Posts Tagged ‘angleterre

Murder Ballad

26mar

nickcavemunro.JPGNick Cave revient à la littérature, quinze ans après la traduction de Et l’âne vit l’ange,  et renoue avec ses thèmes fondamentaux, soit la mort et la folie, traités de manière obsessionnelle. L’homme en noir australien a su décliner brillamment le talent vénéneux qu’on lui connaissait déjà.

Alors que Bunny revient d’une de ses fructueuses tournées commerciales, il est représentant en produit de beauté, il découvre le corps sans vie de sa femme. Leur enfant, Bunny Junior, est plongé dans l’encyclopédie offerte par sa mère, et culpabilise relativement : il semble qu’il aurait pu aider sa mère à ne pas mettre fin à ses jours… Bunny, désemparé, ne trouve qu’une seule solution : reprendre sa tournée en emmenant son fils avec lui, dans une Punto déglinguée, qui sera leur seul foyer. Mais qu’apporter à Junior, alors que l’unique talent de ce père à la dérive est une aura sexuelle irrésistible doublée d’une ignorance crasse ? Cette ballade tempo moyen  montre les infinies formes que peut prendre l’amour filial, seul fragile rempart à la folie ambiante, pour ne pas mentionner le mystérieux satyre qui terrorise cette partie de l’Angleterre, armé d’un masque et d’un trident en plastique…

Ce roman, aux accents d’Harry Crews ou de Jim Thompson (version Des Cliques et des Cloaques), nous amènera dans l’Angleterre profonde, peuplée d’êtres déçus et amers et de chimères ricanantes en lieu et place des bonnes fées des contes.

La mort de Bunny Munro ? Une fête d’anniversaire cauchemardesque et interminable, en quelque sorte…

Repose en Peace

29jan

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The Red Riding Trilogie – actuellement au cinéma !

What is that ? Une adaptation magistrale de l’oeuvre de David Peace, auteur  de 1974, 1977, 1980, 1983, une tétralogie suffocante se passant dans le Yorkshire…

 

Sur les quatre titres publiés par le terrible Anglais, exit 1977 (pour la petite histoire Channel 4 ne voulait financer qu’une trilogie), reste donc au final l’épisode 1974, réalisé par Julian Jarrold,  James Marsh s’est emparé de 1980, et Anand Tucker a signé l’adaptation du dernier volet 1983. Les spectateurs anglais ont pu apprécier le résultat en s’installant devant leur poste de télévision – en France, seuls quelques cinémas (dont Utopia Bordeaux, c’est là que s’est rendu votre libraire) ont eu le courage de programmer The Red Riding Trilogie. Ce n’était pas une mince affaire que d’adapter Peace à l’écran : comment rendre la noirceur de son univers, ses personnages broyés, sa désespérance ? Proche d’un Robin Cook pour l’ambiance, et d’un James Ellroy par le style, Peace n’est pas de tout repos (contrairement à ce qu’indique son patronyme)… Pari réussi car les trois films sont une réussite complète ! – c’est aussi l’avis de François Guérif, directeur de la collection Rivages/noir, qui publie en France les ouvrages de David Peace, à qui nous avons posé la question alors qu’il accompagnait dans nos murs James Ellroy le 18 janvier dernier. Les films sont fiévreux, l’image nerveuse et enlevée, le rythme vif et incisif, on revisite les années Thatcher sur fond de décor d’époque. Le constat révulse : du journaliste naïf qui va vite perdre ses illusions au flic corrompu prêt à tout pour se couvrir – ce monde est pourri. Tout comme on sort groggy des livres de Peace, on quitte la salle de cinéma en ayant l’impression d’avoir visité les bas fonds de l’âme humaine, question de conscience… – to be or not to be, that is the question.

Boy A, jeux d’enfants

09avr

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   Un livre, un film

 

 

Avant de devenir un film – actuellement au cinéma, courez le voir ! – Boy A est un roman de  Jonathan Trigell intitulé Jeux d’enfants qui ressort dans la collection de poche Folio policier. Paru en 2004, il avait reçu le prix Waverton Good Read Award récompensant en Grande-Bretagne le meilleur premier roman de l’année. Ce n’est pas à proprement parler un roman policier mais plutôt un roman noir et social avec, en toile de fond, la prison et les inévitables difficultés de réinsertion. On suit ainsi le parcours de Jack, âgé de 24 ans, qui vient juste  d’être libéré. Jack n’est d’ailleurs pas son vrai prénom – ayant purgé sa peine, il a eu droit de choisir sa nouvelle identité – exit l’anonyme Boy A,  « le jeune A, ainsi baptisé par le tribunal  pour pouvoir le distinguer d’un autre gosse B », « … son vrai prénom, aujourd’hui, gît telle une mue de serpent à l’intérieur d’un dossier au fond d’un placard dans un bureau dallé de vinyle… »  Condamné pour un crime qu’il a commis quand il était enfant, il a passé toute son adolescence enfermé. Il est d’autant plus touchant et maladroit quand il sort, découvre l’extérieur, les rues, les gens, la ville, la vie, le mouvement – on voit avec ses yeux, sa perception : « Il se rend compte que « le vaste monde » n’est pas seulement une expression. Les rues sont larges, les maisons hautes, les horizons extraordinairement dégagés ; même les petites épiceries de quartier sont spacieuses. Il y a partout de profondes cavernes  pleines de disques et de vidéos, de clopes et de bière. De près, les arbres  semblent plus verts, les murs plus rouges,  les fenêtres plus transparentes ». A l’écran, Andrew Garfield, le jeune acteur qui incarne Jack est magnifique, tout en sensibilité et en retenue. C’est qu’il a tout à apprendre : du comportement le plus anodin aux émotions et aux sentiments, des premiers émois amoureux en passant par l’amitié, le travail etc, jusqu’au jour où… On n’en dira pas plus, juste qu’un grain de sable peut muer l’espoir en déception, et le passé vous rattraper inéluctablement. Ce qui, juste-là, semblait un roman ou un film de rédemption tourne alors à l’implacable – la fatalité explose cruellement, à vous arracher des  larmes à la dernière page du livre ou à la dernière image du film.

Le « nouveau Vargas »: un roman incertain ?

24juil

un-lieu-incertain.jpg La nouvelle était annoncée depuis quelques semaines, le monde se presse depuis le 25 juin pour s’emparer du « nouveau Vargas » qui s’annonce comme l’un des romans de l’été en passe de concurrencer les amateurs du fameux Millénium. Car qui aura l’audace de ne pas se réjouir d’un tel phénomène attendu impatiemment depuis deux ans avec Dans les bois éternels, soit le retour du plus attachant des commissaires, Jean-Baptiste Adamsberg ?

Dans ce onzième « rompol » (ainsi que l’auteure définit ses oeuvres), Fred Vargas aime de nouveau déployer ses talents de conteuse hors pair et réjouira avec certitude tous les passionnés de son univers subtilement décalé. Héritière d’un père membre du groupe surréaliste, elle-même toujours à la « trace » des indices dans son métier d’archéozoologue, elle nous convie une nouvelle fois dans une préhistoire enchanteresse, à la frontière du conte fantastique de tradition européenne. Car c’est bien en Europe que se situe cette sixième aventure de notre commissaire national antihéros impassible mais à l’intuition géniale, à rebours de la méthode déductive dans le typique roman à l’anglaise (Agatha Christie, Conan Doyle, Chesterton pour ne citer qu’eux). Dès le premier chapitre, le lecteur se trouvera en terrain conquis puisque Adamsberg qui doit partir à Londres participer à un colloque sur les flux migratoires sera quelque peu retardé par… la mise à bas et le sauvetage in extremis de la chatte de son voisin Lucio! On retrouve avec délectation cette « Vargas touch » unique qui allie fantaisie poétique et humour décalé tout en finesse depuis l’apparition d’Adamsberg dans L’homme aux cercles bleus (1990 chez Viviane Hamy, réédité en poche chez J’ai lu en 2002). En effet, de Londres où l’équipe d’Adamsberg (l’attachement aux personnages secondaires toujours bien fouillés) se trouve confrontée à une scène macabre de pieds coupés et… chaussés dans le cimetière de Highgate à la paisible banlieue parisienne où l’horreur atteint son apogée par la découverte du corps littéralement pulvérisé de Pierre Vaudel (mais sans effet vraiment « gore » pour autant ! ) amènera après une première partie assez longue à un voyage en Serbie bien plus rythmé. Là, Adamsberg fera le jour sur les deux affaires précédentes qui le conduiront sur la trace des liens de… son propre sang! mais chut… n’allons pas déflorer le secret plus avant !! Sachez seulement qu’une sombre et archaïque superstition de vampires rôde dans cette région hostile (néanmoins peuplée d’hôtes accueillants) et pèse dangereusement sur Adamsberg qui pourrait bien y laisser sa peau… Cette déambulation européenne sonnerait-elle la fin de notre brave

Petit échange sur le rayon polar, entre deux libraires : Véronique et Karine.

Karine – Je l’ai fini hier soir, j’étais à la fois triste de quitter Adamsberg et sa brigade mais tellement heureuse d’avoir retrouvé ma chère Fred Vargas !

Véronique – Tu ne trouves pas qu’elle se répète un peu ? Car la thématique ne m’a pas surprise, l’intrigue est schématique, destinée plutôt à plaire au grand public, même si je trouve qu’à partir du départ du commissaire en Serbie, l’intrigue prend du relief et devient plus prenante…

K – Moi, j’y adhère toujours, mais c’est vrai qu’on peut se lasser – ce qui n’est pas mon cas ! Grâce au charme de l’invraisemblance, elle réussit une fois de plus à nous mener avec bonheur dans son imaginaire inimitable.

V – Le début m’a tout de même surprise ! Ses allusions subtiles à la politique européenne en matière d’immigration sont audacieuses : pour ceux qui la trouveraient trop consensuelle, là j’ai découvert un engagement, une prise de risque pas évidente de prime abord.

K – Car comme à chaque fois, elle sait nous surprendre par une facette inédite qu’elle développe – ici Danglard tombe amoureux, ce qui n’est pas rien !

V – Elle nous divertit certes mais on l’aimerait plus incisive, non ?

K – Cela ne m’a pas gênée, j’étais séduite une fois de plus, et j’ai hâte de l’être encore et encore… Vivement déjà la prochaine fois !

Que les « mordus » se rassurent : Fred Vargas, malgré ou grâce à ce (sur)réalisme poétique qui tisse ses romans, réussit une fois de plus à nous mener bien plus loin qu’on ne l’aurait pensé de prime abord, dans les dédales de son écriture inimitable qui n’appartient qu’à elle seule… Et rien que pour cette singularité bienvenue dans le polar souvent « noir », la sensibilité vargassienne a toute sa place…

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