Archives de la catégorie “Frais comme un gardon”

“Verdun mon amour”…

19nov

virginie.jpgOn parle beaucoup aujourd’hui de l’anniversaire de la Grande Guerre 14-18. Toutes ces vies qu’on abandonne célèbre lui aussi à sa manière cette période trouble et tragique de notre Histoire. L’auteur, Virginie Ollagnier, s’attache plus précisément à évoquer l’année 1918, marquée par le retour des poilus, ces “gueules cassées”, terme dont le sens est à prendre au propre comme au figuré évidemment, les blessures psychologiques n’étant pas des moindres en effet.

Nous allons suivre Claire, une jeune femme de caractère dotée de pas mal d’humour, une infirmière sur le point de prononcer ses voeux de religieuse. C’est dans un hôpital psychiatrique qu’elle a décidé de mettre à l’épreuve son existence. Elle va y faire la rencontre d’un soldat souffrant d’un traumatisme bien particulier puisqu’il semble ne pas vouloir se réveiller, catatonique, immobile, impossible à percer. Claire va décider de s’impliquer corps et âme pour le rétablissement de cet homme dont elle ne sait rien mais qu’elle sent susceptible de lui révéler quelque chose d’elle-même et des autres.

Dans ce premier roman édité à l’origine chez Liana Lévi, Virginie Ollagnier nous parle avec beaucoup de pudeur et de sensibilité du chagrin et de la douleur qui ont frappé tant d’hommes et de femmes à cette époque. Elle dresse aussi le portrait d’une grande héroïne vraiment attachante, qui n’a de cesse de remettre en question son existence comme le monde qui l’entoure. Peinture très réaliste d’une époque -l’auteur a effectué des recherches d’archives minutieuses concernant la médecine et la psychiatrie-, Toutes ces vies qu’on abandonne est aussi, et avant tout, un très bon roman et une histoire d’amour à vous donner le frisson…

Lettre aux amours perdues

02oct

roi-bis.jpgLa couverture et le titre de ce petit poche sorti tout récemment sont bien trompeurs.

En effet, l’histoire du Roi d’Afghanistan ne nous a pas marié ne se résume pas à une romantique et stérile histoire d’amour et la narratrice n’a rien d’une nymphette. Vous ne connaissez sans doute pas Ingrid Thobois. Cette toute jeune romancière de 28 ans a passé plusieurs années à l’étranger, entre missions humanitaires et baroudes. Pour nos lecteurs passionnés de récits de voyage, sachez que, grande admiratrice de Bouvier, l’auteur a passé un an de nomadisme sur les traces de l’Usage du monde.

Plutôt que de vous faire un long discours élégiaque, nous vous proposons de partager quelques extraits de cette invitation au voyage poétique.

A vous de juger…

voiture_bouvier.jpg

Certains pays vous refoulent, vous brassent puis vous aspirent avec la même opiniâtreté qu’une lame de fond avant de

vous rejeter sans une seule explication. Et s’il vous prend l’audace de vouloir vous y rendre, leurs frontières se dressent, sûres d’elles et inviolables. Tel est l’Afghanistan.

l’Afghanistan est sec comme les poignets des vieillards qui surveillent les rues. Comme un corps d’homme bien fait, aussi. Sa beauté n’a d’égal que sa pudeur et sa violence.

Qui dit Hommes, langues, terres, dit frontières, auxquelles les uns se résignent lorsque d’autres cherchent le moyen de les franchir. Une frontière, on se fait une idée de ce qu’il y a derrière, on sait un peu ce qu’il y a avant.

La nuit commençait à blanchir et ma cigarette avait le gout des toutes premières que l’on crapote avec l’orgueil d’une jeunesse inexpugnable.

ECRIRE: cela a quelque chose à voir avec la pratique d’un sport, une heure de natation en plein hiver dans le bassin extérieur d’une piscine en Normandie. on ne tient pas une plume comme on s’empare d’une bêche, mais on a mal aux reins comme un déménageur.

Ingrid Thobois a publié depuis un autre roman, L’Ange anatomique aux éditions Phébus

Stéphanie et Emilie

La Robe…

08sept

frais comme gardonAttention, La Robe est véritablement un chef-d’œuvre de premier roman.

Il s’agit d’un texte court, mais d’une extrême densité. A sa lecture, on pense à Schnitzler, ou encore aux Diaboliques de Barbey d’Aurevilly. Tant par la forme que par le fond - l’histoire possède de multiples rebondissements-, La Robe apparaît comme un texte à la fois profond et singulier.

Dans un pays sans nom - on pense à l’Allemagne ou à l’Europe de l’Est- et à une époque incertaine -l’action se passerait vraisemblablement fin XIXe ou début XXe-, un jeune officier issu de la noblesse mène une carrière militaire tranquille et sans histoire. Au cours d’une des fréquentes soirées paillardes auxquelles il participe, il fait une rencontre qui va complètement changer le cours de son destin.

Il s’agit de Rosetta, une belle et pulpeuse italienne, qui exerce immédiatement sur lui une étrange fascination. C’est auprès de cette mystérieuse femme et de son acolyte, Hermann, un homme aux moeurs bien étranges, que notre officier va totalement remettre en question son existence et son identité. De Rosetta à « la robe », l’objet de fantasme par excellence, il n’y a qu’un pas.

Le roman se lit comme un conte philosophique. L’unité de temps et de lieu sont floues finalement, et le symbolisme prend vite le pas sur le réalisme. Le roman aborde une très belle réflexion sur le thème de la rencontre, « un des événements auxquels on ne peut accorder aucune place, qui restent en soi comme des lignes infranchissables ». Par extension, le texte nous amène à nous interroger sur le rapport à l’autre, au différent, et sur toute la part de désirs et de fantasmes que cet autre suscite. Il est à ce propos tout à fait possible d’envisager une lecture psychanalytique du roman. Riche et foisonnant, La Robe s’impose comme un véritable objet littéraire hors norme dans cette rentrée littéraire en poche.

“Quand l’empereur était dieu”….

21août

peche OtsukaUn immense coup de cœur pour ce premier roman signé Julie Otsuka: Quand l’empereur était Dieu

L’auteur s’est ici inspiré de son histoire familiale pour nous livrer un récit tout en finesse. Elle nous parle d’une époque de l’Histoire des Etats-Unis que les romanciers ont jusque là très peu évoquée, celle de la période qui a suivi l’attaque de Pearl Harbour, et qui a contraint des milliers de citoyens américains d’origine japonaise à fuir le pays.

 

L’action débute à Berkley en Californie. Alors que le père de famille est arrêté au petit matin, en pantoufles et peignoir, le reste de la famille est sommé de fuir quelques mois plus tard. Déportés dans l’Utah en plein désert, la mère et les deux enfants vont passer trois ans durant dans des baraquements envahis par le sable. Des mois à vivre dans l’ennui et dans l’attente. Chacun vit la difficulté de la situation à sa manière. Julie Otsuka insiste sur les petits détails du quotidien qui permettent aux personnages de « tenir le coup » : la minutie avec laquelle la mère prépare leur départ, les rituels superstitieux du jeune frère pour tenter de garder la vie sauve à son père, le sable qu’on ne cesse de balayer et qui s’insinue partout.

 

L’auteur n’a pas souhaité donner de noms à ses personnages. Et c’est peut être aussi ce qui leur donne autant une dimension universelle. Leur témoignage, sans pathos ni apitoiement, résonne en nous de manière très forte. Le drame personnel est ainsi lié à l’Histoire collective. Le roman se lit comme une très fine réflexion sur le devoir de mémoire.

Dans la rubrique “Frais comme un gardon”, Bright lights Big City

19juin

peche mc inerneyUn premier roman pas comme les autres puisqu’il s’agit du premier texte écrit par l’éminent Jay Mc Inerney…

Paru pour la première fois en 1987 chez Livre de Poche sous le titre “Journal d’un oiseau de nuit”, il était épuisé depuis un certain temps. Nous sommes donc ravis que les éditions Points, par l’intermédiaire de leur très jolie collection “Signatures”, réédite ce roman à la “patine eighties”.

McInerney narre la lente mais inéluctable descente aux enfers d’un jeune homme dans le New York des années 80. Tout juste quitté par sa femme, notre héros perd les pédales. Et ce n’est pas son emploi -on ne peut plus ennuyeux- de vérificateur des faits dans un magazine prestigieux qui parvient à lui tenir la tête hors de l’eau… On assiste donc à son errance dans la ville, de discothèques en bars glauques, ponctuée par des abus d’alcools et de drogues en tous genres. Il ne lui reste rien, si ce n’est sa passion pour l’écriture. La littérature ne sera malheureusement pas son ultime échappatoire, puisque notre héros souffre de l’angoisse de la page blanche…

Nous voila donc plongés dans un New York mythique où les artistes underground peuplent l’East village et où la prise de cocaïne dans les toilettes des bars est une pratique très répandue. McInerney cherche évidemment à dénoncer toute la vacuité du glamour et des paillettes propre au monde de la nuit. Il confie d’ailleurs qu’il a souhaité “avancer une modeste critique d’un temps où un acteur est président, où on demande leurs opinions aux top models et où aller dans un night club est vu comme une réussite significative.”

Avec une grande liberté de ton, une certaine fraicheur dans le style et beaucoup de notes d’humour, Mc Inerney nous entraine dans un univers décalé et désenchanté. Il campe aussi un personnage de looser magnifique.

Le roman rencontra un très gros succès lors de sa sortie et fut même adapté au cinéma avec M.J. Fox. Il a surtout inspiré toute une génération d’auteurs comme Bret Easton Ellis ou Hunter S. Thompson avec des romans comme Moins que zéro ou Las Vegas parano. Si vous n’avez jamais lu Mc Inerney, Bright lights big city est une formidable façon d’aborder l’œuvre de cette figure majeure de la littérature américaine contemporaine.

Dans la rubrique “frais comme un gardon”

16mai

frais comme un gardon LE PERE DE LA PETITE de MARIE SIZUN.

On peut dire que la “pêche aux bons romans” de ce mois d’avril a été on ne peut plus fructueuse dans notre rayon poche. En ce qui concerne les premiers romans, Le père de la petite de Marie Sizun (dans la collection Arléa poche) est une des plus belles découvertes de ce printemps…

1944 à Paris. France, enfant au prénom bien encombrant pour l’époque, a quatre ans et vit seule avec une mère plutôt fantasque qu’elle aime plus que tout. Heureuse et aimée, la guerre lui semble bien abstraite, tout comme ce “petit papa qui reviendra bientôt ” qu’elle n’a jamais connu.

A la veille de la Libération, le retour de ce père vient marquer un réel bouleversement dans le quotidien de France. Il est alors question de vie à trois, de partager cette mère tant aimée et de la difficulté de tisser des liens avec un père qui ne la connait pas.

Aux yeux de cet enfant de quatre ans, la réconciliation avec cet homme ne peut passer que par la divulgation d’un secret, la transgression d’un interdit. Avec une écriture simple et un style incisif, Marie Sizun pose l’épineuse question de la place et du rôle qu’un père peut occuper face à son enfant.

Pour les lecteurs que la notion de filiation intéresse, sachez qu’il existe beaucoup d’autres romans tout aussi subtils et touchants qui explorent ce sujet. retenons par exemple :

Encore une nuit de merde dans cette de ville pourrie de Nick Flynn (Folio) qui narre la difficile relation entre l’auteur et son père sans abri ;

L’invention du père d’Arnaud Cathrine (Points) où la quête du père engendre une quête de soi même ;

Mon père d’Eliette Abecassis (Livre de poche) qui met en scène une femme dépressive qui réexplore son passé et sa relation avec son père.

Nous vous recommandons aussi évidemment la lecture de certains classiques comme La lettre au père de Kafka, La Nuit de Wiesel, ou encore le très célèbre Père Goriot de Balzac. Un des formidables intérêts de la lecture n’est-il pas qu’elle crée des passerelles entre les textes et les époques, qu’elle invite à lire et relire encore…

Frais comme un gardon…

26avr

Couverture Le passage à niveauOu l’arrivée d’un nouveau roman dans le grand bassin des poches.

 

L’idée ici est de vous parler de premiers romans qui viennent juste d’être publiés en format poche. Quoi de plus enrichissant de partager avec nos internautes tout l’enthousiasme qui se propage au sein de l’équipe poche lors de l’arrivée de romans d’écrivains inconnus ?…

Nous vous invitons donc à partir à la pêche aux nouveautés avec nous et à savourer les meilleurs prises!

Pour inaugurer cette chronique, nous avons choisi de vous parler de Passage à niveau, un roman d’un auteur tout à fait prometteur et au nom on ne peut plus prédestiné, puisqu’il s’appelle Philippe Routier.

“On dénombre en France 16997 passages à niveau. 2% placés sur les routes nationales; 28% sur les départementales; 70% sur les communales. 1905 passages à niveau sont gardés; 11085 à signalisation automatique lumineuse; 4169 avec croix de Saint-André. 38 personnes tuées en 2004.”

“Dans la forêt de Retz, le passage à niveau 515 attend placidement l’accident.” L’homme aux commandes de la locomotive se nomme Guillaume. Fasciné par le monde des rails depuis l’enfance, Guillaume a travaillé en tant qu’aiguilleur pendant 10 ans et vient tout juste de réussir l’examen de conducteur. C’est sa compagne, Alice, qui a insisté pour cette reconversion, prétextant que cet emploi améliorerait leur rythme de vie, jusqu’alors réglé par les 3/8 de Guillaume, les insomnies fréquentes et une mauvaise humeur ambiante. Un nouveau travail pour prendre un nouveau départ, donner un autre élan à leur vie de couple. Ce changement professionnel leur sera fatal. La collision dans la forêt de Retz va marquer un point de non retour entre Alice et Guillaume mais va surtout briser la vie de 3 personnes.

Le roman se place d’emblée sous le signe du tragique. La résolution des circonstances importe peu ; l’auteur s’attache surtout à rendre palpable l’ambiance dans laquelle évolue les personnages. L’action se déroule en région parisienne. L’auteur dresse un portrait hyper réaliste des banlieues modestes pour décrire la misère sociale et affective de ses habitants. Chacun des protagoniste est englué dans une situation difficile, bloqué dans une impasse de laquelle il faut se sortir coûte que coûte. L’accident va bouleverser leur existence, marquer une rupture, le passage étant “la suture entre deux chemins, le lieu où deux époques se délimitent.”

Le monde du rail est omniprésent dans le récit. Il évoque la mécanisation, la modernité mais il renvoie aussi à une certaine nostalgie d’un passé révolu, à l’image des trains électriques de l’enfance. Philippe Routier signe un premier roman tout en nuances, à la fois réaliste et onirique, où la psychologie des personnage est remarquablement bien décrite. Alors embarquez sans retard…

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