Posts Tagged ‘castor astral

Bref

05jan

georges-kolebka.jpgGeorges Kolebka possède un don, celui de faire court dans un monde où la longueur serait une qualité : regardez tous ces films qui s’allongent, ces romans qui s’épaississent comme s’il y avait vertu à dire beaucoup. Maître dans l’art de la brièveté qui fait mouche ou qui touche, il envoie à quelques fidèles dont on déplore qu’ils ne soient pas plus nombreux ses recueils effilés, confettis dans la monotonie d’une littérature qui se prend très au sérieux et qui même quand elle sourit se regarde le faire, complaisante et navrante : que je suis drôle nous disent nos comiques patentés, que mon cynisme est de bon aloi, que mes vacheries sont bienvenues, etc… Rien de tout cela avec M.Kolebka qui cultive l’élégance en même temps qu’il polit et repolit son ouvrage sans cesse jusqu’à cet évident miracle qu’est un texte court avec ce « rien de trop » qui fait la différence. Pas de héros, seulement des personnages ou des figurants saisis dans le rare moment où ils sont dignes d’un regard, pas d’héroïsme, seulement ce quotidien qui tricote à longueur de temps des situations cocasses qu’un oeil mal exercé ne remarquerait pas, ou des grandeurs ignorés qui nous rappellent que le ridicule, bien décoré, engendre des sourires plus beaux que des moqueries. Georges Kolebka ne recule devant rien, pas même les gloires de notre panthéon littéraire, les finesses de notre langue ancienne, les métiers les plus nobles : tout y passe, en un trois coups de pinceau. Mais rien ne vaut, pour le comprendre, un extrait, et l’éditeur, l’heureux Castor astral qui lui est fidèle depuis de nombreuses années, nous pardonnera cette liberté, le texte choisi est fort…bref :

                                                  AU CAS OU

J’entrepose sur cette page 65 quelques mots au cas où me viendrait une idée de roman : petite madeleine, infusion de thé ou tilleul, tante Léonie, maman, petit coquillage de pâtisserie, Gilberte, Guermantes.

C’est Brefs, et cela vient de paraître. C’est dit. Et c’est très bien.

Auguste sur son derrière

02fév

auguste-derriere-2.JPG

Ils ne nous ont pas montré le leur, ils ont su l’être au milieu des clients du samedi : Auguste Derrière nous a(ont) fait(s) la plaisir d’une visite pour finir le mois en beauté, installé(s) à l’accueil, entouré(s) de tampons et de livres. Car si le canular imaginé par le trio de graphistes bordelais qui compose Poaplume (Nadia Geyre, Philippe Poirier et Vincent Falgueyret) n’a pas fait long feu, le livre qu’ils ont imaginé a recueilli les suffrages du public, enchanté par la malice de leurs calembours et autres délires graphiques rassemblés sous le cartonnage orange d’un joli livre du Castor astral. Mais qui était Auguste Derrière se demandent encore les naïfs et les amateurs de belles histoires ? Au début du XXe siècle nous dit l’éditeur, « cet homme a sans aucun doute été le fleuron de l’absurde et du jeu de mot laid » (on notera l’étrange procédé littéraire à la Joseph Prudhomme et son fameux « ce sabre est le plus beau jour de ma vie »…). « Il révolutionna l’art naissant de la publicité par son approche peu commune du slogan, puis devint la coqueluche de l’élite culturelle de l’époque, avant de tomber dans les sombres profondeurs d’un oubli ». La révolution par le jeu de mots, c’est une idée qui aura fait son chemin tout au long du siècle et il est amusant de constater qu’on n’a pas fini d’épuiser ce genre. Avouons-le cependant, lorsqu’il s’est agi de placer derrière les caisses de grandes affiches pour donner envie aux passants de s’emparer sans retard du livre, il nous a fallu pratiquer une certaine forme de censure, le calembour flirtant souvent avec le grivois… c’est aussi une loi du genre. Vous pourrez suivre les aventures du terroriste publicitaire sur le blog que cet éternel jeune homme tient à l’adresse suivante : augustederriere.com, preuve qu’on peut avoir sombré dans l’oubli et manifester un penchant pour la modernité. Merci donc à l’auguste trio d’être allé au devant de ses lecteurs.

Ces m’Ohl-là c’est M.Ohl là.

21avr

Michel Ohl auquel nous n’accolerons cette fois-ci aucun adjectif, son patronyme seul suffisant à définir sa grandeur, est un fidèle de ce blog qu’il ausculte sans ménagement et sans regretter aucunement la proposition que nous lui avions faite de disposer du sien (et que nous renouvelons encore une fois, sans illusion…). La Poste a déposé ces jours-ci un courrier adressé à « Ces mots-là, c’est Mollat », événement rarissime, et il était signé de cet auteur auquel on consacrera, le moment venu, avec le financement des PTT  dont il est un des meilleurs clients, un musée de « mail-art ». Cette pièce exceptionnelle, dont nous laisserons à chacun le soin de faire l’exégèse, vous est donc proposée ici, parce que nous sommes partageurs, on ne se refait pas.

Ces m’Ohl-là c’est M.Ohl là. (recto)

Verso

Pour finir, et inciter aussi les curieux et autres explorateurs, une citation du Grand Ohl, phrase hors contexte tirée d’un livre qui en est plein :

« je me comprends à moitié, l’autre moitié vous incombe, je me comprends »  Pauvre cerveau qu’il faut bercer. Le Castor astral, 2006

Dites Ouine

22nov

Monsieur Ouine (ancienne édition du Poche)Parce que certains livres, qui imposent leur lumière noire, semblent vous guérir de gloser à leur sujet (même si ce lieu n’a aucune prétention à faire de la critique littéraire, les libraires restant dans le mouvement), on nous pardonnera de nous contenter d’un seul signe de joie à l’arrivée dans nos rayons de la réédition tant espérée d’un chef d’oeuvre absolu (et ce mot trop galvaudé trouve ici, enfin, sa place), un livre qu’une, deux voire trois lectures n’épuisent pas, un roman qui interroge la question du mal comme peu de romans du XX° siècle ont osé le faire, et dont le titre anodin semble associer en un seul son le oui et le non : Monsieur Ouine de Georges Bernanos renaît aujourd’hui grâce au Castor astral. Aussi faible soit notre influence nous en userons néanmoins sans vergogne pour pousser le plus grand nombre de lecteurs à découvrir ou redécouvrir ce très grand livre.

Un inédit de Claude Bourgeyx

07juin

Des gens insensés  C.BourgeyxClaude Bourgeyx nous fait souvent l’amitié de passer dans nos rayons, l’oeil à l’aguet, la malice toujours prête à jaillir, curieux de ce qui paraît, de ce que nous aimons, loin de la figure de l’écrivain blasé que son palmarès lui autoriserait. Très connu pour ses textes pour enfants (on le lit dans les écoles), célébré pour ses pièces de théâtre qui ont connu de grands succès notamment lorsque le regretté Claude Piéplu ou la pépiante Anémone triomphèrent sur scène, il est aussi romancier et nouvelliste, un genre ingrat dans nos contrées parce que peu lu mais un genre majeur car il exige une maîtrise parfaite de la distance et ne supporte pas l’alentissement toléré par le genre romanesque. Paru il y a deux jours à peine, son dernier recueil, Des gens insensés autant qu’imprévisibles, au Castor Astral, vient réjouir ce printemps qui n’en finit pas de larmoyer une pluie sinistre. Nous aurons très vite l’occasion d’en reparler ici lorsqu’avec regret nous en aurons tourné la dernière page, et ce que nous avons lu, déjà, nous comble une nouvelle fois et ce d’autant plus que le sujet en est l’écriture…et ses plus ou moins glorieux à-côtés.

Pour aujourd’hui, c’est plutôt une surprise que nous a réservée Claude Bourgeyx à qui nous avions demandé s’il se verrait nous adresser un petit inédit pour ce jeune blog. Parole tenue et à quelle vitesse puisque nous avons trouvé dans notre boîte aux lettres ce délicat petit texte sur l’innocence enfantine revisitée par un connaisseur. Ce n’est donc pas sans une certaine fierté et avec un plaisir très grand que nous vous le proposons avec l’espoir qu’il vous conduise sans délai à venir vous procurer sur notre site ou sur notre table (coup de coeur).

 

 

 

Salon du Livre pour la jeunesse (fiction)

 

Les enfants. Il y a de tout chez les enfants, faut pas croire ! Grande variété. Enfants gentils, teigneux, triples buses, purs esprits, singes savants, sauvages instinctifs, cerveaux à bonne température, serpents à sang froid… Il y a de tout, vraiment. C’est comme celle-là, l’autre jour : fillette de bonne famille, genre bonne élève, propre sur elle, regard franc, dans ses yeux une lumière céleste. Elle s’avance dans ma direction.

- Vous voulez bien me dédicacer votre livre, s’il vous plaît ?

Elle me tend son exemplaire. Je dégaine mon stylo, me fends de quelques mots serviles. Faut plaire au client ! Elle en profite pour faire son intéressante :

- Moi je pense que c’est facile d’écrire un livre. On remplit une page, puis une deuxième, puis une troisième, et ainsi de suite, et si on est persévérant on va jusqu’à cent, au moins.

Facile, écrire un livre ? Se prend pour qui, cette merdeuse, avec ses airs de femme savante ? Je vais la calmer vite fait, moi !

- Voyons, quel âge as-tu ? À mon avis une petite dizaine d’années. Tu as commencé par avoir un an, et puis tu en as eu deux, et puis trois, et ainsi de suite. À chaque anniversaire, une bougie supplémentaire sur le gâteau, c’est bien cela ?

Elle paraît ne pas comprendre où je veux en venir. Je conclus :

– Pourtant, même si tu te veux persévérante, tu n’es pas assurée d’atteindre tes onze ans… Tu as donc raison, écrire un livre c’est facile. Bien plus facile que vivre centenaire.

Alors son visage s’assombrit et les oiseaux de paradis qui nichaient dans ses yeux s’envolent tous à la fois.

Chez les écrivains aussi il y a de tout. Faut pas croire!

Bernanos astral

12mai

Georges BernanosL’occasion va nous être donnée ce mois-ci de parler non pas d’un Bernanos mais de deux, le premier, Georges, celui que tout le monde connaît ou devrait connaître fait l’actualité car le Castor Astral, vénérable maison bordelaise de haute qualité (nous parlions plus tôt sur ce même blog du dernier livre de Georges Kolebka, auteur astral mais d’une autre galaxie) se lance dans la réédition de son œuvre romanesque, le second, Michel, son fils, parce que ressort enfin aux bons soins de l’excellente collection La Petite Vermillon de La Table Ronde son chef d’œuvre La Montagne morte de la vie (sortie le 29 mai). Deux Bernanos, deux écrivains très différents pour un patronyme impressionnant.
Mais concentrons-nous pour l’heure sur le premier. Sans vouloir tomber trop dans l’anecdotique, on peut légitimement s’étonner qu’un auteur d’une telle importance, en Pléiade depuis de nombreuses années, se voit réédité chez un éditeur méconnu (injustement d’ailleurs) du grand public, même celui dit « cultivé ». Ainsi Plon ne serait plus l’éditeur de Georges Bernanos… Indiscrets, nous avons interrogé l’un des responsables du Castor, Marc Torralba, qui ne fait pas mystère que ce sont les héritiers eux-mêmes emmenés par Gilles le petit-fils, par l’intermédiaire de leur avocat (dont la femme est libraire à Paris, elle avait sans doute repéré l’excellent travail de redécouverte sur Bove notamment et la qualité de la collection Les Inattendus voire peut-être aussi la présence du fils Michel que nous évoquions : La Forêt complice) qui les ont contactés, convaincus que désormais on a plus de chance d’être défendu par un petit que par un gros.

Les deux premiers livres qui nous parviennent sont à la hauteur des grands espérances des bernanossiens : qualité de l’objet (rabats, maquette originale) ; qualité des préfaces inédites : pour Les Grands cimetières sous la lune Michel del Castillo, pour Sous le soleil de Satan Sébastien Lapaque dont on se souvient de l’excellent ouvrage (Georges Bernanos encore une fois, coll. Babel). Le premier, qui date de 1938, est son célèbre pamphlet anti-franquiste rédigé dans la colère à l’annonce des horreurs commises par les troupes du futur Caudillo et d’autant plus marquant qu’il émane d’un catholique farouche, plutôt monarchiste mais écœuré par la bourgeoisie triomphante : une leçon de style et de droiture que devraient méditer nos pamphlétaires contemporains aux petits pieds. Le second, connu d’un grand nombre de lecteurs à la suite du succès controversé du film de Maurice Pialat (souvenez-vous du fameux « je ne vous aime pas non plus » du réalisateur face aux imbéciles sifflets) dont on retrouve en bandeau les personnages (Depardieu sur Bernanos, cela fait toujours étrange, mais en soutane…), est le tout premier roman du grand écrivain, un livre qu’on lui annonçait voué à un échec certain tant son thème (la rédemption et la lutte du bien et du mal) passait pour austère et qui fit un triomphe (100 000 exemplaires) : imagine-t-on aujourd’hui un tel élan sur un tel sujet ? Nous n’oserons pas nous lancer même dans un semblant d’analyse de ces chefs- d’œuvre, leurs préfaces remplissant parfaitement cet office. Insistons seulement sur ce mystère qui veut qu’un auteur de cette dimension ait paru trop peu rentable à son éditeur historique pour qu’il ne lui consacre plus qu’une faible énergie (l’Omnibus a vite disparu du fonds). Dans un article du Monde, Alain Beuve-Méry rappelle que Georges Bernanos lui-même avait quelques doutes sur son éditeur, mais n’est-ce pas oublier qu’il n’est pas un auteur qui n’est à se plaindre de celui à qui il confie son travail ? Il rappelle aussi que le domaine public se rapproche (dans dix ans) et qu’il n’est que temps de mettre au point et sans anarchie une édition de qualité. Ne rêvons pas, les tirages n’atteindront pas des sommets, mais quel joie (un mot bernanossien entre tous) de pouvoir offrir à nouveau ces titres indispensables. Et préparez-vous aux superlatifs quand Monsieur Ouine viendra pointer son regard (peut-être d’ici la fin de l’année, nous dit l’éditeur) car nous tenons ce livre pour un chef-d’œuvre ABSOLU.

Petit supplément du jour

18avr

tous-paranos.jpgNous ferons brefs, car l’auteur que nous évoquerons d’un souffle apprécie particulièrement la brièveté, en chantre fameux de la nouvelle ce genre trop négligé par le lectorat français qui aime tellement qu’on lui raconte de longues histoires…Et pourtant, pourtant Georges Kolebka sait en raconter des histoires, des instantanés quasi métaphysiques (mais d’une métaphysique du quotidien, de la France profonde ou pas, de cette France sans histoires justement…) d’une drôlerie subtile qui pourrait le rapprocher d’un Sempé. Son univers : l’entreprise et ses dérèglements, le soldat et les ordres qu’il subit, le conseil municipal, la villa de bord de mer, etc…Son style : un art du décalage, une distinction qui rend poétique le vulgaire. Son génie : le comique de proximité et donc universel. Car un livre de Kolebka ne vieillit pas, même si la France change, même si les machines se font de plus en plus présentes ou perfectionnées. La pulsation de bêtise, de suffisance, de ridicule (et parfois de grandeur) qui bat au fond de chacun trouve avec lui une musique faite de notes claires. Avec Tous paranos ! qui paraît aujourd’hui au Castor astral, son éditeur fidèle depuis quelques années, ses nouvelles se font plus longues, plus sinueuses, sans doute un rien plus acides. Mais comment ne pas se laisser convaincre qu’une fois de plus Georges Kolebka y manie une imagination intarissable ? La soirée que l’on va passer en sa compagnie nous rappellera que décidément la télévision peut rester éteinte, l’humour noir de G.K. se chargera de faire la lumière.

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