Archives de la catégorie “En vidéo MollaTV”

Splendeur et lumière de Zoya Pirzad

24juil

Ecrivain phare du catalogue des éditions Zulma, Zoya Pirzad revient faire le bonheur des lecteurs et surtout des lectrices françaises avec son livre intitulé C’est moi qui éteins les lumières, traduction du premier roman qu’elle avait publié en Iran. C’est ainsi que l’on plonge avec délice dans le quotidien d’une famille arménienne installée à Abadan à travers le personnage de Clarisse, épouse et mère de famille dont le dévouement évoque plutôt un sens du sacrifice infini. Mais avant que l’on ne soit tenté de l’ériger en sainte et de lui vouer un culte, on se rend compte que ce beau parangon d’abnégation pourrait être plus vulnérable qu’il n’y paraît à première vue. Ainsi, l’installation d’une autre famille arménienne sonne définitivement le glas de la tranquillité d’esprit de Clarisse lorsque cette dernière se rend compte qu’elle passe volontiers du temps à s’entretenir avec son nouveau voisin, un veuf d’à peu près son âge. Moins encline à supporter le caractère taciturne de son mari féru de politique, l’envahissement récurrent de sa boulimique de soeur et de leur mère ainsi que les commérages de la communauté, elle découvrira peu à peu ses limites. Les lecteurs de Zoya Pirzad retrouveront dans ce merveilleux roman le même souci du détail et la même finesse d’analyse qui nous avaient séduit avec ses précédents livres, et surtout, on est une fois de plus frappé par sa dimension universelle.

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Les libraires à l’antenne

02juil

La jeune et vibrionnante équipe du rayon Poche n’ayant pas froid aux yeux et ne craignant pas la chaleur des projecteurs, elle a eu l’idée de créer sa micro-chaîne de télévision et d’utiliser à bon escient le matériel vidéo à la disposition des libraires Mollat les plus actifs. C’est donc au petit matin, avant l’ouverture du magasin, qu’une grande partie des vedettes du rayon (qui ne comptent que des vedettes, c’est plus rapide) s’est retrouvée, dans la fébrilité des bonnes idées qu’il faut enfin réaliser. Une caméra, un petit projecteur, du trac et c’est parti, chacun et chacune y allant de son petit numéro plus ou moins préparé, plus ou moins acrobatique, plus ou moins assuré. Une heure pour tout réaliser et à l’ouverture les grilles purent s’élever, comme si de rien n’était. Numéro zéro qui pourrait bien devenir le numéro 1, voici ces dix minutes de libraires enthousiastes qui pensent déjà au prochain numéro. Regardez ce que contient cette poche, ce Mollat Poche TV…

De Luca dans la plaine

19mai

C’est un beau document que notre reporter parisien maison, Sandrine, est allée filmer au coeur des éditions Gallimard. Dans une ambiance détendue elle a rencontré le silencieux Erri De Luca pour un entretien de belle tenue où l’écrivain napolitain, si aimé des Français  – et le nouveau succès de son livre le confirme une fois encore - évoque son dernier roman, Le poids du papillon, bref aventure montagnarde qui met aux prises, en un duel magnifique, un chamois d’envergure et un chasseur pugnace. Sans ambage et en trouvant le mot juste dans notre langue, De Luca nous en dit un peu sur son projet pour lequel il ne revendique pas l’aspect parabole malgré son intime connaissance de la Bible. Quelques minutes donc en compagnie d’un grand auteur élégant et rugueux, ce qui n’est manifestement pas incompatible.

 

Le rire de Bobin

06mai

Hasards de la trépidante vie parisienne, c’est au détour d’un rendez-vous chez Gallimard que notre équipe de reporters, munie de son indispensable matériel vidéo, a croisé la route de Christian Bobin en train d’accomplir la longue besogne des services de presse. Petite récréation dans cet harassant travail, l’auteur qui est plutôt rare dans les médias et dans les librairies a accepté au débotté et sans filet de nous parler de ce livre à peine sorti de son four (et au Creusot d’où vient l’auteur on s’y connaît en matière de fourneaux) : Un assassin blanc comme neige nous permet de renouer ce dialogue avec lui souvent fait de minces opuscules où chaque phrase pèse son poids d’esprit. Un homme capable d’écrire que sa vie banale est plus riche que celle de Napoléon mérite beaucoup d’attention dans un monde bruyant où l’on fait souvent croire aux gens qu’il faut être un héros et que rien n’est pire que la banalité. « En écrivant, j’accomplis un travail que personne ne m’a demandé de faire – à part bien sûr quelques herbes folles et le sourire infailliblement lumineux de mon père disparu. » En lisant Bobin, après l’avoir vu sourire et rire, peut-être comme sa mère au moment de le mettre au monde, devant ces hautes piles de livres, on comprendra mieux ce qui le lie à ses lecteurs. Voici deux minutes improvisées.

Les deux ombres d’Akira

06avr

Akira MizubayashiEn découvrant le livre d’Akira Mizubayashi paru dans la si belle collection L’Un & l’autre de J.B.Pontalis chez Gallimard, nous n’espérions pas avoir la chance d’en rencontrer l’auteur. Mais enthousiasmés par sa lecture nous avons tenté notre chance auprès de l’éditeur qui nous apprit qu’habitué des voyages en France et malgré les soucis du Japon il viendrait effectivement à la rencontre de ses lecteurs. Les sujets qui concernent la traduction, nous nous en rendons compte souvent, et le Salon du Livre de Paris l’a confirmé, ou les nombreux commentaires sur le blog de Pierre Assouline dès qu’il aborde le sujet, intéressent beaucoup de monde et suscitent des débats passionnés au sein d’un lectorat de plus en plus capable de pratiquer plusieurs langues et de mesurer l’importance de ce travail longtemps négligé et sous-estimé. Avec Akira Mizubayashi nous tenions, qui plus est et c’est fort rare, un traducteur du français en japonais soucieux de réfléchir et de se pencher sur le lien qui l’unit à ces deux langues dont il est l’enfant double. Une langue venue d’ailleurs, nous explique-t-il, tente d’expliquer cet incroyable parcours entre deux langues, l’une perdue un temps face à son inanité – Mizubayashi réalise à vingt ans avec anxiété que sa langue maternelle est pauvre et sans avenir – l’autre découverte avec émerveillement – grâce à la lecture d’un philosophe japonais revenu d’occident. De quels mots sommes-nous faits ? N’existe-t-il pas une langue idéale qu’il nous reste à trouver ? L’essai autobiographique de ce monsieur japonais qui a accepté, sans filet ni préparation, de se lancer devant notre caméra impose le respect que l’on doit aux amoureux d’une langue, la nôtre, que nous maltraitons trop souvent, le respect et le charme. Ses deux ombres se détachent sur fond noir.

Patricia MacDonald à Bordeaux

08mar

A l’occasion de la parution de son dernier roman policier au suspense toujours impeccable, Une nuit, sur la mer (aux éditions Albin Michel) Patricia MacDonald nous a fait le plaisir de pousser pour la première fois les portes notre librairie le 23 février dernier. Ravie de rencontrer son public (son oeuvre est plus connue en Europe qu’aux Etats-Unis) en majeure partie féminin, quelle ne furent pas la surprise pour ses fans venus en nombre entendre l’auteur américaine s’exprimer en français, comme vous pouvez vous en rendre compte en visionnant cette vidéo d’entretien qu’elle a bien voulu nous accorder avant la conférence qui a suivi dans nos salons (cliquez sur ce le lien pour la réécouter).

Allons à Lindon

23fév

Nous n’avions jamais reçu Mathieu Lindon à la librairie, du moins en tant qu’auteur puisqu’il se souvenait avoir interrogé l’écrivain David Grossman il y a de nombreuses années. La parution de Ce qu’aimer veut dire nous a décidés à, enfin, lui lancer une invitation. Mathieu Lindon, pour certains d’entre nous, c’est quelqu’un que nous lisons depuis longtemps, comme romancier et comme critique littéraire, quelqu’un de discret que l’on voit peu sur les plateaux de télévision. Son dernier livre qui convoque les fantômes de Michel Foucault, d’Hervé Guibert et de Jérôme Lindon,  des âmes familières qu’il ressuscite avec douceur, est de ceux qu’on ne lâche plus une fois que leur musique s’est insinuée en vous, sans doute parce que la vérité qui s’y déploie est respectueuse du temps passé et perdu. Livre sur l’amitié quand elle peut ressembler à l’amour, sur les livres quand ils se font et comment ils naissent, sur cette époque où la vie devenait plus fragile, Ce qu’aimer veut dire a rencontré une véritable audience. Pour preuve la salle remplie qui accueillit Mathieu Lindon : il nous a permis de filmer l’intégralité de sa conférence animée par Xavier Rosan. Nous vous invitons à la découvrir.

Un voyage de parole

03fév

Marc Pautrel n’avait sans doute pas très envie de se placer devant notre caméra pour ce difficile exercice de la libre parole. Mais il est conscient que pour faire exister un livre, aujourd’hui, il faut donner de sa personne et accepter l’idée, troublante, qu’il y aurait une parole à ajouter à un livre qui se suffit pourtant seul. Passé un long moment de silence devant l’objectif qui nous a fait nous demander si finalement il ne s’agissait pas aussi d’une manière pertinente de parler de sa propre oeuvre, l’auteur d’Un voyage humain, ce très court récit dont nous avons déjà eu l’occasion de parler ici, s’est lancé pour nous raconter, sans trop en dire, sa genèse. Alors n’ajoutons pas des mots aux siens, et prenons le temps de l’écouter : sept minutes en équilibre au bord d’un gouffre.

Un petit nom charmant

25jan

Inigo. Un prénom qui claque aux oreilles et n’évoque plus grand chose ? Ignace ? Voilà qui nous dit plus soudain et nous fait nous retourner vers la figure souvent caricaturée du fondateur des Jésuites, l’homme de Loyola, qui imprima à l’ordre qu’il allait fonder sa rudesse et un idéalisme dont on a du mal à repérer ce qu’il cache d’obscur. François Sureau a choisi de faire de ce personnage très absent de la littérature le sujet sinon le héros de son dernier livre. De quoi surprendre, effaroucher peut-être un peu avant de séduire, car Inigo est un projet littéraire convaincant, mené dans une langue admirable de précision. Ni biographie, ni enquête, le texte nous propose d’entrevoir le destin de cet homme avant l’avènement, son lent et douloureux cheminement vers la révélation, quand le soldat, brutal, se transforme en l’homme d’une église renouvelée. Sureau se place dans son ombre, le suit dans ses chutes, ne le quitte pas dans ses agitations, dans sa folie du renoncement, interroge son abandon, sa vocation, sa tentation du martyre. Comprendre ce qui peut pousser un homme à tout abandonner pour tout recréer, c’est là un sujet qui ne perdra jamais de son actualité et c’est en cela que son livre nous impressionne. D’autant qu’à la suite du récit, l’auteur interroge sa propre démarche, étonnante variation sur le métier d’écrire, sur ce qui provoque le choix d’un sujet. On aimerait que beaucoup d’auteurs parviennent ainsi à sonder leur coeur, leurs mobiles. François Sureau tiendrait-il cet art de son éducation chez les Jésuites ?

Ravis de l’inviter à venir nous en parler, nous lui avons aussi demandé de se livrer à l’exercice du solo deavnt notre caméra. Et vous allez voir comme notre avocat s’en sort haut la main…

Avec Mathieu Riboulet

28déc

Qui d’autre que Mathieu Riboulet et son admirable roman Avec Bastien (éditions Verdier) pouvait incarner le thème du « corps écrit » retenu pour le festival Ritournelles inauguré dans notre librairie ? Vous pouvez cliquer sur ce lien pour accéder au podcast de la conférence inaugurale le 24 novembre dernier de cette onzième manifestation mêlant littérature et arts contemporains. Très à l’aise devant notre caméra, l’écrivain nous confie quelques secrets entourant son personnage masculin éponyme ainsi que l’allégresse qui a accompagné sa création et que le lecteur peut à son tour ressentir en s’abandonnant au  portrait de Bastien.

 En rappel des nombreuses qualités de ce mince mais très riche ouvrage, voici quelques extraits du blog intitulé « Corps du fils » (en clin d’oeil à Pierre Michon et à la dimension christique de leurs personnages) que nous lui avions consacré en octobre…

Le coup de foudre inaugural pour Bastien, rencontré par un narrateur anonyme sur l’écran de films pornographiques, enclenche comme en écho l’inscription de son fantasme sur la chair de la page vierge. Cette ouverture suffit à fixer durablement sur sa pupille de “voyeur” (dans tous les sens du terme) cette créature de papier qu’il invoque dans sa mise en scène sexuelle et textuelle : “Bastien est ma limite, le point de fuite de mon désir, là où toujours il s’anéantit et toujours se relève, l’horizon perpétuellement dérobé. Bastien est mon désir.” Comme déjà dans son précédent roman au titre si baudelairien L’Amant des morts, ses personnages (Jérôme Alleyrat précédemment, Bastien ici) deviennent les proies consentantes d’un désir qui, les perdant, nous laisse à notre tour  éblouis et sur lequel jamais (même à propos de troublantes scènes d’inceste, de viol) ne plane l’ombre d’un jugement pour ces êtres en quête d’exultation du corps/coeur quand d’autres (leur père, leurs frères) le sont d’autres combats virils. C’est donc bien, comme nous le laisse entendre Mathieu Riboulet, au plus près de son personnage – véritablement « avec Bastien »  – que revient la juste place de l’auteur, du narrateur et du lecteur littéralement traversés par cette rencontre. Pour Bastien, ce fut à l’origine celle d’un amour à jamais perdu (pour un camarade d’école tôt fauché) qui impose un vain combat avec le ciel, tutoyant là les sommets des hauts plateaux de Corrèze ou de Creuse, là les plateaux de films, l’escalade effrénée de corps à qui l’on s’offre à défaut, puisque « de la terre au ciel nous cherchons le chemin« . Sans hésiter sur le terme de « quête spirituelle » (sous-titre de l’édition 2010 du festival Ritournelles autour du « corps écrit »), ce roman nous transporte au sommet des mystères de l’âme et de l’énigme de sa beauté, intacte et si palpable grâce à Bastien.

 

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