Quiriny on ne s’en lasse pas
26juil
26juil
16juil
En ces temps de migration collective, tandis que les autoroutes se remplissent de véhicules qui semblent former un fleuve, l’envie de respirer nous prend. Dans ces cas-là, un petit détour par la littérature de voyage est source d’oxygène (et d’espoir…). Qu’en retirons-nous ? L’ombre de la route de la soie tout d’abord que nous avions évoqué le mois dernier et paru chez Hoëbeke. Son auteur, Colin Thubron, ethnologue dans l’âme, baroudeur de l’extrême, est un anglais remarqué dans les années 90 grâce à ses récits rapportés de la Russie d’après-guerre (Les Russes, Payot) puis Derrière la grande muraille disponible chez Payot, qui obtint le Thomas Cook travel book award. Son dernier livre nous entraine sur les routes de la soie, de Xian en Chine à l’Anatolie, en passant par l’Iran, l’Afghanistan, l’Ouzbékistan, le Kirghistan et la Turquie :des contrées dont il nous livre avec passion les moindres anecdotes de vie et d’histoire : en tout 11000 kilomètres et huit mois d’aventures sur les routes et dans l’univers fascinant de l’Orient…
Daniel Rondeau nous emmène moins loin avec son Carthage paru chez Nil. Cet écrivain, français cette fois, par le biais de nombreux ouvrages a su nous captiver et nous faire découvrir des lieux chargés d’histoire. Journaliste, rédacteur en chef des pages culturelles de Libération, grand reporter au Nouvel Observateur, puis éditorialiste à L’Express, il fonda en 1987 les éditions Quai voltaire où il permit de redécouvrir l’oeuvre de l’écrivain américain Paul Bowles ; désormais il préside aux destinées de la prestigieuse collection Bouquins. Couronné de nombreuses fois pour l’ensemble de son oeuvre, il consacre aujourd’hui encore beaucoup de temps à l’écriture. Après Istanbul, Tanger et Alexandrie tous publiés chez Nil, Carthage nous emporte au coeur de cette cité antique de renom, mal connue car illustrant cruellement l’adage “malheur aux vaincus”.
Sylvain Tesson connaît actuellement un vif succès avec des ouvrages parfois bien difficiles à classer car les cantonner dans la seule littérature de voyage pourrait sembler restrictif. Avec Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages petit livre idéal pour la poche, il renoue avec le succès. Cet aventurier a réalisé un projet audacieux : celui de refaire à pied et à cheval la célèbre “marche forcée” de Slavomir Rawicz (lequel en 1941, aprés s’étre évadé du goulag soviétique réussit, avec plusieurs autres détenus, dans des conditions de survie extrêmes à rejoindre l’Inde). Explorateur de l’Asie centrale, du Bhoutan, de l’Himalaya, géographe, il se livre au gré de ses découvertes en écrivant des petites notes qui composent au bout du compte un joli petit recueil d’aphorismes.
Et pour repartir au bout du monde Galsan Tschinag le plus célèbre auteur mongol. Issu d’une famille de chamans du Haut-Altai, il a tout quitté pour aller suivre des études en Allemagne. Devenu écrivain, il se consacre depuis plusieurs années à l’étude et à la protection de son peuple que menace une modernisation ravageuse qui clochardise cette fière peuplade de cavaliers. Tous ses romans sont imprégnés par son enfance, son vécu et son savoir sur la Mongolie d’hier et d’aujourd’hui. L’enfant élu (Métailié) qui vient de paraître nous raconte le destin d’un jeune homme du XVIII° siècle dont on a fait par malice un supposé élu de son peuple et qui va justifier contre toute attente la fumeuse prédiction en devenant le fédérateur de la résistance à l’envahisseur chinois. Plus classique que ses précédents livres, il permettra à ceux qui ont besoin d’une intrigue de s’intéresser du même coup au destin des Mongols qui furent autant de grands maîtres que de tristes victimes.
25juin
La rentrée Littéraire commence bien plus tôt qu’on imagine pour le libraire : dès le mois de mai, le voilà invité à écouter des éditeurs enfiévrés qui savent qu’ils vont publier de grands livres mais craignent que nul ne s’en aperçoive. Les réunions ou les repas se multiplient, donnant un peu le tournis et aiguisant des appétits qu’on a pourtant peu besoin de forcer. Notre placard à services de presse se remplit donc à grande allure d’épreuves volantes ou brochées, corrigées ou non corrigées, de livres sans code-barres, de livres à l’achevé d’imprimer postérieur au jour où vous le recevez, d’extraits, d’annonces, de prières d’insérer, une masse de papier dans laquelle il va falloir plonger pour en retirer les perles de l’automne prochain. Ce blog, si neuf pour nous, va nous permettre de vous dévoiler ainsi, tout au long de l’été quelques unes de nos découvertes, de nos tentations et de nos espoirs de succès. Alors, qui sera le premier ?
23mai
Annemarie Schwarzenbach aurait cent ans cette année, le 23 mai précisément. Pour lui rendre hommage, viennent de paraitre deux recueils inédits : Les Lettres à Claude Bourdet chez Zoé, et Les quarantes colonnes du souvenir aux éditions Esperluette, récit de son voyage en Afghanistan avec Ella Maillart . Comment évoquer le destin tragique de cette romancière suisse allemande, morte à 34 ans, qui nous a laissé de nombreux ouvrages dont la plupart ne sont pas encore traduits en français et qui demeure de par la fulgurance de sa vie, une écrivaine hors normes ? Fille de riches industriels Zurichois, elle eut très vite le goût de l’aventure et du voyage et renonça à une vie dorée. Sa rencontre avec Erika et surtout Klaus Mann, qui lui fit découvrir les paradis artificiels, la rendit dépendante de ces plaisirs. Devenue reporter photographe, elle se lança sur les routes du monde, rencontrant Nicolas Bouvier, Ella Maillart, et autres écrivains -voyageurs ou amies du moment. Surnommée à juste titre l’Ange Inconsolable, elle n’eut de cesse, tourmentée par la montée en puissance du nazisme, de s’élever contre toute forme d’oppression. Encore trop méconnue bien que constamment redécouverte par le biais d’excellentes biographies comme celle de Dominique-Laure Miermont parue chez Payot en 2004 (Annemarie Schwazenbach ou le mal d’Europe) et à un public de profanes, elle restera une icône pour les amoureux de Liberté et d’aventures.
25avr
Ce message s’adresse à tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la vie des écrivains qu’ils aiment lire, et à tous les autres… Impossible de faire l’impasse sur Edouard Levé. Vous en avez probablement entendu parler le mois dernier, à la sortie de son livre posthume intitulé Suicide, aux éditions P.O.L. Peut-être êtes-vous même allé jusqu’à l’acheter, mu par une certaine curiosité. Mais de là à oser le lire…
On sait que l’auteur s’est donné la mort quelques jours après avoir remis son manuscrit à son éditeur, Paul Otchakovsky-Laurens. On mesure le caractère autobiographique de ce dernier roman, adressé dès le début à un ami d’enfance de l’auteur, qui s’est suicidé à l’âge de 25 ans, d’une balle dans la tête. Mais ne redoute-t-on pas quelque part l’impact que la lecture d’un tel livre pourrait avoir sur soi ?
Suicide est donc un hommage rendu à l’ami de l’auteur, dont le nom n’est jamais révélé. “Ta vie fut une hypothèse, écrit-il. Ceux qui meurent vieux sont un bloc de passé. On pense à eux, et apparaît ce qu’ils furent. On pense à toi, et apparaît ce que tu aurais pu être. Tu fus et resteras un bloc de possibilités.” Aucune révolte. Simplement une série de souvenirs ponctués de remarques sur les circonstances de sa mort. Un monologue qui se voudrait presque une conversation avec l’au-delà. Le tout dans un style fluide, détaché, épuré mais poétique, affichant perpétuellement un souci du mot juste. Le roman s’achève par une série de tercets dont on peut se demander qui - de feu l’ami d’Edouard Levé ou de celui-ci - est le véritable auteur. Si l’on devait n’en retenir qu’un seul, ne serait-ce pas celui-ci : “Le bonheur me précède / La tristesse me suit / La mort m’attend” ?
Que les choses soient claires : il ne s’agit en aucun cas d’une apologie du suicide. Cependant, la compréhension dont l’auteur fait montre à l’égard de ce geste, et ce malgré sa dimension violente et narcissique, fonctionne comme un signe avant-coureur, tout comme la mort précoce de son ami aura été annoncée par un certain nombre de présages. Au fil des pages, le lecteur se mue en un spectateur impuissant. En prenant son ami à la fois comme interlocuteur et comme objet, c’est finalement de lui-même que parle Edouard Levé. « Après coup, remarque son éditeur, je me suis aperçu que dans Suicide, il y a beaucoup de choses qui appartiennent à Édouard Levé. Ainsi l’expérience des trois jours de “vacance” dans Bordeaux - “vacance” au sens fort du terme, non au sens de loisir - est bien la sienne. » Et l’on sent qu’il n’a de cesse de donner une forme d’explication à ceux qu’il va laisser derrière lui, domaine dans lequel son ami avait échoué à cause de la fragilité du dispositif qu’il avait mis en place.[1]
Un livre véritablement superbe et profond sur un thème qui reste relativement tabou. En oserez-vous la lecture ?
[1] Citation reprise par Minh Tran Huy dans son article intitulé « Les lettres et le néant », paru dans le Magazine littéraire.
18avr
Souvent chérie des libraires qui en apprécient la tenue et l’élégance, beaucoup suivie par des lecteurs fidèles heureux d’y retrouver ce qui a fait la singularité de Phébus, la collection Libretto fête ses dix ans. Pour accompagner cet événement largement relié dans la librairie (nous proposons même quelques rares (très rares…) stylos griffés aux acheteurs), nous avons pris le parti de vous proposer nos Libretto préférés, ceux qui ne quittent jamais les tables et ceux qui mériteraient d’y être plus souvent. Petit tour d’horizon subjectif et peut-être injuste…
Leo PERUTZ Le cavalier suédois
Le plus gros succès de la collection…chez Mollat (pensez, on approche les 4000 exemplaires) où on le conseille ardemment à ceux qui savent bien qu’un chef-d’œuvre n’ a pas besoin d’un auteur célèbre pour exister, et ce Cavalier-là en fait partie, roman baroque qui met aux prises deux personnages ayant échangé leurs identités et vont, de ce fait, avoir à subir le poids des péchés et des crimes d’un autre.
Leo PERUTZ Le Judas de Léonard
Du même auteur, son ultime roman, une réflexion crépusculaire sur la culpabilité qui met en scène un Léonard de Vinci (sans code ni trompettes) à la recherche du personnage dont il se servira comme modèle pour peindre Judas : à quoi ressemble un traitre, se demande-t-il ? Et nous de le suivre dans ses pérégrinations vers cette vérité secrète.
Jack LONDON Le peuple d’en-bas
Une hallucinante immersion au cœur des « bas fonds » de Londres au début du siècle dernier par cet écrivain–chroniqueur dont l’œuvre foisonnante est rééditée dans sa presque intégralité en Libretto. Bel exploit !
Jack LONDON La petite dame de la grande maison
On a souvent comparé cette histoire à Jules et Jim : bouleversante histoire d’amour, au parfum de scandale puisque publiée en 1916, entre un homme marié et la très attachante « petite dame » dont il est question, personnage fictif ou réel, dernier roman écrit par l’auteur : Magnifique !
Jack LONDON Martin Eden
L’un des romans les plus encensés, et le plus autobiographique de tous ; où le héros, victime d’un amour impossible qui l’entrainera à sa perte, doit se débattre pour trouver sa vraie place. Ce classique devrait se trouver dans toutes les bibliothèques de l’honnête homme.
Odette de PUIGAUDEAU Pieds à travers la Mauritanie et Le sel du désert
Grande aventurière et exploratrice des déserts presque un demi-siècle avant Théodore Monod, cette ardente écrivain-voyageur nous a laissé quelques passionnants récits, fruits de ses équipées sahariennes à dos de chameaux.
Michel VIEUCHANGE Smara
Encore le récit d’un fou de désert mort de la dysenterie peu après être rentré épuisé de cette équipée à travers le désert mauritanien, interdit aux européens (en 1930) et effectué dans des conditions extrêmes. L’histoire d’un rêve fou de liberté et de la capacité d’un homme à jouer sa vie. Un livre préfacé par le peu aventureux Paul Claudel.
VAMBA Giannino Furioso
Une petite merveille écrite au début du siècle dernier par un écrivain italien inconnu puisque mort trop tôt. Vamba est le journal d’un enfant espiègle capable de toutes les audaces et faisant les quatre cent coups pour échapper à sa condition de jeune bourgeois.
Helen ZAHAVI Dirty week-end
Lorsque Bella, victime de harcèlements et d’agressions sexuelles à répétition décide de se transformer en justicière. Son destin va sombrer dans un cauchemar sans fin. Aussi surprenant qu’incontournable, ce roman est un terrible plaidoyer pour les femmes en détresse.
Keith RIDGWAY Mauvaise pente
Une histoire inoubliable qui se déroule dans la campagne irlandaise entre une mère et son fils perdu et retrouvé par le biais d’une sombre histoire de meurtre et d’amour bafoué. L’Irlande se passionne pour un procès qui juge l’avortement d’une femme violée tandis qu’une femme sans histoire, du jour au lendemain se retrouve meurtrière et en fuite. Implacable comme la pente qui mène au mur qui vous écrasera.
Kate WINSOR Ambre
Ce grand roman méconnu est à découvrir sans tarder. A travers le destin de la jeune Ambre, nous est offerte une reconstitution minutieuse de l’Angleterre du XVII° siècle et de Londres en particulier. Du romanesque de très bonne qualité, ça ne fait jamais de mal à l’heure où les lecteurs redécouvrent les vertus des pavés littéraires.
Jacques YONNET Rue des maléfices
Texte mythique réédité sous un nouveau nom, ce documentaire (à défaut d’un meilleur nom) nous plonge dans le Paris des années de guerre au cœur des quartiers pauvres où s’agite une faune ahurissante bientôt anéantie par les travaux de réhabilitation. Un voyage tel que vous n’en aurez jamais fait et un style qui nous fait regretter la maigreur de la bibliographie de cet auteur rare.
Mervin PEAKE Titus d’enfer
Premier volume d’une trilogie d’enfer…livre culte porté au pinacle par des inconditionnels (dont votre serviteur), cette histoire qui nous présente un royaume merveilleux dirigé par une famille royale soumise à une étiquette qui ferait passer les Windsor pour des hippies nous fait vivre les premiers jours d’un héros qui ne fera rien d’autre que vagir tout au long du livre. Car ce n’est pas lui qui intéresse le génial Peake mais l’univers codifié qui l’entoure, la déraison inventive de ses créatures hystériques. Nul ne sait en y entrant s’il acceptera la règle du jeu unique de ce livre vraiment merveilleux.
Ludwig LEWISOHN Le destin de Mr Crump
Très bien placé dans nos préférés, ce livre d’une “intolérable cruauté” suscite des réactions très opposées chez les lecteurs selon qu’on est d’un sexe ou de l’autre. Pour les dames, Mrs Crump est une gagnante qui tente de caser ses enfants et ne s’encombre pas de scrupules pour trouver un parti. Pour les messieurs, Mr Crump est un malheureux sur lequel une femme a mis le grappin et qui va payer toute sa vie sa faiblesse d’avoir dit oui quand un non aurait tout arrangé. Adoré par S.Freud, ce roman marque une date dans l’histoire du roman juif américain et ne s’oublie pas, vraiment pas.
Robert MARGERIT La Terre aux loups
Jean-Pierre Sicre, le fondateur et l’âme de Phébus portait très haut dans son estime le trop méconnu Robert Margerit, souvent perçu comme un régionaliste, quand il est une des plus belles plumes que nous a laissé l’après-guerre (en quoi Gracq ne s’était pas trompé). Avec La Terre aux loups, nous suivons la vie et les aventures d’un petit hobereau de province qui s’est couvert de gloire sur les champs de bataille napoléoniens et doit réapprendre la vie civile et son absence complète d’exaltation. Noir comme les forêts du Limousin, sombre comme l’âme d’un guerrier au repos, ce roman est un diamant fabuleux que votre intime coffre-fort attend
Robert MARGERIT La Révolution (4 vol.)
Le grand œuvre de Margerit, la somme colossale qui lui coûta sa santé et sa carrière, cette tétralogie se propose rien moins que nous raconter dans son entier la Révolution Française grâce à trois personnages imaginaires habilement placés au cœur de l’action. Ebouriffant dans sa précision, impérial dans son analyse subtile et piquante d’une époque qui ne se laisse pas réduire, superbement écrit (une leçon pour tous les prétendants à une place au panthéon des écrivains de roman historique), la Révolution restera un sommet difficile à égaler.
Adalbert STIFTER L’homme sans postérité
Un des premiers livres édités par Phébus dans une traduction de Georges Arthur Goldschmidt, ce roman de formation dû à l’un des plus célèbres écrivains autrichiens malheureusement déconsidéré par l’impitoyable Thomas Bernhard, possède une lumière mystérieuse et un charme impossible à décrire en quelques lignes parce que fait de ce rien qui signe les œuvres majeures. Avec ce titre, le romantisme allemand tient une de ses perles tardives.
Et la liste pourrait ainsi s’allonger, s’allonger, à la rencontre des beaux livres de la collection Libretto de Phébus. A suivre donc…et nous attendons ceux que vous aimez pour les signaler ici.
14avr
Au sommaire du Magazine littéraire d’avril, on trouvera une très intéressante enquête sur un sujet qui nous concerne désormais tous beaucoup en littérature : les blogs littéraires…”Que valent les blogs littéraires?” se demande Alexis Brocas qui a manifestement sillonné la toile en tous sens pour essayer de délimiter des lignes de force dans cette masse énorme de mots. Il souligne avec quelques anecdotes intéressantes plusieurs axes dans le développement de ce nouveau type de critique pas encore institutionnalisée : le récit de l’envers du décor par des gens du milieu qui “balancent” ou lâchent des indiscrétions, qu’ils soient journalistes, écrivains voire éditeurs ; les amateurs de débat “un exercice en voie de disparition”, qui peuvent s’enflammer pour un sujet ou un auteur parfois manqué par les médias traditionnels ; les subjectifs qui égrainent sans complexe leurs lectures sans a priori ni influences et donc peu suspects (pour l’heure) d’accointance avec ce fameux milieu ; les créatifs enfin qui explorent ce champ inconnu en espérant y découvrir des voies nouvelles .
Face à des censeurs qui invitent à “interdire les blogs”, on découvre un Raphaël Sorin, éditeur de longue haleine, récemment converti à l’internet et qui draine désormais des milliers de lecteurs de ses billets d’humeur quotidiens parfois au vitriol, on mesure l’influence de Pierre Assouline qui depuis trois ans vire en tête de tous les classements de blog littéraire avec sa République des livres où les commentaires abondent, on apprend qu’une certaine Clarabel, jeune maman dévoreuse de livres, est devenue un personnage incontournable de la toile qui garde ses centaines de notes de lectures. Autre aspect peu connu, le développement des interviews vidéo qui permettent à des écrivains de s’exprimer sans la pression expéditive des plateaux télé : l’auteur Thomas Clément commence à imposer sa Tomcast qui fera sans doute beaucoup d’émules. Dernier point enfin de cet article très fouillé, la piste des créateurs, expérimentateurs, auteurs tout simplement qui ont mis la main sur un outil porteur d’avenir (qu’on songe à Mark Danielewski et sa Maison des feuilles, best-seller sur papier après avoir été une oeuvre culte du web) : à côté de Ron l’infirmier passé lui aussi au papier, on se souvient d’un précurseur comme François Bon et son tiers livre, on apprend (nous l’ignorions) que Bertrand Guillot que nous sélectionnions l’an dernier dans nos livres de rentrée avec son Hors Jeu a commencé lui aussi à “mettre sur le métier” son ouvrage avant de chercher un éditeur (Le Dilettante). On aura enfin une pensée pour un auteur particulièrement aimé ici et régulièrement chroniqué par nos soins qui mène une aventure singulière avec son autofictif dont nous aurons l’occasion de reparler un jour prochain, petite merveille quotidienne de drôlerie, d’invention et de littérature tout simplement, Eric Chevillard, pilier des Editions de Minuit qui répond à quelques questions du journaliste du Magazine littéraire.
Bref, précipitez-vous sur cette enquête si, comme nous, ce territoire nouveau vous paraît riche de promesse.
10avr
Michèle Desbordes a choisi de ne pas prolonger une agonie qu’elle savait terrible. Elle a fixé le jour de sa mort, a sollicité un ami proche pour l’accompagner et s’est éteinte avec une dignité qui rappelait l’élégance de son écriture. Elle avait cependant pris soin de préparer la suite, mettant au propre des textes pour prolonger dans les livres une existence magnifiée par les mots. Dans Les petites terres qui vient de sortir aux fidèles éditions Verdier, elle nous propose l’évocation d’un amour révolu dont le souvenir est resté intense, elle dresse une manière de bilan d’une vie amoureuse. Habitée par une culpabilité taraudante, elle se souvient de cet ami, de vingt-cinq ans son aîné, qu’elle allait rejoindre et qui ne cessa pas, malgré la rupture, de l’aimer jusqu’à son dernier souffle. Partie vivre avec un autre amour, elle a abandonné ces “petites terres” dont elle évoque avec grâce toute la consistance, en écho à sa propre vie qui s’enfuit… Ce livre ne peut être vraiment lu dans l’ignorance du destin de cette femme courageuse qui ne cesse de susciter des émules. On notera qu’à Bordeaux est actuellement jouée une adaptation de La robe bleue par Suzanne Robert au Petit Théâtre qui met en scène Camille Claudel attendant dans son asile psychiatrique la venue de son frère Paul.