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Le “nouveau Vargas”: un roman incertain ?

24juil

un-lieu-incertain.jpg La nouvelle était annoncée depuis quelques semaines, le monde se presse depuis le 25 juin pour s’emparer du “nouveau Vargas” qui s’annonce comme l’un des romans de l’été en passe de concurrencer les amateurs du fameux Millénium. Car qui aura l’audace de ne pas se réjouir d’un tel phénomène attendu impatiemment depuis deux ans avec Dans les bois éternels, soit le retour du plus attachant des commissaires, Jean-Baptiste Adamsberg ?

Dans ce onzième “rompol” (ainsi que l’auteure définit ses oeuvres), Fred Vargas aime de nouveau déployer ses talents de conteuse hors pair et réjouira avec certitude tous les passionnés de son univers subtilement décalé. Héritière d’un père membre du groupe surréaliste, elle-même toujours à la “trace” des indices dans son métier d’archéozoologue, elle nous convie une nouvelle fois dans une préhistoire enchanteresse, à la frontière du conte fantastique de tradition européenne. Car c’est bien en Europe que se situe cette sixième aventure de notre commissaire national antihéros impassible mais à l’intuition géniale, à rebours de la méthode déductive dans le typique roman à l’anglaise (Agatha Christie, Conan Doyle, Chesterton pour ne citer qu’eux). Dès le premier chapitre, le lecteur se trouvera en terrain conquis puisque Adamsberg qui doit partir à Londres participer à un colloque sur les flux migratoires sera quelque peu retardé par… la mise à bas et le sauvetage in extremis de la chatte de son voisin Lucio! On retrouve avec délectation cette “Vargas touch” unique qui allie fantaisie poétique et humour décalé tout en finesse depuis l’apparition d’Adamsberg dans L’homme aux cercles bleus (1990 chez Viviane Hamy, réédité en poche chez J’ai lu en 2002). En effet, de Londres où l’équipe d’Adamsberg (l’attachement aux personnages secondaires toujours bien fouillés) se trouve confrontée à une scène macabre de pieds coupés et… chaussés dans le cimetière de Highgate à la paisible banlieue parisienne où l’horreur atteint son apogée par la découverte du corps littéralement pulvérisé de Pierre Vaudel (mais sans effet vraiment “gore” pour autant ! ) amènera après une première partie assez longue à un voyage en Serbie bien plus rythmé. Là, Adamsberg fera le jour sur les deux affaires précédentes qui le conduiront sur la trace des liens de… son propre sang! mais chut… n’allons pas déflorer le secret plus avant !! Sachez seulement qu’une sombre et archaïque superstition de vampires rôde dans cette région hostile (néanmoins peuplée d’hôtes accueillants) et pèse dangereusement sur Adamsberg qui pourrait bien y laisser sa peau… Cette déambulation européenne sonnerait-elle la fin de notre brave

Petit échange sur le rayon polar, entre deux libraires : Véronique et Karine.

Karine - Je l’ai fini hier soir, j’étais à la fois triste de quitter Adamsberg et sa brigade mais tellement heureuse d’avoir retrouvé ma chère Fred Vargas !

Véronique - Tu ne trouves pas qu’elle se répète un peu ? Car la thématique ne m’a pas surprise, l’intrigue est schématique, destinée plutôt à plaire au grand public, même si je trouve qu’à partir du départ du commissaire en Serbie, l’intrigue prend du relief et devient plus prenante…

K - Moi, j’y adhère toujours, mais c’est vrai qu’on peut se lasser - ce qui n’est pas mon cas ! Grâce au charme de l’invraisemblance, elle réussit une fois de plus à nous mener avec bonheur dans son imaginaire inimitable.

V - Le début m’a tout de même surprise ! Ses allusions subtiles à la politique européenne en matière d’immigration sont audacieuses : pour ceux qui la trouveraient trop consensuelle, là j’ai découvert un engagement, une prise de risque pas évidente de prime abord.

K - Car comme à chaque fois, elle sait nous surprendre par une facette inédite qu’elle développe - ici Danglard tombe amoureux, ce qui n’est pas rien !

V - Elle nous divertit certes mais on l’aimerait plus incisive, non ?

K - Cela ne m’a pas gênée, j’étais séduite une fois de plus, et j’ai hâte de l’être encore et encore… Vivement déjà la prochaine fois !

Que les “mordus” se rassurent : Fred Vargas, malgré ou grâce à ce (sur)réalisme poétique qui tisse ses romans, réussit une fois de plus à nous mener bien plus loin qu’on ne l’aurait pensé de prime abord, dans les dédales de son écriture inimitable qui n’appartient qu’à elle seule… Et rien que pour cette singularité bienvenue dans le polar souvent “noir”, la sensibilité vargassienne a toute sa place…

Psycho Blues : Ken Bruen

29mai

Ken Bruen by Rob banksKen Bruen frappe encore en 2008 ! Après Sombres Desseins (Seuil/Thriller), cosigné par Jason Starr, le prolifique irlandais nous gratifie du cinquième volet des frasques de Roberts et Brant, toujours flanqués de l’agente Falls. Chronique londonienne habile, rapide, dense et intense, parsemée de citations de romans des autres (J. Charyn, J. Sallis, J. Nisbet, J. Sandford, E. Leonard, pour n’en citer que quelques-uns ! ), Vixen (Série Noire) enfonce le clou dans une plaie déjà béante et la fine équipe se trouve au prise d’une tueuse manipulatrice et amorale. Grâce à des méthodes expéditives et personnelles, Roberts, Brant et consorts vont mener tambour battant cette chasse à la Renarde (surnom de la tueuse). Un aperçu de la manière de faire de Brant, lors de “négociations” avec un indicateur :

- D’abord, je ne suis pas ton ami, pigé ? Si tu m’appelles encore comme ça, je te casse le nez. Deuxièmement, tu travailles désormais pour moi et j’ai besoin d’informations. Tout sur Ray Cross et la blonde avec qui il a pris la fuite, et j’en ai besoin pour hier.

et d’enchainer par :

- Ce n’est pas négociable. Je ne veux rien entendre sur les risques potentiels, parce que tu ne tomberas pas sur plus dangereux que moi, c’est clair, amigo ?

Et ce n’est pas le plus surprenant, ni le moins illégal, évidemment.

Pour compléter ce rapide tour d’horizon “Bruennien” (sic), précisons que 2008 semble être son année : en plus des deux titres précédemment cités, évoquons Hackman Blues, paru dans la collection points/roman noir voici quelques semaines, où un “trio sans espoir” monte un plan d’enlèvement, évidemment infaillible, sous l’égide de Gene Hackman…

Pour finir, anticipons les deux sorties chez Fayard Noir (qui nous avait déjà gratifié de Hackman Blues et de En effeuillant Baudelaire) prévues pour début juin et dont les titres sont (pour le moment) : London boulevard et Rilke au Noir.

Cette mise en perspective de la facette londonienne de Bruen, nous ne manquerons évidemment pas de vous parler, en temps voulu, de son versant irlandais, personnifié par le fabuleux privé Jack Taylor… Mais c’est une autre histoire (d’autres comptoirs ? )…

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