Archives de la catégorie “En poésie”

“A thing of beauty is a joy for ever”

22jan

keatsellroy1.JPG Les obsessions les plus noires côtoient parfois de nobles transports de l’âme… La vitrine consacrée à la visite lundi dernier de James Ellroy voisine avec l’inspiration romantique du moment puisque depuis le 6 janvier, parallèlement à la parution en traduction française de l’ultime volet  de la trilogie de l’écrivain américain, la librairie célèbre un événement poétique : la sortie du dernier film de Jane Campion, Bright Star, titre emprunté à une ode que John Keats dédia au début du XIXème siècle à sa jeune voisine Fanny Brawne.

 Inspiré des authentiques dernières années de la vie du poète anglais, soit entre 1818 et 1821, ce film renoue avec la grâce et le romanesque qui nous a fait bien entendu replonger dans l’atmosphère de l’inoubliable Leçon de piano (palme d’or du festival de Cannes en 1993). Ici, les notes de musique et les élans des corps sont merveilleusement spiritualisés dans les vers et les échanges épistolaires abondamment cités (John Keats, Lettres - parues chez Belin) sans y perdre au change ni verser dans le délicat écueil de la mièvrerie, puisque Jane Campion sait subtilement filmer la naissance d’un désir, inassouvi et néanmoins puissamment incarné.

fannylit.jpgfannykeats.jpgCette véritable leçon d’amour est d’abord et aussi d’art car la jeune Fanny conquiert le coeur de son voisin d’abord par le verbe et l’esprit, demandant qu’il lui enseigne les secrets de sa poésie. Ce film s’inscrit ainsi parfaitement dans la tradition de l’amour courtois, platonique (symbolisé par la cloison entre leurs chambres) qui tente de s’affranchir des obstacles mais y succombe finalement… superbement.

Le film aura fait tirer force larmes à quelques cinéphiles du rayon conquises par cette impossible passion corsetée par les conventions de la société anglaise (John Keats, poète incompris et vivant dans la misère, ne pouvait espérer épouser une jeune femme d’une classe sociale supérieure). La tuberculose finira par l’emporter en 1821 en exil à Rome, où, paraît-il, il composa son dernier poème intitulé “To Fanny” et qui résonne telle une ultime et amère leçon de romantisme pour la destinataire, dans la version filmée : la mort du poète ne peut mettre fin à la vie de sa poésie qui seule demeure prisonnière du souvenir et du secret de leur désir. C’est au tour donc du spectateur et lecteur de se plonger dans les quelques recueils (Endymion, HypérionLes Odes, Seul dans la splendeur, Sur l’aile du phénix) et correspondances qu’il reste de cet amour, absolu aussi éphémère et aérien que la poésie et la beauté fragile des papillons que Fanny voudrait garder mais qui finissent par périr (présage funeste pour Keats) tout en gardant présent à  l’esprit les magnifiques couleurs et émotions suscitées par ce film, enchantement esthétique et frisson poétique à tous points de vue.

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L’Île Equinoxe

29oct

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 L’Ile Equinoxe de Jean Fanchette rassemble  les différents recueils composant l’intégrale de son oeuvre poétique (de 1951 à 1991).

 

 Dans sa superbe préface, Jean-Marie Gustave Le Clézio dessine des parallèles entre Fanchette et Rimbaud  : le voyage,  l’exil, la vie vécue comme une aventure, la mémoire de l’enfance, l’absolu de la poésie, la quête d’une langue… “La parole de Jean Fanchette, malheureusement, a été interrompue - comme celle de Rimbaud - trop tôt.  Sa parole reste en suspens. Et c’est peut-être ça qui est le plus émouvant dans la lecture de ces poèmes.  C’est qu’il y a justement la remise en question de la poésie sur elle-même, la pensée qui ne s’achève pas, le mouvement qui ne connaît pas de fin, la vie qui n’a pas de destination finale”.

 

L’île Maurice, lieu de la naissance, fondatrice, rayonne comme un soleil au coeur de l’oeuvre.  En se promenant parmi les mots de Jean Fanchette, le lecteur découvrira au creux des pages  des splendeurs de paysages,  des lumières, des arbres, des oiseaux, des silences, des pierres, des coquillages, des naufrages,  rêvera à des douceurs nostalgiques, des temps arrêtés, des pluies salées, des brûlures, des archipels et des voix très anciennes, des musiques suspendues… Imprimée sur la page, la voix du poète résonne comme un chant dans le silence. Ecoutez. Lisez.

 

Vous viendrez, le temps défaisant le  chant des coqs rouges,

Vous viendrez.

Dans l’ombre vieille ensemble nous épellerons

Les dures syllabes de mourir.

 

Raymond Federman, mort d’un poète

09oct

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Raymond Federman devait venir le 28 avril dernier dans notre librairie,  à l’occasion de la parution de Federman hors limites, livre d’entretiens avec Marie Delvigne (éditions Argol). Au dernier moment, la rencontre avait été annulée et nous n’aurons plus le privilège de le recevoir : à l’âge de 81 ans, nous apprenons qu’il vient de nous quitter.

 

Pour ceux qui ne le connaissent pas, il était l’homme aux multiples talents, à la fois romancier, poète, critique, traducteur, surfictioniste, critifictioniste, jazzman, ancien parachutiste, ouvrier dans l’industrie automobile, golfeur fanatique, joueur de roulette, champion de natation !… Il est surtout reconnu aux Etats-Unis où une quarantaine de ses livres ont été publiés - seulement une vingtaine en France chez des éditeurs aussi divers qu’audacieux : Al Dante, Leo Scheer (voir l’ hommage de son éditrice, Laure Limongi), Le mot et le reste, Les Impressions nouvelles, Le Bleu du ciel, Cadex … De sa migration aux Etats-Unis en 1947, il apprendra à jongler indifféremment avec deux langues : sa langue maternelle le français et ses influences (Diderot, Céline, Ponge) , son anglais d’adoption et ses références littéraires (Sterne),  musicales (le jazz de Charlie Parker qui marque son écriture par son sens de l’improvisation, ses rythmes) et moult délires typographiques ! Il est le joyeux inventeur du “noddle novel” (littéralement, “roman de nouilles”)  dès son premier roman quitte ou double publié en 1971 et réédité en 2004 par les éditions Al Dante/Leo Scheer.

Son oeuvre en apparence inclassable et déroutante par son bilinguisme - il écrit chaque livre à la fois en français et anglais - joue du plaisir du mot et de ses foisonnements homophoniques, en cela précurseur de Christian Prigent, Nathalie Quintane ou Christophe Tarkos, par exemple. Mais cette liberté formelle ne doit pas faire oublier que sous la légèreté et l’irrévérence se dissimule un traumatisme initial autour duquel ses textes ne cesseront de revenir. Né d’une famille juive, il échappe de peu à la rafle du Vél d’Hiv comme il le raconte. “Ce n’est pas moi qui ai choisi la vie. C’est ma mère qui m’a offert un surplus de vie lorsqu’elle m’a poussé dans le débarras, ce jour de juillet de 1942, et m’a chuchoté le premier mot de ce que j’allais devoir écrire : Chut… Ce chut signifiait, ne dis rien, reste là, et un jour fait de notre histoire de la littérature.“(Ainsi, on pourra lire La voix dans le débarras ou encore Chut). La Shoah est pour lui une “énormité impardonnable” : Federman conjure l’impensable par l’écriture et le rire, proche en cela de ses amitiés littéraires et philosophiques : Beckett (Federman a dirigé le cahier de l’Herne qui lui est consacré) et Cioran (qui le fait rire !).

Son dernier livre Les carcasses venait de paraître pour cette rentrée littéraire chez Leo Scheer : tristement ou drôlatiquement prophétique …  Dans cette fable, Federman use de la métaphore de la carcasse comme un ultime pied-de-nez à l’absurde de la condition humaine, une ode à la fois ludique et lucide à la vie, à l’image de son oeuvre. Un extrait, pour finir : ” - la peur de mourir - et je pense ici au problème des humains -  il faudrait sans doute se demander si par exemple les poissons rouges ressentent également cette douleur au creux de leur petit estomac - pour savoir si eux aussi ils ont peur de la mort - ou s’ils s’en foutent complètement - ou peut-être se disent-ils la prochaine fois que je serai transmuté j’espère que je reviendrai en homme ou en femme - je préfère en femme avec de jolies jambes - parce qu’il paraît que les êtres humains n’ont pas peur de la mort - c’est pour ça qu’ils aiment s’entre-tuer inlassablement - voilà à quoi je pensais en admirant le paysage par la fenêtre de mon bureau ce jour où je foutais rien -”.

Bauchau, poésie intégrale

29juil

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Ta mémoire endormie sous les eaux/

    que tu es belle, ma destinée/

    que ta lumière est belle et comme elle était sous-/      

marine/ 

    entourée d’algues et de secret./

    Ta chevelure déchirante/

    recouvre ton visage, on ne voit que tes yeux/

    et l’or bleu, la mortelle/

    l’immortelle pensée.

   

  

 

L’or bleu     (in Exercice du matin)

 

 

Parvenu au seuil de son chemin, Henry Bauchau nous livre ”ce bonheur, ce leurre offert à mon espoir par un amour véritable mais qui doit demeurer ignoré“, soit la lecture complète et définitive (car revue, corrigée et préfacée par ses soins) de l’ensemble de ses poésies, publiées depuis un peu plus de cinquante ans : le tout premier recueil, Géologie, date de 1958 et le dernier, L’accueil, composé entre 2006 et 2009 de 14 poèmes, reste entièrement inédit. Instantanément, cet inouï et troublant aveu de l’homme - quasi centenaire - envers cette “dépendance amoureuse au poème“  n’est pas sans (r)appeler cet obscur éclat/éclair de René Char :

Le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir” (in Fureur et mystère)

Le rayon poésie ne devait pas laisser passer l’occasion de faire lire et découvrir aux amateurs du genre (et aux autres !) l’importance de cette publication inédite : nous avons donc décider de marquer le coup  pour notre clientèle, à grand renfort d’une affiche  à l’image de son  approche plurielle de l’art, à la fois esthétique (le choix de l’illustration est issu de son recueil paru en 2008, L’atelier spirituel   et éthique/thérapeutique. L’utilisation récurrente du bleu dans son inspiration incendie la nuit de “l’écriture intérieure“, nuit de l’origine ou nuit de l’écoute. Car n’oublions pas que Henry Bauchau a également été psychanalyste, pour ceux que le voyage en compagnie d’Orion,  L’enfant bleu , a éblouis et émus tout comme la figure d’Oedipe sur la route et de son inflexible guide,  Antigone. Vous retrouverez ces allégories de l’humaine condition (”Car d’abord totalement nous sommes/Toujours les enfants de Jocaste“,  nous révèle cette “infatigable marcheuse“) dans les pages de sa Poésie complète ainsi que dans l’édition simultanée (collection “le souffle de l’esprit” chez Actes Sud) du livret, La lumière Antigone, issu de l’opéra créé par Pierre Bartholomée à Bruxelles en 2008 et dont le préambule ou ”monologue d’Antigone” peut déjà se lire dans un des recueils réunis.

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Si cet écrivain belge est certainement plus connu pour son activité de romancier (celle-ci a débuté postérieurement en 1966) qui l’a récemment (donc tardivement) consacré grâce au prix du Livre Inter 2008 pour Le Boulevard périphérique (qui paraît à la rentrée en format de poche chez Babel/Actes Sud), que pour cette première vocation (ou “appel”, dans son sens étymologique et sacré), on ne peut séparer les arts et les écritures qu’il convoque : parallèlement à ses romans, il nous livre les journaux qu’il a tenus pendant leur rédaction comme autant de laboratoires intimes dont les formes d’expression ne sont que les facettes d’un travail total et unique. Peinture, écritures, psychanalyse sont les chambres d’échos mises à disposition de la libération d’une parole initialement enfouie (lire notamment le long récit-poème largement autobiographique ”La sourde oreille ou le rêve de Freud” suivi de “La grande Troménie” pages 217-253 de la présente édition) dont les motifs patiemment tissés et libérés forment l’idée lancinante chez Bauchau du “cheminement” vers l’ “espérance“, toute ensemble quête de magnifiques personnages - ces ”déliants [qui] seront déliés” (cf. le recueil Heureux les déliants)- vers laquelle tendent inspiration et oeuvre :

Il n’y a rien à préférer, il n’y a rien à désirer que l’espérance.” (cf. “L’espérance”, page 189 de sa Poésie complète)

Il n’y a rien à espérer que l’espérance.” (”La femme de Samarie”, page 261)

C’est à ce voyage qu’il convie ici son lecteur, comme pour refaire encore ensemble la traversée, plongée tant stérile que remontée créatrice, à l’image de son écriture, également devenue allégorie d’une vie, inattendue “résurrection du verbe“ :

C’est le moment de la patience, de la ténacité, d’un travail qui semble devenu vain. Il faut sonder, remettre en question, attendre, laisser se faire les gouffres, les ponts, les pertes et les liaisons nécessaires. Parfois l’effort et l’attente sont sans résultat, le poème se perd entre les mailles trop larges du langage. Il arrive qu’un autre poème surgisse, inespéré, de ses ruines.” (préface)

 

Soleil trompeur.

15juin

Oui, assurément, la mort d’un poète bouleverse l’équilibre du monde. Et la disparition tragique du poète Mandelstam  est l’un des moments les plus sombres de l’épuration - systématique, raisonnée - de la vie culturelle de l’empire soviétique. Staline, son instigateur, veilla ainsi à ce que cette mort anonyme loin de Moscou n’éveille aucun écho susceptible d’ébranler ce “colosse aux pieds d’argile” dont il détenait  le destin entre ses mains. Cependant,  la mémoire des hommes est pareille à une source d’eau vive : on l’imagine tarie mais elle affleure et rejaillit plus fraîche et plus pure qu’avant.  Le poète et son oeuvre connurent un long purgatoire comme ce fut longtemps le cas des oeuvres des opposants au régime et seule l’oralité (son épouse Nadejda apprit par coeur tous ses textes jugés les plus subversifs) permit à ses poèmes de circuler et de faire entendre la voix exceptionnelle de ce résistant de l’esprit qui osa s’opposer à Staline, “le Montagnard du Kremlin” comme il le baptisa dans l’un de ses poèmes signant de ce fait son arrêt de mort. akhmatova-mandelstam-a-droite.jpgOssip Mandelstam, né à Varsovie en 1891 dans une famille juive cosmopolite  et, après des études en  Russie et en Europe, connaît dès ses débuts en poésie l’estime et l’admiration de l’intelligentsia et de la gent politique de son époque. Il devient l’un des membres les plus éminents de l’école acméiste - alternative au  symbolisme russe triomphant - aux côtés d’Anna Akhmatova (ils posent tous deux à  droite sur la photo ci-dessus) de Nikolai Goumilev et d’autres revendiquant l’utilisation d’un langage simple et concret pour dire la dimension poétique du quotidien. Or, très vite, cet homme lucide et sincère - certains diront inconscient  - use de cette parole et de cette liberté de ton pour dénoncer ouvertement les crimes des dirigeants soviétiques et faire trembler dans ses fondations tout un régime. Traqué, exilé puis effacé de la mémoire publique, le poète fut broyé par le système concentrationnaire et mourut tragiquement en 1938 dans un wagon de déportation près de Vladivostok. Le témoignage unique laissé par sa veuve et complice, Nadejda (Contre tout espoir et Fin de l’espoir, publiés par les Editions Gallimard en 1970 et 1974, malheureusement aujourd’hui épuisés) redonnera vie à une époque majeure et à un des destins les plus poignants de la littérature russe du XXe siècle. Dès les années 70, alors que son oeuvre est redécouverte en Russie d’abord puis dans le monde, Mandelstam acquiert ainsi en France son statut de poète capital à ranger auprès des figures d’opposants telles que Akhmatova, Tsvetaeva et Pasternak, qui furent autant d’amis et de soutiens - matériels et effectifs - du vivant du poète. Rendons grâce aux tenants de l’édition française qui offrent (de nouveau) au public en plus de ses oeuvres encore disponibles (Trista, Les cahiers de Voronej, Voyage en Arménie…) d’autres écrits essentiels de Mandelstam. La collection « Titres » des Editions Christian Bourgois, grâce à deux textes courts, nous donnent un aperçu éloquent de ce que fut l’oeuvre en prose de Mandelstam : un premier texte (Le bruit du temps) évoque l’enfance et les années de formation d’un homme brillant et sensible notant les derniers instants d’une Russie éternelle qui sombrera dans la tourmente révolutionnaire, puis un second texte (La 4e prose) où le poète, injustement accusé de plagiat, règle ses comptes avec les milieux intellectuels de l’époque. De même, Mandelstam revit sous la plume de l’américain Robert Littell (L’hirondelle avant l’orage) qui, expert ès romans d’espionmandelstam_arrestation-1934.jpgnage, nous livre ici une version haute en couleurs des dernières années de la vie du poète. Nous découvrons dans ces pages un homme terriblement drôle et sensuel, épris d’idéalisme, convaincu de sa mission de dénoncer les menées staliniennes mais aussi dépassé par son propre destin et par la mission qu’il a décidée de mener jusqu’au bout. Ce roman polyphonique fait entendre son épouse Nadejda, ses amis en poésie, Anna Akhmatova et Boris Pasternak, mais aussi ses bourreaux et d’autres victimes de la folie d’un seul homme et de son régime.  Chacun témoigne ici de la vie du poète, de son quotidien, de ses choix, de ses joies et de ses peines, autant de confessions qui relèvent de l’acte d’amour et d’amitié, du rapport froid et partial du bourreau accomplissant une tâche administrative ou du compagnon d’infortune témoignant de l’enfer concentrationnaire. A la fois lumineux et grave, bouleversant de simplicité et d’humanité, ce roman est à l’image d’un idéal et d’une oeuvre dans lesquels Mandelstam choisit de s’incarner et de vivre son destin.

Les chants d’Orphée

02juin

chants-orphee.jpgL’éclectisme ? Vos libraires du pôle ”Polar” en pratiquent… tout un rayon, si j’ose dire ! Si vous êtes un habitué des lieux, vous aurez remarqué que la littérature policière occupe certes une majeure partie de l’espace  et qu’elle voisine avec la littérature antique/médiévale, les essais de critique littéraire, de linguistique tout comme avec la littérature érotique sans omettre la poésie qui est la septième corde à… notre lyre.

Nos vitrines tentent donc de refléter cette diversité des disciplines : ce mois-ci, à côté de la sortie en salles du film Millenium qui nous a conduit à mettre en avant la reconnaissable collection Actes noirs d’Actes Sud (qui, dès la mise en place des fameux livres rouges et noirs, fait toujours autant parler les passants curieux de la rue Vital-Carles),  nous avons consacré, pur effet de circonstance, la seconde vitrine à la parution de la revue La pensée de midi éditée par… Actes Sud . Ce numéro 28  qui s’intitule “Les chants d’Orphée” porte le sous-titre “musique et poésie” et s’ancre dans le berceau de la civilisation méditerranéenne qui a vu éclore ce mythe de la Grèce antique dont les racines perdurent encore aujourd’hui à travers des expressions musicales modernes que l’on pensait (à tort) a-poétiques.

L’intérêt de cette publication réside surtout dans une double lecture très pertinente  : à côté des textes de spécialistes passionnés (instrumentistes, musicologues, chanteurs, entre autres) convoqués du monde entier afin de de ce répondre de ce lien à la fois savant et populaire, un CD inédit de plus d’une heure nous fait entendre, ô merveille, toute la richesse d’un répertoire à la fois millénaire et toujours si actuel. Ainsi, la composition de notre vitrine tente de refléter toute la diversité culturelle contenue dans l’écoute originale des 22 morceaux de l’album dans lequel se côtoient des textes antiques (Homère, Sappho) à travers la magnifique chanteuse d’origine grecque Angélique Ionatos, de même que la poésie arabo-andalouse trouve une large place grâce à  des anthologies : chez Phébus/Libretto et dans la belle collection Sindbad/Actes Sud (notamment le fameux Diwân). Leur filiation se prolonge dans des parutions récentes : Portes de Beyrouth du poète libanais Abbas Beydoun, une anthologie arabo-andalouse chez Points, et la publication inédite en format poche d’un texte fondateur de cet héritage, à savoir  Les jardins Suspendus (chez Garnier-Flammarion) repris en partie dans l’anthologie Al-Andalus (même collection). Quelques nouveautés de la maison Al Manar et des livres illustrés au format original publiés par Voix d’encre égayent le plaisir de la découverte de belles éditions associant le texte poétique et des calligraphies évoquant le voyage vers une Méditerranée rêvée.  Comment ne pas songer au dernier récit de l’amoureux de musique Pascal Quignard, Boutès (Galilée), ce compagnon d’infortune d’Ulysse qui succomba au “chant sublime et maléfique des Sirènes” elles-mêmes charmées par la lyre orphique. L’aspect critique du rayon n’a pas été oublié : l’essai intitulé Adonis, le regard d’Orphée a bien entendu trouvé sa place mais aussi des ouvrages de poètes comme L‘alliance de la poésie et de la musique d’Yves Bonnefoy ainsi que le petit ouvrage De la poésie (Arléa) de Philippe Jaccottet s’imposaient naturellement ! La musique “traditionnelle” occupe les premiers morceaux du CD joint : on retrouve le fado inspiré par la poétesse portugaise Maria Duarte, des cantillations religieuses, un récitatif baroque du XVIIe siècle italien, la musique arabo-andalouse grâce à laquelle on apprend son influence sur la lyrique courtoise des troubadours et la poésie amoureuse d’Aragon.

Nos collègues du rayon Musique ont été sollicités afin de compléter la sélection par des CD incontournables : Angélique Ionatos interprète des fragments de Sappho, l’opéra Orphée de Gluck (1774), et la musique du film Orfeu negro voisine avec des éditions de textes mis en voix par des “poètes -performeurs” comme Ghérasim Luca et Christian Prigent (Le Bleu du ciel). La réédition récente des Ecrits poétiques (P.O.L) de Christophe Tarkos rappelle le rôle de cet “improvisateur de sa poésie”, “faiseur de poésie” à la matière vocale (qu’il nommait sa pâte-mots ou ”patmo”) précieuse à écouter (rappelons que Tarkos est mort en 2004).  La revue sonore conclue magistralement avec l’extrait de “Nuages” lus par l’auteur sans accompagnement musical  mais avec une parole d’une incroyable présence-absence (une “voix nue”, au sens plein). L’émergence de nouvelles formes de pratique oratoire sont également présentes, que ce soit le rap palestinien venu du Liban ou le ”slam” qui se fait entendre avec une déclamation du pionnier Felix Jousserand.

Vous aurez compris que la richesse poétique et musicale (deux fonctions ici interchangeables) proposée ne peut se faire comprendre par un trop long discours qui vous invite donc à parcourir cette curieuse mosaïque inédite située entre tradition et modernité pour le prix d’un livre… ou d’un CD ici réunis tant pour le plaisir des yeux que des oreilles de chacun.

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De la rue à la plume.

30mai

 

Jehan-RictusOn oublie bien souvent que certains poètes ont choisi délibérément de se frotter à la langue âpre, corsée, terriblement sincère de la rue plutôt qu’à celle académique, policée - trop - des meilleurs cénacles. Jehan Rictus est de ceux-là: sa langue est aux antipodes de celle de Mallarmé, il est un frère de Villon ou de Bruant, son contemporain. En effet, si Rictus devait être associé à quelque autre poète, ce serait à Aristide Bruant, le beuglant des bastringues qui racontait la vie des miséreux et autres gagne-petit entre la Villette et la place Maubert! Quelques enregistrements sonores - rares - de ce dernier demeurent mais quid de notre poète Jehan Rictus? Les meilleurs bibliophiles qui nous liront auront sûrement chiné quelques uns de ses rares opuscules illustrés et auront vu leur pécule sensiblement grevé car notre poète est côté dans ces cercles dont le goût, dans ce cas précis, ne saurait être remis en question… Car, bien avant Monsieur Prévert et nos rimeurs banlieusards qui, eux, ont perdu depuis bien longtemps tout idéalisme, il y eut un poète qui se fit le porte-parole des humbles, des peines et des joies de tous les prolos de la terre dans une langue marquée et rythmée par l’oralité. Les Éditions Au Diable Vauvert redonnent la parole à cette voix qui fut en son temps reconnue et appréciée à sa juste valeur. Ce petit recueil n’a rien de diabolique - n’en déplaise à la maison d’édition qui lui redonne vie aujourd’hui - mais il fut en son temps révolutionnaire quand la vogue était aux surenchères stylistiques des poètes symbolistes et décadents! Les Soliloques du pauvre, qui parurent pour la première fois en 1896, rendirent notre homme célèbre notamment dans les cabarets montmartrois où ce dernier se frottait à un public conquis par la verve et la lucidité qu’il exprimait dans ses tours de chant.

De son vrai nom Gabriel Randon, Jehan Rictus (1867-1933) eut une vraie destinée de poète: sa vie est marquée par son lot de malheurs et de désillusions. Une enfance martyre, entre deux pays (la France et l’Angleterre où vivait son père, en conflit permanent avec une mère fantasque et cruelle qui fit de son fils son souffre-douleur); le dur apprentissage de la vie, entre petits boulots et grande misère avant les début dans l’écriture et la reconnaissance.

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Physiquement l’homme est grand, voûté, d’une sècheresse inquiétante (son roman Fil de fer – son surnom de gavroche parisien- , petit bijou introuvable, retrace son enfance à la Poil de carotte) et sa poésie est tout entière consacrée à l’observation des êtres et des choses, à l’expression pleine et entière d’une réalité sociale. Rictus prend très tôt conscience de la nécessité de trouver une langue pour cela, celle-ci doit faire corps avec le monde décrit et seul le parler populaire, l’argot – du fait de sa truculence visuelle et de sa musicalité- permet de dire cette réalité. Rictus veut frapper fort et il ne va ménager personne grâce à cette formule poétique d’un nouveau genre. Ouvertement anarchiste et anticlérical, le poète va troquer l’alexandrin contre l’argot des faubourgs et va conter les grandes misères et les petites joies des laissés-pour-compte de la société. Celui qui prend la parole ici est un vagabond sans le sou, un « écrasé» de la vie, un personnage falot, philosophe à sa façon, adorateur de la bouteille, lassé de ses semblables et particulièrement des politicards, des capitalistes, de Dieu et de son rejeton de Fils. Les hypocrites, les charitables, les vertueux, les bien-pensants, les défenseurs de l’ordre et de la morale, personne ici n’est épargné. La révolte éclate à chaque mot et ce ne sont pas les accents d’un accordéon qui accompagnent ces complaintes mais bien la rumeur populaire des communards dont le souvenir nourrira toutes les luttes sociales du siècle qui s’annonce. La détresse mais aussi l’humour, l’(auto)-dérision baignent chaque page – le face-à-face entre notre noctambule ivre et le Fils de Dieu ne manque pas de piquant!- l’émotion, la révolte, la tristesse participent de cette lecture. Rictus fait appel à notre propre humanité, il fait vibrer en chacun de nous cette tendresse pour l’humble et le juste. Et comment ne pas éprouver une empathie réelle pour cet individu – archétype de l’humble, du faible, du résistant ordinaire - qui, dans une langue neuve, libérée de sa gangue d’artifices et de compromissions, fait de ces Soliloques un vrai pamphlet social et un ode à la liberté. Ceux qui jugent combien la langue de la rue a droit de cité, combien elle peut exceller par sa verdeur, sa causticité, sa simplicité, à rendre compte des réalités de l’existence, à coller au plus près de nos consciences, ce livre est pour vous. Digne héritier de Villon, Jehan Rictus retrouve enfin sa place dans nos bibliothèques personnelles.

Ombre de la mémoire

13mai

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“La poésie est l’ombre de la mémoire

Mais elle sera matière de l’oubli”

            José Emilio Pacheco

 

 Cette superbe anthologie de la poésie hispano-américaine se savoure, se déguste, se grapille, au fil de 700 pages qui brassent ce continent de langue espagnole où se côtoient pas moins de soixante dix poètes originaires du Pérou, du Guatemala, de Colombie, Cuba, Mexique, Argentine, Uruguay, Venezuela, Paraguay, Equateur, Salvador, Bolivie, Nicaragua, Chili, Honduras - certains traduits ici pour la première fois en français. Merci aux éditions Gallimard de nous faire découvrir ces voix, et bravo aux traducteurs (ils sont nombreux) pour leur travail remarquable.

La préface de Philippe Ollé-Laprune éclaire les intentions d’une telle anthologie : “Malgré les tons particuliers et les indéniables variations dans les tonalités qui marquent les littératures nationales, il s’y déroule une avancée commune de la parole poétique. Contre la diversité que promet la géographie, il existe une cohérence que propose l’Histoire. Certes, le souffle de la poésie chilienne se reconnaît, ainsi que le déséquilibre dans la fureur péruvienne et l’étonnant calme mexicain. Et pourtant, il existe des correspondances, des similitudes, des chemins communs que parcourent des auteurs qui vont dans le même sens, avec un rythme particulier”.

 Le découpage chronologique en quatre temps pose les jalons historiques de l’évolution poétique - ou, devrait-on dire, révolution ? - à partir de l’oeuvre fondatrice de Ruben Dario, précurseur qui, intégrant les apports européens, renouvelle le genre et le langage, fait exploser la tradition et entraîne dans son sillage d’autres poètes tentés par l’aventure. La génération poétique suivante dépasse les frontières de la langue et allie l’influence des poètes occidentaux d’avant-garde sans renier ses couleurs locales, à l’instar d’Asturias, Borges, Mistral, Neruda, Guillen, Gomez de la Serna, Vallejo… Après 1910, la maturité est là : l’héritage de la modernité est “digéré”, et d’autres influences - américaines notamment, avec Whitman, Pound, Eliot - se font sentir chez Paz, Juarroz, Gerbasi,  Gaitan Duran, Davila Andrade, Moro, Cerruto…  Des années cinquante à nos jours, la période contemporaine draine des voix multiples et singulières, telles celles de Segovia, Lihn,  Cadenas, Gelman, Sosa, Deniz, Dalton, Pizarnik, Becerra, Montejo, Pacheco, Quessep, Kozer, Zurita, etc…

A défaut de trouver un billet d’avion à prix modique à destination de l’Amérique latine, investissez donc trente-cinq euros dans ce beau volume  et vous ferez un superbe voyage sans quitter votre fauteuil !

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haïku, où te caches tu ?

17avr

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Chauve-souris

Cachée tu vis

Sous ton parapluie cassé. (Buson)

Petit haiku, où te caches- tu ?

Si court, si simple, si gratuit, pouvons-nous, pauvres occidentaux, en saisir le sens ?

Après m’être penchée sur la question, il en résulte que j’ai malheureusement beaucoup de choses à dire sur une si petite chose.

Le criquet a jeté/ Ses moustaches sur l’épaule et s’est mis/ à chanter (Issa)

Alors, qu’est ce qu’un haiku au juste ?

La genèse du haiku remonte au XIe siecle, période de l’Edo, avec le haikai, littéralement poème libre.

Le haikai regroupait divers genres de poèmes et notamment le tanka, bref poème de 31 syllabes (5-7-5/7-7). La liberté du haikai résidait dans l’expression familière et triviale qu’excluait la poésie officielle. Cette légèreté ayant beaucoup de succès, le tanka se développa et devint même un passe-temps de société où les gens jouaient à créer des poèmes en chaîne, sur le mode oral et l’improvisation. Mais, le tanka fut trouvé un peu trop long et se transforma petit à petit en haiku (5-7-5 syllabes). C’est Bashô, considéré comme l’un des plus grands poètes japonais, qui fera du haikai un genre nouveau avec le haiku.

Première averse / Le singe aussi aimerait / Un petit manteau. (Bashô)

Bashô voit dans le haïku une vocation plus qu’un simple métier. Il s’installe dans l’ermitage des bananiers dont il fait son nom de poète, Bashô. Il passera le plus clair de son temps à voyager et à écrire, les deux activités étant indissociables selon lui. D’ailleurs, ses oeuvres seront essentiellement des carnets de voyage. Son chef-d’oeuvre s’intitule “la Sente étroite du bout du monde”. Que c’est beau… Bashô aura de nombreux disciples de son vivant, puis fera l’objet d’un véritable culte à sa mort. Au Japon, tout le monde connaît quelques uns de ses vers, comme nous pouvons réciter “les sanglots des violons de l’automne….”

Après Bashô, les autres poètes de haiku seront Buson et Issa, poètes axés plus vers le comique. Shiki bien longtemps après, sera le grand réformateur du haïku en développant 5 notions : l’appel direct à l’émotion, la recherche de nouveaux thèmes, la concision du style, l’emploi libre du lexique occidental, chinois et ancien et le refus des “écoles” de pensée du haïku.

Seul au monde/ Tristesse ! Seul avec/ Ma bouilotte (Shiki)

Très bien tout ça, mais au fond, qu’est ce qu’un haïku ? 3 vers seulement de 5, 7 et 5 syllabes. Selon la règle, le haïku ne doit pas être plus long qu’une respiration. C’est un instant-poème, un hommage au moment présent. Selon Bashô, un poème achevé doit révéler dans le même temps l’immuable, l’éternité qui nous déborde (marqué par le kigo, mot-saison présent dans le haiku) et le fugitif qui nous traverse (petitesse du poème). Toute l’ambiguïté est là : le haiku parle des choses simples, triviales, des choses de tous les jours, le long des chemins sans gloire de la vie quotidienne. Pas de héros, ni de supers pouvoirs. C’est “simplement ce qui arrive en tel lieu à tel moment” (Bashô). Le haiku a donc à la fois les pieds sur terre, il se moque de tout, mais n’est jamais sec. Il n’est le fondement et l’aboutissement de rien. Il tire sa dynamique du vide. L’important , c’est le flou, l’ambiguïté pour que le poème reste ouvert et que chacun puisse y trouver son propre sens. Un poète de l’ère Tang disait : ” on appelle phrase morte, une phrase dont le langage est encore du langage. Une phrase vivante est celle dont le langage n’est plus langage”.

Je suis partie/ Dans mon rêve un fleuve/La voie lactée (Soseki)

Le haiku, c’est l’art de l’ellipse, du bref. C’est la phrase vivante qui dénude la langue jusqu’à la moëlle.

L’escargot/ levant la tête/c’est moi tout craché (Shiki)

Allez, encore un :

Tout le monde dort/Rien entre/ La lune et moi (Seifujo)

Et un dernier pour la route :  “J’éternue/ Et perds de vue / L’alouette (Yayu)

 

Pour rédiger cet article, je me suis aidée de deux recueils : Fourmis sans ombre Le livre du haïku de Maurice Coyaud chez Phébus et  l’Anthologie du poème court japonais dans la collection Poésie chez Gallimard.

 

Lorca ou La Sublime Mélancolie

07avr

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Vient de paraître aux éditions Aden une monumentale biographie sur Federico Garcia Lorca - près de deux mille pages ! -  l’occasion pour nous de consacrer une vitrine au poète espagnol. Saluons au passage le beau travail qui se fait sous la couverture bleue pâle de la collection Le Cercle des Poètes disparus, qui compte déjà à son catalogue les biographies de William Buter Yeats, Pierre Jean Jouve , John Keats, André Dhôtel, Gérard de Nerval, René Char, Victor Segalen, Léopold Sédar Senghor, Ossip Mandelstam etc… Signé par Jocelyne Aubé-Bourligueux, agrégée d’espagnol et auteur d’une thèse sur Garcia Lorca, ce gros pavé est une somme qui se dévore - en France, la dernière biographie sur le poète, qui avait été publiée en 1990., commençait à dater. En quatrième de couverture se lit le destin résumé d’une étoile filante :

“Quelque part, sous une stèle plantée parmi les oliviers, au fond d’une fosse commune comme il en existe des centaines d’autres, héritage de la période noire du franquisme qui s’est abattue sur l’Espagne, gît le corps du pianiste, compositeur, peintre, dramaturge, mais surtout d’un des plus grands poètes du XXe siècle, Federico Garcia Lorca, né le 5 juin 1898 à Fuente Vaqueros, fusillé au petit matin du 19 août 1936 à Viznar, un petit village près de Grenade”.

A côté de la biographie, nous plaçons les deux tomes de la collection de La Pléiade consacrés à Lorca - un volume pour loeuvre poétique, l’autre pour le théâtre. Les livres de poche ne sont pas en reste puisque dans la collection Poésie Gallimard on trouve quatre recueils poétiques dont les célèbres Chansons, Poèmes du Cante Jondo, Romancero gitan, Sonnets de l’amour obscur, Chant funèbre pour I. S. Mejias, Poète à New YorkLes principales pièces de théâtre sont publiées en Folio :  Noces de sang, La Maison de Bernarda Alba, Mariana Pineda, La Savetière prodigieuse…  Dans la très jolie Petite Collection Allia on peut se procurer les Complaintes gitanes (autre traduction du Romancero gitan) et le Jeu et théorie du duende en bilingue français-espagnol.  La superbe traduction de Claude Esteban est disponible en grand format dans la collection Aubier bilingue  qui réunit le Romancero gitan et le Poème du Chant Profond. Des livres en version originale, principalement chez Catedra, viennent compléter ce tour d’horizon. Le portrait dessiné du poète qui illustre notre affiche est tiré du recueil Romancero gitan paru l’an dernier en Points poésie, et nous avons choisi quatre vers sur Cordoue, représentatifs de l’univers de Lorca. Petite touche finale avec l’ouvrage Mon Espagne/Or et Ciel, que nous avions évoqué sur ce blog en octobre dernier, autobiographie intellectuelle de Florence Delay à l’occasion de sa conférence donnée à l’Institut Cervantès de Bordeaux. L’académicienne y relate au début l’origine de sa passion pour cette terre élective, quand un jour René Char lui mit entre les mains un recueil de… Lorca ! Les pages qu’elle consacre au poète sont magnifiques.

Il faut savoir qu’après sa mort, Franco interdira ses oeuvres jusqu’en 1953. Ne nous privons donc plus aujourd’hui du plaisir de lire et de relire Lorca, et de rêver avec lui sur les lunes d’Andalousie, parmi les citronniers, les figuiers, les oliviers, sous les étoiles, en écoutant résonner les guitares gitanes, avant de s’endormir au bord du fleuve Guadalquivir…

 

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