne pas évoquer également le premier roman de James Grady, Les Six jours du Condor (que Sydney Lumet a transformé en Trois jours du Condor , afin d’en “ramasser” l’action), puis le roman de Larry Beinhart, Le Bibliothécaire, extraordinaire roman de complot. A propos de complot, ne jamais oublier le terrible Red Fox, d’Anthony Hyde, dans lequel on découvre quelques secrets ayant trait à la famille du Tsar, après sa fuite de Russie…

Espionner, c’est aussi être un aventurier, souvent intrépide, aguerri, prêt à affronter toutes les situations. On retrouve ces héros exemplaires dans nombre de romans, dont le pionnier du genre serait James Bond, créé par Ian Fleming. Suivront ensuite nombre d’auteurs, tels Robert Ludlum, Robert Littell, dont les nombreux ouvrages sont nourris par la Guerre Froide ou le spectre du retour des Nazis.

L’actualité se conjugue aussi avec Chris Ryan, ancien commando de Sa Majesté, qui signe de percutants romans d’action, ou encore Michael DiMercurio, spécialiste parmi les spécialistes du roman technologique, dont les histoires de sous-marin n’ont rien à envier au fameux Octobre Rouge de Tom Clancy. Citons de plus un livre exemplaire du genre, El Lobo, signé Jacques Kaufmann, dont le héros, Roy Kruger, est ancien pilote de guerre en Irak, installé en Argentine. Il se retrouve entraîné dans une histoire qui mettra à l’épreuve ses multiples talents, à la poursuite d’une partie du trésor des Nazis, qui se trouverait dans le mausolée d’Eva Peron… La boucle est bouclée!

 

 

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