Archives de la catégorie “Frais comme un gardon”

Bienvenue au Trou !

28déc

Le Trou:  Un village où on vous promet 365 jours de soleil par an et où l’âge moyen de la population est proche de 75 ans. Vous y croiserez surtout des femmes en fait, car les hommes -c’est bien connu- partent toujours avant…

Et si l’on est au Trou, on ne se laisse pourtant pas abattre (!): on prend le thé chez l’une ou l’autre, on regarde la télé, on fait des parties de scrabble endiablées et on papote. Et ces dames sont intarissables, surtout depuis l’arrivée de Nicole, une jeunette de 65 ans et aussi depuis qu’on annonce l’explosion d’une astéroïde sur la terre…

On n’avait jamais autant ri depuis longtemps! Pascale Gautier signe un livre drôle, tendre et très poétique. La lecture de ces Vieilles vous insufflera comme un vent de fraîcheur en ces temps si maussades… Alors n’hésitez pas!

L’humain, dans toute sa splendeur…

30juin

patience.jpgUn recueil de nouvelles au titre pareil -La Patience des buffles sous la pluie- évidemment que ça attire l’attention! Et d’autant plus s’il est préfacé par Jean-Paul Dubois et qu’il est signé d’un parfait inconnu (tout au moins dans notre rayon poche)!

Au fil de ces 73 récits très courts David Thomas nous offre à voir l’humain sous ses multiples facettes.

De l’art d’enfiler élégamment ses sous vêtements -voir la nouvelle intitulée tout simplement « Slip »- à comment oublier un chagrin d’amour  – voir « Ses ex », mais aussi la nouvelle éponyme du recueil « La Patience des buffles sous la pluie »- , ou encore comment  entretenir de bons rapports avec ses voisins -voir « Voisine », « Drôle »- David Thomas ne nous laisse rien passer.

Vous l’aurez compris, il est question ici de nos petites contrariétés comme de gros chagrins, de nos bonheurs, de nos mesquineries aussi, en fait il est surtout question d’amour!

Les phrases sont simples, le style efficacement drôle, et le lecteur passe d’une nouvelle à l’autre avec beaucoup de plaisir!

« Les Hirondelles de Kaboul » et les « Ecureuils de Central Park » n’ont qu’à bien se tenir, car les buffles font une entrée fracassante dans notre rayon poche!

 

« Que reste-t-il de ces beaux jours? »

04nov

les toits de ParisTrès joli roman que cet Hôtel de Lausanne de Thierry Dancourt qui vient de resortit en Petite vermillon à la Table ronde. Une plongée dans le Paris des années 60, des personnages à la vie aussi désuète que touchante, un texte empli de beaucoup de nostalgie en somme…

On croise Christine, une jeune femme hors du temps qui, lorsqu’elle ne se promène pas au cimetière du Trocadéro, sirote des tisanes dans un tout petit café parisien. Cette originale -pour son époque, on est dans les années 60, l’ère des yéyé tout de même- rencontre Daniel, un jeune antiquaire baroudeur qui tombe vite sous le charme de la demoiselle… Il va petit à petit se mêler au petit monde de Christine  et ainsi faire la connaissance de son père, un maniaque des mappemondes, et d’Antoine, le futur promis, qui a pour projet ambitieux (et fumeux?) la réalisation d’un film consacré entièrement à Christine.

Evidemment, comment ne pas penser aux Baisers volés de Truffaut lorsque l’on croise Christine et son futur mari Antoine, comment ne pas les imaginer comme l’Antoine Doisnel et la Christine du film!

Pour ce qui est de l’écriture, toutes les descriptions minutieuses de ce Paris oublié, l’évocation de l’errance des personnages ne sont pas sans rappeler certains romans de Modiano

Pour un premier roman, voila donc bien un coup de maître et on ne pourrait que vous encourager à feuilleter ce petit texte au charme fou.

We are living in a pink submarine

02août

Des Néons sous la mer est un premier roman que l’on feuillette en restant bouche bée…

La présentation de l’auteur, d’abord, est on ne peut plus alambiquée – « … depuis sa plus tendre majorité, il écrit masqué sous son vrai nom » peut-on lire en exergue du roman -, la mise en page bien audacieuse – comme pour une thèse universitaire, l’auteur emploie tout un système de notes et de chapitres mais d’une manière bien farfelue, et il se permet aussi plusieurs ratures -, et le tout est servi par une couverture qui n’est pas sans rappeler les romans de science-fiction de seconde catégorie…

Un OVNI littéraire, quoi…

Et oui, il s’agit bien de cela ; d’autant que le sujet du roman est des plus étonnants : imaginez qu’une loi soit instituée pour la réouverture des maisons closes et que, du coup, on assiste à la réhabilitation de différents biens de l’Etat pour leur transformation en lupanars…

Alors dépravation, explosion de tous les vices, perte du sens moral ? Que nenni ! Tout se passe franchement plus simplement : les prostituées sont heureuses de se fixer à un endroit, les clients ravis et l’économie nationale s’en porte mieux!

On va suivre le quotidien de l’Olaimp, un sous-marin exploité en joyeux bordel sur la baie de Paimpol. Le narrateur, un jeune homme devenu employé aux vestiaires un peu par hasard, se lance ainsi dans la description du lieu, de son histoire, et des différentes prostituées qui l’habitent, tout en nous dévoilant des bribes de sa vie à lui, ses parties de babyfoot endiablées, ses soirées arrosées et ses rencontres amoureuses.

Les lecteurs qui s’attentent à des scènes érotiques croustillantes seront déçus ; il n’est pas question ici de descriptions d’ébats amoureux mais bien plutôt d’humour, d’anticipation, de pseudo érudition, de satire de moeurs et de poésie aussi. Et Frédéric Ciriez est très doué pour tout cela !

Quand les opposés s’attirent

21mai

main de dieu

Voila un premier roman construit comme une petite bombe : le texte est court, dense, presque explosif.

L’histoire a pour toile de fond le Liban. On suit une jeune fille de 15 ans effrontée, qui n’a peur de rien, ni de la guerre, ni des bombes, ni de ses tantes qui veulent la marier. Sa mère, une Française, les a quittés pour suivre son amant en France. Coincée entre ses tantes traditionalistes et cette France lointaine rêvée, tiraillée entre deux cultures, l’héroïne a choisi comme échappatoire de foncer tête la première, de porter un pantalon militaire sous sa robe et de braver les interdits.

C’est ainsi qu’elle fait la rencontre d’un homme, pseudo reporter, avec qui elle fait l’amour, avec qui, aussi, elle apprend le maniement des armes. Grand amour ou manipulation? Qu’importe, la jeune fille souhaite vivre tout et jusqu’au bout.

Roman de la guerre, mais aussi de l’enfance et du premier amour – il y a quelque chose de Duras et de l’Amant dans ce texte -, La main de Dieu dérange autant qu’il fascine, et ne pourra laisser aucun lecteur indemne.

Wild Alaska

08jan

sukkwan21.jpg

C’est au plus profond des eaux glacées de l’Alaska que le lecteur plonge dès l’ouverture de ce premier roman au titre presque imprononçable, Sukkwan Island, du nom de l’île en question sur laquelle échoue (non, pardon… accoste) un jour de juin Jim et son fils de treize ans, Roy. S’il s’agit d’une chance pour ces deux personnages jusque là plutôt étrangers l’un à l’autre (Roy vivait jusque là confortablement en Californie avec sa mère et sa soeur et son père a démissionné de son côté pour vivre un an avec lui), tous deux vont apprendre à se découvrir en totale autarcie au sein d’une nature sauvage mais qu’ils apprivoisent peu à peu, à l’instar de leur « nature » respective. Chasse, pêche et aménagement de leur cabane sont au programme de leurs premières semaines car ce retour à la bonne mère/ terre vierge a des airs de paradis perdu bien que le lieu soit d’abord le repaire d’ours qui n’hésitent pas à piller les réserves de nourriture de nos deux Robinson qui vont se révéler l’un (à) l’autre dans leur complicité et leurs failles.

Pourtant, le réel danger rôde ailleurs, et nous y sommes menés comme hypnotisés par l’efficacité narrative de ce premier roman de l’américain David Vann paru pour cette rentrée littéraire du début 2010 aux éditions Gallmeister (collection « nature writing« ).Sans éventer le secret totalement imprévisible qui constitue le coeur de ce magnifique récit et fait voler en éclats le mythe américain  en une expérience fascinante aux accents de roman noir, sachez que vous ne ressortirez pas indemne de ce dépaysement initiatique en Alaska vers les tréfonds de l’âme qui vaut véritablement l’aventure, méritant la comparaison avec La Route de Cormac McCarthy.

 

« The beauty and the beast »

30juil

« Dans cet autoportrait, j’essaie autre chose. Je tente de regarder le monde jusqu’à ce qu’il révèle sa beauté même si l’opération est étrangement utopique.  J’établis le théorème d’Almodovar : il suffit de regarder assez longtemps pour transformer l’horreur en beauté. »

 

le théoreme d'AlmodovarVoilà un premier roman bien étonnant, Le Théorème d’Almodovar, une intrigue digne justement d’un des plus beaux scénarios du cinéaste.

 

Antoni Casas Ros, l’auteur, se met ici en scène en jeune homme solitaire au visage défiguré suite à un tragique accident de voiture, accident  qui lui a aussi ravi son amour de jeunesse. Reclus à Barcelone,  il  décide de se consacrer à l’écriture d’un scénario tiré de sa propre histoire. Au détour de ses travaux d’écriture, Antoni fait des rencontres on ne peut plus inattendues : sa route croise celle du fameux cinéaste Almodovar, d’un transsexuel nommé Lisa aussi, et d’un cerf  qui se laisse docilement apprivoiser.

 

Nous voici ainsi plongés dans une atmosphère onirique où les corps sont en apesanteur et où les esprits vagabondent…

Parallèlement, l’auteur joue entre réalité et fiction. On ne sait pas si son visage est défiguré comme celui de son personnage. Il précise simplement sur la quatrième de couverture que les faits décrits ici sont purement imaginaires; une façon pour l’auteur de nous prouver que la frontière entre rêve et réalité et bien ténue… Le Théorème d’Almodovar se lit donc comme une belle invitation au voyage intérieur.

Antoni Casas Ros est également l’auteur de Mort au romantisme, un recueil de nouvelles paru aux éditions Gallimard en mars 2009.

mort aux C…

03mar

mort-aux-cons.jpgVoilà bien un titre qui a fait une entrée fracassante dans notre rayon poches !

Dès sa parution, l’ouvrage d’Aderhold caracolait en tête des ventes, sans même que l’un de nous ne le conseille ou que la presse en parle. Son succès, on peut l’affirmer sans trop se tromper, l’auteur de ce roman le doit à son titre : Mort aux cons

Et rassurez-vous – ou offusquez-vous, c’est selon – l’histoire est à la mesure de son titre : provocatrice,  politiquement incorrecte et diablement drôle !

Le personnage principal de ce roman pamphlet a tout d’un antihéros:  intolérant, de mauvaise foi, mais aussi doté d’un sens critique aiguisé. C’est qu’il a décidé de faire la peau à tous ceux qui lui empoisonnent l’existence. Il commence par les animaux de compagnie mais s’en prend très vite aux hommes… Et tout le monde y passe ! De la concierge intrusive, à l’adolescent adepte du tapage nocturne, en passant par le couple pingre à l’affut de chaque promotion…. Passés les premiers meurtres d’humeur, notre héros s’investit lui-même d’une mission de grande ampleur :  débarrasser le monde de ces êtres indésirables. Et il n’est pas au bout de ses peines, car, comme le dit l’adage, on est tous le con de quelqu’un !

On rit beaucoup, si on aime l’humour noir évidemment, et on sort de ce roman totalement bluffé par cette attaque contre le conformisme ambiant .

Aderhold signe ici son premier roman. Jusqu’où ira-t-il dans son prochain écrit  ?

Une enfance sous Franco

30jan

mercedes deambrosisMilagrosa est une petite fille soumise, éteinte, volontairement discrète. Comment pourrait-il en être autrement alors que Carmen, sa mère, toute puissante, règne en maître sur toute la maisonnée. Toujours au bord de l’apoplexie, cette maîtresse femme captive l’attention de tous : par la force de ses cris, la hauteur de son verbe et un despotisme assumé qui lui est comme une seconde nature. Dans la famille, il y a aussi le père, grand fumeur de cigarettes malodorantes dont la petite Milagrosa hume les fumées comme des signes de la présence d’un père totalement évanescent et fuyant, la tante, quasi-esclave de sa sœur qui l’exploite sans vergogne puisqu’elle a eu « la charité » de la recueillir après un veuvage prématuré, le neveu, recueilli du même coup avec sa pauvre mère et la grand-mère, petite vieille discrète elle aussi, peu prompte à essuyer les colères tonitruantes de sa fille.

Inconditionnelle du Caudillo, Carmen applique à sa famille les préceptes du régime et fait régner la terreur avec un but ultime, un rêve secret qui ne demande qu’à se réaliser : montrer aux yeux du monde sa toute puissance  en  choisissant pour sa fille unique le plus beau des partis.

Mais un premier grain de sable se glisse dans sa parfaite conception de l’ascenseur social : Milagrosa est disgracieuse, sans charme, maladroite, sans atout…Cette prise de conscience accablante pour l’orgueil d’une mère telle que Carmen n’est en outre que le début de ses soucis. Une inattendue histoire d’héritage va mettre le feu aux poudres et précipiter les événements…

Milagrosa, premier roman de Mercedes Deambrosis paru en grand format aux éditions Dire en 1999 est un roman à la fois cruel et drôlissime. Comment se construire sous la férule d’une telle matrone, comment s’épanouir quand l’image de soi que vous renvoie votre propre mère est aussi terne ? Les face-à-face mère/fille sont d’une violence – verbale – formidable mais traduits par des dialogues d’une telle vivacité que l’on ne peut s’empêcher d’en rire aussi très souvent. Cette mère vitupérante autant qu’excessive restera comme un modèle du genre !

Le talent de Mercedes Deambrosis est d’avoir réussi à peindre cette famille espagnole dans son quotidien pour mieux dire l’étouffement d’un peuple tout entier. L’histoire de l’Espagne est souvent au cœur des romans de cette romancière française née à Madrid : de La promenade des délices, splendide recueil de nouvelles consacrées à la guerre civile espagnole à son dernier roman Juste pour le plaisir qui plonge dans toutes les horreurs de la seconde guerre mondiale avec son cortège de lâches, de salauds et de petites gens ballottés par l’Histoire.

Milagrosa n’est pas un roman historique mais bien plus une parabole, à la croisée de l’intime et du politique, de la petite et de la grande Histoire et tout autant l’histoire d’un amour raté entre une mère et sa fille, l’histoire d’une défaite en même temps que naît la révolte.

Jours sans faim

27jan

delphine.gifVous avez sans doute entendu parler de Delphine de Vigan, l’auteur de No et moi. D’ailleurs, vous avez sans doute lu et aimé No et moi. On sait moins que l’auteur a commencé à écrire sous le pseudonyme de Lou Delvig. Jours sans faim, son premier roman justement,vient de reparaître aux éditions J’ai lu. Et pour les fans, sachez qu’il s’agit d’un texte troublant de justesse et de sobriété.

C’est l’histoire de Laure, 19 ans, qui souffre d’anorexie. Le roman évoque les 3 mois d’hospitalisation de la jeune fille, ses souffrances, la pression des infirmières, la quasi inexistence des parents, mais aussi la rencontre décisive avec un médecin qui va tenter de la ramener à la vie.

Souvent évoqué dans les récits de vie -on pense à Justine Ce matin j’ai décidé d’arrêter de manger, Petite de Brisac, Le Pavillon des enfants fous de Valère-, l’anorexie reste un sujet pour le moins sensible qui est rarement mis en scène dans la littérature contemporaine.

Delphine de Vigan parvient heureusement à éviter les clichés. Les phrases sont simples, le ton est sincère et juste, au point qu’on peut soupçonner certains accents autobiographiques dans le texte.

L’auteur avoue à ce propos que si elle s’est inspirée de sa propre expérience, elle a mis un certain temps à pouvoir écrire sur ce sujet, trouver la distance nécessaire, la justesse du ton.

Car Jours sans faim n’est pas un témoignage, mais bien un texte littéraire. Delphine de Vigan confie d’ailleurs à ce sujet qu’elle a souhaité traiter de l’anorexie comme un thème littéraire à part entière, au même titre que la passion amoureuse, la jalousie, ou bien la mort. Et elle y parvient avec brio.

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