Posts Tagged ‘Michel Ohl

Michel & Jean-Pierre

27jan

Ainsi un jour, il y a longtemps de cela, Michel Ohl rencontra Jean-Pierre Martinet. Les témoins de cet événement peu commenté par les exégètes de ces deux auteurs difficiles auxquels un jour l’Aquitaine rendra l’hommage qui leur revient ne sont pas tous morts. L’un même des acteurs de cette scène de légende peut encore témoigner et nous dire que Jean-Pierre Martinet n’est pas une invention des éditions Finitude, un tour de passe-passe du Dilettante ou le vieux reste d’un rêve de Raphaël Sorin. Mais quel besoin de gloser quand la prose du barde d’Onesse est limpide et sa mémoire précise. Voici donc pour vous, fidèles lecteurs de ce blog, la carte inédite de celui qui à lui seul a fait la fortune de son bureau de Poste, le prince de la calligraphie timbrée, l’aède des bords de l’Adour, le plus russe des écrivains français, le petit neveu de Thrasybule, l’aîné de Jean-Pierre dit le jeune, un auteur généreux qui sait ne pas oublier ceux qui n’ont pas tenu le(s) coup(s) comme Martinet le Libournais, un éveillé de première qui réagit de haute façon et belle manière à la réédition de La somnolence (voir notre blog). Laissons la place à ce recto/verso et désolé pour le torticolis qu’il provoquera peut-être…

Michel Ohl nous écrit

Michel Ohl au verso

Ohl l’anonyme

29sept

Terreur sur les librairies bordelaises ! Michel Ohl, l’Attila de Caudéran, la terreur des Postes Télégraphes Téléphones (et aussi leur meilleur client), l’aîné des poètes d’Onesse passe aux choses sérieuses et vide son barillet (sans crédit). Anonyme, réfugié derrière le terrible pseudonyme de Michou qui fait froid dans le dos, il a assemblé les lettres d’un impressionnant message à l’intention de notre patron. Nous voilà prévenus! Dans sa mire impitoyable, il nous vise, dénonçant de la sorte les dangers de la notoriété. Son message est claire et doit envahir cette colonne. Michel Ohl est passé aux balles retrouvées, on va se tuer à vous le répéter.

une lettre anonyme de Michel Ohll’autre face de la lettre anonyme de Michel Ohl

Post-Ohl

03juin

Un petit souci technique, le genre qui vous fait vous tordre les doigts d’impuissance au-dessus d’un clavier insolemment immobile, ne nous a pas permis d’ajouter un commentaire au billet précédent qui se devait donc parler de lui-même. Nous espérons que, passée la demi-minute de circonspection vous aurez reconnu l’intarissable et inadejctivable Michel Ohl dans ses oeuvres postales dont il nous honore très régulièrement, nous plongeant comme il peut l’imaginer dans des moments uniques oscillant entre franche gaieté et véritable rigolade. Les plus ohliens d’entre nous connaissaient le lien secret et ancien unissant ces deux grandes figures landaises que sont Alain Juppé, notre bon maire, et Michel Ohl, notre bon père. Une rencontre mémorable au coeur de l’enfance et les voici depuis liés plus sûrement qu’Adour et Midouze (là, je l’avoue, malgré ma connaissance certaine de Mont-de-Marsan, il y aura toujours en moi ce barrage pour retenir et comprendre quelle rivière rencontre telle autre pour former une autre encore). C’est cette vieille histoire devenue légende qu’a réussi, en vers, à cristalliser Michel Ohl. Janus landais, être mystérieux, le Juppé-Ohl risque hanter longtemps en nous l’enfant crédule qui y reconnaitra sûrement une de ses plus anciennes peurs : le mariage du poétique et du politique.

Une amitié ohlienne

03juin

Michel Ohl 1 (recto)

Michel Ohl 1 (verso)

Michel Ohl 2 (recto)

Ces m’Ohl-là c’est M.Ohl là.

21avr

Michel Ohl auquel nous n’accolerons cette fois-ci aucun adjectif, son patronyme seul suffisant à définir sa grandeur, est un fidèle de ce blog qu’il ausculte sans ménagement et sans regretter aucunement la proposition que nous lui avions faite de disposer du sien (et que nous renouvelons encore une fois, sans illusion…). La Poste a déposé ces jours-ci un courrier adressé à « Ces mots-là, c’est Mollat », événement rarissime, et il était signé de cet auteur auquel on consacrera, le moment venu, avec le financement des PTT  dont il est un des meilleurs clients, un musée de « mail-art ». Cette pièce exceptionnelle, dont nous laisserons à chacun le soin de faire l’exégèse, vous est donc proposée ici, parce que nous sommes partageurs, on ne se refait pas.

Ces m’Ohl-là c’est M.Ohl là. (recto)

Verso

Pour finir, et inciter aussi les curieux et autres explorateurs, une citation du Grand Ohl, phrase hors contexte tirée d’un livre qui en est plein :

« je me comprends à moitié, l’autre moitié vous incombe, je me comprends »  Pauvre cerveau qu’il faut bercer. Le Castor astral, 2006

Malaparte bon apôtre

20avr

Curzio MalaparteOn ne cesse plus de redécouvrir Curzio Malaparte, cet inclassable auteur italien difficile à étiqueter (et donc suspect), qui réserve pourtant à ceux qui surmontent leurs préventions une belle rencontre. Une double actualité le remet un temps sur le devant d’une scène qu’il n’aurait jamais dû quitter. Finitude, un éditeur habitué de ses colonnes et qui a droit à la redoutable protection de Michel Ohl, impitoyable pourfendeur de ceux qui s’aviseraient de le menacer, vient de ressortir un de ses titres les plus anciens Du côté de chez Malaparte édité il y a fort longtemps par Jean Forton quand celui-ci, jeune homme, dirigeait une revue, La boîte à clous, dont il rêva un temps de faire une maison d’édition, sollicitant ainsi pour commencer un bordelais qui alors impressionnait par sa puissance, Raymond Guérin, ami de Kurt-Erich Suckert, plus connu sous le nom de Malaparte (parce que Bonaparte était déjà pris…), et qui eut l’idée de raconter quelques jours de villégiature dans la fabuleuse maison de celui-ci, la Casa come me, qui servira plus tard de décor à Jean-Luc Godard et d’écrin à Brigitte Bardot, un petit livre augmenté cette fois-ci de documents inédits miraculeusement redécouverts par l’éditeur d’André Vers (tout cela pour dire que Misère du matin est ressorti lui aussi et qu’il mériterait un peu plus d’attention) et qui font tout l’intérêt de cette remise en vente, même si celle-ci ne doit pas cacher que le petit événement malapartien est cette fois-ci à mettre à l’actif de Quai Voltaire qui nous offre un merveilleux petit inédit du solitaire de Capri, Le compagnon de voyage, sorti en Italie à l’occasion du cinquantième anniversaire de sa mort: pas vraiment un roman, soyons honnête, pas non plus un scénario même si le projet d’en faire un film était très avancé, il s’agit d’un court texte, très épuré dont les silences et les murmures pèsent autant que les soubresauts qu’il raconte. Histoire de guerre et de misère, d’une profonde humanité mais sans ce moralisme qui ternit les plus belles idées, ce bref roman met en scène un soldat, de la race des vaincus mais non de celle perdants, qui est décidé à honorer coûte que coûte la promesse, faite à son officier au moment de sa mort, de ramener sa dépouille chez lui et va traverser un pays dévasté par des années de guerre le cercueil juché sur son âne. Commencé en 1946, repris en 1956 dans le dessein de le mettre en images, Le compagnon du matin contient toute l’essence et la puissance de la colère de Malaparte, écoeuré par son pays et les « pantalonnades » de ses chefs, de ses militaires, de ses politiques, mais aussi toute sa compassion pour ces opprimés sur lesquels l’Histoire roule, impitoyable et pressée, et notamment les femmes, premières victimes des ivresses et des gueules de bois des mâles, et ici c’est Concetta qui les représente. Si l’on a lu aucun roman de Malaparte malgré les récentes rééditions de Kaputt, La Peau, (chez Denoël)et Technique du coup d’état (dans les Cahiers rouges de Grasset), on aura donc grand intérêt à passer une heure avec ce Compagnon : sa force est inversement proportionnelle à sa taille.

Curzio Malaparte

La poste Ohl là

18nov

Il n’est pas de courrier pour nous plus étonnant, plus revigorant, plus stupéfiant parfois aussi que ceux que nous adresse de temps à autre le seul, l’unique Michel Ohl, auteur inclassé qui pratique l’art postal comme d’autres la mélodie et fait l’honneur à quelques récipiendaires de sa prose alambiquée, distillée au coeur de son cerveau bercé de ses épiphanies incessantes. Nous nous permettons, pour une fois, d’en faire profiter les visiteurs de notre blog en reproduisant ce qui ne pourrait être tapuscrit. Nous nous garderons bien de gloser sur ce diptyque dont la drôlerie et l’insolence se passent de commentaires. Et avec l’espoir que cette apparition sur internet ne nous privera pas d’autres instants de réjouissances ohliennes.

jp-ohl-1.jpgohl-2.jpg

Salade de Krudy

05juin

Gyula KrudyOn peut croire Michel Ohl, le barde d’Onesse, fin connaisseur des vents de l’Est qui viennent souffler jusqu’à sa porte depuis de nombreuses années, lorsqu’il avoue sans hésiter que le plus grand des écrivains hongrois est Gyula Krudy et qu’il est regrettable qu’on le lise si peu. Sporadiquement des éditeurs se souviennent en quelle haute estime le tiennent ses compatriotes et notamment combien Sandor Marai, désormais auteur de best-sellers posthume, lui est reconnaissant (il a d’ailleurs écrit un ouvrage, encore inédit en français, où il paie sa dette à son ami). Et pourtant, la fréquentation de ce grand nom est faible quand Kosztolanyi ou Karinthy père et fils ont suscité un intérêt soutenu et beaucoup de publications ces dernières années. Il faut dire que Krudy leur ressemble peu, il est d’une autre époque, moins soucieuse de renouveau que cette fine équipe de la revue Nyugat qui transforma en profondeur les lettres magyares avant la deuxième guerre mondiale. Plus poétique, plus onirique, un rien nostalgique aussi de cette étrange époque de grandeur que connut la Hongrie à la fin du XIX° siècle, mais sans penchant pour l’épopée car ses héros sont banals en apparence, il s’invita une véritable Comédie Humaine avec près de quatre-vingts romans et des centaines de récits et chroniques (qu’on ne cesse de retrouver d’ailleurs) dispersés tout au long de sa vie (1878-1933). Et de cette imposante masse littéraire, nous ne connaissons qu’une très petite partie au gré des rares traductions parues chez nous depuis vingt ans. Il faut donc rendre hommage à l’excellente et jeune maison Cambourakis d’avoir initié une très élégante collection hongroise (1) dans laquelle vient de paraître Les beaux jours de la rue de la Main-d’Or, recueil de nouvelles à la gloire de cette Budapest que personne n’a mieux dépeinte que Krudy, une ville mythique et rêvée traversée par des figures qui s’agitent, s’inquiètent ou s’ébattent. Si la nostalgie n’est jamais absente, c’est qu’elle traverse toute son œuvre comme si G.K. était l’héritier d’un Age d’or dont il ne serait qu’un faible écho : sa préface au recueil, en plus d’être un petit bijou de dérision, est très instructive car elle nous rappelle qu’il se tournait plus volontiers vers le passé, cette époque de lenteur et de contes, que vers l’harassant présent. Publié en 1916, en pleine guerre, ces Beaux jours n’ont pourtant rien de furieux, ils semblent s’abstraire de la folie d’un monde qui se détruit, réfugiés derrière les hautes murailles de l’imaginaire. Lire Krudy c’est d’ailleurs à chaque fois renouveler l’expérience du retrait, c’est changer de vitesse, et cela explique sans doute pourquoi ses rares lecteurs sont fervents et surtout pourquoi…ils sont si rares. « Les rêves sont des gouttes de sang » écrit-il dans une des nouvelles, ces « chères fripouilles » qu’il poursuivra toute son existence, elles habitent son œuvre et lui donnent cette étoffe si particulière. On aura donc tout intérêt à écouter la parole de Michel Ohl : il faut lire Gyula Krudy !
(1) On y trouve deux textes de Milan Füst (Précipice et Histoire d’une solitude) et un Frigyes Karinthy (Reportage céleste de notre envoyé spécial au Paradis)
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