Archives de la catégorie “Hors les murs”

Haïti – Saint-Malo

03juin

On se souvient que le Festival Etonnants Voyageurs qui connaît un tel succès qu’il a lieu désormais en plusieurs points du globe devait se dérouler en Haïti cet hiver lorsque le tremblement de terre est venu anéantir cette belle idée. Michel Le Bris ne renonçant jamais, il a décidé que Saint-Malo se devait de célébrer cette littérature et ses écrivains : c’est donc un festival à la programmation encore plus riche que prévu initialement qui s’est déroulé, nous permettant de croiser et de faire connaissance avec de merveilleux auteurs. Parmi nos belles rencontres, Yanick Lahens qu’un dîner mémorable nous nous a fait connaître avant que nous osions lui demander de se livre devant notre caméra à l’exercice périlleux de parler de son oeuvre dans le brouhaha d’un salon très animé. Sur le stand de la chaleureuse  Sabine Wespieser les lecteurs ne manquaient pas pour venir saluer l’auteur de La couleur de l’aube dont les brillantes interventions lors des débats n’étaient pas passées inaperçues. C’est ce livre, une splendide allégorie  de la vie haïtienne, qu’elle a accepté d’évoquer. Nous lui laissons la parole avec l’espoir qu’il nous sera donné de la croiser à nouveau sous nos cieux.

Mischa Berlinski au bord de l’eau

01juin

Il faut les hasards de rencontres dans les salons du Livre pour découvrir des auteurs qui ont parfois fait un sacré bout de chemin pour venir faire connaissance avec leurs lecteurs français. Nous étions en mission en terres bretonnes pour arpenter ce fameux festival Etonnants Voyageurs dont on vante partout le dynamisme, la bonne humeur et le bon air marin : Saint-Malo nous fit bon accueil et nous offrit l’occasion de belles rencontres avec des éditeurs et des auteurs qui ne s’effarouchèrent pas quand nous leur proposâmes de les placer devant notre objectif. Première vidéo que nous vous proposons, celle d’une jeune auteur américain dont vient de paraître le premier roman en France aux éditions Albin Michel, Le crime de Martiya Van der Leun. Mischa Berlinski a 37 ans, il est originaire de New York mais semble particulièrement apprécier les voyages puisqu’il réside actuellement en Haïti après avoir pas mal baroudé, en Europe (à Paris entre autres) et en Asie. C’est sans aucun doute son long périple en Asie du Sud-Est qui lui a inspiré le magnifique et épais livre, salué outre-Atlantique, que nous venons de dévorer. Son projet est ambitieux, mêlant histoire criminelle et enquête anthropologique ; il croise les destins de plusieurs personnages sur lesquels enquête son double, fasciné par des parcours qui aiguisent inlassablement sa curiosité. A l’origine de l’histoire un récit, presque une anecdote, captée un soir de confidence : dans une prison thaïlandaise croupit une femme américaine condamnée pour le meurtre d’un missionnaire, un meurtre violent et inexplicable chez cette anthropologue passionnée par le peuple dyalo. Que s’est-il passé pour qu’on en arrive là ? Et pourquoi le jeune Mischa ne parvient-il pas à se déprendre des fils entrecroisés des histoires incroyables qu’il découvre en interrogeant tous les protagonistes ? Roman foisonnant et pluri-référencé, où il est question de religion, d’amour, d’étrangeté (de riz aussi c’est vrai), il nous invite à nous interroger sur le regard que nous portons sur les autres civilisations et la curiosité qui nous pousse vers eux.  Roman d’aventure parfaitement construit et qu’on ne lâche plus, Le crime de Martiya Van der Leun signe l’arrivée tonitruante d’un auteur ambitieux. Notre plaisir n’en était que plus grand de le voir accepter de parler de son livre dans notre langue, ce qu’il fit au bord de l’eau et dont nous vous livrons les images. Qu’il soit remercié de sa patience et de sa gentillesse, pour ne pas parler de son talent.

 

La Sauvagerie récompensée

26mai

Christophe PradeauTrois heures de combat ? Non, trois heures de discussion autour de mets raffinés pour élire le nouveau lauréat du Prix Lavinal – Printemps des Lecteurs. Les jurés avaient manifestement sérieusement planché, chacun muni d’un cahier de notes avec arguments et citations prêts à être dégainées pour défendre ses favoris. Autour d’un repas fin comme un chapon, à la table de Jean-Michel Cazes, Anne, Michelle, Hélène, Jocelyne, Jean-Pierre, Cyril, Florian, Marina, les jurés, n’avaient qu’un but : terminer la soirée avec un nom, un seul et en écarter cinq… Certains avaient pris le parti d’attaquer d’entrer de jeu, de poser les bases de leurs choix, voire de dézinguer avec constance ceux qui leur semblaient faire obstacle à leur préféré. D’autres semblaient prêts à dévider une longue argumentation ou à rebondir sur les remarques des voisins. Si un livre au moins a eu à subir les foudres des impitoyables lecteurs, les autres candidats ont chacun trouvé quelqu’un pour les défendre. Mais la règle était sévère pour un scrutin à deux tours : ne pas se tromper au premier pour ne pas voir disparaître un candidat sérieux. Quand le seau à Champagne a circulé pour recueillir les bulletins, le silence était attentif. Le résultat a été surprenant : une voix pour Pascale Gautier (celle des votants de l’urne), une pour Elisabeth Filhol, une autre pour Kethevane Davrichewy, trois pour Fabio Viscogliosi, et trois enfin pour Christophe Pradeau. Le jaune et le vert se retrouvaient donc en finale. L’ambiance était électrique, quelques mines renfrognées signalaient des déceptions qu’il faudrait surmonter au tour suivant. Avec désormais huit votants, il y avait un risque d’ex-aequo, situation inattendue qu’un votant anonyme dénoua en…refusant de trancher, preuve qu’un vote nul peut régler une situation. C’est donc Christophe Pradeau(en photo sur ce billet), célébré avec ardeur et conviction par plusieurs jurés persuadés que son livre ne ferait pas qu’une saison, qui l’emporta, devenant ainsi le quatrième lauréat de ce prix instauré par les libraires de Mollat en partenariat avec Lynch-Bages et France 3 Aquitaine.

Ce matin l’éditeur a été prévenu : Colette Olive dirige la maison Verdier et nous a remerciés avec vigueur pour ce choix transmis à Christophe Pradeau qui a accepté pour notre plus grande joie de venir jeudi 3 juin prochain au village de Bages pour la remise de son prix avant, le lendemain, de participer à une conférence à la librairie, une conférence exceptionnellement menée par une libraire qui se demande encore comment elle a pu proposer cette terrible mission…  A suivre donc…

Mes parents, tes parents, nos parents

04mai

crypsum.jpgHervé Guibert n’est pas mort, sa voix impitoyable résonne encore. La compagnie « collectif Crypsum » nous le rappelle brillamment qui présente à partir d’aujourd’hui au Glob Théâtre une adaptation de son roman Mes parents sous le titre Nos parents. On aura compris que la fine habileté des adaptateurs de ce livre noir et terrible (quoique souvent drôle) a consisté à utiliser leurs propres visions de l’ascendance pour la faire entrer en résonance avec celle de Guibert. Olivier Waibel et Alexandre Cardin sont les « adaptateurs » de cette entreprise et ils rappellent volontiers que lorsque l’auteur a sorti son livre, ses parents étaient encore vivants et qu’imaginer non seulement leur rencontre mais aussi leur disparition n’étaient pas anodin. Pour les citer : « Guibert aborde de manière assez crue la  tentation   ogresque   et   la   tutelle   castratrice   que   des   parents   peuvent   exercer,   de   manière  inconsciente, sur leurs enfants. Le rapport parent / enfant devient un comble de la possession. Et puisque les parents y sont montrés comme des monstres qui s’ignorent, leur fils en sera un lui-même – la cruauté perpétue la cruauté. D’une certaine manière, il règle ses comptes injustement puisque les intéressés n’ont pas  droit de réponse, ce qui trouble encore davantage la véracité des faits qu’il expose. » Fort de ce postulat que Guibert interdisait la réplique, ils vont imaginer à leur tour d’entraîner leur propre histoire tout en mettant en place un procédé qui soit une possibilité de réponse. Les parents du collectif Crypsum seront-ils dans la salle et se lèveront-ils pour protester ? Vous le saurez en ne tardant pas à vous rendre au Glob Théâtre car les représentations ne sont pas nombreuses. Une soirée en famille ? Pourquoi pas…

Les silences de Gamoneda

15fév

Bel événement pour les amateurs de poésie et de littérature hispanique que la venue du grand poète Antonio Gamoneda à l’Institut Cervantes de Bordeaux. Octogénaire à la voix grave, il a accepté que nous plantions devant lui notre caméra pour le saisir en train de lire quatre de ses poèmes. Cette prise, exceptionnelle, est suivie de la lecture des mêmes poèmes dans leur traduction par Jacques Ancet (tirée d’un livre paru chez Lettres Vives : Froid des limites). Avec pour seule musique ses vers, voici donc un court moment de grâce. Et comme la librairie est partenaire des manifestations organisées par l’Institut Cervantes au sein de la Casa de Goya, à deux pas de nos rayons, l’un de nos libraires a proposé un choix de ses ouvrages disponibles en français. Emma nous fait le rapide récit de cette belle soirée poétique :

En cette fraîche soirée hivernale, aller écouter de la poésie espagnole à l’institut Cervantes ne réchauffe nullement. Lorsque l’on connait la puissance des poèmes d’Antonio Gamoneda, le frisson ne nous quitte pas, depuis le début où il prend la parole pour répondre à Claude Le Bigot afin de justifier les thèmes récurrents de sa poésie et la part qu’il y tient, jusqu’à la fin de la rencontre, où il nous  livre une lecture de ses plus beaux poèmes, devant une assemblée conquise par sa voix puissante et musicale.

La poésie qu’il décrit comme long chemin vers l’irrémédiable, la discontinuité et l’ambigüité existentielle, prend tout son sens à cette lecture. Une intimité se crée d’instinct entre lui et ses lecteurs, en dehors de toute analyse stylistique et universitaire. Le public se plonge dans une poésie du désespoir, de la limite, sublimée par cet accent espagnol mélodieux qui teinte les sensations d’un rouge vif.

Messac colloquisé

04fév

Badge Régis MessacRégis Messac à l’Université ? Drôle de revanche pour cet ennemi des institutions et du « système ». Grâce à l’acharnement magnifique d’une poignée d’inconditionnels qui, après des décennies d’oubli, ressuscitent cet auteur fulgurant, ce sera chose faite demain au coeur de Bordeaux III pour une journée de débats plus spécifiquement centrés sur un aspect très méconnu de son travail : le journalisme. En association avec la Société des Amis de Régis Messac (qui anime une revue trimestrielle : Quinzinzinzili) qui sera représentée par son Président Pierre Lebedel et Olivier Messac, le petit-fils de l’écrivain, sous la direction de Natacha Vas-Deyres qui en est le maître-d’oeuvre au sein du Centre François Mauriac, ce colloque très fourni abordera entre autres son séjour aux Etats-Unis, son travail au sein des Primaires avec Georges Hyvernaud, son rapport à la littérature, qu’il s’agisse du roman populaire dont il fut un des premiers analystes ou des grands auteurs. Cet intérêt de la Faculté pour l’oeuvre d’un grand méconnu vient donc prolonger une ambitieuse campagne de rééditions et d’éditions d’inédits menée en grande partie par la maison ex nihilo : huit volumes sont déjà parus, Lettres de prison, Les Romans de l’homme-singe, Le Miroir flexible, Micromégas, Les premières Utopies, Valcrétin, Roman policier  fragment d’histoire et tout récemment Brève histoire des hommes. On parle aussi d’une réédition prochaine de sa fameuse thèse sur Le « Detective Novel » aux Belles Lettres. Bref, pour un auteur dont ne se souvenaient plus il y a moins de cinq ans que les spécialistes, c’est qu’on peut appeler une renaissance. Vous pourrez prendre connaissance du programme détaillé en vous rendant sur cette page : colloque Messac.

Repose en Peace

29jan

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The Red Riding Trilogie – actuellement au cinéma !

What is that ? Une adaptation magistrale de l’oeuvre de David Peace, auteur  de 1974, 1977, 1980, 1983, une tétralogie suffocante se passant dans le Yorkshire…

 

Sur les quatre titres publiés par le terrible Anglais, exit 1977 (pour la petite histoire Channel 4 ne voulait financer qu’une trilogie), reste donc au final l’épisode 1974, réalisé par Julian Jarrold,  James Marsh s’est emparé de 1980, et Anand Tucker a signé l’adaptation du dernier volet 1983. Les spectateurs anglais ont pu apprécier le résultat en s’installant devant leur poste de télévision – en France, seuls quelques cinémas (dont Utopia Bordeaux, c’est là que s’est rendu votre libraire) ont eu le courage de programmer The Red Riding Trilogie. Ce n’était pas une mince affaire que d’adapter Peace à l’écran : comment rendre la noirceur de son univers, ses personnages broyés, sa désespérance ? Proche d’un Robin Cook pour l’ambiance, et d’un James Ellroy par le style, Peace n’est pas de tout repos (contrairement à ce qu’indique son patronyme)… Pari réussi car les trois films sont une réussite complète ! – c’est aussi l’avis de François Guérif, directeur de la collection Rivages/noir, qui publie en France les ouvrages de David Peace, à qui nous avons posé la question alors qu’il accompagnait dans nos murs James Ellroy le 18 janvier dernier. Les films sont fiévreux, l’image nerveuse et enlevée, le rythme vif et incisif, on revisite les années Thatcher sur fond de décor d’époque. Le constat révulse : du journaliste naïf qui va vite perdre ses illusions au flic corrompu prêt à tout pour se couvrir – ce monde est pourri. Tout comme on sort groggy des livres de Peace, on quitte la salle de cinéma en ayant l’impression d’avoir visité les bas fonds de l’âme humaine, question de conscience… – to be or not to be, that is the question.

Le savoir-faire de Bernard Manteau

30nov

Bernard Manteau à l’annonce du Prix Littéraire d’AquitaineLe suspens  a été terrible pour notre auteur-maison qui avait rejoint l’Hôtel Mercure afin d’attendre devant une assiette garnie les délibérations du cinquième Prix Littéraire d’Aquitaine. Etrange torture effectivement que cette patiente attente du dernier trio de sélectionnés qui savent qu’à l’issue de débats passionnés deux d’entre eux seront exclus et l’un élu. Pour notre plus grand plaisir c’est le père de Léonard, l’hyperactif enfant des Théorèmes du Port de la Lune qui l’a emporté et haut la main, confirmant tout le bien que nous pensons de ce très beau roman depuis qu’un jour il nous parvint sous forme d’épreuves. Bernard Manteau n’a pas caché son émotion lors de son petit discours inspiré, il n’a même pas oublié de saluer son éditeur qui lui est reconnaissant du plaisir qu’il offre ainsi à des centaines de lecteurs, le roman remportant un succès qui ne se dément pas depuis des mois.  Bientôt c’est donc muni d’un bandeau rouge vif  que ceux qui ne l’ont pas encore lu pourront le découvrir. Alors un grand bravo à Bernard Manteau et un grand merci à l’exigeant jury !

 

Mise en boîte

23nov

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Vous aimez le fantastique et le cinéma ? Foncez voir The Box, véritable petit bijou du genre, vous allez a-do-rer !

 

Votre libraire est sorti enchanté de sa séance, captivé d’un bout à l’autre, scotché  dans son  fauteuil, et titillé sur la fin par un nom apparaissant au générique : Richard Matheson… Grand maître du fantastique, à l’imagination incroyable, en un mot, génial Matheson ! Si l’on vous sussure à l’oreille quelques-uns de ses titres, nul doute que l’un d’entre eux ne manquera pas de se rappeler à votre bon souvenir : L’homme qui rétrécit, Je suis une légende, Duel, Hypnose, Le jeune homme, la mort et le temps, Au-delà de nos rêves, Les seins de glace, La maison des damnés  La plupart ont fait l’objet d’adaptations cinématographiques, signées par exemple Steven Spielberg, Georges Lautner, Jack Arnold, Francis Lawrence, Vincent Ward, David Koepp…

Après enquête, il s’avère que The Box s’inspire bien d’une nouvelle de Matheson, dont le titre original Button, Button, a été traduit en français par Qu’y a-t-il dans la boîte ou par  Le jeu du bouton. Ce fut un véritable défi que de la dénicher au milieu des quelque deux cents nouvelles écrites par Matheson, prolifique en la matière, autant dire une goutte d’eau dans l’océan. On la trouve dans le recueil Au bord du précipice et autres nouvelles publié dans la collection Etonnants Classiques chez Flammarion et dans le tome 3 des Nouvelles (1959-2003) disponible en J’ai Lu. C’est une nouvelle très courte, à peine 6 pages, et votre libraire, étonné, s’est demandé comment elle pouvait donner lieu à un film long de presque deux heures !

Chapeau au scénariste, Richard Kelly, qui a aussi réalisé The Box et qui a su inventer, à partir de la nouvelle, un univers cinématographique inquiétant, insolite, étoffant l’idée originale de Matheson par l’ajout de détails, tout en en respectant l’esprit, du grand art !…  Venons-en à l’histoire elle-même : imaginez que vous receviez une étrange boîte munie d’un bouton, et que l’on vous propose d’appuyer sur le dit bouton,  geste qui, vous dit-on, déclenchera dans le même temps « la mort de quelqu’un que vous ne connaissez pas » et vous assurera en retour de recevoir une somme qui fait rêver… Vous commencez à cogiter et c’est là que le doute s’immisce et que l’histoire bascule dans le fantastique. Raisonnablement, appuyer sur un bouton n’a jamais tué personne. Mais si on se met à y croire, jusqu’où cela peut-il aller ? Sans parler de l’appât du gain, qui peut inciter à appuyer sur le bouton. Et la morale, dans tout ça ? La logique du fantastique est souvent de pousser jusqu’à l’inéluctable une situation, et voilà que le spectateur ou le lecteur pousse insidieusement la porte derrière laquelle se cache une quatrième dimension…

En s’amusant à pointer les différences entre le film et la nouvelle, votre libraire découvre que le début est déjà autre : dans la nouvelle, Mme Lewis (interprétée à l’écran par Cameron Diaz) découvre un paquet déposé sur le seuil tandis que dans le film le couple Lewis est réveillé en sursaut au petit matin par un coup de sonnette…  Le personnage qui apporte la boîte, Mr Steward,  est très inquiétant à l’écran, une partie de son visage a été arrachée, il fait peur ; Norma Lewis souffre dans le film d’un handicap, son pied est déformé, alors que sous la plume de Matheson elle n’a rien de singulier. Dans le film, le couple est uni et solidaire dans la décision qu’ils vont prendre, tandis que dans la nouvelle Norma agit sans l’accord de son mari, mais chut, n’en disons pas plus pour ne pas gâcher le suspense… Alors que Matheson construit sa nouvelle sur le sens moral d’Arthur, le film, lui, repose tout du long sur une totale ambiguïté. La chute de la nouvelle tombe comme un couperet, tandis que le film propose une autre fin, sans négliger le propos de Matheson, glissé subtilement dans le déroulement de l’histoire. Le moins que l’on puisse dire c’est que Richard Kelly a réussi avec brio sa mise en boîte !

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Ecrire/Rêver

19nov

picot2.JPGsl370390.JPG   Comment faire découvrir et unir la création artistique et poétique contemporaines, souvent réputées hermétiques, insensées? C’est le pari osé mais ô combien stimulant et vivant que nous offre chaque année le festival Ritournelles (voir ici le dossier de la programmation) organisé par la directrice de la Permanence de la littérature, Marie-Laure Picot, dans un souci d’accessibilité et de qualité. Preuve nous en a été donnée puisque la journée de mardi dernier fut entièrement consacrée au théâtre Molière à la thématique retenue pour la dixième édition de cette manifestation : écrire/rêver. A la manière du S/Z de Barthes, la réflexion fut menée sur les deux versants et les nombreuses influences réciproques dont se nourrissent l’inconscient et la littérature. N’oublions pas, comme l’a rappelé la critique Marie-Mai Corbel, que la trouvaille freudienne du divan est aussi un détournement du sofa, à la base « siège » associatif, régressif et créatif du… lecteur !

 Les invités, d’horizons variés (peinture, poésie, philosophie, psychanalyse) et croisés (certains combinent ces pratiques ou ont suivi une analyse et imprègnent leurs récits de cette expérience comme Marianne Alphant dans Petite nuit ou Leslie Kaplan dans Le psychanalyste) permettaient un échange passionnant (le rêve d’écrire, l’impossible réel visé par la poésie, les rêves envisagés comme ressource infinie de la littérature et comme  idéal de structure narrative) car non cloisonné, ponctué avec brio par les lectures d’une comédienne.

La littérature du passé n’a pas été en reste puisque hier mercredi, Liliane Giraudon nous a convié à une relecture de Montaigne, Montesquieu et Mauriac (les fameux « 3 M » de Bordeaux) dans son dernier livre, Biogres. Sur notre site, vous pourrez bientôt (ré)entendre cette conférence.

Pour un artiste, le rêve peut consister à faire oeuvre à partir du rêve d’un personnage de roman, telle Véronique Aubouy qui a conçu le projet démesuré de filmer pendant trente ans des centaines d’individus en train de lire  A la Recherche du temps perdu dans des lieux souvent insolites (une usine, un cimetière, par exemple). Vous pouvez vous-mêmes devenir spectateur jusqu’à demain vendredi de cet étrange et fascinant dispositif en libre accès au premier étage du théâtre Molière. Pour la clôture de ces Ritournelles, vous pourrez encore en profiter  ce 20 novembre à 12h30 pour y admirer les performances mêlées de l’écrivain et chorégraphe Sabine Macher et de la poète et performeuse Gwenaëlle Stubbe.

 

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