Posts Tagged ‘Jan Karski

Lanzmann vs Haenel

27jan

Nous prendrons garde de ne pas nous embarquer sur le sentier de la polémique à laquelle nous assistons depuis quelques jours autour du livre de Yannick Haenel, Jan Karski, violemment attaqué par Claude Lanzmann, l’auteur de Mémoires, Le Lièvre de Patagonie, qui ont fait grand bruit cette année, le réalisateur de Shoah dont Haenel s’est servi pour la première partie de son roman-documentaire puisqu’il se remémore le personnage de Karski face à la caméra de Lanzmann,  ce serait faire fi de notre souci de défendre toutes les expressions, surtout lorsqu’elles émanent de deux personnalités aussi fortes et talentueuses, deux auteurs de la grande maison Gallimard chez qui la diplomatie doit aller bon train. Vous pourrez retrouver sur le site de Pierre Assouline, La République des Livres dont nous sommes des fidèles les tenants de cette dispute qui vient s’inscrire dans ce goût pour la castagne  qu’apprécie le monde littéraire français et l’avis du plus célèbre blogueur littéraire français vaut le détour. Pour amener notre pierre à cet édifice menaçant nous rappelons aux internautes qui veulent en savoir plus que nous avions eu l’honneur de recevoir les deux antagonistes, avant que nous puissions soupçonner qu’ils s’affronteraient par déclarations et journaux interposés. En amateurs de traces et en libraires soucieux de mémoire, nous conservons précieusement souvenirs de ces passages sous forme de podcast des conférences qui permettent à tête reposée d’écouter en situation un auteur, non plus dans le calme d’un studio mais face à des spectateurs parfois questionneurs et sans filet. Vous pourrez donc retrouver les deux podcasts en cliquant ici pour Claude Lanzmann et pour Yannick Haenel. A vous de rejuger et de tenter de vous faire un avis.

Claude Lanzmann lors de sa venue chez Mollat

Yannick Haenel et son éditeur Philippe Sollers

Haenel au cercle Interallié

18nov

Yannick Haenel cliché C.Hélie (copyright)Dernier des prix littéraires de l’automne et même repoussé d’une semaine cette année pour ne pas trop passer inaperçu comme cela est souvent le cas pour les lauréats de ce prix, l’Interallié a désigné aujourd’hui un auteur que nous apprécions fort et que nous avions reçu il n’y a pas si longtemps dans nos salons pour une passionnante conférence que vous pouvez retrouver ici : Yannick Haenel a signé avec son Jan Karski un ouvrage composite et passionnant qui non seulement interroge une figure oubliée de l’Histoire, ce résistant venu témoigner du massacre des Juifs et que nul ne voulut entendre mais encore conçoit une fiction qui passe par le réel, voire le documentaire pour mieux se plonger dans la subjectivité d’un être humain devenu figure et symbole. C’était assurément un des livres majeurs de cette rentrée et nous nous réjouissons de ce prix très mérité.

L’occasion de reproduire ici l’article modeste (du 10 août dernier) que nous lui avions consacré sur ce blog :

Choc de cet été, livre bouleversant, sensation certaine de l’automne, le prochain livre de Yannick Haenel a toutes les raisons de susciter un émoi véritable lors de sa sortie. D’autant qu’il succède aux Mémoires de Claude Lanzmann, best-seller remarquable mais pas si inespéré que ça, et qui nous a rappelé l’importance de son film Shoah dont il nous décrivait l’édification. Jan Karski est une des figures marquantes de ce film, c’est un polonais de l’ombre qui s’est vu confier la mission de faire le lien entre la Résistance de son pays et son gouvernement en exil. C’est à ce titre que deux représentants de la communauté juive l’ont supplié de devenir le messager d’une information cruciale et monstrueuse : les nazis sont en train d’exterminer les Juifs d’Europe et personne ne fait rien ; il faut que les Alliés réagissent. Karski va donc suivre ces deux hommes en enfer, pénétrant dans le Ghetto en pleine agonie, profondément bouleversé par le spectacle de ces morts vivants en train d’agoniser debout, par ces femmes portant des nourrissons qu’elles ne peuvent nourrir, par ces jeunes officiers SS qui font un carton sur des malheureux en traversant les rues. Presque incapable de décrire ce qui lui a été donné de voir trente ans plus tard devant la caméra de Lanzamnn et dont il devait témoigner absolument, il se souvient du long calvaire d’un homme que personne ne voulait écouter. Alors pourquoi avoir intitulé roman ce qui pourrait passer pour un essai et qui commence comme tel. Pourquoi, alors que la courte première partie est une paraphrase interprétative (et très fine, sans pathos) de ce que l’on a vu dans Shoah, alors que la deuxième partie est une reprise du livre de Jan Karski lui-même paru en 1948, confier à la fiction le soin de prendre le relais de l’analyse ?  C’est tout l’enjeu du très intelligent Haenel qui nous avait déjà soufflé (et fatigué aussi un peu, avouons-le) avec son Cercle : il a confiance dans la puissance de la fiction, dans sa capacité à creuser dans ce qui nous est donné comme le réel et le tangible en osant un monologue de Karski devenu narrateur et où peut se dire l’indicible : « on a laissé faire l’extermination des juifs ». Ce scandale monstrueux qu’on a nié afin de s’installer dans cette « confortable » haine du coupable qui permet d’effacer ou d’atténuer les complicités retrouve par la voix d’un témoin en qui l’horreur ne s’efface pas toute sa puissance : terrible magie de la voix littéraire. Cet homme que les mensonges d’état n’empêchent plus de dormir est poursuivi par « la voix des morts », atrocement conscient que « les ténèbres absorbent petit à petit chaque détail de (s)a mémoire, c’est pourquoi (il) continue à veiller ».

Qu’une Rentrée Littéraire avec tout son fatras de petites histoires sans importance et d’ego surdimensionnés s’honore d’un tel livre a de quoi nous rassurer. Faisons lui honneur le moment venu.

Jan et Yannick

10août

Jan KarskiChoc de cet été, livre bouleversant, sensation certaine de l’automne, le prochain livre de Yannick Haenel a toutes les raisons de susciter un émoi véritable lors de sa sortie. D’autant qu’il succède aux Mémoires de Claude Lanzmann, best-seller remarquable mais pas si inespéré que ça, et qui nous a rappelé l’importance de son film Shoah dont il nous décrivait l’édification. Jan Karski est une des figures marquantes de ce film, c’est un polonais de l’ombre qui s’est vu confier la mission de faire le lien entre la Résistance de son pays et son gouvernement en exil. C’est à ce titre que deux représentants de la communauté juive l’ont supplié de devenir le messager d’une information cruciale et monstrueuse : les nazis sont en train d’exterminer les Juifs d’Europe et personne ne fait rien ; il faut que les Alliés réagissent. Karski va donc suivre ces deux hommes en enfer, pénétrant dans le Ghetto en pleine agonie, profondément bouleversé par le spectacle de ces morts vivants en train d’agoniser debout, par ces femmes portant des nourrissons qu’elles ne peuvent nourrir, par ces jeunes officiers SS qui font un carton sur des malheureux en traversant les rues. Presque incapable de décrire ce qui lui a été donné de voir trente ans plus tard devant la caméra de Lanzamnn et dont il devait témoigner absolument, il se souvient du long calvaire d’un homme que personne ne voulait écouter. Alors pourquoi avoir intitulé roman ce qui pourrait passer pour un essai et qui commence comme tel. Pourquoi, alors que la courte première partie est une paraphrase interprétative (et très fine, sans pathos) de ce que l’on a vu dans Shoah, alors que la deuxième partie est une reprise du livre de Jan Karski lui-même paru en 1948, confier à la fiction le soin de prendre le relais de l’analyse ?  C’est tout l’enjeu du très intelligent Haenel qui nous avait déjà soufflé (et fatigué aussi un peu, avouons-le) avec son Cercle : il a confiance dans la puissance de la fiction, dans sa capacité à creuser dans ce qui nous est donné comme le réel et le tangible en osant un monologue de Karski devenu narrateur et où peut se dire l’indicible : « on a laissé faire l’extermination des juifs ». Ce scandale monstrueux qu’on a nié afin de s’installer dans cette « confortable » haine du coupable qui permet d’effacer ou d’atténuer les complicités retrouve par la voix d’un témoin en qui l’horreur ne s’efface pas toute sa puissance : terrible magie de la voix littéraire. Cet homme que les mensonges d’état n’empêchent plus de dormir est poursuivi par « la voix des morts », atrocement conscient que « les ténèbres absorbent petit à petit chaque détail de (s)a mémoire, c’est pourquoi (il) continue à veiller ».

Qu’une Rentrée Littéraire avec tout son fatras de petites histoires sans importance et d’ego surdimensionnés s’honore d’un tel livre a de quoi nous rassurer. Faisons lui honneur le moment venu.

Chercher sur mollat

parmi plus de 300 000 titres.

Actualité
Podcasts
Rendez-vous
Coup de cœur