Archives de la catégorie “En noir”

Une réédition attendue : les romans policiers du couple suédois Maj Sjöwall et Per Wahlöö

26mai

sjowall.jpgSi en France Henning Mankell s’est imposé comme le maître du polar suédois, on sait moins qu’il eut un précurseur, ou plutôt deux : le couple Maj Sjöwall et Per Wahlöö - auteurs à quatre mains de la série policière mettant en scène l’inspecteur Martin Beck. Dix enquêtes sont parues entre 1965 et 1975, traduites initialement en français aux éditions Planète dans les années soixante-dix, l’intégrale a ensuite été publiée dans la collection de poche 10-18 - mais le tirage épuisé, impossible de les racheter, à moins de persécuter son bouquiniste ! Les éditions Rivages ont la bonne idée de les rééditer dans des traductions nouvelles, dans la collection Rivages/Noir. Quel plaisir de relire les deux premières aventures de Beck et son équipe Roseanna et L’homme qui partit en fumée ! (En attendant la suite…)

Mankell, qui signe justement la préface de Roseanna, rend un bel hommage à ses compatriotes : “J’ai lu Roseanna pratiquement dès sa sortie, en 1965. En rouvrant le livre aujourd’hui, je réalise que cette première lecture remonte à quarante ans et qu’à l’époque, je n’avais que dix-sept ans. ça semble incroyable. Combien de livres ai-je lus depuis ? Et pourquoi me souviens-je si bien de Roseanna ? J’avais trouvé le roman clair, limpide : une histoire convaincante, racontée de manière tout aussi convaincante. Aujourd’hui, cette première impression tient toujours (…) Le livre tient toujours la route : il est enlevé, son style est nerveux et l’intrigue, construite de main de maître (…) Cela fait maintenant bien longtemps que Per Wahlöo est mort. Maj Sjöwall a vieilli en même temps que moi et que toute une génération de lecteurs. Et je me retrouve à lire Roseanna un jour de décembre, quarante ans après sa sortie. J’en avais oublié une grande partie, bien entendu, mais le roman tient toujours magnifiquement la route. C’est très bien pensé, bien structuré. Il est évident que Sjöwall et Wahlöö avaient minutieusement préparé le terrain pour leur série en dix volumes sur la brigade criminelle de Stockholm, une série de fiction, mais inspirée par la réalité (…) Ils voulaient se servir du crime et des investigations policières comme d’un miroir de la société suédoise (…) Influencés et inspirés par l’Américain Ed McBain , ils ont exploré un vaste territoire dans lequel les romans policiers offraient un cadre à des histoires présentant un regard critique sur la société”.

L’ambition affichée de Sjöwall et Wahlöo est d’épingler les failles du modèle suédois pour en dénoncer les perversions, rompant en cela avec leurs prédécesseurs influencés par le roman policier britannique. Avec eux, ce n’est plus l’énigme qui prédomine, ni la résolution du mystère, mais le contexte social et politique - ce qui deviendra ensuite monnaie courante dans le roman noir contemporain.

Ces désormais classiques du polar suédois sont donc : à découvrir, ou à redécouvrir !

Cher Chesterton

20mai

Gilbert Keith ChestertonG.K.C., trois initiales magiques que reconnaissent immédiatement les adeptes de la secte (ouverte) des adorateurs du grand Chesterton. Grand non seulement parce qu’il fut un prolifique et génial auteur de nouvelles policières (et qu’à ce titre il dirigea le premier le Detective Club) mais parce qu’il fut tout autant journaliste, essayiste, polémiste, romancier, directeur de revue : dans chacun de ces domaines il sut se montrer fidèle à sa liberté de ton, à son goût incroyable pour l’invention et être, comme le soulignait Borges qui professait une grande admiration pour lui, un “génial écrivain” (”Je pense que Chesterton est l’un des premiers écrivains de notre temps, écrivit-il, et ceci non seulement pour son heureux génie de l’invention, pour son imagination visuelle et pour la félicité enfantine ou divine que laisse entrevoir chaque page de son oeuvre, mais aussi pour ses vertus rhétoriques, pour sa pure virtuosité technique.”).

Il devenait un peu difficile de se procurer du Chesterton qui, alors même qu’il était enfin dans le domaine public (l’homme est mort d’épuisement en 1936), se faisait rare dans les rayonnages des librairies. La patience (et la justice) ont payé car l’actualité chestertonienne se fait plus vive depuis que cet hiver ont reparu Les contes de l’arbalète et Le Jardin enfumé, recueils de nouvelles délicieuses et surprenantes à la fois cérébrales et jouissives. En cherchant bien, on trouvait encore au catalogue de folio La sagesse du Père Brown, unique volume des aventures de ce prêtre catholique créé en 1910 par G.K.C., détective à ses heures, utilisant une logique toute personnelle pour résoudre des énigmes qu’il décompose avec goguenardise pour, comme le signale François Rivière, l’un de ses plus ardents défenseurs, les retourner comme des doigts de gant, dans le dessein de nous montrer que Dieu a finalement toujours raison contre Satan. Ce qui se comprend mieux quand on sait que cet agnostique de Chesterton se convertit bruyamment au catholicisme. L’excellente nouvelle du mois est la sortie quasi-simultanée de deux volumes, à des prix différents (donc pas d’excuses!), réunissant pour l’un l’intégralité des nouvelles policières du fameux curé augmentée de trois histoires inédites et, précieux, deux articles de G.K.C. sur le roman policier (Les enquêtes du Père Brown, chez Omnibus où Francis Lacassin nous offre une postface de haute volée), pour l’autre le seul recueil L’innocence du Père Brown, premier de la série proposé par la fameuse Petite Bibliothèque Ombres animée par Jean-Paul Archie. Vous trouverez difficilement dans le genre policier aussi divertissant et aussi poétique, aussi inventif et aussi malicieux. Et méfiez-vous, lorsqu’on se met à aimer Chesterton, on a vite tendance à faire dans le prosélytisme et à vouloir convertir autour de soi. Mais avouez qu’il y a des conversions plus pénibles…

Une autre fois, qui sait, peut-être évoquerons-nous un autre aspect du grand Gilbert qui ne s’épuise pas en un clin d’oeil…

Et pour les amateurs, on conseillera le site des amis de Chesterton, très au fait de toute l’actualité chestertonienne : http://chesterton.over-blog.com/

Espion, es-tu las ?

19mai

9782841879465.jpgAh, les lectures d’été… pour préparer les longues journées de farniente et autres plaisirs estivaux, une vitrine roman d’espionnage et d’aventure s’impose d’elle même, afin de proposer de nouveaux talents côtoyant d’anciens, accompagnés par certains titres injustement oubliés !

Plongeons dans le grand bain avec excitation, et ouvrons le bal avec l’excellent Alan Furst, dont Le Sang de la Victoire et Le Royaume des ombres (paru chez Points) dressent un tableau de l’Europe au moment où celle-ci s’embrase et bascule dans la deuxième guerre mondiale. Une belle réussite, subtile et intelligente, à l’image de l’un des maîtres du genre, Eric Ambler, dont l’indispensable Masque de Dimitrios réapparaît chez Rivages/noir, pour notre plus grand bonheur. Comment ne pas évoquer également le premier roman de James Grady, Les Six jours du Condor (que Sydney Lumet a transformé en Trois jours du Condor , afin d’en “ramasser” l’action), puis le roman de Larry Beinhart, Le Bibliothécaire, extraordinaire roman de complot. A propos de complot, ne jamais oublier le terrible Red Fox, d’Anthony Hyde, dans lequel on découvre quelques secrets ayant trait à la famille du Tsar, après sa fuite de Russie…

Espionner, c’est aussi être un aventurier, souvent intrépide, aguerri, prêt à affronter toutes les situations. On retrouve ces héros exemplaires dans nombre de romans, dont le pionnier du genre serait James Bond, créé par Ian Fleming. Suivront ensuite nombre d’auteurs, tels Robert Ludlum, Robert Littell, dont les nombreux ouvrages sont nourris par la Guerre Froide ou le spectre du retour des Nazis.

L’actualité se conjugue aussi avec Chris Ryan, ancien commando de Sa Majesté, qui signe de percutants romans d’action, ou encore Michael DiMercurio, spécialiste parmi les spécialistes du roman technologique, dont les histoires de sous-marin n’ont rien à envier au fameux Octobre Rouge de Tom Clancy. Citons de plus un livre exemplaire du genre, El Lobo, signé Jacques Kaufmann, dont le héros, Roy Kruger, est ancien pilote de guerre en Irak, installé en Argentine. Il se retrouve entraîné dans une histoire qui mettra à l’épreuve ses multiples talents, à la poursuite d’une partie du trésor des Nazis, qui se trouverait dans le mausolée d’Eva Peron… La boucle est bouclée!

 

 

masque-dimitrios.jpg

 

La nostalgie, camarade…

05mai

Patick Manchette © Jacques RobertAu moment où parait le Journal (des extraits, devrait-on dire, les vivants n’aiment pas se faire écorcher par les morts(1)) de Manchette (éditions Gallimard), étincelant de mauvaise humeur, de mauvaise foi jubilatoire et parfait reflet de son époque (il couvre la période 1966 - 1974), Frédéric H. Fajardie nous quitte. Partir le jour de la Fête du Travail, vu son engagement résolument ancré très à gauche, ressemble trop à un pied-de-nez pour ne pas se souvenir que les rapides romans de Fajardie étaient empreints d’un humour à la fois burlesque et désespéré, dont les meilleurs exemples sont sûrement La Nuit des Chats Bottés, La Théorie du 1% ou encore Tueur de flics(2).

Associer ces deux auteurs dans un blog (de libraire, de surcroit !) alors que tout les opposait (une saine rivalité, hum ! (3)) permet sûrement de mieux mettre en exergue les qualités de chacun (et, il va de soi, leurs très rares défauts). Pour rappeler les faits, l’un précède l’autre de quelques années dans la chronologie de publication, Manchette entrant à la Série Noire (publié dès 1971, Laissez bronzer les cadavres, avec Bastid) après un certain nombre de travaux alimentaires, tant pour le cinéma que pour la télévision ou l’écriture, alors que Mai 1968 sert de tremplin à l’autre, Fajardie étant publié une dizaine d’années après les “événements”, se considérant lui-même comme un “militant-écrivain”.

Alors ? L’un grand frère de l’autre ? D’une certaine manière, si l’on oublie leur conception diamétralement opposée de la politique et de la littérature… Tandis que l’un continue son oeuvre de manière quasi graphomane, l’autre s’enferme dans le silence (Manchette ne publie plus entre 1981 et 1995, et La Princesse du sang, inachevé, paraîtra de manière posthume).

Alors ? Au moment ou paraît le Journal de Manchette, (re)lire sans modération l’oeuvre (Romans Noirs, Quarto/Gallimard) de celui-ci s’impose… Et continuer avec Fajardie (au moins le commissaire Padovani ! ) semble couler de source… En ces temps de célébration de mai 68, replonger dans le polar des années 70 et ses ultimes soubresauts du début des années 80, soit Jean Vautrin, A.D.G., Jean Amila, les premiers Jonquet (Mygale, Du passé faisons table rase), Jean-François Vilar (le sublime C’est toujours les autres qui meurent), le bizarre et prolifique Pierre Siniac (que penser de Femmes Blafardes ? ), voire José Giovanni ou Raf Vallet… La fort défunte collection Engrenage, dirigée par Alex Varoux, tient aussi de ce mouvement-là…

Alors ? Justement, souvent injustement mis en parallèle, pour se convaincre de leur différence, il suffit de relire le premier chapitre de La

Position du tireur couché et d’enchaîner avec le premier chapitre de La Nuit des chat bottés, c’est assez saisissant (l’inverse fonctionne aussi ! ).

Mince… Je n’ai pas écrit une seule fois le mot néo-polar… C’est chose faite.

Frédéric Fajardie

(1) Cette édition présente en fait un dixième du Journal complet, à la fois pour des raisons techniques et juridiques

(2) tous ces titres sont présents dans le volume Romans Noirs, Fayard

(3) voir la lettre de Fajardie (Pour défendre Manchette), et la réponse, cinglante, de celui-ci dans ses Chroniques (Rivages/noir)

Prix du Polar européen : l’Islande à l’honneur

02mai

islande.jpgLe Prix du Polar européen vient d’être décerné à l’écrivain islandais Arnaldur Indridason pour L’Homme du lac. L’occasion pour nous, libraires, de vous faire découvrir ou redécouvrir ces polars venus du froid…

Car il existe en effet une “école” du polar nordique répondant à des critères communs tels que : écriture au scalpel, ambiances sombres, personnages désabusés ou désespérés - y compris l’inspecteur ou le commissaire de service - lenteur implacable de l’intrigue, sans oublier les données climatiques : vent glacé, neige ou tempête (au choix). On l’aura compris, si l’on ne rit pas beaucoup dans ces romans, par contre l’on y boit beaucoup, ceci compensant sans doute cela… Le chef de file serait sans doute le Suédois Henning Mankell, avec son personnage le commissaire Kurt Wallander, mais on peut citer aussi ses précurseurs Maj Sjöwall et Per Wahlöö qui signent à quatre mains les enquêtes de l’inspecteur Beck, ou le Norvégien Jo Nesbo et son héros l’inspecteur Harry Hole, ou la série de Karin Fossum mettant en scène l’inspecteur norvégien Konrad Sejer, sans oublier les enquêtes du commissaire Van Veeteren par Hakan Nesser, le privé Varg Veum par Gunnar Staalesen, ou encore Anne Holt, Liza Marklund, Karin Fossum, etc…

Pour en revenir à Arnaldur Indridason, il est l’auteur d’une série policière dont l’enquêteur principal est le commissaire Erlendur Sveinsson, que les éditions Métailié ont entrepris de traduire en France - à ce jour quatre titres sont disponibles. Les lecteurs français le découvrent donc en 2005 avec La Cité des jarres (publié initialement en Islande en 2000) - récompensé par le prix Clé de Verre du roman noir scandinave, prix Mystère de la Critique, et prix Coeur noir - une énigme faisant référence à une curieuse histoire de filiation, le peuple islandais ayant toujours vécu enclos sur lui-même de part sa situation insulaire. On retrouve Erlendur dans La Femme en vert, titre aussi primé que le précédent puisqu’il a obtenu le Prix Clé de Verre du roman noir scandinave, le prix CWA Gold Dagger, et en France le Grand prix des Lectrices de Elle. Ingrédients de ce deuxième opus : un os, qui va remonter à un squelette lentement déterré, une famille où règne la terreur d’une femme battue, l’Islande pendant la Seconde Guerre mondiale. Le troisième titre La Voix, qui a obtenu le Trophée 813 et le Grand prix de littérature policière 2007, est un huis-clos policier dans un hôtel de luxe Reykjavik, envahi par les touristes, en plein mois de décembre. Le réceptionniste, déguisé en père Noël, est retrouvé assassiné… Petit plus : ces trois premiers titres parus chez Métailié existent aussi en format de poche, dans la collection Points Policiers. Dernière traduction en date, L’Homme du lac vient de se voir décerner ces jours-ci le Prix du polar européen, d’autant plus mérité que l’Histoire de l’Europe est au coeur de l’ouvrage : la guerre froide, l’ex-bloc communiste, les années soixante, servent de toile de fond à ce roman où, comme souvent avec Indridason, l’on découvre une facette méconnue de l’Islande.

Une taffe et un gorgeon

25avr

Charlie Williams  Des clopes et de la binouzeQui dit polar dit régulièrement ambiance enfumée et avinée… Si en plus, on peut en rire, c’est mieux! Ce sera le parti-pris de cette suite de remarques sans queue ni tête (traduire : déjantées) qui concerneront les polars… drôles (ou fou, ou drôlement fou…)! Pourquoi? à cause de l’excellent livre de Charlie Williams, Des clopes et de la binouze (Série noire/Gallimard) qui nous entraîne, dans un tourbillon de rixes et de boites de bière, sur les pas de Royston Blake, (unique) videur en chef de LA boite de Mangel (traduire : trou perdu en Angleterre…). Après trois sourires et deux rictus de plaisir, on se dit : “ah, le polar, quand c’est drôle, ça décape”! Et on se dit : “mais, c’est pas si souvent que je me bidonne comme ça!” ce qui entraine la réflexion suivante : “Quand ai-je autant-ri pour la dernière fois?”. En lisant Christopher Moore, soit Le lézard lubrique de Melancholy Cove, petit joyau d’humour bizarre et de situations tordantes. Plus subtilement, avec Elmore Leonard et les remarquables Zig zag movie et Be Cool, ou la dernière réédition offerte par Rivages/Noir, soit Bandits, course poursuite géniale et jubilatoire avec, à la clef, l’amour et l’argent, si tout va bien… Avant de retourner à des occupations plus terre à terre, profitons-en pour glisser, au détour de ce billet, le nom de Tim Dorsey, sorte de Carl Hiaasen ravagé et ravageur, avec sa série floridienne qui débute par le brillant Florida roadkill (Rivages/noir), où l’on rencontrera une galerie de personnages hors du commun, pour le moins (traduire : “accros” au drogues dures, à l’alcool et à la violence…).

Allez, le coup de l’étrier et la cigarette du condamné : Cosmix Banditos, d’A.C. Weisbecker, qui ne se raconte pas, ne se dévoile pas. Sachez seulement qu’il y est question de physique quantique et de guerre des gangs… (vous avez dit explosif?). Tim Dorsey  Florida roadkill

25 ans, une courte paille pour un grand détective !

22avr

izner.jpgPetit retour en arrière sur la rencontre, dans les salons Albert Mollat, pour fêter les 25 ans de la collection “Grands Détectives” , chez 10/18 (nous avons concocté un petit dossier sur mollat.com !). Votre libraire vêtu de noir, animateur pour cette occasion (ça ne se refuse pas !) et sans complexe, lance les invités…

bourland.jpgPour cet événement, trois auteurs et la directrice de collection nous rendent visite. Emmanuelle Heurtebize, éditrice, ouvre les débats, et Claude Izner, Vivianne Moore et Fabrice Bourland évoquent leurs œuvres respectives, leurs marottes, leur manière de travailler, de se documenter, et finalement d’être à la hauteur de cette prestigieuse collection. Leur goût commun du travail bien fait permet de passer allègrement des Normands de Viviane Moore, qui nous fait découvrir le royaume sicilien de Guillaume Ier puis de Robert II, au Paris gouailleur et mystérieux des sœurs Izner (Laurence et Liliane !), au crépuscule du XIXe siècle, juste après la naissance de la tour Eiffel, alors que les intrigues de Fabrice Bourland nous font voyager entre 1932 et 1934, grâce au détective Andrew Singleton, passionné de littérature du XIXe siècle.

moore.jpgLa rencontre se déroule simplement, chaleureusement, et tous les protagonistes jouent le jeu avec bonheur et malice, devant un public attentif et connaisseur ! Il n’est pas fréquent de tenir sous sa main une telle brochette et nous espérons en avoir recueilli le meilleur, à charge pour nous de prolonger sur nos tables les fébriles aventures de ces détectives si grands et en même temps si proches.

Pour vous immerger dans l’ambiance et retrouver les protagonistes de cette soirée, c’est magique… : cliquez ici.

Le retour du capitaine Alatriste

19avr

 

 

Une nouveauté attendue :

Voici qu’arrive dans notre beau rayon polar le sixième volet des aventures du capitaine Alastriste, personnage qui revient périodiquement sous la plume de l’auteur espagnol Arturo Perez-Reverte et l’on ne peut que s’en réjouir ! Quatre ans séparent cet épisode du précédent - pour mémoire la série se lit dans l’ordre chronologique suivant : Le Capitaine Alatriste, Les Bûchers de Bocanegra, Le Soleil de Breda, L’Or du Roi, Le Gentilhomme au pourpoint jaune, il faudra désormais y ajouter Corsaires du Levant.

 

corsaires-levant.jpg

En loup de mer érudit et avisé, Perez-Reverte nous fait naviguer avec bonheur dans les eaux historiques du XVIème siècle, entre combats navals, poursuites, scènes d’abordage, on s’y croirait ! Les batailles sont à elles seules de véritables morceaux d’anthologie, que le lecteur savourera jusqu’au dénouement, parfois incertain - la guerre en mer a ses écueils.

 

Souvenirs, souvenirs : avec son premier livre Le Tableau du Maître flamand, Perez-Reverte faisait une entrée fracassante dans le genre, obtenant le Grand Prix de littérature policière - une étonnante intrigue mêlant peinture et logique mathématique, sur fond de jeu d’échecs, qui a fait date, c’était en 1993, déjà !

 

Depuis, il a concrétisé avec bonheur une oeuvre mêlant érudition et plaisir, que tout lecteur peut partager. Que ce soit l’univers des livres anciens avec un hommage au créateur des Trois Mousquetaires dans Le Club Dumas, le passé flamboyant de Séville avec La Peau du Tambour sur fond d’espionnage du Vatican, l’argent sale de la drogue dénonçant le cartel de Medellin dans La Reine du Sud, le roman d’aventures maritimes du Cimetière des bateaux sans nom où l’on rêve de trésors engloutis et de cartes anciennes, l’Andalousie sous l’occupation des troupes napoléonniennes dans Le Hussard, Perez-Reverte a plus d’un tour dans le sac à malices de son imagination, et l’on aurait bien tort de s’en priver !

 

 

 

 

 

 

 

 

Le phénomène Millénium

17avr

Stieg Larsson

Sur la planète polar il est un astéroïde qui répond au nom mystérieux Millénium. Impossible de ne pas en avoir entendu parler ! Car tous les jours, nous, libraires, entendons ce sésame circuler sur le rayon polar. Pas un jour en effet ne se passe sans que l’on évoque le phénomène de Stieg Larsson. Pour ceux qui l’ignoreraient encore, Millénium est une trilogie policière qui nous vient de Suède, qui a été publiée en France par les Editions Actes Sud. Premier tome : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes. Le deuxième volet s’intitule La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette. La trilogie se clôt par La reine dans le palais des courants d’air. Ces précisions pour indiquer qu’il faut les lire dans l’ordre, puisque l’on va suivre les mêmes personnages tout au long de l’histoire, sur fond d’intrigue financière - notamment Lisbeth Salander, fascinante jeune femme, et Mikael Blomkvist, ancien rédacteur de Millénium - revue d’investigations sociales et économiques.

En 2006, quand paraît le premier tome, on est loin d’imaginer le succès qui va suivre. Ce sont les lecteurs qui, par le bouche-à-oreille, ont propagé le phénomène, qui est allé culminant jusqu’à la publication du dernier volet, en octobre 2007. On se souviendra longtemps de ce Noël-là où ce fut la meilleure vente du rayon ! Pour l’occasion, Actes Sud avait même édité la trilogie dans un coffret cadeau - un tirage limité que l’on s’est arraché, on se souvient qu’il n’y en eût pas pour tout le monde…

 

En coulisse, nous nous amusons à faire des statistiques : combien en a-t-on vendu aujourd’hui ? Cinq tome 1, deux tomes 3, un tome 2. Et hier ? Huit tomes 1, deux tomes 2, trois tomes 3… Et demain, combien ? Car le phénomène Millénium ne semble pas prêt de faiblir, relayé qu’il est maintenant dans les médias, télévision, radio - chacun s’en est emparé !

 

Les lecteurs échangent, s’interpellent entre eux. Y aurait-il une confrérie Millénium ? Petits propos rapportés ici, entendus sur le rayon par votre serviteur dans la place : “Il faut passer le cap des cent premières pages mais après, on est dedans, on ne le lâche plus”, “c’est très bien écrit, un grand plaisir de lecture”, “les personnages sont attachants”, “l’intrigue tient la route”, “j’ai lu le tome 1 , je viens acheter le deuxième”, “j’ai lu les deux premiers, je viens acheter le tome 3″, “moi, j’achète les trois d’un coup, comme ça, au moins…”, “malheureusement non, la trilogie n’existe pas encore en format poche”, “je viens l’acheter pour l’offrir”, “quand on pense que l’auteur est mort prématurément”…

 

En effet, Stieg Larsson ne saura jamais le succès qu’il a remporté auprès du public puisqu’il est décédé brutalement, en 2004, d’une crise cardiaque, après avoir remis son manuscrit à son éditeur. Pour la petite histoire, des rumeurs circulent : on parle d’un quatrième tome, inachevé… Aux dernières nouvelles, le père de l’écrivain se refuserait à le publier.

 

 

 

Coup de coeur des libraires du polar : Pete Dexter

11avr

 

Pete DexterDialogue entre libraires du polar, Olivier et Karine présentent un livre qu’ils ont tous deux aimé : God’s Pocket de Pete Dexter, paru aux Editions de l’Olivier

K : God’s Pocket est le premier livre de Pete Dexter que je lis, et je suis très impressionnée… C’est un grand roman noir, dur, implacable.

O : J’ai lu les autres. Il s’agit là de son premier roman, qui n’est traduit en français que maintenant (en 2008) alors qu’il date de 1983!

K : Le premier paragraphe est époustouflant ! Le ton est donné, l’histoire est amorcée, inéluctable.

O : Citons-le !

«Leon Hubbard mourut dix minutes après le début de sa pause déjeuner le premier lundi de mai, sur le chantier de construction du nouveau pavillon de traumatologie du Holy Redeemer Hospital, dans le sud de Philadelphie. D’une manière ou d’une autre, il était condamné à perdre sa place.»

O : Précisons que ce cher Leon est une petite frappe profondément haïssable, qui aime à jouer du rasoir…

K : Sa mort résonne comme une onde de choc qui va se répercuter sur tout un quartier. Il faut savoir que le titre du livre God’s Pocket, qu’au départ je pensais métaphorique, est en fait le nom de ce quartier de Philadelphie où se déroule l’histoire.

O : Il va alors devenir l’icône du quartier qui veut savoir la vérité sur sa mort, on lui attribue des qualités qu’il n’a jamais eues, ainsi que des actes qu’il n’a jamais commis… Il devient un héros postmortem. Pour l’anecdote, Philadelphie est aussi la ville de David Goodis, autre grand du polar.

K : Il y a un côté tragédie, avec la foule qui s’enflamme, un acte de lynchage, mais aussi un versant burlesque, tellement absurde qu’on peut aussi en rire. Je pense à la scène où le corps de Leon est jeté hors de la morgue, faute d’argent pour payer l’enterrement, et se retrouve transporté dans un wagon frigorifique, au milieu d’un stock de viande !

O : Je pense aussi à la scène de collecte pour les funérailles.

K : Les personnages ont tous une épaisseur, une densité psychologique. Ils vivent vraiment, l’auteur nous les donne à ressentir jusque dans leur intériorité.

O : Difficile en effet de les oublier. Par exemple, le portrait au vitriol du journaliste Richard Shellburn, à la recherche de la vérité à tout prix.

Fin de ce dialogue… Les libraires retournent à leurs occupations, espérant avoir passé une parcelle de l’immense plaisir de lecture qu’ils ont trouvé dans ce God’s Pocket .

 

 

 

 

 

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