Archives de la catégorie “Non classé”

Jalousie, vengeance et autres délicatesses

04août

marsh.jpgComme dans bien des romans, tout commence par une naissance. Pourtant, celle-ci, loin de marquer le début d’une histoire heureuse, vient semer la graine du chaos.

Soeurs par alliance, Em et Livy vivent avec leurs parents fraîchement mariés. Les deux gamines qui excellent dans l’art de faire céder leurs parents à tous leurs caprices, voient leur quotidien bousculé par l’arrivée d’un cinquième nom au tableau de famille. Rosie est l’enfant chérie, en plus d’être la fille biologique de Mo et Pa, elle s’avère aussi douée que ses deux soeurs pour amadouer ses parents, si ce n’est plus… Ni une baie de morelle toxique enfoncée dans la gorge, ni Boswell, le gros chat de Livy, écrasé sur le visage de Rosie, n’auront raison de l’avorton. Les diverses manifestations de jalousie qui rongent Em et Livy ne font malheureusement que décupler l’amour de Pa et Mo pour leur petite princesse Rosie. Cette dernière a bien compris comment charmer ses parents et use de tout son esprit d’intrigante pour pourrir au plus profond la vie de ses deux soeurs. Entente fraternelle brisée, mariage annulé, fausses accusations, Rosie ne chôme pas et s’ingénie à gâcher la moindre étincelle de bonheur dans la vie de Em et Livy.

Jusqu’où Rosie osera-t-elle aller pour satisfaire son goût pour la chamaillerie et sa mesquinerie? Em et Livy sauront-elles rester unies face aux manoeuvres de Rosie ? Il ne reste qu’une couche très mince de vernis sur le tableau de famille des Faringdon. Bien vite les visages se font grimaçants et les coups bas pleuvent. Entre tartelettes et lampées de gin, chacun élabore des stratégies abracadabrantes.

Non sans humour, Willa Marsh nous brosse un portrait au vitriol des relations entre soeurs. Sur fond de campagne anglaise, plutôt bucolique, la légèreté laisse place à un rire grinçant ; les gazouillis des oiseaux deviennent dissonants et les roses trémières se fanent trop rapidement.

Qui de Rosie, Em ou Livy saura prendre le dessus ? Poison, trahison et corruption sont de mise, alors chers amis, que chacun choisisse son arme et que le plus sournois gagne !

Willa Marsh, Meurtres entre soeurs

Alice

Jean Forton en allemand

04mai

IsabellePuisque décidément nous parlons beaucoup de Gallimard, évoquons un des auteurs du catalogue qui nous est d’autant plus cher qu’il est bordelais et que nous combattons depuis des années pour sa survie désormais acquise grâce à la pugnacité de quelques uns, éditeurs comme Le Dilettante ou Finitude, revues comme Le Festin, chercheurs comme Catherine Rabier-Darnaudet ou simples lecteurs convaincus de son talent. La bonne nouvelle du jour nous vient de Mme Forton, la veuve de l’écrivain Jean Forton, qui nous apprend que La cendre aux yeux, à notre avis le meilleur de ses romans, vient d’être édité en Allemagne chez une maison de Munich, Gref Verlag. Sous le titre d’Isabelle (allez traduire sinon l’expression « cendre aux yeux »…) qui était le titre choisi par les Anglais lorsqu’ils traduisirent le livre il y a quelques décennies, ce roman qui met en scène un Don Juan mesquin va donc connaître une nouvelle vie outre-Rhin. On sait bien que la renommée d’un auteur tient pour beaucoup à l’écho qu’il rencontre hors de ses frontières et cette nouvelle n’est pas aussi anecdotique qu’on pourrait le croire, elle témoigne de la réelle modernité de Jean Forton dont l’écriture, ramassée, travaillée jusqu’à l’os, colle parfaitement à notre époque. On espère aussi que Le Dilettante qui met une belle énergie au service de la diffusion à l’étranger des auteurs de son catalogue trouvera dans d’autres langues des amateurs éclairés.

L’élève Gilles par le Maître Planes

22déc

Ceux qui ont eu la chance d’assister à la conférence donnée la semaine dernière dans nos salons par Jean-Marie Planes ont pu se convaincre de l’importance qu’il accorde au roman d’André Lafon dont les éditions Le Festin viennent de rééditer L’élève Gilles. Augmentée d’une préface de François Mauriac, cette édition vient rappeler aux amateurs de littérature la beauté d’un texte trop méconnu et la postface écrite par notre fameux conférencier vient à point nommé en rappeler la richesse, la modernité et l’actualité. Pour évoquer ce livre auquel il tient tout particulièrement, n’hésitant d’ailleurs pas à le comparer au Grand Meaulnes d’Alain-Fournier, il a accepté de l’évoquer pour nous devant notre caméra : on y trouvera la ferveur et l’analyse d’un amateur d’oeuvres rares qui nous convainct aisément qu’il ne faut plus attendre pour redécouvrir enfin cet Elève Gilles. La parole est au maître :

Mangez-les !

06oct

plante_carnivore3.jpgSuperbe découverte avec ces Contes carnivores ! Ce recueil de nouvelles laisse un goût étrange dans la bouche, un goût de sang et de mazout. C’est que Monsieur Bernard Quiriny n’y va pas de main morte avec ses drôles de thématiques. Le recueil s’ouvre sur l’histoire d’un homme qui teste différents dosages de jus d’orange et de sang en espérant retrouver le goût de la femme-orange qu’il a bue (oui ! Il a bu une femme dont le corps était recouvert d’écorce d’orange !) Le ton est donné. Dans les textes suivants, il sera question de miroirs dans lequel un Dom Juan voit une autre maîtresse que celle ici présente. Puis le lecteur va découvrir avec stupéfaction les membres d’un club d’amateurs de marées noires qui attendent comme le Saint Graal le terrible évènement, pour en apprécier la beauté inégalable – selon eux… Une jeune homme va percer le secret des Yapous, des Indiens d’Amazonie dont le langage n’a jamais pu être compris par quiconque. Et la surprise sera de taille…. Quiriny nous présente également des musiciens fantasques et des écrivains givrés. Il nous entraîne dans un monde à part,  où la banalité, l’étrangeté et le fantasque se côtoient. Entre Edgar Allan Poe et Villiers de l’Isle-Adam, ce recueil offre un mélange jouissif d’humour noir, de cruauté carnivore et de décalages truculents servi dans un style exigeant et érudit des plus plaisants.  Une petite perle dans le paysage des nouvelles.

Et si vous voulez remettre le couvert avec Quiriny, lisez le dernier : Les Assoiffées aux éditions du Seuil.

Fuck America

16sept

Fuck AmericaFuck America : une couverture flashy, un titre racoleur, me direz-vous ? Je ne peux en effet pas le nier. Ce roman au titre provocateur complètement irrévérencieux va bouleverser le petit monde bien pensant. Nous voici projetés dans le New York des années 50. Le rêve américain ? Non.  C’est plutôt le côté obscur de la force : les quartiers pauvres et populaires. Et au beau milieu des clochards, des prostituées et des restaurants miteux, voici le vrai, le grand et l’unique Jacob Bronsky ! Vous ne le connaissez pas ? C’est normal.  Il vient d’arriver en Amérique, il est juif, n’a pas un rond, mais écrit le grand roman de sa vie intitulé le Branleur. Tiraillé entre le présent en Amérique – une terre de liberté de pacotille – et son passé – l’expérience des ghettos et l’extermination des juifs, Jacob se perd entre deux pages de son roman dans un océan de solitude et de doutes.  Ce Jacob ressemble d’ailleurs étrangement à Edgar Hilsenrath lui-même rescapé des ghettos juifs, ayant trouvé refuge à New York par la suite. Bronsky, quand il n’écrit pas, nous livre également son errance dans la ville entre des boulots pourris, des rencontres fracassantes et une sexualité difficile à soulager. La construction du récit hyper originale – se mêlent courrier administratifs, dialogues déjantés, logorrhées  en tous genres et autres récits dans le récit – bouscule le lecteur et sonne comme un étrange écho au chaos intérieur de Bronsky. Un roman provocant et déjanté certes, mais un petit festin intelligent et émouvant.

Poulet grillé

07mai

brooklyn-requiem.jpg

« En arrivant à New York, j’ai pas été déçu, loin de là : tout y était gueulard, dingue, féroce. Bref, j’ai adoré. « (page 53)

Celui qui parle s’appelle Matt O’Shea un »garda », soit un gardien de la paix irlandais, qui rêve d’être « cop », c’est-à-dire flic américain… Chez Ken Bruen, l’ american way of life se transforme en satire grinçante (voir Cauchemar américain – Gallimard, 2008) dans lesquelles les personnages jouent leur rôle de diables à la perfection. Et au rayon polar, oui, on adore Ken Bruen !

Plus connu pour ses séries chez Gallimard mettant en scène le privé magnifiquement désespéré (et désespérément magnifique) Jack Taylor dont l’avant-dernier opus, La main droite du diable s’est vu récemment consacré Grand prix de littérature policière 2009 (voir à ce propos notre blog) et pour les enquêtes des inspecteurs Roberts et Brandt (alias R&B), Ken Bruen nous fait délicieusement patienter avec des polars hors-série parus pour la plupart chez Fayard.

 

une-pinte-de-bruen.jpgC’est le cas ce mois-ci avec tout d’abord Une pinte de Bruen qui réunit les premières tentatives littéraires de notre auteur, quelques nouvelles et deux courts romans jusqu’alors inédits en France (il s’agit ici seulement d’un premier volume, un second devrait suivre) mais qui contiennent en germe presque tous les ingrédients qui feront la renommée de cet écrivain irlandais plutôt prolifique. On y reconnaît les refuges forcément fascinants et abîmants (la trinité  »religion, alcool, femmes ») de ses personnages ainsi qu’un style déjà inimitable : corrosif et littéraire, car se plonger dans son univers, c’est se risquer à être bousculé tant par des antihéros impolitiquement corrects que par leurs re-lectures des maîtres du  »noir », et dans tous les sens du terme (David Goodis, Jim Thompson, mais aussi Pascal, Kierkegaard, Rilke, Baudelaire, …).

La seconde parution simultanée chez Fayard retient ici notre attention  sans que soit présente la même densité que ses séries où le lecteur s’attache à des trajectoires pavées d’incertitudes et attend fiévreusement la prochaine traduction, mais se lit comme un hors d’oeuvre pour lequel les fans retrouveront la verve de Bruen et les découvreurs l’envie d’aller voir plus loin dans la passionnante bibliographie de l’auteur. Dans Brooklyn Requiem, le policier au NYPD Kurt Browski (notons au passage que ses initiales sont les mêmes que celles de son créateur…) voit débarquer d’un mauvais oeil un gosse, Matt O’Shea, que sa hiérarchie lui impose comme coéquipier. Surtout que Browski a des secrets qu’il ne va pouvoir garder longtemps : s’il doit son surnom Barka à la barre-k, « courte pique en acier très efficace pour éliminer les criminels », c’est parce qu’il sagit d’un flic ripoux prêt à toutes les violences pour sauver sa peau et surtout celle de sa soeur Lucia, handicapée mentale dont la protection nécessite de marchander avec la mafia locale.  Mais Matt n’est pas non plus le morveux facilement impressionnable qu’il paraît et se révèle plus doué en horreur que prévu, imposant à son protecteur un respect total… Bien mal lui en prend, car chez Ken Bruen, nul manichéisme ne règne et il faut bien avouer que l’immoralité de ses personnages est jubilatoire ! Car derrière la façade de séducteur, Matt s’avère un prédateur redoutable et indiscernable qui, en pleine crise d’ « extravague« , étrangle les jeunes femmes à l’aide… de son chapelet vert, un symbole de l’Irlande s’il en est ! Tout bascule pour Nora qui va tomber sous son charme ainsi que pour le véreux Barka le jour où Matt fait la connaissance de la belle Lucia et de son cou immaculé, irrésistible. Devenu superflic le jour et l’impuni Etrangleur de Brooklyn, la route de Shea va croiser dans la dernière partie du roman un adversaire de taille typiquement « bruennien » à savoir Joe Mulloy, frère de Nora, ex-flic new-yorkais reconverti dans les enquêtes et, occasionnellement, dans l’écriture.

Tout, chez Bruen se déguste comme une pinte ou un whiskey bien sec : le style rapide va droit à l’essentiel et provoque une décharge d’adrénaline bien caractéristique qui n’est pas sans aménité ni tendresse pour ses créatures qui touchent souvent le fond (du verre !) non sans toucher le coeur des lecteurs et donne souvent envie d’écluser quelques vers de plus tant les références à la littérature sont encore ici tout aussi délectables.

Pour finir, je ne résiste pas au plaisir de partager l’ « épiphanie » joycienne (double clin d’oeil puisque Shea nous apprend  que Nora était le prénom de la femme de l’écrivain irlandais et que sa fille également internée  s’appelait Lucia) de Joe Mulloy, certainement un des doubles cachés dont Ken Bruen a le secret et qui peut tout aussi bien se lire comme une épitaphe pour tous ses personnages, l’écrivain ou la littérature -noire- en général  :

« Sa soif d’investigation s’étancherait par le canal de l’écriture.

Il voulait écrire et se servir des mots pour traquer la fange. » (Brooklyn Requiem, page 209)

Roulette russe

09juil

roulette-russe.jpgJe ne vous raconterai pas le prochain livre d’Alain Monnier, ce ne serait pas lui rendre un joli service en limitant son livre à une simple histoire… que je vais néanmoins vous laisser entrevoir afin de vous donner envie d’y aller voir de plus près. Je vous raconterai (à paraître chez Flammarion en août) est une confession, le texte laissé derrière lui par un homme sans qualités devenu presque contre son gré l’objet d’un culte étrange: la chance lui a souri au-delà du possible dès lors qu’il a joué sa vie à la roulette russe devant un parterre hétéroclite de parieurs sans scrupules. S.D.F. qui a subi de plein fouet la violence de la société moderne rompue à balancer hors du système ceux que la chance abandonne un matin (chomage, traites impayées,expulsion, divorce, la litanie infernale qui terrorise désormais les populations menacées par ce spectre qui rôde sur tous les écrans), notre héros, philosophe pas encore totalement englouti par le désabusement et clodo sans délire, suit un soir le manteau d’alpaga d’un géant qui a compris qu’au bout du rouleau son vis à vis ne déclinerait pas l’offre monstrueuse qu’il lui ferait. C’est le début d’une folie racontée avec finesse et sans colère par un homme devenu étranger à notre monde parce que vainqueur sans cesse de la mort et en même temps exemplaire de ce monde-là où la mort devient spectacle. L’étonnement provient aussi de la désillusion qui anime le héros qui a compris en rédigeant ses mémoires que ceux à qui il les destine n’en ont « rien à faire » car nous n’avons à faire que de nous-même : « c’est sinistre mais c’est ainsi que vous êtes, que nous sommes », lâche-t-il. « Nous traversons la vie dans une cruelle solitude en essayant vainement de partager ou d’aimer autrui mais sans jamais échapper à la démesure de soi. A la pathétique boursouflure. » Réunis par le sentiment d’absurdité de la vie, auteur, narrateur et lecteurs deviennent complices, les deux premiers obligeant les derniers à affronter cette histoire morale. La réussite d’Alain Monnier qui pratique l’art de la retenue sans s’interdire l’indignation tient à ce ton qu’il adopte tout au long du roman, mélange de compassion et de provocation : il nous plonge dans la nausée de notre époque et en indique dans le même mouvement l’issue incertaine. Un peu de pessimisme dans un monde qui raille l’optimisme ne peut pas faire de mal. Nous vous raconterons si à la rentrée Alain Monnier aura gagné son pari.

« le plaisir de posséder des livres »

01jan

franz_eybl__jeune_fille_lisant_02_380.jpgEt pour commencer l’année, le billet le plus court mais le plus sincère : belle année à tous les amateurs de livres, les lecteurs invétérés, les liseurs de blogs, les critiques enthousiastes, les forcenés de la littérature, les occasionnels curieux, les libraires qui aiment la toile (et les autres), les auteurs étoilés, les passants, les fidèles, bref à toux ceux qui visitent ce jeune blog voulu par les libraires et auquel nous souhaitons de plus en plus d’adeptes, contents de prolonger en ligne leur visite à la librairie ou de nous rejoindre quand ils sont trop loin dans le plaisir de partager. Une citation pour finir ou mieux recommencer, une de ces belles phrases d’auteur que nous avons placée près de notre bureau comme une modeste profession de foi :

« Après le plaisir de posséder des livres, il n’y en a guère de plus doux que d’en parler. »

Charles Nodier  (cité par Jacques Bonnet dans son merveilleux Des bibliothèques pleines de fantômes, Denoël, 2008)

Acte I, scène 1

06avr

Lancer un blog est devenu une activité courante dont les Français sont les champions du monde, rappelant ainsi leur attachement à la chose écrite, eux que l’on sait déjà amateurs de parole et de débats. Mais se regrouper, à l’intérieur d’une grande librairie, pour prolonger sur la toile sa passion de l’écrit et des Lettres paraît déjà moins fréquent. Avec plus de cinquante libraires, la librairie Mollat dispose d’une étonnante puissance de lecture et d’un ensemble d’équipes acharnées à défendre leurs rayons. C’est cet enthousiasme, continué souvent le soir et les week-ends par des heures de lecture, qui a présidé à la naissance de cette idée : prolonger dans le monde virtuel du net notre insatiable activité et proposer aux clients fidèles, aux curieux, à ceux qui sont trop loin, notre vision au quotidien de ce métier et nos incessantes découvertes. La Littérature, regroupant différents espaces comme le policier, le poche, la critique, la poésie, le théâtre et toutes les littératures, se lance ainsi dans l’aventure.

Au gré de nos découvertes, de nos rencontres, grâce à des rendez-vous réguliers organisés dans des rubriques, vous pourrez nous suivre au jour le jour, découvrir nos coups de coeur en direct (et sans filet!), nous faire part des vôtres par des commentaires, nous vous tiendrons informés de la vie de nos rayons sans cesse en mouvement, des rencontres que nous y faisons, des choses que nous y voyons (comme Hugo parlait de ses « choses vues »). Bref, un vaste programme sans arrêt recommencé.

Mais place aux libraires !

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