Archives de la catégorie “Hors les murs”

La poste Ohl là

18nov

Il n’est pas de courrier pour nous plus étonnant, plus revigorant, plus stupéfiant parfois aussi que ceux que nous adresse de temps à autre le seul, l’unique Michel Ohl, auteur inclassé qui pratique l’art postal comme d’autres la mélodie et fait l’honneur à quelques récipiendaires de sa prose alambiquée, distillée au coeur de son cerveau bercé de ses épiphanies incessantes. Nous nous permettons, pour une fois, d’en faire profiter les visiteurs de notre blog en reproduisant ce qui ne pourrait être tapuscrit. Nous nous garderons bien de gloser sur ce diptyque dont la drôlerie et l’insolence se passent de commentaires. Et avec l’espoir que cette apparition sur internet ne nous privera pas d’autres instants de réjouissances ohliennes.

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De la musique avant toute chose

17nov

PartitionDans le cadre du Tour de France des écrivains européens1, Felipe Hernandez est venu nous parler de son dernier livre traduit en français, La partition, un roman paru aux Editions Verdier en août dernier. Cette rencontre a donné l’occasion à cet auteur catalanophone, mais qui a élu le castillan comme langue d’écriture, de revenir sur l’ensemble de son oeuvre. Il était accompagné de son traducteur et ami Dominique Blanc ; tous deux formaient un duo des plus sympathiques dont l’accent (l’un espagnol - Fernandez a fait l’effort de s’exprimer en français du début jusqu’à la fin - et l’autre toulousain) avait tout pour séduire les oreilles sensibles à une certaine forme de musicalité.

 

Au moment où s’ouvre La partition, le jeune José Medir, musicien et compositeur de son état, gagne sa vie en dispensant des cours à des jeunes filles issues de milieux bourgeois. Il va cependant être contacté par le directeur de l’Auditorium, un certain Ricardo Nubla, pour une commande très particulière. En effet, celui-ci lui demande ni plus ni moins de traduire son âme en musique ! Perturbé par cette requête, José tente de se dérober, mais en vain : il va devoir relever cet incroyable défi. Telle est la trame d’un roman qui est tout à la fois le pendant musical du Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde2, un tableau de l’Espagne actuelle, une réflexion philosophique sur la condition de l’Homme, et une illustration de la dialectique hegelienne du maître et de l’esclave, le tout dans une langue qui ne manque ni de poésie, ni de raffinement. On peut gager qu’il ravira les amateurs de romans littéraires de qualité !

 

Outre une oeuvre de jeunesse qu’il refuse pour l’instant de faire traduire - Naturaleza, écrit à l’âge de 25 ans - ses trois romans forment ce que Dominique Blanc a appelé un tryptique. Il s’agit de La deuda en 1998 (La dette, Verdier 2003), La partitura en 1999 (La partition, Verdier 2008) et Eden en 2000 (Eden, Verdier 2004). Comme vous avez dû le constater si vous êtes un lecteur attentif, l’ordre de traduction de ces trois romans ne respecte pas leur ordre de parution en Espagne. En effet, La partition n’est pas le dernier roman de Felipe Hernandez, mais bien son avant-dernier. De quel genre de tryptique peut-il bien s’agir pour que l’ordre de lecture des romans  qui le composent n’ait aucune espèce d’influence sur leur compréhension ? En fait, il n’existe entre La dette, La partition et Eden, aucune unité d’intrigues, de personnages, de lieux, ni même de temps ! Cela ne les empêche guère de constituer un ensemble traversé par le même lien thématique : on retrouve au sein de chacun d’entre eux cette même notion de dette, ainsi que l’inversion du rapport de force initial entre un être dominant et un autre dominé, à l’image du combat de Job, dans l’Ancien Testament. La Bible est d’ailleurs très présente dans l’oeuvre de Felipe Hernandez, qui se remémore en plaisantant un vieux rêve de jeunesse : enfant, il s’imaginait en écrire la suite… A l’image de la plupart des écrivains de la péninsule ibérique, il a été également très influencé par les grands noms de la scène littéraire latino-américaine, comme un Gabriel Garcia Marquez3 ou un Juan Rulfo4.

 

Enfin, l’auteur a partagé avec nous sa conception de la littérature et du rôle de l’écrivain. En un mot, pour avoir une chance de laisser une empreinte dans l’histoire des Lettres, les romanciers doivent être des visionnaires. Un bon roman ne doit pas être seulement bien écrit et divertissant, il doit être engagé d’une forme ou d’une autre et amener son lecteur à réfléchir. Maintenant, à vous de déterminer si Felipe Hernandez a relevé le défi !


1 Ce tour de France permet à une vingtaine d’auteurs (notamment Vassili Alexakis, Marcello Fois, Imre Kertèsz, Claudio Magris, Colum McCann, Ian McEwan, Boris Pahor, ou encore Gonçalo Tavares) de venir à la rencontre des lecteurs de l’hexagone entre les mois d’octobre et de décembre de cette année.

2 Il s’agit dans les deux cas d’étancher la soif d’immortalité des hommes. Pour autant, cette comparaison a ses limites dans la mesure où la fonction du tableau imaginé par Wilde est de disparaître alors que l’homme pourra continuer à vivre, tandis que la partition d’Hernandez, plus réaliste, ne remet pas fondamentalement en question la mortalité de l’humain. Il s’agit donc plutôt d’une belle mise en abyme de l’idéal de l’écrivain en tant que créateur.

3 Né en Colombie en 1927, cet écrivain majeur (lauréat du Prix Nobel de littérature en 1982) est l’auteur d’une vingtaine de romans et nouvelles, dont Cent ans de solitude, et L’amour aux temps du choléra, qui a fait l’objet d’une adaptation cinématographique sous l’égide de Mike Newell en 2007.

4 Le nom de cet écrivain mexicain (1917-1986) est essentiellement attaché au superbe roman intitulé Pedro Pàramo.

 

 

 

 

 

 

 

Kafka à Bordeaux

27oct

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                                  Peu d’écrivains comme Kafka ont été autant traduits, rares sont les occasions d’entendre deux de ses éminents traducteurs qui ont reçu  tôt dans leur vie l’empreinte indéfectible de ce “mythe” dont l’oeuvre possède encore intacte le mystère de ce “vertige d’être” auquel sa (re)lecture invite à chaque reprise.

C’est donc à l’occasion d’une rencontre inédite autour de l’auteur tchèque de langue allemande que la Bibliothèque de Bordeaux, en partenariat avec le Goethe-Institut, a convié pour sa soirée d’inauguration Georges-Arthur Goldschmidt et Bernard Lortholary afin de réouvrir le dialogue infini sur leur propre travail de “Kafka-pratiquants” tel que ce dernier se définit lui-même.

Si le nom de ces deux traducteurs n’évoque rien pour vous, recherchez dans votre bibliothèque vos exemplaires du Procès, Le Chateau, La Métamorphose… De même, sachez que les deux plus grands succès et plaisirs accordés par la littérature allemande contemporaine en France, soit Le Parfum de Patrick Süskind et Le liseur de Bernard Schlink sont redevables du travail de Bernard Lortholary qui a de même traduit tout ou partie des oeuvres de Thomas Bernhard, Urs Widmer, Günter Grass, Goethe, Robert Walser

Vous prenez ainsi peut-être connaissance de l’identité de ceux qui nous ont permis de lire pour la première fois Kafka, comme s’y sont précédemment penché les illustres Alexandre Vialatte, Pierre Klossowsky, Pierre Leyris, Marthe Robert, Clara Malraux… ainsi qu’un Bordelais quasiment inconnu qui a traduit Au Bagne (soit La colonie pénitentiaire), Jean Carrive, auquel la Bibliothèque rend hommage avec de multiples manifestations : une lecture très juste de ce texte puissant (à la suite de la conférence Goldschmidt/Lortholary) invitant à se rendre à l’ exposition où on peut découvrir sa vie (1905-1963) : sa jeunesse surréaliste, son mariage avec la germaniste (qui a formé des générations de professeurs et traducteurs bordelais dont Sibylle Muller, modératrice de la rencontre) et juive allemande Charlotte avec laquelle il passera sa vie au domaine de la Girarde près de Sainte Foy la Grande. Ils furent résistants jusque dans l’exercice même de la traduction car c’est au péril de sa vie (ainsi que pour sauver sa femme des persécutions nazies) que Jean Carrive a contribué, au moment le plus noir de la censure (Kafka, en tant qu’auteur juif, fait partie de la liste Otto qui l’interdit en Allemagne, mais également en France), à faire connaître ses textes aux lecteurs français dès son retour d’Allemagne en 1938. Il publiera dans des revues puis chez Gallimard avec La muraille de Chine (co-traduit avec A. Vialatte, 1950) qui signera sa consécration avant de retomber dans l’oubli si ce n’est grâce à l’action conjointe de Jutta Bechstein qui avait, dès 1997, consacré un article qui reparaît à l’Atelier de l’Agneau pour l’occasion (”Kafka à Bordeaux ou La vie de Jean et Charlotte Carrive à la Girarde”) et de Jean-Paul Jacquier qui a réuni les manuscrits de Jean Carrive présentés pour cette exposition-hommage elle-même prolongée par la parution prochaine d’un ouvrage sobrement intitulé  Jean Carrive : Franz Kafka (éditions La Nerthe).

Si pour G.-A. Goldschmidt et B. Lortholary la rencontre avec le texte kafkaïen s’est faite de manière très singulière, ils ont pu affirmer à juste titre que cette découverte avait bouleversé leur vie et éclaire notamment les différences de traductions que soulèvent leurs travaux respectifs. Pour le premier, jeune orphelin allemand protestant réfugié en France dès l’âge de 11 ans (en 1939), le “choc Kafka” a quasiment coïncidé avec une triple prise de conscience (celle de son existence, du “philosophique” et de sa judéité) qui décidera en grande partie de sa vocation autant à traduire, forme d’écriture abandonnée depuis peu (on lui doit Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche en 1972 pour la collection Livre de poche, mais également Adalbert Stifter et son méconnu chef d’oeuvre L’homme sans postérité chez Phébus, sans omettre les traductions françaises pendant trente ans de l’écrivain autrichien Peter Handke) mais également à poursuivre en parallèle un travail d’écrivain, toujours à la confluence du littéraire et du spéculatif, comme dans Le miroir quotidien, Un jardin en Allemagne, La Forêt interrompue et son autobiographie écrite en 1999, La Traversée des fleuves. Cette double activité n’a pas manquée d’être saluée par son confrère français Bernard Lortholary qui lui, a choisi une voie autre de la transmission qu’elle soit dans le retrait de la traduction, de l’enseignement (professeur à la Sorbonne) ou dans l’édition (il fut aussi éditeur chez Gallimard). Pour ce dernier, Kafka fut découvert comme tant d’autres de sa génération grâce aux traductions d’Alexandre Vialatte à partir desquelles il a tenté, dans ses propres traductions, de rendre la langue de l’écrivain tchèque à sa  crudité originelle, trop édulcorée à son goût par son prédécesseur dans les années 1930.

Des problématiques intéressantes furent soulevées à l’occasion de cette rencontre, notamment celle de la place du traducteur face à l’œuvre traduite, surtout en ce qui concerne celle d’une aura aussi imposante que Kafka. Pour les deux spécialistes en présence, il est clair qu’un traducteur, aussi réputé soit-il, ne doit absolument pas se confondre avec un quelconque exégète. Il doit donc se garder de tout commentaire sur le texte ou l’écrivain qu’il sert dans l’ombre, devant humblement se retrancher derrière son travail : en bref, pour reprendre le prosaïsme amusé de Goldschmidt, “le traducteur ne doit pas ramener sa fraise“! Cette position de fidélité et de rigueur absolues se retrouve néanmoins dans deux de ses très beaux textes sur Kafka qu’il ne s’est autorisé à faire paraître qu’après l’arrêt de son travail de traducteur, soit la fin du Poing dans la bouche ainsi que Celui qu’on cherche habite juste à côté (selon une phrase de Kafka lui-même) aux éditions Verdier. De même, je ne saurais que vous recommander la lecture de ses récents entretiens dans Un enfant aux cheveux gris (CNRS éditions, 2008) qui restitue son parcours (il a 80 ans) et son statut d’écrivain-traducteur. Il revient longuement sur ses années de formation et nous parle avec une lucidité intacte de sa découverte sensuelle de la littérature (voir le passage sur l’influence de sa lecture troublée des Confessions de Rousseau…), expérience tant de l’esprit qu’inscription du corps qui lui fait dire: “Traduire est un acte physique“.

La connivence entre les deux hommes remonte à la traduction simultanée et à leur insu du Procès qui fait dire à G.-A. Goldschmidt, et atténuer quelque peu l’éloge à son confrère : “la traduction de Bernard Lortholary (parue chez Flammarion] est parfaite et élégante, la mienne [parue chez Pocket] paraît lourde, rugueuse“, ce qui a permis de soulever un enjeu important de la différence de la langue allemande (”langue du pouvoir, simple, concrète“) par rapport au français (”qui serait plus pauvre, mais langue de la diplomatie, subtile, juste, abyssale“). Mais ces deux spécialistes s’accordent sur la singularité de la langue kafkaïenne à la fois limpide et complexe (à la manière d’un bloc de cristal pur, transparent et extrêmement dense), raison qui justifie non seulement la multiplicité existante des traductions de cet écrivain mais qui renvoie également à la pluralité des interprétations de ses paraboles. Au-delà de l’enfermement discutable dans une lecture symbolique (Kafka comme prophète d’une littérature “concentrationnaire”), son énonciation tout autant que ses textes nous renvoient à l’impuissance à dire de toute langue qui se prête tout autant qu’elle résiste à son interprétation.

Et c’est de cette impossiblité même, de ce silence des langues (comme l’avait souligné Maurice Blanchot, mais aussi comme nous le redira bientôt Georges-Arthur Goldshmidt dans son essai à paraître l’année prochaine, A l’insu de Babel) que l’écrivain  peut s’autoriser à enrichir l’étrangeté du monde de sa propre langue-énigme. En cela, chaque écrivain serait (son propre) traducteur en ce que “dans toute langue subsiste une part d’intraduisible” (Un enfant aux cheveux gris).

Afin d’approcher encore aux multiples secrets de l’œuvre de Kafka, vous pouvez vous rendre jusqu’au 15 novembre à l’exposition autour de Jean Carrive au premier étage de la bibliothèque Mériadeck.

Un écureuil au Cervantes

21oct

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C’est certainement dans des moments comme aujourd’hui que l’on apprécie le plus les possibilités d’évasion offertes par la littérature. Une telle affirmation résume en quelques mots l’ambiance qui régnait jeudi dernier dans les salons de l’Institut Cervantes de Bordeaux, lors de la remise du Prix Ecureuil à l’écrivain espagnol José Carlos Llop et à son traducteur Edmond Raillard, pour Le rapport Stein (Ed. Jacqueline Chambon). Animée  par le journaliste et écrivain Olivier Mony, la rencontre a rassemblé entre autres André Limoges (président du comité littéraire), François Audibert (PDG de la Caisse d’Epargne Aquitaine-Poitou Charentes) et l’éditrice Jacqueline Chambon.

L’auteur est évidemment revenu sur la genèse de ce brillant roman d’initiation mais il ne s’est pas attardé sur la question. Croyez-le ou non, il lui a suffi de deux semaines pour composer ce texte très poétique, porté qu’il était par “l’état de grâce” dans lequel il se trouvait. Il nous a  cependant été difficile de glaner davantage d’informations. En effet, J.C. Llop semblait assez peu enclin à parler de lui-même, préférant détourner l’attention en s’attardant sur les écrivains dont l’oeuvre l’a fortement marqué, à l’instar de Llorenç Villalonga, Juan Benett, Enrique Vila-Matas, Javier Marias, Juan Marsé. C’est sans compter l’influence d’un duo de références dont l’association peut sembler pour le moins originale, à savoir La Bible, et les aventures de Tintin*

Cette discrétion n’est certes pas le moindre de ses charmes, mais ceux qui voulaient en savoir plus sur sa prose ont dû attendre l’intervention d’Edmond Raillard et les remarques de Jacqueline Chambon pour que soit abordée la question de cette écriture si particulière, cette “prose très poétique qui tourne en volutes” qui avait séduit les libraires du rayon Littérature**.


* Il dit s’être inspiré de l’une pour son traitement du mystère, et de l’autre pour ses intrigues et son sens de l’humour.
** Cf. notre blog du 8 avril 2008.

“Lis et traduis ce que tu aimes”

14oct

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Florence DelayIl aura suffi de ces mots extraordinaires, prononcés par le poète René Char qui joignit la parole initiatrice au geste (en lui offrant les Obras completas de Garcia Lorca dans la première édition espagnole Aguilar, qui venait de paraître en 1955-1956) pour décider de sa vie. Florence Delay ne pouvait certes les oublier ni se départir de ce précieux don, comme si cette formule recélait encore quelque pouvoir magique. C’est cet adoubement prophét(h)ique parmi l’Espagne, ses poètes et son verbe que la romancière (traductrice, essayiste et dramaturge) a conté à un auditoire conquis qui venait l’écouter ce jeudi après-midi à l’occasion de l’inauguration des espagnoles à l’Institut Cervantès de Bordeaux (voir la richesse du programme sur ce blog).

Rencontre avec l’auteur de Mon Espagne or et ciel (Hermann) , mais également évocation dense et vivante, car concrète, de la littérature espagnole à laquelle elle rend hommage tout en restant accessible aux non-initiés, certainement grâce à sa pratique d’enseignante qui lui permet de rendre lisible (et visible!) l’histoire des Lettres de ce pays voisin si proche mais plutôt méconnue, tel l’immense Garcia Lorca en France (dont le Romancero gitano fut rejeté par ses amis surréalistes Bunuel et Dali, puis par Borges comme nous l’apprend le traducteur André Gabastou présent dans la salle)… Une multitude d’anecdotes émaillées d’humour avec une “tendre érudition” selon son interlocuteur journaliste à Sud-Ouest Yves Harté qui correspond parfaitement à l’esprit de cette autobiographie intellectuelle : la parole ne déçoit donc pas la lecture mais y invite au contraire afin de prolonger la connaissance avec l’âme de l’Espagne telle qu’elle anime cette passionnée.

Ainsi, elle nous a offert une approche intime de la littérature espagnole qui nous permet de (re)découvrir des paysages plus ou moins familiers: son amour du théâtre du Siècle d’or avec Calderon et Lope de Vega, son admiration pour Lazarillo de Tormes (grâce auquel elle nous a confiés adorer depuis la saveur des saucisses!), Ramon Gomez de la Serna dont elle a préfacé Seins paru initialement chez André Dimanche (réédité chez Actes Sud- Babel depuis 2006), le metteur en scène argentin Victor Garcia qui n’a pas survécu à son échec de monter les actes sacramentels de Calderon et en hommage duquel elle a écrit L’insuccès de la fêteElle est revenue longuement sur son amour inconditionnel pour José Bergamin (dont elle nous rapporte l’intérêt de ce dernier grâce notamment au rôle de Jeanne d’Arc qu’elle tint à 20 ans dans le film de Robert Bresson), son “maître” qui lui apprit à faire vivre ensemble (”convivir“) les racines du Siècle d’or (XVIIème siècle) avec un sens aigu de la contemporanéité envers laquelle l’académicienne Florence Delay, sévère, juge médiocre la surproduction actuelle…

Si cette venue a certainement aiguisé notre désir de (re)plonger dans les trésors de la littérature espagnole, nous espérons que ces rencontres se prolongeant jusqu’au 23 octobre avec la même Florence Delay (elle referme le festival à la bibliothèque d’Anglet par l’évocation de Bergamin qui finit sa vie en Aquitaine, à Dax précisément) trouveront une résonance au-delà de Bordeaux “ville ibérique”, Yves Harté rappellant que la culture à Bordeaux ne se réduit pas à Mauriac. C’est ainsi que Florence Delay nous a fait part des liens étroits qui ont toujours uni la France et l’Espagne depuis la “fièvre” du Grand Siècle (Corneille, Sorel, Baltazar Gracian qui influença La Rochefoucauld…) jusqu’au XIXème siècle (les voyages des écrivains comme Gautier, l’inscription de l’Espagne dans les drames romantiques de Victor Hugo: Hernani, Ruy Blas…) avant de connaître un certain recul au XXème siècle, voire un oubli qu’on aura réparé grâce au succès de ces espagnoles automnales.

Précisons que la rencontre se poursuit actuellement en salles avec l’américain Woody Allen qui a tourné son dernier film à Barcelone, mais bien sûr en peinture avec l’alléchante exposition Picasso à Paris qui fait elle aussi coexister et dialoguer à sa manière maîtres anciens et modernité.

Une pluie d’émotions

13oct

img_1778.JPG“Je voulais juste écrire un livre”, a-t-il déclaré sur un ton qui se voulait humble et proche de la gêne. L’auteur de La pluie jaune (Ed. Verdier, 1990) était invité à la Médiathèque de Pessac Camponac vendredi dernier dans le cadre des Espagnoles, afin de présenter, avant que n’en soit donné une lecture sur laquelle nous reviendrons, ce roman sublime qui est devenu un véritable “phénomène extralittéraire” à sa sortie dans les années 1980. Et c’est le plus naturellement du monde que Julio Llamazares nous a expliqué, avec le concours de Elvire Gomez-Vidal1, pourquoi La pluie jaune, son deuxième roman, écrit trois ans après Lune de loups, a rencontré un tel succès au moment de sa parution. En effet, alors qu’en France, des auteurs tels que Jean Giono avaient déjà abordé le thème de la disparition de la culture paysanne à cause de l’industrialisation, il créa un précédent de l’autre côté de la frontière. Car tel est bien le sujet de ce chef d’oeuvre de sensibilité et de poésie : la disparition d’un monde, l’abandon, la désolation, l’isolement et la solitude d’un homme dans un village des Pyrénées aragonaises quand tout le monde s’en est allé pour s’installer en ville. Le narrateur nous livre le récit poignant de ce que sont les dix dernières années de sa vie, avec pour seul rempart contre le désespoir et la folie la présence de sa vieille chienne.

Julio Llamazares est revenu sur la genèse de ce texte époustouflant. “Il y a, à l’heure actuelle, quelques 5 000 villages abandonnés en Espagne”, nous signale-t-il. Et c’est en pénétrant dans l’un d’entre eux, Ainielle, dans la province de Huesca, un jour d’automne, qu’il a ressenti le besoin d’écrire afin de partager ce qu’il avait ressenti. Ainielle, un nom qui, grâce à lui, a été sauvé de l’oubli. On ne compte plus les Espagnols qui y ont effectué un pélerinage depuis les années 1980, et à la plus grande stupéfaction de notre écrivain, il y a même une dizaine de petites Espagnoles qui ont été affublées de ce qui semble même être devenu un prénom !…

Pour autant, l’auteur a affirmé que ce roman ainsi que l’ensemble de son oeuvre était déjà contenu dans le premier vers du premier poème de son premier livre - “Tout est aussi lent que la marche d’un boeuf sur la neige”2. Car il est persuadé qu’au fond, “tous les écrivains écrivent toujours le même livre, tout comme les musiciens composent toujours le même morceau ou les peintres peignent toujours le même tableau.” Ce qu’ils font, ce sont bien plutôt “des variations sur un même thème”. On a effectivement dans ce premier opus le thème de la culture paysanne, la neige, et l’importance du temps qui passe. Il ne manque plus que le jaune, qui apparaît toutefois assez rapidement dans le recueil. De toute évidence, il a également été question de l’importance de cette couleur, que l’on retrouve dans l’ensemble de son oeuvre tout comme aucun film d’Almodovar ne fait l’économie de la couleur rouge… Tout en se refusant à donner une signification univoque et définitive, arguant que “le maître d’un livre est avant tout son lecteur et non son auteur”, il explique que cette métaphore de l’invasion sournoise par le jaune, notamment sous forme de pluie, et son association avec la douleur, se sont certainement imposées à son esprit le premier jour où il a mis les pieds à Ainielle, où le sol était jonché de feuilles jaunâtres. Ce peut être également le jaune qui teint les photographies et le papier au fur et à mesure que le temps s’écoule. En tout cas, il n’aurait pu trouver de meilleure maison d’édition française que les Editions Verdier pour mettre autant l’accent sur cette couleur!…

 

La tâche de Martine Amanieu3 et Michel Etchecopar4 n’était donc pas des plus aisées tellement la barre était haut placé. Or c’est avec brio que la comédienne a lu une sélection d’extraits de La pluie jaune tandis que le musicien jouait successivement d’une ribambelle d’instruments qui avaient été au préalable soigneusement disposés sur la scène. L’effet escompté n’a pas tardé à se faire sentir. L’audience était subjuguée par l’originalité et la qualité de cette performance. Ceux qui avaient pu contenir leurs larmes à la lecture de quelque passage à forte charge émotionnelle ne purent y échapper cette fois-ci… L’écrivain, qui n’était apparemment pas sûr de la forme que la lecture allait revêtir, révéla par la suite qu’il avait été à la fois touché et impressionné par ce à quoi il venait d’assister. Je crois qu’un grand merci s’impose…5

 

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1 Professeur d’espagnol à l’Université Michel de Montaigne Bordeaux 3.

2 Premier vers du recuil intitulé La lenteur des boeufs, paru en 1995 aux Editions Fédérop.

3 De la compagnie de l’Âne bleu.

4 Musicien de la province de la Soule (Pays Basque).

5 On a retrouvé Julio Llamazares, Elvire Gomez-Vidal et Martine Amanieu à la Bibliothèque municipale de Bègles le lendemain, samedi 11 octobre, pour une lecture de La lenteur des boeufs.

Les espagnoles

09oct

lettres-du-monde.jpgPour ceux qui ne seraient pas au courant, commence dès aujourd’hui en Aquitaine la quinzaine baptisée “les Espagnoles”. De quoi s’agit-il ? Tout simplement d’un festival itinérant organisé dans le cadre de Lire en fête. Cette manifestation littéraire (mais pas seulement) va alors permettre aux lecteurs de rencontrer une vingtaine de grands noms de la littérature espagnole contemporaine et de la traduction (à partir de cette langue évidemment) se déplacent pour donner des conférences dans divers lieux culturels, avec la collaboration notamment du Centre National du Livre, de la Mairie de Bordeaux et de l’Institut Cervantes, et la participation de la Librairie Mollat.

Voici quelques rendez-vous à ne pas manquer dans la CUB :

- Florence DELAY sera la première invitée de ce festival (cf. notre blog du 8 octobre). L’auteur de Mon Espagne Or et ciel s’exprimera jeudi 9 octobre dès 18h à l’Institut Cervantes.

- Les traducteurs Claude MURCIA1 et Jean-Marie SAINT-LU2 donneront une conférence autour de deux grandes figures du roman moderne espagnol, à savoir Juan BENET et Juan MARSE. Rendez-vous vendredi 10 octobre à 18h à l’Institut Cervantes.

- Carmen de POSADAS, auteur notamment de Petites infamies, La dame de coeurs et Cinq mouches bleues sera à la médiathèque d’Andernos vendredi 10 octobre à partir de 19h et à l’Institut Cervantes le lendemain dès 16h.

- Julio LLAMAZARES, à qui l’on doit les superbes romans que sont Lune de loups et La pluie jaune, sera à la Médiathèque de Camponac, à Pessac, ce vendredi 10 octobre à partir de 20h30, pour commenter le deuxième de ces textes. Il sera à la bibliothèque de Bègles le lendemain dès 18h afin d’évoquer son recueil de poèmes intitulé Lenteur des boeufs, Mémoire de la neige.

- Le célèbre auteur de polars Alicia GIMENEZ BARTLETT, qui a écrit notamment Rites de mort, premier de la série qui met en scène l’inspectrice barcelonaise Petra Delicado, sera à l’Institut Cervantes jeudi 16 octobre, à partir de 18h.

- José Carlos LLOP recevra le Prix Ecureuil de littérature étrangère pour son roman d’initiation très remarqué dans nos rayons, Le rapport Stein (cf. notre blog du 8 avril)3. Cela se déroulera le vendredi 17 octobre à 18h à l’Institut Cervantes. Une rencontre avec ce grand auteur de la littérature espagnole contemporaine aura également lieu à la médiathèque de Gradignan le lendemain dès 16h.

- La bibliothèque du Haillan accueillera vendredi 17 octobre à parir de 19h Bernardo ATXAGA, auteur entre autres du roman intitulé Obabakoak : les gens d’Obaba et Enrique VILA-MATAS, dont le dernier livre, un recueil de nouvelles intitulé Explorateurs de l’abîme, a paru en France en mars dernier. On retrouvera ces deux écrivains le lendemain dès 16h à L’Institut Cervantes.

La programmation complète est bien entendu disponible sur le site internet de Lettres du monde, où vous pourrez d’ailleurs constater que les points de rendez-vous sont aussi variés que les intervenants (librairies, médiathèques, universités…). Et c’est également l’occasion de découvrir d’autres noms majeurs de la littérature espagnole contemporaine, à l’instar des romanciers Carlos RUIZ ZAFON4, Felipe HERNANDEZ5 ou encore le nouvelliste Sergi PAMIES6 (cf. notre blog du 1er août).


1 Traducteur notamment de Juan BENET et de Jorge Eduardo BENAVIDES.2 Traducteur d’Alfredo BRYCE ECHENIQUE, Carlos LISCANO, Juan MARSE, Jordi SOLER, etc.3 Il est également l’auteur du Messager d’Alger et de Parle-moi du troisième homme.4 Est-il utile de rappeler qu’il est l’auteur de la célébrissime saga barcelonaise intitulée L’ombre du vent, et d’un deuxième roman qui n’est pas encore traduit en français (El juego del angel), au grand désespoir de son lectorat.5 Auteur de La dette, Eden et La partition. 6 L’on citera notamment les brillants recueils de nouvelles Le dernier livre de Sergi Pamies et Si tu manges un citron sans faire de grimaces.

 

Florence Delay ouvre les festivités à Bordeaux

08oct

Florence DelayLettres du monde convie cette année l’Espagne en qualité d’invité d’honneur de son festival qui se tient du 9 au 23 octobre. Ces espagnoles s’ouvriront le 9 octobre à 18h à l’Institut Cervantès sous les meilleurs auspices en compagnie de Florence Delay, amoureuse du pays et de sa langue à laquelle elle dédia un ouvrage fort remarqué : Mon Espagne or et ciel, paru chez Hermann en février.

Gageons que cette rencontre prolongera le plaisir pris à la lecture de cette confession semi-autobiographique qui peut donc se lire à la fois comme une histoire de la littérature espagnole et un roman d’apprentissage, autoportrait sensible autour d’une patrie d’élection (sa littérature, mais aussi sa peinture, le flamenco, la tauromachie…) qu’elle a inlassablement parcouru depuis ses rêves d’adolescente (sa découverte bouleversée de Garcia Lorca par le poète René Char qui lui offrit les Obras Completas de son confrère espagnol) et ses passions ultérieures de femme (elle fut la compagne de José Bergamin) et de traductrice : citons entre autres Calderon, Lope de la Vega, Ramon Gomez de la Serna, Quevedo, Miguel de Unamuno, Antonio Machado dont elle nous fait entendre la musique à nulle autre pareille, et telle qu’on espère qu’elle les fera encore résonner pour nous demain…

Jar city - La Cité des jarres

01oct

jar-city.jpgQuand les libraires du rayon polar vont au cinéma, que vont-ils voir ? (Quel suspense)… Des films policiers ! - Elémentaire, mon cher Watson, aurait dit Sherlock Holmes. Blague à part, ce week-end Karine et Véronique ont mis les pieds dans les salles obscures pour découvrir Jar City, un film islandais de Baltasar Kormakur, adapté du roman de Arnaldur Indridason traduit en français sous le titre La Cité des jarres (souvenez-vous, en mai dernier sur ce blog nous avions déjà évoqué cet auteur à l’occasion du Prix du Polar Européen). Dialogue entre libraires cinéphiles…

 

Véronique : - Qu’as-tu pensé de cette adaptation ?

 

Karine : - Je l’ai trouvée très fidèle au souvenir que j’en ai du roman, lu à sa sortie en 2005, d’autant plus qu’Indridason en est le co-scénariste !

- Je l’ai lu juste avant d’aller au cinéma et j’ai eu le sentiment que tout correspondait au livre, y compris la lumière crépusculaire, l’image sombre, reflet de la rudesse du climat et du pays. Une certaine mélancolie imprègne tant les paysages que les personnages, mais on n’en sort pas pour autant déprimé.

- J’ai aimé le grain de l’image, brut - j’ai trouvé que cela allait bien avec les rapports âpres qu’entretiennent les personnages entre eux, notamment Erlendur et sa fille (entre parenthèses, j’imaginais tout à fait Eva ainsi) - cela donne un film noir bien écrit et très prenant…

- On peut noter des différences de détails. Dans le film, on ne fait pas mention de l’intrigue secondaire concernant la jeune mariée qui disparaît lors de sa noce et sera retrouvée par Eva dans un squat. Par contre, une scène ne figure pas dans le livre : celle qui provoque le dégoût chez les spectateurs qui regardent Erlendur savourer une tête de mouton, plat typiquement islandais !

 

- Des scènes m’ont marquée, à l’image de moments forts : Erlendur entouré de bocaux de formol dans lesquels baignent des organes humains, l’exhumation du cadavre de la petite fille dans le cimetière…

 

- J’ai apprécié l’ambiguïté des personnages qui ne sont pas lisses mais ont des failles qui les rendent attachants : Erlendur peut se révéler impulsif mais il sait aussi se montrer affectueux envers Eva, notamment la dernière scène silencieuse et très émouvante entre eux…

 

- Tous ces ingrédients en font un polar bien rythmé qui donne envie de se plonger dans la suite des aventures du commissaire Erlendur Sveinsson, soit  La femme en vert qui est en projet d’adaptation par le même réalisateur !

 

Mario Rigoni Stern, sergent secret

18juin

Mario Rigoni SternC’est presque fortuitement, en parcourant bibliobs, le site très actif du Nouvel Observateur, que nous apprenons la disparition de Mario Rigoni Stern, auteur italien découvert tardivement par les Français grâce à Verdier et sa collection Terra d’altri dirigé par le regretté Bernard Siméone. Publié pour la première fois en 1954 avec son Sergent dans la neige, il fallut attendre plus d’un quart de siècle pour le découvrir de notre côté des Alpes car la tentative de Georges Piroué, en 1964, pour le faire connaître avec La chasse aux coqs de bruyère, chez Denoël, resta sans suite. Son nom à consonance germanique nous rappelle qu’il est originaire de ce Nord de l’Italie longtemps resté sous le joug de l’Empire austro-hongrois ; né en 1921 en Vénétie, il fut embarqué dans la tourmente de la deuxième guerre mondiale en tant que chasseur alpin, ce qui lui donnera l’argument de son roman le plus connu Le sergent dans la neige (1954) devenu un classique du XX° siècle, histoire âpre et belle de soldats égarés dans la tourmente de la débâcle allemande après l’échec de la campagne de Russie. Ses années de guerre lui fourniront le motif de plusieurs livres, lui donnant l’occasion d’exercer son style fait de rudesse et de simplicité. Ayant vécu au contact de la nature et des animaux et dans une réelle complicité avec les éléments, son oeuvre est empreinte de ces “vraies richesses”, celles qui survivent au passage des saisons et des idoles. C’est sans doute cela qui explique la véritable fidélité qui l’unit à ses lecteurs qui ont pu, grâce à l’obstination dévouée de ses éditeurs parmi lesquels La fosse aux ours, petite maison lyonnaise qui permit l’éclosion de quelques magnifiques petits livres dont Hommes, bois, abeilles, Le Vin de la vie ou En attendant l’aube. Avec lui, on retrouve cette musique, cette générosité jamais galvaudée ou artificielle qui nous permet de croire et d’espérer qu’il gardera, au-delà de la tristesse de sa disparition, des admirateurs. Et s’il fallait, au bout du compte, n’en conseiller qu’un, celui qui pourrait tenir lieu de porte d’entrée vers son pays rocailleux, nous sommes d’accord pour désigner Histoire de Tönle, ode à la liberté de ceux qui n’ont rien et pourtant peuvent tout perdre, histoire d’un berger frontalier qui s’acharne à survivre et voit son territoire gagné par la folie meurtrière des hommes.

Voici une petite liste (bilingue) de ses oeuvres :
Histoire de Tönle (Storia di Tönle) 1978
Le Sergent dans la neige
(Il sergente nella neve) 1954
La Dernière partie de cartes
(L’ultima partita a carte) 1956
La Chasse aux coqs de bruyère
(Il bosco degli urogalli) 1964
Retour sur le Don
(Ritorno sul Don) 1973
L’Année de la victoire
(L’anno della vittoria) 1985
Arbres en liberté
(Arboreto selvatico) 1991
Les Saisons de Giacomo (Le stagioni di Giacomo) 1995
Sentiers sous la neige
(Sentieri sotto la neve) 1998
Le Livre des animaux (Il libro degli animali) 1990

Le Vin de la vie (Amore di confine) 1986

En attendant l’aube (Aspettando l’alba) 1994

Lointains hivers
(Inverni lontani) Mille et une nuits, 2000
Entre deux guerres
(Tra due guerre ed altre storie)
En guerre : Campagnes de France et d’Albanie, 1940-1941 (Quota Albania)

Hommes, bois et abeilles
(Uomini, boschi e api) 1980,

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