Posts Tagged ‘Afrique du Sud

Karoo boy roman de l’incandescence.

25sept

karooblacklaws.jpgblacklaws-2.jpgTroy Blacklaws a grandi au Cap et c’est tout cet univers qui imprègne son premier roman Karoo Boy.

Dans cet aérien et sensuel récit sur l’adolescence, l’auteur évoque les difficultés du passage à l’âge adulte.

Douglas, suite à la mort accidentelle de son frère jumeau voit son univers familial se briser en mille morceaux. Le père s’enfuit et Douglas quitte le Cap, son élément favori, la mer et le confort de son adolescence pour une bicoque dans la région reculée, cruelle et isolée du Karoo. Il va y découvrir l’intolérance, l’ignorance, la violence et le racisme. Autrement dit, la noirceur d’une époque. Malgré ce choc, il connaîtra également sous le soleil de plomb du Karoo, les balbutiements de l’amour et une solide amitié avec un vieil homme noir, victime des injustices de la ségrégation.

Comment se construire dans un pays ravagé ? Blacklaws aurait pu tomber dans le larmoyant, mais son style aéré et lumineux ainsi que la beauté et la sensualité de ses images nous transportent tout simplement et procurent des émotions inattendues. Sauvage et charnel, voici le récit d’une double déchirure, la violence politique de l’Afrique du Sud accablée par l’apartheid et le deuil d’un ado arraché à son frère jumeau. Déjà un beau succès un grand format, Karoo boy va pouvoir, sous la couverture des Points Seuil, gagner un nouveau public

D’autant que le deuxième roman de Blacklaws, Oranges sanguines, vient de paraître chez Flammarion.

Dans ce nouveau roman, autre évocation de l’Afrique du Sud de son enfance et de son adolescence, le narrateur campe à travers le personnage de Gecko, la figure d’un rebelle. Entre un père fermier et une mère infirmière aux idées libérales le jeune garçon affiche trés tôt ses idées contre la ségrégation raciale dont la pays tout entier est la victime ou le complice. Roman d’apprentissage, magnifique exploration de l’enfance puis du difficile passage à l’âge adulte, où le jeune homme n’aura de cesse, devenu soldat puis déserteur de militer et prôner ses idées de liberté Oranges sanguines est un livre vibrant qu’on a envie de conseiller malgré la rage sourde qui y trace son sillon. Fuyant le Cap pour Londres puis Copenhague sur les traces de son premier amour, Zelda, le héros ira jusqu’au bout de ses idéaux loin de sa famille et des tourments des années soixante-dix. Avec ce deuxième roman, Troy Blacklaws confirme qu’il est un écrivain sur lequel il faudra compter, la littérature sud-africaine comptant plus que jamais sur l’échiquier très riche des lettres anglo-saxonnes.

From Harvard…

02juil

En cette rentrée littéraire 2008, pour ce qui est du domaine anglo-saxon, nos regards seront tournés vers deux jeunes écrivains prometteurs qui ont en commun un talent indéniable, une sensibilité politique certaine, et des études – partiellement ou entièrement – effectuées à Harvard.

Ceridwen DoveyHonneur aux dames : passons tout d’abord en revue le premier livre très abouti de la belle Ceridwen Dovey, jeune Sud Africaine de 27 ans. Son roman intitulé Les Liens du sang (Blood Kin, pour les anglophones) paraîtra aux Editions Héloise d’Ormesson le mois prochain. Surprenante Ceridwen, qui nous livre d’emblée un roman aux allures de fable dénué du sceau autobiographique souvent caractéristique des jeunes écrivains.

Ayant effacé tout repère spatio-temporel et onomastique, l’auteur met en scène une douzaine de personnages dans un contexte de bouleversement politique. Le Président actuel est renversé suite à un coup d’Etat orchestré par celui qui se fait appeler le Commandant. Les prisonniers, parmi lesquels on compte son Portraitiste, son Coiffeur et son Chef cuisinier, sont alors enfermés dans la résidence d’été du chef d’Etat. La plume circule entre personnages masculins et féminins qui n’ont a priori que peu de choses à voir avec le pouvoir. Pourtant, on se rend vite compte qu’ils concourent tous au maintien de la dictature, quand bien même leurs objectifs initiaux étaient d’y mettre un terme. Alors qu’ils essaient d’y voir plus clair dans toute cette confusion, ces six protagonistes entraînent le lecteur aux confins d’un monde qui prend une dimension universelle et dans lequel tout gravite autour du pouvoir et du sexe, et où les liens du sang peuvent parfois s’avérer surprenants voire perturbants. L’auteur, pour qui « tous les écrivains sont en quelque sorte des ethnographes »[1] aborde ici des questions toutes plus fondamentales les unes que les autres, à savoir quelle est la différence entre la dictature d’un président corrompu et celle d’un commandant qui s’auto-promeut chef d’Etat ? Quels sont les mécanismes de contamination du pouvoir ? Le rôle des femmes est-il aussi secondaire qu’il en a l’air ?

Née en Afrique du Sud, Ceridwen Dovey a vécu en Australie, à Londres et à New York (elle effectue actuellement son doctorat à NYU). Est-ce le fruit de sa mobilité ? On sent bien qu’elle refuse d’ancrer son récit dans quelque pays que ce soit – même si certains éléments tels que l’importance des vignobles peuvent nous laisser présumer qu’il s’agit de son pays natal – conférant dès lors une dimension incontestablement parabolique à un texte qui traite avant tout de la nature de l’Homme. Et c’est certainement cette dimension universelle qui contribue au succès de ce premier roman aujourd’hui publié dans une douzaine de pays, sans compter un certain talent descriptif et une maturité étonnante. Voici par exemple un extrait de la critique du quotidien britannique The Guardian : « Le roman hypnotisant de Ceridwen Dovey lève le voile sur une dictature et ses conséquences périlleuses… L’écriture traduit une atmosphère hypnotique et langoureuse, y compris lorsqu’on se rapproche de la fin en un mouvement circulaire avec Blood Kinl’impatience de vautours survolant une charogne. »[2]

Ceridwen s’attendait-elle à ce que le mémoire du master d’écriture créative qu’elle a suivi en Afrique du Sud (après son cursus en anthropologie à Harvard) connaisse un tel succès et lui vaille d’être comparée à des écrivains de la trempe d’un García Márquez, d’un Orwell ou d’un Coetzee ? Au sujet de ce dernier, on relèvera comme seul bémol le fait que l’édition française ne conserve pas la couverture originale, d’une part parce qu’elle est assez représentative du roman, et de l’autre parce qu’elle comporte une magnifique accroche sous la plume du célèbre prix Nobel,[3] mais tout est une question de réception et de point de vue…[4]

 


 

———

Nick McDonell NYTimesLe deuxième romancier que nous allons maintenant évoquer a beau être plus jeune que Miss Dovey (il est âgé d’à peine 24 ans), il en est déjà à son troisième livre. S’inscrivant dans un registre très différent, Nick McDonell publiera en septembre Guerre à Harvard chez Flammarion. Dans ce petit récit d’une centaine de pages, l’auteur continue dans le genre de l’auto-fiction, après deux premiers romans très remarqués et traduits dans une dizaine de langues – Douze (Denoël, 2004) et Le Troisième frère (Denoël, 2006).

Dans un style percutant, parfois au vitriol, ce jeune américain issu de la promotion 2006 de Harvard nous livre le récit des aventures et des déboires d’une poignée de jeunes personnages emblématiques de notre époque dans ce milieu plutôt aisé sur les plans financier et intellectuel, le tout sur fond de guerre en Irak. Il dépeint alors les maux de cette génération qui lutte pour retrouver des repères, entre le quotidien à Harvard (soirées arrosées, histoires de couples…) et l’émergence de préoccupations économiques et politiques. A noter, l’apparition de Mark Zuckerberg, l’inventeur (attesté) du site de socialisation Facebook désormais mondialement connu.

Inutile de multiplier les paraphrases, nous nous adressons ici à tous les fans d’écrivains tels que Bret Easton Ellis et vous enjoignons à découvrir – si ce n’est déjà fait – la plume incisive de ce jeune New Yorkais talentueux.

 


[1] Propos recueillis pour l’émission américaine All Things Considered (du groupe radiophonique NPR), le 13 mars dernier.

[2] « Ceridwen Dovey’s mesmerizing novel lifts the lid on a dictatorship and its perilous aftermath…There is a hypnotic, languorous feel to the writing – even as the conclusion circles with the impatience of vultures over carrion. »

[3] « Une fable sur l’arrogance du pouvoir, sous la surface en apparence idyllique duquel tourbillonnent des courants d’une sensualité complexe. » On notera ici que la présence de cette citation n’a absolument rien d’anodin : il s’agit en quelque sorte d’un clin d’œil dans la mesure où la mère de Ceridwen Dovey fut parmi les premiers critiques littéraires à étudier l’œuvre de Coetzee.

[4] On remarquera que la couverture américaine met l’accent sur les trois narrateurs masculins qui servent le Président, puis le Commandant, tandis que la couverture française met plutôt en exergue un personnage féminin à la fois énigmatique et central.

Dans les townships

11juin

flag_of_south_africasvg.pngL’actualité de l’Afrique du Sud rime malheureusement trop souvent avec crimes, meurtres, et désordres en tous genres. La fiction s’est emparée de cette violence au quotidien, si bien que l’on ne s’étonnera pas de la noirceur des romans policiers qui se déroulent dans ce pays…

 

Deux excellents (et implacables) polars : Le Noir qui marche à pied de Louis-Ferdinand Despreez et Zulu de Caryl Férey, tombent à pic pour illustrer la situation explosive de la nation arc-en-ciel après l’apartheid. Le constat est terrifiant et fait froid dans le dos.

Perspective d’une lecture en « parallèle » entre ces deux titres qui ont bien des points communs :

- l’accroche : une visite dans un parloir de prison pour le premier, une scène de lynchage pour le second – dès le début, le ton est donné ! Noir, c’est noir…

- le flic : le protagoniste de Despreez, l’inspecteur Zondi, dont c’est ici la deuxième enquête (après La mémoire courte) est un Zoulou qui se voudrait rédempteur, prêt à être sur la brèche jour et nuit pour éradiquer le mal. Dans le roman de Férey, Ali Neuman, chef de la police criminel de Cape Town, est lui aussi Zoulou – son frère est mort tué sous ses yeux, cela explique sans doute sa vocation.

- l’intrigue : les deux sont aussi sombres l’une que l’autre, à savoir des enlèvements d’enfants à la sortie de l’école dans Le Noir qui marche à pied, des jeunes femmes retrouvées assassinées et défigurées dans Zulu.

- le style : à l’image de l’histoire qu’ils nous content, l’écriture de ces deux auteurs est au scalpel – impeccable et implacable !

- des scènes choc : à couper le souffle du lecteur – une scène de torture insoutenable dans Zulu, la macabre découverte de corps dans Le Noir qui marche à pied.

- les auteurs : ils écrivent tous deux en français, Louis-Ferdinand Despreez doit son prénom français à ses ancêtres huguenots émigrés en Afrique du Sud, où il vit, il écrit directement dans notre langue – quant à Caryl Férey, il est bien français, même si son nom ne l’indique pas !

- en résumé : deux polars impressionnants – pour amateurs de sensations fortes !

 

 

 

 

Une surprise sud-africaine

16avr

Karel SchoemanChez nous libraires, les nouvelles livraisons font toujours l’objet du même examen qui consiste à déterminer dans quelle domaine linguistique nous devons classer le dernier venu. A ce titre, une nouveauté au rayon livre de poche a su susciter notre étonnement : La saison des adieux, de Karel Schoeman, paru en 10/18. Ce roman présente la particularité d’être traduit de l’afrikaans, événement aussi rare qu’une aurore boréale en France. En effet, les romans traduits de cette langue, qui, rappelons-le, n’est parlée qu’en Afrique du Sud et en Namibie, peuvent se compter sur les doigts d’une main. On connaît bien entendu André Brink, l’illustre auteur de Une saison blanche et sèche, qui écrit aussi bien en anglais qu’en afrikaans. On peut compter maintenant avec le sud-africain Karel Schoeman, un romancier marginal mais toujours solidaire du combat des Noirs de son pays. Il a d’ailleurs reçu des mains du président Mandela, The order of Merit, la plus haute distinction sud-africaine. Certains avaient pu faire sa connaissance en 1991 avec En étrange pays chez Robert Laffont, livre sublime remarqué par quelques fines lames de la critique puis oublié. La porte s’entrouvrait sur une langue qui compte très, très peu de gens à même de la traduire (quand on sait par ailleurs que Schoeman pratique de son côté pas moins de sept langues et qu’il traduit les plus grands auteurs, sortant de leur terrible et méconnu isolement linguistique quelques millions de locuteurs héritiers d’un batave ancien).
A mettre également à son crédit ce très beau roman accueilli par la collection 10/18 qui nous présente Adriaan, un poète esseulé dans son art et dans sa vie. Il assiste, impuissant, à l’effondrement de son pays dans les années 70, à la fuite de tous ses amis incapables de résister à cette ruine annoncée. Le héros s’est cependant persuadé qu’il n’y a pire solitude que celle que l’on assume pas et que partir ne sauve pas de soi-même. Courageux, intègre et, finalement écrivain, Adriaan accepte sa fragilité comme il a accepté la fragilité de sa langue perdue.
On espère que ce livre qui mériterait plus qu’un succès d’estime, agira comme un catalyseur et donnera l’idée aux éditeurs de publier plus de romanciers, mais aussi plus de poètes qui écrivent en langue afrikaans, ces derniers démontrant par ailleurs un formidable esprit créateur.schoeman.jpg

Chercher sur mollat

parmi plus de 300 000 titres.

Actualité
Podcasts
Rendez-vous
Coup de cœur