Archives de la catégorie “Mémorable”

Ah La Gana

27oct

Je vous parle d’un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître…: La Gana, ça voulait dire quelque chose aux fous de littérature excessive et c’est un roman de l’excès comme elle en produit peu, de ces livres sortis de nulle part et qui auraient pu y retourner sans l’acharnement de mordus qui célèbrent, comme je le fais ici, chaque réédition. Découvert par Maurice Nadeau il y a un demi-siècle (et sa préface est chaque fois reprise comme ici où elle est à peine augmentée), ce livre parut sous le nom de Jean Douassot avant que celui-ci décide de fondre ses deux patronymes, celui de peintre Fred Deux, sous lequel il connut un certain succès, et l’autre qui disparut corps et bien au détour d’une réédition. Relancé par Eric Losfeld, éditeur spécialisé dans les maudits, repris par sa fille Joëlle à l’enseigne du Terrain vague, redécouvert par André Dimanche, il revit aujourd’hui grâce à Georges Monti  des éditions Le Temps qu’il fait qui avait déjà permis à Fred Deux de réapparaître. Dans un format ramassé, qui tient bien dans la main, voici donc La Gana, ce récit d’initiation, sans doute autobiographique, d’une vie souterraine, d’une enfance dans les sous-sols de la misère la plus crasse et partant, grâce à l’écriture noire de Deux, la plus belle, la plus troublante. Il est beaucoup question de sexe, de terreur face à la fascination qu’il exerce, de la cruauté qu’il engendre, de la solitude qui est son double venimeux. Il est surtout question de l’enfance et je crois pouvoir affirmer que sur ce sujet c’est un des plus grands qu’ait mûri ce XX° siècle furieux. Il y aurait tant à dire sur ce livre qui offre au cauchemar son plus bel hommage qu’on se contentera de cette ferveur impressionniste qui tiendra lieu de vague critique. Certains livres méritent le silence de ces bavards de libraires…:  que celui qui écrit ces quelques phrases se taise donc. La Gana est de nouveau disponible, c’est tout.

La course de l’hispano à travers les pins

23juin

L’Homme à l’hispanoQuelle bonne idée a eu l’éditeur du Festin en exhumant un titre d’avant-guerre inexplicablement introuvable aux catalogues des grandes maisons oublieuses : L’homme à l’hispano a fait frémir nos grands-mères et grands-pères pour qui le nom de Pierre Frondaie évoquait le succès et la réussite. D’autant que plusieurs films adaptés de son best-seller connurent une belle carrière. Mais je vous parle d’un temps que les moins de cent ans peuvent ne plus connaître, et c’est grand dommage car si la nostalgie n’est plus ce qu’elle était, elle a encore de beaux jours devant elle. Paru en 1924, ce roman vrombissant a été écrit à Arcachon où l’auteur résidait (et où d’ailleurs sont conservées ses archives) et à lui seul il résume bien des aspirations et des tourments d’une époque point si belle que le souvenir qu’elle a laissé, années folles où la vitesse précipita des hommes et des femmes vers des drames splendides avant l’horreur de la guerre retrouvée. Glamour, c’est bien l’adjectif, de nouveau en vogue, qu’on appliquerait volontiers à ces pages qui reconstituent cette Côte d’Argent et ses mirages, époque des casinos, des fêtes sans fin, de l’argent vite gagné et aussitôt perdu, des illusions et des trompe-l’oeil. Le héros du livre n’a plus rien, son héritage est parti en fumée, mais son appétit de réussir se double d’une vergogne vertigineuse. Dans un monde d’apparences il ne lui est pas difficile de se faire passer pour rentier oisif à la recherche de l’amour. C’est une jeune femme désorientée qui va faire les frais de son audace. Nulle part mieux que dans ce livre nous est dépeint le climat de Biarritz, cette ville où la mondanité tient lieu d’art de vivre. Rarement et avec autant d’apparence du contraire on aura aussi bien su parler de l’effondrement d’un monde qui confond lumière et brillance, vitesse et précipitation… L’homme à l’hispano, tenu par une écriture magnifique mais pas baroque, mérite de retrouver des lecteurs, et pas seulement ceux qui soupirent en voyant passer ces augustes et anciennes voitures au luxe trompeur qui donnent au passé un lustre illusoire.

Charles-Louis Philippe, prince sans couronne

09mai

La mauvaise fortuneCharles-Louis Philippe

Quelle chance cet anniversaire Gallimard ! Grâce à ce centenaire dont on parle beaucoup – et notamment chez Mollat où on le célèbre avec vigueur – on entend de nouveau parler d’auteurs moins à l’honneur ces derniers temps. Charles-Louis Philippe (1874-1909), l’auteur préféré de Georges Brassens dit-on, fait partie de ces oubliés régulièrement redécouverts et dont on perçoit l’importance une fois écartés les approximations sur son compte. L’Imaginaire réédite Croquignole, Bubu de Montparnasse est toujours au catalogue des Cahiers Rouges de Grasset, de petits éditeurs s’en souviennent, pas l’oubli donc mais un respect poli et l’honorable mépris des universitaires qui ont d’autres génies à fouetter. On est donc reconnaissant à Bruno Vercier qui a élu cet auteur parmi d’autres dans son panthéon personnel, de lui consacrer un superbe ouvrage dans la non moins superbe et indispensable collection L’Un & l’autre de J.B.Pontalis. Son propos ? Ni un éloge, ni un panégyrique, mais un voyage en compagnie d’un auteur mort avant de s’être assuré une postérité durable mais auquel de grands auteurs vont rester fidèle, longtemps. Qu’on se souvienne que parmi les trois premiers livres édités sous le sigle de la N.R.F. il y avait, à côté de l’auguste Claudel, un Philippe, enfant du peuple s’étant tout entier consacré à la littérature et qui eut à subir le destin de ceux que le sort ne veut pas favoriser, un peu comme plus tard Eugène Dabit, lui aussi balayé trop vite d’une scène où il aurait grandi. Ce que ce livre nous dit, avec intelligence et sans cet excès de lyrisme qui condamne les livres sur les auteurs méconnus du fait de l’accumulation d’hyperboles qu’on a bien du mal à justifier, c’est comment un enfant d’en bas a réussi à inventer une langue qui lui soit propre sans cesser d’être celle de tout un peuple que l’on croit silencieux parce que personne n’écrit pour lui. Charles-Louis Philippe ne faisait pas peuple, ne surjouait pas sa condition, il en faisait une matière littéraire pétrie des beautés de sa misère. Un siècle après sa mort, si la Société des Amis de C.-L.P. n’existe plus comme naguère, l’auteur reste en vie, sa langue nous parle. Et ce n’est pas le moindre mérite de La mauvaise fortune que de nous inviter aux vraies richesses d’un roi sans couronne de la littérature française.

Jean Forton en allemand

04mai

IsabellePuisque décidément nous parlons beaucoup de Gallimard, évoquons un des auteurs du catalogue qui nous est d’autant plus cher qu’il est bordelais et que nous combattons depuis des années pour sa survie désormais acquise grâce à la pugnacité de quelques uns, éditeurs comme Le Dilettante ou Finitude, revues comme Le Festin, chercheurs comme Catherine Rabier-Darnaudet ou simples lecteurs convaincus de son talent. La bonne nouvelle du jour nous vient de Mme Forton, la veuve de l’écrivain Jean Forton, qui nous apprend que La cendre aux yeux, à notre avis le meilleur de ses romans, vient d’être édité en Allemagne chez une maison de Munich, Gref Verlag. Sous le titre d’Isabelle (allez traduire sinon l’expression « cendre aux yeux »…) qui était le titre choisi par les Anglais lorsqu’ils traduisirent le livre il y a quelques décennies, ce roman qui met en scène un Don Juan mesquin va donc connaître une nouvelle vie outre-Rhin. On sait bien que la renommée d’un auteur tient pour beaucoup à l’écho qu’il rencontre hors de ses frontières et cette nouvelle n’est pas aussi anecdotique qu’on pourrait le croire, elle témoigne de la réelle modernité de Jean Forton dont l’écriture, ramassée, travaillée jusqu’à l’os, colle parfaitement à notre époque. On espère aussi que Le Dilettante qui met une belle énergie au service de la diffusion à l’étranger des auteurs de son catalogue trouvera dans d’autres langues des amateurs éclairés.

11/11/10

11nov

Aujourd’hui, s’il ne fallait lire qu’un seul livre, alors, le temps s’y prêtant particulièrement, nous ne saurions recommander avec plus de ferveur de lire enfin, ou de relire encore, le terrible livre de Gabriel Chevallier, La Peur, redécouvert par Le Dilettante qui vient d’ailleurs de rééditer le délicieux Mascarade, et dont Le Livre de Poche vient de sortir à son tour une version que l’on devrait faire lire aux enfants des écoles pour leur rappeler que la guerre est loin de n’être qu’une histoire d’héroïsme. Livre autobiographique bouleversant de justesse, La Peur nous dit ce que les médailles, les défilés et les célébrations dissimulent : le terreur qui habite les malheureux qui se savent condamnés à mourir, à moins qu’un miracle ne vienne les sauver. Ce miracle a permis au futur auteur de Clochemerle de composer l’un des plus terrifiants et justes livres de guerre. Il n’est que justice de le redécouvrir, histoire que les sentiers de la gloire ne soient pas seulement recouverts de mornes feuilles d’automne.

Campus novel

26oct

Régis Messacsmith-conundrum.jpgChaque réédition de Régis Messac mériterait un petit billet sur ce blog. Mais nous nous contraignons à la discrétion de peur de passer pour de furieux thuriféraires d’un auteur trop peu lu et à ce titre, pour quelques tristes âmes, suspect : redécouvrir un auteur c’est aussi avouer que la postérité se trompe souvent et pas nécessairement céder à un penchant pour le rétro. (Nous tenons à disposition une liste très riches d’auteurs qu’il faudrait d’urgence oublier ou cesser de lire.) La vie de Messac expliquerait à elle seule cette difficile  conquête d’un public : réfractaire, arpenteur de sentiers inconnus, rebelle à la sotte autorité, il a été écarté d’une reconnaissance anthume qui le servirait à présent. Cela rend l’entreprise de réhabilitation lancée par son petit-fils Olivier d’autant plus difficile et partant, sans doute, quelque peu exaltante : rééditer Messac c’est presque le réinventer. Les éditions Ex Nihilo consacre ainsi leur catalogue à un patient travail de remise au jour de la preque totalité de ses opus dont certains étaient carrément introuvables. C’est le cas de Smith Conundrum le roman d’une université américaine qui n’eut lors de sa sortie que quelques lecteurs privilégiés, le seul tirage ayant été dispersé ou détruit. Loin de l’ambiance étrange de Quinzinzinzili ou Valcrétin, ce roman apparemment réaliste nous plonge au coeur d’une université imaginaire très fortement inspirée de celle du séjour américain de l’auteur qui fut professeur pendant quelques années fondamentales d’où il ramena une connaissance déterminante de la littérature d’outre-Atlantique. Mais le réalisme n’est pas du goût de l’auteur qui très vite nous dévoile son ambition et sa malice : raconter de l’intérieur le système universitaire à travers ses figures les plus caricaturales. Messac est un conteur qui, s’il se livre à la satire, n’oublie jamais d’organiser son récit, de planter intelligemment des décors. Il sait faire rire, habile à faire mouche sans que la parodie nuise à son propos. Point de ses excès géniaux des romans d’anticipation mais une retenue insolente qui rend crédible son propos. Du temps a passé depuis la rédaction de ce livre d’avant-guerre : pourquoi faut-il pourtant que ce livre nous paraisse tellement contemporain, longtemps après la disparition des mandarins ? Messac est un auteur vraiment d’aujourd’hui et qu’il ait été aussi peu lu ne fait que nous convaincre qu’il faut le découvrir. L’air de rien il a inventé le genre si riche désormais du « campus novel »…Cette nouvelle réédition le prouve avec éclat.

Un élève doué

24oct

dessin inédit d’Isabelle PierronPetite annonce qui devrait ravir les amateurs de littérature rare : L’élève Gilles d’André Lafon, petit trésor d’un auteur fauché par la Grande Guerre et qui fut un ami cher de François Mauriac, va renaître sous belle couverture grâce aux bons soins des éditions du Festin, dans la trop parcimonieuse collection de L’Eveilleur où l’on a pu redécouvrir Supervielle notamment. Repris avec la très peu connue préface du maître de Malagar écrite pour l’édition du Club Français du Livre, il sera augmenté d’une postface inédite de Jean-Marie Planes qui donnera un éclairage nouveau et un cachet certain à cette édition. Nous aurons l’occasion de reparler sans doute de ce qui ne devrait pas seulement émouvoir les lecteurs girondins mais aussi tous ceux qui savent que des chefs d’œuvre oubliés dorment dans les bibliothèques. Quant à la date de sortie, imminente, c’est pour l’heure un petit mystère mais les impatients pourront l’offrir à Noël.

Moi, qui aime si peu à écrire des lettres

22oct

gourmont.jpgGuillaume Zorgbibe est un éditeur étonnant, en plus, on s’en doute, d’un monsieur épatant si on en juge par la photo de son bureau qui a été vue dans la presse et qui témoigne que sa passion du livre guide sa vie. Il consacre depuis quelques années son énergie à diriger seul la maison d’édition du Sandre qui a imposé, loin des piles de best-sellers, une ambition déraisonnable, celle de se consacrer à des auteurs illustres ou qui mériteraient de l’être en publiant un aspect essentiel et parfois méconnu de leur œuvre. On pense ainsi à Amiel, Toulet, Hello (il est bien le dernier ou presque à se souvenir de cette figure trop négligée), Nicolas Chamfort (avec une somme impressionnante), Joseph de Maistre et son frère Xavier, Montesquiou, Mirabeau, François Coppée (oui c’est possible), Maurice Rollinat, Georg Simmel, Thoreau et Emerson réunis, Sacher Masoch, Schopenhauer, et on n’en finirait pas de s’éblouir devant la richesse de son catalogue. Soucieux d’un travail éditorial qui ne négligerait pas l’appareil critique, il compose ainsi parfois de gros volumes appelés à faire autorité dans leur domaine, piliers de bibliothèques à venir où le crème de ses couvertures se reconnaîtra.

Dernière en date de ses prouesses – car il faut bien convenir qu’éditer mille pages d’un coup relève aussi de la performance – la Correspondance du génial Remy de Gourmont, l’ermite de la rue des Saints-Pères dont on a oublié le rôle central qu’il joua au début du XX° siècle et que l’on redécouvre chroniquement pour s’éblouir de son intelligence et mesurer son influence. Réunie, préfacée et annotée par Vincent Gogibu – un autre fondu de Lettres – elle compile 1200 lettres sur une période qui couvre toute sa vie, offrant ainsi, dans l’attente d’une biographie qui viendrait éclairer le parcours, une vision unique de cette époque et de la richesse intellectuelle de celui qui la traversa en se montrant profus et discret tout à la fois. Car c’est bien le charme de plonger dans les lettres d’un homme de papier, même si celui-là avoue qu’ »il aime si peu à en écrire » que de découvrir comment tour à tour il se fait ami, amant, conseiller, guide voire « phare vers lequel se tournent les artistes ». Rien ne permet mieux de juger d’un artiste que ce qu’il livre dans le secret d’une correspondance et il est évident à parcourir ces centaines de missives que derrière la stature du grand écrivain se dessine celle d’un homme attentif, dévoué qui ne travaille pas assez à sa postérité, ne calcule guère, ce qui se traduit aujourd’hui par la relative méconnaissance dont il est victime. On redécouvre aussi son travail d’éditeur au sein du Mercure et les noms qu’il y révèle, son parcours à la Bibliothèque Nationale qui se terminera par l’épisode du Joujou patriotisme. On s’attache à un homme qui souffre d’amours rarement à la hauteur de l’âme qui le ressent malgré le sublime épisode de l’Amazone. Bref, un homme tout entier resurgit que l’on reconstitue comme un puzzle. Les lecteurs de correspondance se font rares, ceux de Gourmont ne sont pas légion mais il serait bon que cette élite parmi l’élite ne dédaigne pas le cadeau qui nous est fait.

Le bistrot de Vidalie

12oct

Albert VidalieAlors que ressort en petite vermillon  L’argot du bistrot de Robert Giraud qui « jaspinait le mieux la langue verte des buveurs de rouge » (Sébastien Lapaque), ressurgit miraculeusement Albert Vidalie, qui lui aussi s’y connaissait en matière de bibine et de zinc, grâce à l’indispensable Dilettante dont on ne dénombre plus les redécouvertes et les résurrections et auquel nous élevons notre verre, reconnaissants. Avec Albert Vidalie disparu en 1971 les loups de la littérature sont revenus dans Paris (il est l’auteur de la merveilleuse chanson de Serge Reggiani, un joli coup, ouh) et ça croque et craque à tout va, dans la meute qui compte Fallet ou Blondin, ces jouisseurs de mots qui savaient trouver de la poésie dans un rade ou sous un réverbère. Grâce à lui un bougnat devient philosophe, un banlieusard devient une figure, une triste petite rue de Paris une scène splendide, Charlot habite près des vatères. Quelques pages et c’est un morceau de ciel gris dans votre assiette, un coin de Paris dans vos lunettes, une comédie humaine qui ne reluit guère mais touche infiniment. Quelques lignes et c’est un style qui prend forme et un art saisissant du décor dressé en trois formules. Argotique, mais pas toujours, lyrique mais sans excès, rêveur quand ça lui prend. Vidalie a plus de verbe, plus de musique en lui que Jean-Paul Clébert redécouvert l’an dernier mais qui sentait un peu sa sueur d’écrivain mal rabotté. Sa gamme est plus étendue et le recueil du Dilettante, L’Aimable-Julie, Monsieur Charlot et consorts, nous le prouve qui nous offre ses multiples visages, ses faces de lune et de soleil. On nous redemande du Fallet, c’est vrai, même si le temps de la ferveur est passé. On nous réclame moins du Blondin qui subit son purgatoire, intranquille. On a vu réapparaître Giraud dont le vin des rues a encore bon goût et tâche bien encore les chemises blanches. Et nous persistons à conseiller du Yonnet qui en plus du talent a su se faire rare. L’heure de Vidalie, entre chien et loup, a peut-être sonné. Goûtez-y, ça rince le gosier en ces temps de rentrée où les tacherons ont pignon, sur rue tout au moins.

R.I.P. Bernard Giraudeau

17juil

C’est avec regret que nous avons appris ce matin la disparition du comédien, réalisateur et écrivain Bernard Giraudeau. Né à La Rochelle en 1947, ce petit-fils de marin était également un grand passionné de mer, de voyages et d’aventures, comme en témoignent sa production littéraire. Si Le marin à l’ancre, Les dames de nage et Les hommes à terre, ont tous rencontré un certain succès, son dernier roman et sans doute le plus personnel de ses livres avait pour sa part été très remarqué par la critique. Cher amour se présente alors comme une lettre adressée à une mystérieuse Madame T., dans laquelle le narrateur se dévoile, évoquant les différentes vies qu’il a menées. « Mais derrière un horizon, il y en a toujours un autre, confie-t-il au magazine Evene. Alors un jour il faut savoir se poser, regarder autour de soi, et profiter en pleine conscience de ce qui nous est offert. C’est pareil avec l’amour. Il paraît toujours inaccessible ou illusoire… Mais il est là, prêt à nous envelopper. C’est nous qui ne savons pas le voir ou le provoquer. J’ai cherché l’amour un peu partout, mais je crois qu’aujourd’hui, je sais qu’il suffit d’être attentif, à l’écoute, et d’être amoureux des êtres. C’est aussi être amoureux de la vie. »

Nous avions eu plaisir à recevoir à la librairie cet homme à la fois simple et élégant dont la gentillesse et la combativité nous avaient frappés. Il était notamment venu pour une séance de dédicace l’année dernière, à l’occasion de la sortie de Cher amour et d’une bande dessinée intitulée R97, les hommes à terre. Fruit d’une étroite collaboration avec son ami l’illustrateur Christian Cailleaux, cet ouvrage sera complété par la parution en octobre des Longues traversées, album qui reprendra le personnage de Théo.

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