Archives de la catégorie “En vitrine”

Jacqueline de Romilly (1913-2010)

01fév

romilly-1.JPGDisparue à 97 ans le 18 décembre dernier, une de nos premières vitrines de l’année ainsi que le rayon Lettres classiques rendent hommage, avec la majeure partie de son abondante bibliographie, à cette immense helléniste qui fit de la culture grecque l’amour et le combat de sa vie.

Les nombreux témoignages en faveur de Jacqueline de Romilly – son fidèle éditeur Bernard de Fallois s’est engagé sur la publication prochaine de son autobiographie –  témoignent de son incroyable parcours de première femme élue en 1973 professeur au Collège de France, qui devient en 1988  la deuxième femme (après Marguerite Yourcenar) élue à l’Académie française et obtient en 1995 la nationalité grecque.  Malgré ces distinctions et honneurs, elle n’avait jamais oublié dans ses discours et ses ouvrages ce premier rôle d’enseignante qui lui tenait tant à coeur, même bien des années après avoir pris sa retraite officielle. Celle qui se disait à  jamais « émerveillée » par les richesses des civilisations anciennes, elle déplorait leur manque actuel de considération, leur déni et alertait sans relâche sur la fondamentale sauvegarde des humanités classiques (le grec et latin) menacés de disparition par les pouvoirs et les programmes officiels de l’Education nationale. Or, ce sont ces langues qui nous fondent encore, sont à l’origine de notre propre langue, porteuses de valeurs humaines sans lesquelles nulle société ne peut tenir. Reconnaissante avec beaucoup d’autres sur cette dette envers notre culture classique, il convient de mesurer leur apport toujours actuel dans la formation intellectuelle : car nos mots parlent et partent du grec et/ou du latin, des mythes, de leurs héros

Récusant les objections d’élitisme – elle pensait que le grec ancien devait être accessible à tous - ou de passéisme, Jacqueline de Romilly n’était pas dupe du « miracle grec » d’où « tout est sorti brusquement » (philosophie, histoire, tragédie, comédie, sophistes) dont le Ve siècle avant J.-C fut l’acmée :  « La Grèce ancienne n’est pas, pour nous, un modèle à retrouver ; ce qu’elle nous apporte est le principe premier, l’idéal à atteindre – en somme, l’élan qui peut aujourd’hui encore nous aider et nous unir » (Problèmes de la démocratie grecque).

Ce siècle de Périclès nous fut précieux et proche grâce à l’historien Thucydide, « le grand homme de sa vie » et demeure l’inlassable traductrice de son oeuvre, aux Belles Lettres ou chez Robert Laffont en un tome. Au-delà de son inestimable valeur de témoignage, Jacqueline de Romilly insista sur la qualité littéraire du travail de Thucydide, comme elle le fit pour Hérodote ainsi que pour d’autres ou auteurs (Euripide, Homère, Eschyle, Sophocle …).

A côté de ses nombreux essais (notons le très vivant Le Jardin des mots dans lequel elle proclame son amour de la langue française avec beaucoup de clarté et de rigueur), elle rédigea un seul roman (Ouverture à coeur), quatre volumes de nouvelles (dont Sur les chemins de Sainte-Victoire, Les Oeufs de Pâques) et quelques livres de souvenirs, surtout ces dernières années (Les roses de la solitude, Les révélations de la mémoire, Le sourire innombrable). Dans Petites leçons sur le grec ancien en 2008, elle révélait encore avec ce mélange d’évidence et de sens hors pair de la pédagogie les beautés de cette langue qu’on dit à tort « morte », alors qu’elle survit dans l’esprit humain à travers tant d’usages langagiers contemporains, nous apportant ainsi la précision et les nuances nécessaires qui enrichissent toujours notre XXIe siècle.

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La fête à Muray

04oct

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Qui connaissait ou avait lu Philippe Muray avant qu’un célèbre comédien à la déclamation passionnée ne s’en empare ? Grâce à Fabrice Luchini qui lit sur la scène du théâtre de L’Atelier à Paris jusqu’au 1er novembre des morceaux d’anthologie de l’oeuvre de ce pamphlétaire disparu en 2006, le public découvre enfin toute sa force subversive vilipendant notre société contemporaine, et reconnaît par là son immense plume désespérée, ironique voire carrément provoquante qui peut mettre mal à l’aise tout lecteur tant elle débusque l’immense champ de ruines derrière notre glorieux modernisme de façade. Certes, ce sujet quoiqu’inépuisable n’est pas nouveau et les plumes acerbes et alertes n’ont pas manqué, ni les comparaisons avec Léon Bloy, Céline (auquel Muray a consacré de nombreuses pages), de Flaubert (son Portatif doit être lu comme son propre  »dictionnaire des idées reçues » du XXè et XXIème siècle ainsi qu’un hommage au Dictionnaire philosophique de Voltaire) à Thomas Berhard ou de Jules Renard à Pierre Desproges, par exemple, pour s’attaquer à nos vices, tant le public se montre toujours friand de ce miroir tendu et aussitôt brisé pour, le livre ou la porte de spectacle refermés, s’adonner à la bêtise et à l’ignorance de celle-ci. Petit florilège de féroces traits d’esprit qui font mouche en donne déjà une idée assez précise  : « Ce n’est qu’un début, continuons le coma » ou « l’époque qui commence est une tête à claques qu’il devient jour après jour un peu plus agréable de gifler« , ou encore  »nous vaincrons parce que nous sommes les plus morts« …

Les Belles Lettres qui éditent une grande partie de l’oeuvre de Philippe Muray ont eu l’excellente idée de réunir pour cette rentrée en un gros volume (plus de 1800 pages) sobrement intitulé Essais plusieurs de ceux qu’il semble de plus en plus difficile dorénavant de se procurer séparément : L’Empire du Bien, les 2 tomes d’Après l’Histoire ainsi que les 4 volets d’ Exorcismes spirituels. Pour tenter de résumer (donc nécessairement d’appauvrir) la thèse ce flamboyant polémiste, disons que nous avons sombré dans une fête perpétuelle  (ou « ère de l’hyperfestif »), vivons dans un parc d’attractions mondialisé que croyons soutenu par les valeurs du Bien : Muray la nomme avec dérision  »Cordicopolis« , littéralement « la cité du coeur ». L’Homo sapiens sapiens est passé du côté obscur de l’Homo festivus qui synthétise les symptômes de notre sinistre et fascinante comédie humaine : son prétendu progressisme et son « turbo-droit-de-l’hommisme«  (qui masquent en fait un oubli du passé), sa bien-pensance, sa terreur sécuritaire (alors que la terreur vient justement de là), le porno-business du socio-culturel (que Malraux aurait contribué à confisquer et à transformer en bien de consommation de masse, quand Muray pense que seul l’individu doit entretenir un rapport avec la culture), son américanophilie (accentuée depuis le 11 septembre 2001), l’exhibition de sa misère (sexuelle ou morale). On comprend donc que Muray défende ardemment son droit à la libre expression contre la doxa ambiante, s’érigeant en philosophe des temps modernes quand il déclare combattre le « tout est bien » généralisé (la formule fait bien sûr penser au célèbre Pangloss/Leibniz du Candide de Voltaire), ce positivisme ambiant qu’il démystifie en virulent sociologue (on comprend pourquoi Jean Baudrillard a salué sa mémoire) et avouait que « seul compte le portrait du temps, la recréation de l’époque« , on ajouterait presque avec lui sa récréation … Les « mutins de Panurge » (autre formule rendue célèbre qui est le titre du deuxième Exorcisme spirituel désormais disponible dans ses Essais), ou les « matons de Panurge » sont alors les pires car ce sont des  »ennemis de la littérature » qui surveillent les consciences, font mine de se rebeller alors qu’ils entrent comme d’ autres dans le rang de la servitude, traitent Muray de nouveau réactionnaire alors que lui se plaisait à pourfendre ces « nouveaux actionnaires de la firme Nouveau Monde« .

Inventeur d’une langue, créateur du personnage de fiction récurrent nommé Homo festivus, habile à manier les registres (passant du désopilant au nihilisme) et les genres (forme romanesque dans son recueil de nouvelles Roues carrées ou On ferme ; pamphlets ou chroniques de ses Exorcismes ou Après l’Histoire ;  entretiens dans Festivus, festivus ; lectures de l’auteur mises en musique notamment reggae dans des enregistrements étonnants de son recueil Minimum respect), variété de ses cibles et des sujets (l’amour, la politique, le sens de l’Histoire, le XIXème siècle, le devenir de l’humanité, la justice, la poésie, la techno-parade, le sourire de Ségolène, etc), Philippe Muray doit bien être reconnu comme un écrivain que la verve de Luchini sait parfaitement épouser et mettre en lumière pour le plus grand nombre.  Malgré la catharsis (éphémère) que permet un tel spectacle, un doute persiste : et si le public re-découvrant Philippe Muray s’esclaffe à ce spectacle (rappelons le même succès lors de ses fameuses lectures de Céline, La Fontaine, Barthes) révélant son génie et sa puissance comique, ne participe-t-il pas à cette farce censée être dénoncée ? L’ironie n’aura ici jamais été moins « tragique », ou le masque du rire moins grinçant…

« A thing of beauty is a joy for ever »

22jan

keatsellroy1.JPG Les obsessions les plus noires côtoient parfois de nobles transports de l’âme… La vitrine consacrée à la visite lundi dernier de James Ellroy voisine avec l’inspiration romantique du moment puisque depuis le 6 janvier, parallèlement à la parution en traduction française de l’ultime volet  de la trilogie de l’écrivain américain, la librairie célèbre un événement poétique : la sortie du dernier film de Jane Campion, Bright Star, titre emprunté à une ode que John Keats dédia au début du XIXème siècle à sa jeune voisine Fanny Brawne.

 Inspiré des authentiques dernières années de la vie du poète anglais, soit entre 1818 et 1821, ce film renoue avec la grâce et le romanesque qui nous a fait bien entendu replonger dans l’atmosphère de l’inoubliable Leçon de piano (palme d’or du festival de Cannes en 1993). Ici, les notes de musique et les élans des corps sont merveilleusement spiritualisés dans les vers et les échanges épistolaires abondamment cités (John Keats, Lettres - parues chez Belin) sans y perdre au change ni verser dans le délicat écueil de la mièvrerie, puisque Jane Campion sait subtilement filmer la naissance d’un désir, inassouvi et néanmoins puissamment incarné.

fannylit.jpgfannykeats.jpgCette véritable leçon d’amour est d’abord et aussi d’art car la jeune Fanny conquiert le coeur de son voisin d’abord par le verbe et l’esprit, demandant qu’il lui enseigne les secrets de sa poésie. Ce film s’inscrit ainsi parfaitement dans la tradition de l’amour courtois, platonique (symbolisé par la cloison entre leurs chambres) qui tente de s’affranchir des obstacles mais y succombe finalement… superbement.

Le film aura fait tirer force larmes à quelques cinéphiles du rayon conquises par cette impossible passion corsetée par les conventions de la société anglaise (John Keats, poète incompris et vivant dans la misère, ne pouvait espérer épouser une jeune femme d’une classe sociale supérieure). La tuberculose finira par l’emporter en 1821 en exil à Rome, où, paraît-il, il composa son dernier poème intitulé « To Fanny » et qui résonne telle une ultime et amère leçon de romantisme pour la destinataire, dans la version filmée : la mort du poète ne peut mettre fin à la vie de sa poésie qui seule demeure prisonnière du souvenir et du secret de leur désir. C’est au tour donc du spectateur et lecteur de se plonger dans les quelques recueils (Endymion, HypérionLes Odes, Seul dans la splendeur, Sur l’aile du phénix) et correspondances qu’il reste de cet amour, absolu aussi éphémère et aérien que la poésie et la beauté fragile des papillons que Fanny voudrait garder mais qui finissent par périr (présage funeste pour Keats) tout en gardant présent à  l’esprit les magnifiques couleurs et émotions suscitées par ce film, enchantement esthétique et frisson poétique à tous points de vue.

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Dash lave plus noir

28déc

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L’intégrale des romans de Dashiell Hammett paraît dans une nouvelle traduction, enfin complète – merci, Quarto !

Il a suffi d’une poignée de romans Moisson rouge, Sang maudit, Le Faucon maltais, La Clé de Verre, L’Introuvable, écrits en quelques années entre 1929 et 1933, pour que l’Américain Hammett (1894-1961) renouvelle le genre du roman policier. Avec lui, le détective privé se dote des caractéristiques « whisky, cigarettes et revolver », le réalisme dépoussière les enquêtes à la Sherlock Holmes et introduit pour la première fois dans l’univers du noir les ingrédients de la violence, du fait divers, de l’immoralité, privilégiant l’action sur la psychologie. En France, les titres de Hammett ont paru à la Série Noire, à l’époque dans des versions tronquées – Gallimard nous les redonne à lire dans sa belle collection Quarto – où l’on trouve déjà Chester Himes et Jean-Patrick Manchette – dans une nouvelle traduction, enfin intégrale !,  que l’on doit à Pierre Bondil et Natalie Beunat, un must en cette fin d’année, nous l’avons conseillé sans modération à Noël à nos clients en quête d’une idée cadeau… Une des dernières vitrines de l’année fut ainsi l’occasion de rendre hommage à Hammett, comme le montre la photo ci-dessus. On ne présente plus son héros, Sam Spade, immortalisé à l’écran par Humphrey Bogart, choisi pour illustrer la couverture du volume Quarto avec, en toile de fond, l’ombre d’un faucon, clin d’oeil au Faucon Maltais. Avec lui, le détective privé devient « un type dur et rusé, capable de se tirer de toutes les situations, capable de l’emporter sur quiconque, criminel, témoin ou client » – exit donc la morale, ce qui n’exclut pas le sens de l’honneur : dans les polars de Hammett, on tue pour venger son partenaire – fût-il lui-même une crapule… Son oeuvre se lit comme une dénonciation de la corruption, il met dans le même sac de linge sale représentants de la loi, hommes politiques, autorités officielles et malfrats – qui dirait que ce n’est plus d’actualité ? Hammett est devenu ce que l’on appelle un classique : indémodable.

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Forton nickel

21oct

Jean FortonY a-t-il encore des gens pour confondre les Forton et s’imaginer que c’est Jean qui était l’auteur des fameux Pieds Nickelés dont on annonce d’ailleurs la prochaine résurrection ? Espérons que non car le Forton qui nous occupe depuis quelques années déjà et que des amateurs se conseillent avec des airs gourmands était bordelais, un de ces fameux et trop méconnus écrivains de l’après-guerre que Patrice Delbourg avait joliment appelé les « désemparés », ces auteurs broyés par l’implacable machine littéraire qui évacue dans les marges les voix modestes qui n’ont pas su faire le tapage qui convenait. Et du tapage, on pourra dire que Jean Forton en aura fait peu malgré son Goncourt manqué d’un poil à cause d’une cabale des Jésuites (si, si, c’était encore possible à l’orée des années soixante…) : L’Epingle du jeu se déroulait dans un collège dirigé par la Compagnie (Saint-Joseph-de-Tivoli pour ne pas le nommer) et le blason de celle-ci en prenait un petit coup. A ce petit coup d’éclat succédèrent quelques années de succès d’estime qui n’encouragèrent pas la maison de la rue Sébastien-Bottin à insister : à la fin de la décennie, Forton était passé du côté des perdants et il ne s’agita pas outre mesure pour combattre cette injustice. On refusa un, deux, peut-être trois manuscrits et rideau. Forton disparut dans la fumée de ses éternelles cigarettes, sans doute amer, à 52 ans, au début des années 80, encore respecté par quelques bons lecteurs mais au bord du purgatoire. Gallimard réimprima bien deux de ses romans, ils mirent vingt ans à s’épuiser, L’Epingle du jeu sortit dans L’Imaginaire (la première édition ignoblement remplie de coquilles fut mise eu pilon, on avait eu chaud…) et puis ce fut au tour des petits éditeurs de prendre le relais, animé par une ferveur exemplaire. Dominique Gaultier du Dilettante qui avait eu l’occasion d’éditer dans la revue Grandes largeurs un inédit du bordelais, s’y risqua le premier et exhuma L’enfant roi, superbe et cinglant roman mettant en scène un jeune artiste couvé par ses parents dans lequel les plus avisés des bordelais crurent reconnaître la figure d’un « célèbre » écrivain mauriacolâtre et cleptomane de leur ville, cela ajoutant au piquant de la découverte. La réussite ne fut guère au rendez-vous. La réédition des Sables mouvants par le même Dilettante ne fut pas tellement plus honorée de lauriers. Forton restait cantonné à son public de 500 lecteurs. C’est avec le recueil de nouvelles inédites Pour passer le temps qu’on vit fleurir quelques articles soulignant l’agréable causticité de l’ancien libraire (car Forton fut libraire, renonçant vite à la littérature pour ne plus vendre que des polycopiés de droit qui lui évitaient de parler…littérature). Et le succès (bien relatif cependant) fut au rendez-vous, lançant dans le même mouvement l’aventure éditoriale de Finitude qui nous régale depuis de magnifiques découvertes. C’est à cette enseigne que parut un second recueil de nouvelles, Jours de chaleur, qui confirma le regain d’intérêt. Mme Forton, la veuve de l’écrivain, qui avait bien aidé pour préparer l’exposition de la Bibliothèque Municipale consacrée à son mari, n’avait cependant pas tout sorti de ses tiroirs. L’insistance des éditeurs bordelais (un duo familial constitué d’un lecteur terrible et rarement content de lui…et d’une compagne amène chargée de se montrer aimable avec les veuves d’auteurs intéressants…) auprès de celle-ci nous permet aujourd’hui de découvrir un roman inédit baptisé Sainte famille (une liberté de l’éditeur car le titre d’origine était Le salut et la grâce : on dirait du Michel de Saint-Pierre… on a eu chaud). Soyons honnête ce n’est pas un chef-d’oeuvre oublié qu’il aurait été monstrueux de dissimuler. En exhaustif lecteur de Forton, on le mettrait même volontiers sur la marche la moins haute : languissant, un peu démonstratif, ce texte vaut surtout par les petits morceaux de bravoure fortonnienne qui au détour d’une page apparaissent, car il avait un vrai talent pour croquer ces demi-bourgeois comme la province en regorge. Et le parallèle avec La cendre aux yeux qui reparaît en même temps au Dilettante n’est guère à son avantage car avec ce roman, variation dostoievskienne sur un petit Don Juan, on a le sentiment que Forton a donné le meilleur de son acidité. Ne cherchez pas dans la postface qui l’accompagne la moindre analyse, il s’agit d’un regard sur la réception du livre à l’époque. Mais ne minorons pas notre joie. Donner l’occasion à de nouveaux lecteurs de pouvoir découvrir l’oeuvre de ce mystérieux bordelais obsédé par le thème de la fuite et de la culpabilité est une vraie bonne nouvelle. Et nous espérons que la vitrine que nous lui consacrons depuis hier suscitera sinon la curiosité du moins l’envie d’aller y voir de près.

Scène de crime en folio

11juil

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Simulation d’une scène de crime dans la vitrine où nous exposons la collection Folio policier ! L’éditeur ayant imprimé pour l’occasion un bandeau, nous avons délimité une zone où nos cadavres (livresques) se tiennent sagement. Une pointe d’humour pour l’affiche, tirée de la couverture du numéro 268 de la collection : Des cliques et des cloaques de Jim Thompson – les doigts de pied en éventail pris dans les mailles d’un filet nous ont inspiré cette savoureuse formule Avec un folio policier prenez votre pied, à prendre au pied de la lettre, permettez ce mauvais jeu de mots.  L’on aurait tort en effet de bouder notre plaisir tant le choix est vaste.

Alors, chaque libraire ressort ses petits chouchous, dont voici une liste non-exhaustive mais chaudement recommandée… Car la collection recèle de jeunes talents comme d’auteurs confirmés, ainsi que les inévitables OVNI du polar, en provenance directe du catalogue de la vénérable Série Noire.

Les classiques américains sont donc évidemment présents : Raymond Chandler, Dashiell Hammett, Charles Williams, Chester Himes, James M. Cain, William Burnett, David Goodis, pour ne citer qu’eux ! Pêle mêle, se trouvent dans cette collection les immenses The long good bye, Le Faucon de Malte, Vivement dimanche, La Reine des pommes, Le facteur sonne toujours deux fois, Quand la ville dort et bien sûr Tirez sur le pianiste… Quel panel, où flotte l’inimitable parfum que donne le temps aux grands polars !

Parmi les piliers de la collection, voici les fondations noires de la collection, d’époques et de lieux variés, mais unis par la pertinence de leur ton et le côté incisif de leur plume, renouvelant les grands thèmes du roman américain, passés au tamis de la violence. Parmi eux , nous évoquerons les noms suivants : Jim Thompson, James Crumley, Harry Crews, Larry Brown ou encore Joe R. Lansdale.

Polars déjantés : Christopher Moore, Ned Crabb, Chuck Palahniuk, William Kempley, A.C. Weisbecker

Cousins anglais, irlandais, écossais : Ken Bruen, Ian Rankin, Colin Bateman, Robin Cook

L’école du polar scandinave : les suédois Björn Larsson et Staffan Westerlund,  les norvégiens Jo Nesbo et Gunnar Staalesen, le finlandais Matti Yrjäna Joensuu

Les Français(es) ne sont pas en reste : Jean-Patrick Manchette, Thierry Jonquet, Sébastien Japrisot, Didier Daeninckx, Caryl Férey, A.D.G, Jean-Bernard Pouy,  Tonino Benacquista, Maurice G. Dantec, la trilogie marseillaise de Jean-Claude Izzo, Colin Thibert, Jean Vautrin, Sylvie Granotier, Chantal Pelletier, Sophie Loubière…

Romans policiers historiques : Mathilde Asensi,  Patrick Pécherot, Thierry Bourcy, Thierry Maugenest…

Classiques : Simenon, Boileau-Narcejac…

Espionnage : John Le Carré, Leif Davidsen, Henry Porter…

Sans oublier les nouveautés : DOA, Antoine Chainas, Keith Ablow, Bernard Schlink, Chris Petit…

Espérant que ce panorama saura  vous inspirer, bonnes vacances !

Petit bonus : pour l’achat de deux titres de la collection, une bande dessinée policière vous est actuellement offerte Le sourire du clown, par Brunschwing et Hirn.

Les chants d’Orphée

02juin

chants-orphee.jpgL’éclectisme ? Vos libraires du pôle  »Polar » en pratiquent… tout un rayon, si j’ose dire ! Si vous êtes un habitué des lieux, vous aurez remarqué que la littérature policière occupe certes une majeure partie de l’espace  et qu’elle voisine avec la littérature antique/médiévale, les essais de critique littéraire, de linguistique tout comme avec la littérature érotique sans omettre la poésie qui est la septième corde à… notre lyre.

Nos vitrines tentent donc de refléter cette diversité des disciplines : ce mois-ci, à côté de la sortie en salles du film Millenium qui nous a conduit à mettre en avant la reconnaissable collection Actes noirs d’Actes Sud (qui, dès la mise en place des fameux livres rouges et noirs, fait toujours autant parler les passants curieux de la rue Vital-Carles),  nous avons consacré, pur effet de circonstance, la seconde vitrine à la parution de la revue La pensée de midi éditée par… Actes Sud . Ce numéro 28  qui s’intitule « Les chants d’Orphée » porte le sous-titre « musique et poésie » et s’ancre dans le berceau de la civilisation méditerranéenne qui a vu éclore ce mythe de la Grèce antique dont les racines perdurent encore aujourd’hui à travers des expressions musicales modernes que l’on pensait (à tort) a-poétiques.

L’intérêt de cette publication réside surtout dans une double lecture très pertinente  : à côté des textes de spécialistes passionnés (instrumentistes, musicologues, chanteurs, entre autres) convoqués du monde entier afin de de ce répondre de ce lien à la fois savant et populaire, un CD inédit de plus d’une heure nous fait entendre, ô merveille, toute la richesse d’un répertoire à la fois millénaire et toujours si actuel. Ainsi, la composition de notre vitrine tente de refléter toute la diversité culturelle contenue dans l’écoute originale des 22 morceaux de l’album dans lequel se côtoient des textes antiques (Homère, Sappho) à travers la magnifique chanteuse d’origine grecque Angélique Ionatos, de même que la poésie arabo-andalouse trouve une large place grâce à  des anthologies : chez Phébus/Libretto et dans la belle collection Sindbad/Actes Sud (notamment le fameux Diwân). Leur filiation se prolonge dans des parutions récentes : Portes de Beyrouth du poète libanais Abbas Beydoun, une anthologie arabo-andalouse chez Points, et la publication inédite en format poche d’un texte fondateur de cet héritage, à savoir  Les jardins Suspendus (chez Garnier-Flammarion) repris en partie dans l’anthologie Al-Andalus (même collection). Quelques nouveautés de la maison Al Manar et des livres illustrés au format original publiés par Voix d’encre égayent le plaisir de la découverte de belles éditions associant le texte poétique et des calligraphies évoquant le voyage vers une Méditerranée rêvée.  Comment ne pas songer au dernier récit de l’amoureux de musique Pascal Quignard, Boutès (Galilée), ce compagnon d’infortune d’Ulysse qui succomba au « chant sublime et maléfique des Sirènes » elles-mêmes charmées par la lyre orphique. L’aspect critique du rayon n’a pas été oublié : l’essai intitulé Adonis, le regard d’Orphée a bien entendu trouvé sa place mais aussi des ouvrages de poètes comme L‘alliance de la poésie et de la musique d’Yves Bonnefoy ainsi que le petit ouvrage De la poésie (Arléa) de Philippe Jaccottet s’imposaient naturellement ! La musique « traditionnelle » occupe les premiers morceaux du CD joint : on retrouve le fado inspiré par la poétesse portugaise Maria Duarte, des cantillations religieuses, un récitatif baroque du XVIIe siècle italien, la musique arabo-andalouse grâce à laquelle on apprend son influence sur la lyrique courtoise des troubadours et la poésie amoureuse d’Aragon.

Nos collègues du rayon Musique ont été sollicités afin de compléter la sélection par des CD incontournables : Angélique Ionatos interprète des fragments de Sappho, l’opéra Orphée de Gluck (1774), et la musique du film Orfeu negro voisine avec des éditions de textes mis en voix par des « poètes -performeurs » comme Ghérasim Luca et Christian Prigent (Le Bleu du ciel). La réédition récente des Ecrits poétiques (P.O.L) de Christophe Tarkos rappelle le rôle de cet « improvisateur de sa poésie », « faiseur de poésie » à la matière vocale (qu’il nommait sa pâte-mots ou  »patmo ») précieuse à écouter (rappelons que Tarkos est mort en 2004).  La revue sonore conclue magistralement avec l’extrait de « Nuages » lus par l’auteur sans accompagnement musical  mais avec une parole d’une incroyable présence-absence (une « voix nue », au sens plein). L’émergence de nouvelles formes de pratique oratoire sont également présentes, que ce soit le rap palestinien venu du Liban ou le  »slam » qui se fait entendre avec une déclamation du pionnier Felix Jousserand.

Vous aurez compris que la richesse poétique et musicale (deux fonctions ici interchangeables) proposée ne peut se faire comprendre par un trop long discours qui vous invite donc à parcourir cette curieuse mosaïque inédite située entre tradition et modernité pour le prix d’un livre… ou d’un CD ici réunis tant pour le plaisir des yeux que des oreilles de chacun.

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Bertrand Tavernier adapte un roman de James Lee Burke

29avr

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Un livre, un film

 

 

 

 

 

Dave Robicheaux, le héros des romans policiers de James  Lee Burke,  a  désormais un visage : celui de Tommy Lee Jones.

 

 

 

 

 

 

 

En adaptant au cinéma Dans la brume électrique avec les morts confédérés (titre raccourci en Dans la brume électrique) Bertrand Tavernier s’est fait plaisir. A l’avant-première bordelaise où plusieurs libraires ont eu la chance d’être invités, le réalisateur était là en personne et tout disposé à parler de son admiration pour James Lee Burke – dont il est un lecteur fervent. A un spectateur qui voulait savoir pourquoi il avait choisi ce titre-ci plutôt qu’un autre de la série, Tavernier a répondu sans hésiter : « A cause du général ». L’allusion parle aux initiés car dans le roman dont il est question  apparaissent d’étonnantes séquences oniriques où intervient un général sudiste. L’intrigue mêle deux temps : le présent, où Dave Robicheaux est confronté  à toute une série de meurtres,  et le passé avec la macabre découverte d’ossements anciens dans un bayou de Louisiane.

Du coup, nous avons vu arriver dans le rayon policier de nombreux spectacteurs qui venaient de voir le film, curieux de découvrir les romans de J. Lee Burke. Cela tombait bien : nous avions anticipé une vitrine et exposé tous ses titres, lesquels sont publiés dans la collection de poche Rivages/noir – sauf les deux derniers qui n’existent pour l’instant qu’en grand format à savoir Dernier tramway pour les Champs-Elysées et Jolie Blon’s Bounce (annoncé en poche pour juin prochain). Pour répondre aux questions récurrentes posées par nos clients « Y a-t-il un ordre ? quelle est la première enquête  ? par lequel commencer ? » voici la chronologie de la série Robicheaux : 1- La Pluie de néon 2- Prisonniers du ciel 3- Black Cherry Blues 4- Une Saison pour la peur 5- Une tâche sur l’éternité 6- Dans la Brume électrique 7 – Dixie City 8- Le Brasier de l’ange 9- Cadillac Jukebox 10- Sunsed limited 11- Purple Cane Road 12- Jolie Blon’s Bounce 13- Dernier tramway pour les Champs-Elysées. Bonne nouvelle : la quatorzième enquête La Croix du croisé paraîtra en France au mois de juin.

Pour ceux qui voudraient en savoir plus, James Lee Burke est également l’auteur d’une autre série, mettant en scène un avocat, Billy Bob Holland, dont trois titres sont parus à ce jour : La rose du Cimarron, Heartwood, Bitterroot. Il est entré en littérature par un merveilleux livre qui réjouira tous les amateurs de blues Le Boogie des rêves perdus, qui n’est pas un roman policier, mais qui donne déjà l’ambiance de son oeuvre future. Roman social sur fond de grève de mineurs  Vers une aube radieuse est un des romans de chevet de Bertrand Tavernier – Charles Willeford le considérait comme le chef-d’oeuvre de James Lee Burke. Citons également le superbe recueil de nouvelles qui s’intitule Le Bagnard, où l’on retrouve tous les thèmes de prédilection de Burke.

Pour finir, merci à nos collègues du rayon Beaux-Arts  qui ont ajouté dans notre vitrine polar et cinéma le gros pavé signé B. Tavernier Amis américains, Entretiens avec les grands auteurs d’Hollywood  qui vient de recevoir le prix 2009 du meilleur livre de cinéma, coédité par les éditions Actes Sud et l’Institut Lumière, ainsi que la monographie de Jean-Dominique Nuttens qui vient de paraître sur le réalisateur, auteur de vingt-six films en trente-cinq ans de carrière :  Bertrand Tavernier, Film après film, le parcours d’un cinéaste humaniste et en prise avec son temps. Un petit tour au rayon Tourisme auprès de Sylvie  (grande fan de Lee Burke) pour exhumer des guides de voyage le  Routard sur la Louisiane et hop, coupez, c’est bon, c’est dans la boîte !

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Chandler, l’intégrale des nouvelles

15avr

chandler.jpgChandler est mort il y a cinquante ans. Pour commémorer cet anniversaire, Omnibus  lui rend hommage en réunissant pour la première fois en français l’intégrale de ses nouvelles – plus de mille pages ! L’événement méritait bien une vitrine. Parues en revue, dans des pulps américains, elles sont intéressantes à plus d’un titre : Chandler s’initie au polar par la nouvelle – il a 45 ans quand il écrit la première Les maîtres chanteurs ne tirent pas  qui ouvre le recueil, celui-ci est d’ailleurs ordonné chronologiquement – on le voit qui prend ses marques, dessine progressivement les contours de ce qui sera le futur Philip Marlowe, et élabore là la matrice de plusieurs de ses grands romans à venir… La préface d’Alain Demouzon éclaire cet aspect de l’oeuvre du maître américain : « Les nouvelles de Chandler sont de brefs romans d’action violente, soigneusement découpés en chapitres et dont chacun semble calibré comme une séquence de film prête à tourner. ça ressemble fortement à ce que les scénaristes appellent une « continuité dialoguée ». Décors et vêtements  sont précisément et vivement dépeints, les physionomies des protagonistes sont brossées de manière à permettre un casting efficace et les éclairages sont en place. Cette écriture descriptive très particulière, avec ses dialogues incisifs et ses personnages dont on ne peut qu’écouter les paroles et observer le comportement était faite pour rencontrer rapidement le cinéma, et c’est bien ce qui est arrivé. Chandler, tout comme Dashiell Hammett, qui l’avait précédé et envers qui il reconnut sa dette, fut capté par Hollywood ». Le volume se clôt par un court essai de Chandler sur sa conception du roman policier : Simple comme le crime. 

En format poche, on trouve l’oeuvre de Chandler au catalogue de Folio policier : Le Grand sommeil  (est encore disponible le tiré à part édité l’an dernier pour fêter les dix ans de la collection :  livre plus DVD du film mythique d’Howard Hawks avec Humphrey Bogart et Lauren Bacall d’après un scénario de William Faulkner) – Adieu ma jolie, La Grande fenêtre, La Dame du lac, Fais pas ta rosière, The Long Goodbye, Charade pour écroulés Nous avons eu la bonne surprise de recevoir notre commande de la dernière enquête du détective privé Marlowe emménage (hors série Gallimard), roman resté inachevé à la mort de Chandler en 1959, auquel Robert B. Parker a mis le point final trente ans plus tard ! Une partie des nouvelles avait déjà été publiée, toujours en Folio policier :  Le jade du mandarin, Un tueur sous la pluieEn version originale, Chandler est publié chez Penguin Books, sous des couvertures colorées et graphiques. Sur Chandler, dans la collection Points, une biographie signée Frank MacShane réjouira tous ceux qui veulent en savoir plus sur  « le gentleman de Californie », lequel, pour la petite histoire, ne ressemblait pas aux personnages de ses polars – exception faite de ses penchants pour l’alcool : « Tous ceux qui croisèrent Chandler et qui croyaient se heurter à un dur à cuire plutôt baraqué s’étonnèrent  de rencontrer un homme de taille moyenne, aux manières douces, au visage sensible, portant des lunettes d’écailles et ressemblant plutôt à l’idée qu’on peut se faire d’un poète »… Muni de ces quelques indices, débusquerez-vous l’intrus qui s’est glissé dans l’une des quatre photos ci-dessous ?

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Lorca ou La Sublime Mélancolie

07avr

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Vient de paraître aux éditions Aden une monumentale biographie sur Federico Garcia Lorca - près de deux mille pages ! -  l’occasion pour nous de consacrer une vitrine au poète espagnol. Saluons au passage le beau travail qui se fait sous la couverture bleue pâle de la collection Le Cercle des Poètes disparus, qui compte déjà à son catalogue les biographies de William Buter Yeats, Pierre Jean Jouve , John Keats, André Dhôtel, Gérard de Nerval, René Char, Victor Segalen, Léopold Sédar Senghor, Ossip Mandelstam etc… Signé par Jocelyne Aubé-Bourligueux, agrégée d’espagnol et auteur d’une thèse sur Garcia Lorca, ce gros pavé est une somme qui se dévore – en France, la dernière biographie sur le poète, qui avait été publiée en 1990., commençait à dater. En quatrième de couverture se lit le destin résumé d’une étoile filante :

« Quelque part, sous une stèle plantée parmi les oliviers, au fond d’une fosse commune comme il en existe des centaines d’autres, héritage de la période noire du franquisme qui s’est abattue sur l’Espagne, gît le corps du pianiste, compositeur, peintre, dramaturge, mais surtout d’un des plus grands poètes du XXe siècle, Federico Garcia Lorca, né le 5 juin 1898 à Fuente Vaqueros, fusillé au petit matin du 19 août 1936 à Viznar, un petit village près de Grenade ».

A côté de la biographie, nous plaçons les deux tomes de la collection de La Pléiade consacrés à Lorca – un volume pour loeuvre poétique, l’autre pour le théâtre. Les livres de poche ne sont pas en reste puisque dans la collection Poésie Gallimard on trouve quatre recueils poétiques dont les célèbres Chansons, Poèmes du Cante Jondo, Romancero gitan, Sonnets de l’amour obscur, Chant funèbre pour I. S. Mejias, Poète à New YorkLes principales pièces de théâtre sont publiées en Folio :  Noces de sang, La Maison de Bernarda Alba, Mariana Pineda, La Savetière prodigieuse…  Dans la très jolie Petite Collection Allia on peut se procurer les Complaintes gitanes (autre traduction du Romancero gitan) et le Jeu et théorie du duende en bilingue français-espagnol.  La superbe traduction de Claude Esteban est disponible en grand format dans la collection Aubier bilingue  qui réunit le Romancero gitan et le Poème du Chant Profond. Des livres en version originale, principalement chez Catedra, viennent compléter ce tour d’horizon. Le portrait dessiné du poète qui illustre notre affiche est tiré du recueil Romancero gitan paru l’an dernier en Points poésie, et nous avons choisi quatre vers sur Cordoue, représentatifs de l’univers de Lorca. Petite touche finale avec l’ouvrage Mon Espagne/Or et Ciel, que nous avions évoqué sur ce blog en octobre dernier, autobiographie intellectuelle de Florence Delay à l’occasion de sa conférence donnée à l’Institut Cervantès de Bordeaux. L’académicienne y relate au début l’origine de sa passion pour cette terre élective, quand un jour René Char lui mit entre les mains un recueil de… Lorca ! Les pages qu’elle consacre au poète sont magnifiques.

Il faut savoir qu’après sa mort, Franco interdira ses oeuvres jusqu’en 1953. Ne nous privons donc plus aujourd’hui du plaisir de lire et de relire Lorca, et de rêver avec lui sur les lunes d’Andalousie, parmi les citronniers, les figuiers, les oliviers, sous les étoiles, en écoutant résonner les guitares gitanes, avant de s’endormir au bord du fleuve Guadalquivir…

 

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