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Ombre de la mémoire

13mai

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“La poésie est l’ombre de la mémoire

Mais elle sera matière de l’oubli”

            José Emilio Pacheco

 

 Cette superbe anthologie de la poésie hispano-américaine se savoure, se déguste, se grapille, au fil de 700 pages qui brassent ce continent de langue espagnole où se côtoient pas moins de soixante dix poètes originaires du Pérou, du Guatemala, de Colombie, Cuba, Mexique, Argentine, Uruguay, Venezuela, Paraguay, Equateur, Salvador, Bolivie, Nicaragua, Chili, Honduras - certains traduits ici pour la première fois en français. Merci aux éditions Gallimard de nous faire découvrir ces voix, et bravo aux traducteurs (ils sont nombreux) pour leur travail remarquable.

La préface de Philippe Ollé-Laprune éclaire les intentions d’une telle anthologie : “Malgré les tons particuliers et les indéniables variations dans les tonalités qui marquent les littératures nationales, il s’y déroule une avancée commune de la parole poétique. Contre la diversité que promet la géographie, il existe une cohérence que propose l’Histoire. Certes, le souffle de la poésie chilienne se reconnaît, ainsi que le déséquilibre dans la fureur péruvienne et l’étonnant calme mexicain. Et pourtant, il existe des correspondances, des similitudes, des chemins communs que parcourent des auteurs qui vont dans le même sens, avec un rythme particulier”.

 Le découpage chronologique en quatre temps pose les jalons historiques de l’évolution poétique - ou, devrait-on dire, révolution ? - à partir de l’oeuvre fondatrice de Ruben Dario, précurseur qui, intégrant les apports européens, renouvelle le genre et le langage, fait exploser la tradition et entraîne dans son sillage d’autres poètes tentés par l’aventure. La génération poétique suivante dépasse les frontières de la langue et allie l’influence des poètes occidentaux d’avant-garde sans renier ses couleurs locales, à l’instar d’Asturias, Borges, Mistral, Neruda, Guillen, Gomez de la Serna, Vallejo… Après 1910, la maturité est là : l’héritage de la modernité est “digéré”, et d’autres influences - américaines notamment, avec Whitman, Pound, Eliot - se font sentir chez Paz, Juarroz, Gerbasi,  Gaitan Duran, Davila Andrade, Moro, Cerruto…  Des années cinquante à nos jours, la période contemporaine draine des voix multiples et singulières, telles celles de Segovia, Lihn,  Cadenas, Gelman, Sosa, Deniz, Dalton, Pizarnik, Becerra, Montejo, Pacheco, Quessep, Kozer, Zurita, etc…

A défaut de trouver un billet d’avion à prix modique à destination de l’Amérique latine, investissez donc trente-cinq euros dans ce beau volume  et vous ferez un superbe voyage sans quitter votre fauteuil !

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Juan Manuel Roca - coup de coeur poétique venu de Colombie

13mar

 

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 C’est le Printemps des poètes, les nouveautés fleurissent !

L’occasion ou jamais de faire des découvertes. En voici une de taille, avec cette magnifique anthologie Voleur de nuit, du poète colombien Juan Manuel Roca - auteur reconnu, récompensé par de nombreux prix et publié en France pour la première fois - remercions  au passage les Editions Myriam Solal pour leur beau travail ainsi que le traducteur (admirable),  François-Michel Durazzo. Il y a quelques jours, l’auteur et son traducteur étaient à Bordeaux, à l’Institut Cervantes, pour une rencontre lectures. La langue de Roca parle d’elle-même - quelques bribes choisies valant mieux qu’un long article, à savourer :

 

CANTATE DU PAYS SAUVAGE

Chaque jour, comme si je descendais d’un bateau

Dont les rames sont le rêve,

Je retourne au même lieu à la langue sauvage.

Quand le vent ouvre les portes battantes de l’hiver,

Je peux voir l’éclair dessiner

Son escalier sur le tableau noir du ciel,

Ou bien j’écoute le naufrage de l’eau dans les ruisseaux.

 

            CARTE POSTALE DE NULLE PART

Des tulipes poussent

Dans le parc

Où les femmes marchent

Avec une légèreté de nuage.

 

Les couteaux n’ont pas

Envie de blessures

Ni faim de peau.

 

BOUTEILLES A LA MER

Dans la petite chambre où je vis

Comme Jonas dans le ventre d’un cétacé,

Je pense :  peut-être les poèmes sont-ils

Des messages envoyés par un naufragé,

Des bouteilles de cris pauvrement écrits

Qui vont peut-être de la mer des silences

Aux plages de l’oubli.

Mais voici que je lance une bouteille, une autre,

Une encore, habitée par mes peurs.

Dans la petite chambre où je vis

Comme Jonas dans le ventre d’un cétacé

Il reste peu de bouteilles du naufrage.

 

L’ANGE ASSIEGE

Dans les rues de la ville habitait mon coeur kidnappé. Je voyais des hommes coiffés d’un borsalino, des hommes bruyants entrer et sortir de bordels et de tripots.

Je perdis peu à peu l’innocence et, avec mes ailes, la folie des voyages. Je n’en suis pas sûr, mais je crois que c’est le balayeur du quartier qui m’a dit qu’une nuit, au milieu de mouches mortes et de seringues usagées, il avait trouvé mon sourire. L’innocence, comme une gare balayée par le vent, m’avait abandonné, et avec lui mes ailes.

Dans les rues de la ville habitait mon coeur kidnappé, ange assiégé qui ne voulait pas revoir le paradis.

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Juan Manuel Roca, poète et journaliste, est né à Medellin, Colombie, en 1946.



Bon appétit en poésie !

05déc

“Dédaignons la mouillette

Et la côte au persil.

Crépite sur le gril,

ô ma fine andouillette !

Certes, ta peau douillette

Court un grave péril.

Pour toi, ronde fillette,

Je défonce un baril.”

Charles Monselet

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En cette période de fêtes, où les plaisirs de la table sont pour certains au coeur des préoccupations tandis que pour d’autres, il sera plutôt question de savoir comment ne pas engraisser pendant ces repas fastueux, il était presque indispensable de rendre hommage aux poètes de la bonne chère.

Car il existe bel et bien une poésie gastronomique et c’est Kilien Stengel, passionné de gastronomie et enseignant dans les métiers de l’hôtellerie et de la sommellerie, qui a eu la bonne idée de construire cette anthologie drôle, ludique et poétique. Quelle joie en effet de se retrouver autour d’une table et partager un bon repas, ou bien de se promener dans un marché où toutes les odeurs se mêlent.

Dans cette anthologie, on croisera au hasard des victimes du réveillon, l’épicier du coin, le glouton, un ivrogne. On nous expliquera l‘art de diner en ville, la naissance de Pantagruel, le remède contre la peste, le déjeuner au soleil. Enfin, les gourmands pourront déguster de la bisque, un chou gras, du melon, des haricots homicides, un menu saintongeais, des crêpes de blé noir, la cancoillotte et l’inévitable dinde aux marrons.

Après cela, avec le ventre rond comme un ballon, vous prendrez bien un petit digeôt devant un bon feu de cheminée, en compagnie de Ronsard et Boris Vian, de Rostand et Cendrars et de La Fontaine et Verlaine.

 

“Toi seule satisfait mes sens inapaisés

Ta langue est un fondant,tes dents sont des amandes.

Viens, je détaillerai tes voluptés gourmandes.

Apparais-moi, je vais te manger de baisers ! “

Léon Guillot de Saix

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