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Un dessert plutôt salé !

03jan

Tanguy VielQu’est-ce qu’un Paris-Brest, en dehors d’une pâtisserie à la crème ? Eh bien à compter du 8 janvier prochain, ce sera aussi un livre, mais attention, pas un livre de cuisine, mais bien plutôt un roman décapant édité chez Minuit, celui que nous livre un Tanguy Viel très en forme. Alors de quoi s’agit-il ? D’un récit raconté à la première personne, dans lequel sont dévoilés à la fois des histoires et des secrets de famille, concernant essentiellement des affaires d’argent. Bon, me direz-vous, après Le black note (1998), L’absolue perfection du crime (2001) et Insoupçonnable (publié en 2006, ce roman sort d’ailleurs simultanément en poche), on ne s’attendait pas à moins ! Mais encore… D’une mise en abyme de la position de l’écrivain, puisque le narrateur évoque à de nombreuses reprises le roman dont l’écriture a occupé les trois années qui viennent de s’écouler. Ceci aussi, est un peu familier. On se souvient en effet de Cinéma, qui était paru en 1999.

D’accord, mais sommes-nous vraiment plus avancés ? Alors Paris-Brest, c’est le voyage en train qu’effectue le narrateur à l’occasion des fêtes de fin d’année. Sa valise n’est lourde d’aucun cadeau, pourtant elle pèse son poids. Sans doute la présence de ce fameux manuscrit de cent soixante-quinze pages qu’il aime à appeler son “roman familial” y est-elle pour quelque chose… En effet, il y livre les secrets de toute sa famille, sans oublier bien sûr ce qu’il tait lui-même depuis des années. Et ça promet. Personne n’est épargné. Ni la grand-mère qui est par miracle devenue la légataire universelle d’un vieux monsieur richissime, ni le père, dont les exactions ont forcé une partie de la famille à quitter Brest pour s’exiler dans le Sud, ni la mère et ses tentatives plus ou moins fructueuses pour ne jamais perdre la face, ni le lourd secret du frère cadet, sans oublier bien sûr ce personnage clé qu’est ce mystérieux “fils Kermeur”, un “ami” pour le moins spécial. Voilà le portrait d’une famille qui a décidément plus d’une raison de vouloir se faire oublier…

Le style est frais, léger, mais non dénué d’une certaine cruauté. Voilà donc un roman dont les pages se tournent toutes seules, le lecteur se voyant insidieusement contaminé par cette curiosité que l’on qualifierait sans aucun doute de malsaine s’il ne s’agissait pas avant tout d’une fiction…

                                           Paris-Brest         Paris-Brest                               Paris-Brest

Prix Zatopek de Littérature

09oct

news001122zatopek1.jpgCe qui ne vous empêche pas de tenter un petit sprint vers votre librairie pour découvrir enfin cette splendide biographie du grand Zatopek réinventée par Jean Echenoz, l’anti-biopic par excellence puisque ce mot très à la mode commence à fleurir pour définir aussi cette entreprise littéraire comme s’il fallait la confondre avec les films sur Coluche ou Mesrine qui vont barbouiller nos écrans de cinéma prochainement. Non, Courir est une œuvre littéraire forte et originale, un portrait de l’artiste malgré lui, une fiction nourrie de réalité et de cette irréalité qui semble nimber les héros de notre panthéon, fussent-ils sportifs. Lancez-vous à la poursuite de cette ombre intouchable qu’était Zatopek, dans le sillage de l’écriture hypnotique de Jean Echenoz, le lecteur en sort toujours vainqueur.

 

petit PS : on profitera de l’occasion pour se souvenir d’un autre livre-culte de la littérature marathonienne, Courir, mourir de Marco Lodoli, insolent et poétique, où nous est racontée l’étrange course à pied unissant dans une foulée conjointe, pour le meilleur mais surtout le pire, un homme à une chèvre, eh oui…

La vie des blogs

14avr

474.jpgAu sommaire du Magazine littéraire d’avril, on trouvera une très intéressante enquête sur un sujet qui nous concerne désormais tous beaucoup en littérature : les blogs littéraires…”Que valent les blogs littéraires?” se demande Alexis Brocas qui a manifestement sillonné la toile en tous sens pour essayer de délimiter des lignes de force dans cette masse énorme de mots. Il souligne avec quelques anecdotes intéressantes plusieurs axes dans le développement de ce nouveau type de critique pas encore institutionnalisée : le récit de l’envers du décor par des gens du milieu qui “balancent” ou lâchent des indiscrétions, qu’ils soient journalistes, écrivains voire éditeurs ; les amateurs de débat “un exercice en voie de disparition”, qui peuvent s’enflammer pour un sujet ou un auteur parfois manqué par les médias traditionnels ; les subjectifs qui égrainent sans complexe leurs lectures sans a priori ni influences et donc peu suspects (pour l’heure) d’accointance avec ce fameux milieu ; les créatifs enfin qui explorent ce champ inconnu en espérant y découvrir des voies nouvelles .

Face à des censeurs qui invitent à “interdire les blogs”, on découvre un Raphaël Sorin, éditeur de longue haleine, récemment converti à l’internet et qui draine désormais des milliers de lecteurs de ses billets d’humeur quotidiens parfois au vitriol, on mesure l’influence de Pierre Assouline qui depuis trois ans vire en tête de tous les classements de blog littéraire avec sa République des livres où les commentaires abondent, on apprend qu’une certaine Clarabel, jeune maman dévoreuse de livres, est devenue un personnage incontournable de la toile qui garde ses centaines de notes de lectures. Autre aspect peu connu, le développement des interviews vidéo qui permettent à des écrivains de s’exprimer sans la pression expéditive des plateaux télé : l’auteur Thomas Clément commence à imposer sa Tomcast qui fera sans doute beaucoup d’émules. Dernier point enfin de cet article très fouillé, la piste des créateurs, expérimentateurs, auteurs tout simplement qui ont mis la main sur un outil porteur d’avenir (qu’on songe à Mark Danielewski et sa Maison des feuilles, best-seller sur papier après avoir été une oeuvre culte du web) : à côté de Ron l’infirmier passé lui aussi au papier, on se souvient d’un précurseur comme François Bon et son tiers livre, on apprend (nous l’ignorions) que Bertrand Guillot que nous sélectionnions l’an dernier dans nos livres de rentrée avec son Hors Jeu a commencé lui aussi à “mettre sur le métier” son ouvrage avant de chercher un éditeur (Le Dilettante). On aura enfin une pensée pour un auteur particulièrement aimé ici et régulièrement chroniqué par nos soins qui mène une aventure singulière avec son autofictif dont nous aurons l’occasion de reparler un jour prochain, petite merveille quotidienne de drôlerie, d’invention et de littérature tout simplement, Eric Chevillard, pilier des Editions de Minuit qui répond à quelques questions du journaliste du Magazine littéraire.

Bref, précipitez-vous sur cette enquête si, comme nous, ce territoire nouveau vous paraît riche de promesse.

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